-Vifazur, 18e jour, 4E 201-
Dans l'auberge du "Dard de l'abeille", Artoria fut la première à se réveiller. Elle partageait le lit avec Rin Tohsaka. La jeune femme dormait encore profondément, son visage tourné vers le sien, et le chevalier blond eut un sourire furtif. Les traits reposés, sa nouvelle partenaire ressemblait à un ange... quel contraste avec la langue aiguisée qu'elle avait montré au cours de la journée.
Veillant à ne pas déranger sa nouvelle amie, le Roi des Chevaliers se lava à la bassine d'eau, puis commença à se coiffer. La natte qu'elle enroulait autour de sa tête nécessitait un long travail. Après s'être brossée les cheveux, elle sépara les fils d'or en trois, rejetant une partie sur ses deux épaules. Ensuite, Artoria attacha ce qui retombait encore dans son cou et s'en servit pour former un chignon. Ensuite, elle fit deux tresses qu'elle maintint autour du chignon avec des épingles avant de les nouer ensemble grâce à un ruban acheté la veille.
Le bruit dans l'auberge, où même ses pas sur le plancher grinçant n'avaient toujours pas réveillé Rin. Amusée par la lourdeur de son sommeil, mais aussi un peu agacée, Artoria vint secouer la magus.
Il y eut un grognement suivis de quelques mots inintelligibles.
Artoria soupira et l'appela tout en continuant à lui toucher l'épaule.
- Cinq minutes...
- Non, Rin, nous devons partir au plus vite. Habillez-vous et levez-vous. Nous ne sommes pas en sécurité ici.
Ces quelques mots firent réagir la Japonaise qui se mit enfin séant dans le lit. Toutefois, le regard vitreux avec lequel elle balaya le pauvre mobilier de la pièce pouvait difficilement être qualifié d'alerte.
- Je descends nous commander un petit déjeuner, habillez-vous et lavez-vous. N'ouvrez à personnes.
Lorsque Rin mis enfin les pieds dans la salle principale de l'auberge, le Roi des Chevaliers lui coula un regard indisposé, notant au passage qu'elle aussi s'était aussi mise en veine de coiffure, puisque deux couettes encadraient à présent son visage.
- Rin, vous voilà enfin.
La magus rougit, serrant les poings d'indignation.
- Je n'ai pas l'habitude de me laver dans une bassine. Les Japonais se baignent.
Visiblement, Rin venait de se lever du mauvais pied. Elle regarda les deux écuelles. Celle vide d'Artoria, et la sienne encore pleine.
- Je ne mange pas le matin, Artoria.
La femme chevalier la considéra avec cette expression à la fois stoïque et bienveillante qui semblait comme soudée à son visage.
- Rin, le premier repas de la journée est le plus important. Nous allons devoir marcher et sans doute nous battre, nous ne pouvons le faire le ventre vide. Le courage d'un combattant se trouve dans son estomac.
La voix douce et calme d'Artoria n'admettait tout simplement aucune réplique. De mauvais gré, Rin se laissa tomber sur la chaise face à son amie et commença à manger la soupe paysanne, mélange de divers légumes flottant dans un bouillon maigre. Le Roi des Chevaliers hocha la tête et se pencha en avant.
- Dites-moi, Rin, vous connaissez ce tubercule jaune ? Je n'en ai jamais mangé.
La japonaise s'immobilisa un instant.
- C'est des pommes de terre.
- Des pommes de... terre...
La jeune femme fonça les sourcils, essayant d'imaginer des pommiers souterrains. Rin sourit.
- C'est un légume originaire d'Amérique du Sud... il n'est arrivé en Angleterre qu'après la découverte de...
Elle s'arrêta soudain, se rappelant les deux lunes dans le ciel de Nirn.
- ... mais nous ne sommes pas sur Terre. Je ne comprends rien. Ce monde est si semblable au nôtre pourtant. Et pourtant si différent...
Elle se tourna vers la tenancière argonnienne. Elle avait vraiment une tête de lézard, une peau couverte d'écaille vertes et sous sa jupe une queue faisait des mouvements médullaires lorsqu'elle marchait. Il y avait aussi les elfes, les orques... et les givrepeires.
- Vous vous rappelez les papillons jaunes qui nous avons vu butiner les fleurs des champs. Vous en avez déjà vu de semblable ?
Artoria ne répondit rien se contentant d'écouter, d'ailleurs Rin n'attendais pas de réplique. La jeune japonaise se frotta le menton d'un air pensif.
- Je crois qu'il s'agit de monarques, des papillons d'Amérique du nord.
- Où voulez-vous en venir, Rin ?
- Nulle part, en fait. Je trouve juste que trop de choses me semblent familières autour de nous. Alors que nous sommes dans un monde étranger. J'ai l'impression d'une anomalie. Sinon, vous avez un plan d'action ?
Le Roi des Chevaliers acquiesça avec sa dignité habituelle.
- Nous allons chasser des bandits.
- Pardon... je croyais que nous devions éviter les risques inutiles.
- Certes, mais nous avons besoin de la prime pour compléter notre équipement et louer les services d'une charrette qui nous conduira à une ville plus hospitalière. L'alternative est de marcher des centaines de kilomètres en pleine guerre civile, avec des bandits qui coupent les routes et des bêtes sauvages qui attaquent l'homme.
- Je vois, dis comme ça...
Les deux jeunes femmes sortirent par la porte sud-est de Faillaise. Pendant qu'elles longeaient la muraille, Artoria expliqua que la propriétaire du "Dard de l'abeille" lui avait remis un tract signé par Anuriel, le chambellan du jarl Laila Juste-Loi. Il s'agissait d'une demande destinée à " tous les hommes et les femmes de Faillaisaise, habile au métier des armes" mettant à prix la tête d'Hareld, du chef des bandits qui se terrent dans leur repaire du "Creux du Casque Brisé". Ces derniers attaquant, pillant et tuant les innocents voyageurs qui font route entre Faillaise et la frontière de Morrowind.
Rin jeta un regard surpris au Roi de Bretagne.
- C'est la première fois que vous vous montrez autant de véhémence, vous semblez détester les brigands. Enfin, c'est logique. Des charognards qui attaquent en nombre des gens peu armés et non entraînés au combat, pour les voler. On ne fait pas moins chevaleresque.
Artoria hocha la tête.
- Il y a beaucoup de cela. Mais aussi, en Bretagne les routes sont considérées comme appartenant au roi. Ceux qui y circulent sont donc ses hôtes. L'hospitalité étant sacrée, s'en prendre aux voyageurs revient à humilier le souverain de Bretagne.
Les yeux de Rin s'étrécirent, un de ses sourires démoniaques et peu rassurant fleurit sur ses lèvres.
- Je croyais que vous n'aimiez pas le roi Arthur.
Artoria soupira.
- Rin, nous voyageons ensemble. En tant que chevalier, mon devoir est de venir en aide à une damoiselle en détresse. Toutefois, rien de tout cela ne vous donne le droit de me poser des questions personnelles.
La magus écarquilla les yeux surprise par la répartie du chevalier.
- Je m'excuse... je n'avais pas l'intention de vous manquer de respect.
- Tant que vous vous en souvenez. À mon tour de vous poser une question. Pourquoi voulez-vous participer à la Guerre du Saint Graal ? Quel vœu vous importe tant que vous risquiez votre vie pour lui.
- Hein ? Non...
Rin se gratta la joue, soudain gênée.
- Je n'ai pas de souhait... je voulais juste montrer que je suis le meilleur des magi.
Artoria s'arrêta et se retourna pour dévisager son amie. Ses traits semblaient de marbre.
- Damoiselle Tohsaka, je pensais que vous étiez une jeune femme intelligente. Il me peine de constater ma méprise. La guerre n'est pas un jeu. Mon pays souffre depuis bien avant ma naissance. J'ai abandonné les joies de mon sexe pour me vêtir de fer et combattre par l'épée. Tenez pour assuré que le conflit transforme les gens en assassins ou en cadavre. Vous le comprendrez la première fois que vous vous tiendrez au milieu de vos amis et de vos ennemis, à jamais figé par l'étreinte de la mort.
Rin accusa lourdement les reproches d'Artoria. L'amertume dans la voix du chevalier l'empêcha de se sentir offusqué. Elle parlait évidemment par expérience.
La jeune japonaise revécut ce matin gris devant les grilles de la résidence Tohsaka. Son père qui lui remettait un livre de magie avant de s'éloigner. Elle était restée à fixer le dos de Tokiomi jusqu'à ce qu'il disparaisse. Elle n'avait que huit ans, alors. Pourtant, au fond d'elle, Rin avait senti qu'il ne reviendrait pas.
Tokiomi Tohsaka mourut au cours de la quatrième Guerre du Saint Graal. Pire, Aoi Tohsaka, sa mère, avait été agressée et étranglée... Elle survécut - quelques années - mais l'interruption de l'oxygénation du cerveau la laissa tétraplégique et privée de sa mémoire à court terme.
La guerre l'avait laissé orpheline, et ruiné sa famille qui perdit par la suite la plupart de ses propriétés à cause de la mauvaise gestion de son gardien.
Comment pouvait-elle rétorquer quoi que ce soit au chevalier qui veillait sur elle ? Tout ce qu'elle avait dit, Rin le savait... La magus avait juste choisi de l'ignorer.
La suite du voyage fut presque sans histoire. Un duo de bandit chercha à les rançonner... ils n'y survécurent pas. Leur équipement ne payait guère de mine. Toutefois, Artoria prit pour elle une épée d'acier, donnant son fauchon à Rin.
Le repaire de bandit connu sous le nom de Creux du Casque Brisé se trouvait à mi-chemin entre la ville de Faillaise et la frontière de Morrowind, le royaume des Elfes Noirs, à l'est de Bordeciel.
Il s'agissait d'une caverne naturelle en haut d'une colline. Une porte grossière empêchait le vent glacial qui tombait des monts Velothi de s'engouffrer dans le couloir naturel qui conduisait à la caverne principale. Cette dernière offrait un luxe spartiate. Autour d'un simple feu de camp, deux hors-la-loi dormaient dans des sacs de couchage en fourrure. Les fruits de leurs rapines : vieux meubles, tonneaux, caisses, armes rouillées s'entassaient au hasard.
Hareld, le chef des brigands, dormait sur une corniche au-dessus de ses comparses. La tête au pied du coffre - piégé- où il entassait son maigre butin. Les trois hommes dormaient du sommeil du juste (ou presque). Après tout deux des leurs gardaient l'entrée. Et qui entrerait volontairement les chercher ?
- Au nom du jarl Laila Juste-Loi, je vous somme de vous rendre et de m'accompagner à Faillaise où vous serez déferrés devant la justice de la châtellerie !
Les trois brigands s'ébrouèrent avant de regarder, stupéfaits, les deux individus qui venaient de faire irruption dans leur domaine.
- Ne gardez pas votre langue comme morte dans votre bouche. Si vous ne me signifiez pas votre soumission, j'exercerais mon droit de justice en ce lieu.
Remis de sa surprise, Hareld désigna les deux intruses.
- Capturez-moi ces idiots, on va s'amuser.
Les deux brigands s'emparèrent des armes grossières qui reposaient à leur côté et se ruèrent en avant. Rin Tohsaka leva un bras : "Gandr". Trois projectiles d'énergie noire filèrent de sa main, frappant le bandit de gauche qui périt presque instantanément. Son camarade, un Elfe des Bois barbu asséna un coup de sa masse d'arme à Artoria, mais celle-ci para sans difficulté. Profitant que son ennemi s'était découvert, elle plongea son épée d'acier dans sa hanche. Le Bosmer hurla de douleur et de terreur, tombant à genoux. Il voulut parler, relevant des yeux suppliants vers son vainqueur. Toutefois, il se heurta à un regard sans pitié. La lame du chevalier l'envoya bouler au sol, où il se retrouva prostré au milieu d'une flaque de sang s'élargissant.
Hareld, un colosse en armure de fer rouillée, à la barbe hirsute et coiffé d'un casque à corne, ressemblait au parangon du brigand grossier et brutal. Il ne faisait aucun doute qu'il devait sa position au fait qu'il avait la plus grosse... épée (j'ai dit épée !). Cet espadon d'acier était un instrument grossier et lourd, pourtant il la maniait comme un jouet d'enfant.
- Raclure de sorcière, positionna-t-il en direction de Tohsaka, un vrai Nordique ne craint pas tes tours vient me voir fillette, que je te montre ce qu'est un homme, un vrai.
- Un vrai homme ? J'ignorais jusque là qu'un assassin de femmes et d'enfants appartienne à cette catégorie.
- Peuh, vient m'affronter gamin, et je te montrerais !
- Si c'est un défi, je l'accepte. Je suis Artoria Pendragon, chevalier de la Table Ronde. Et je suis une femme ! Rin, c'est un duel, n'intervenez pas !
Hareld se rua en avant avec un gros rire.
L'espadon frappa avec violence, faisant résonner le bouclier d'Artoria. L'adolescente chancela sous le choc et recula de deux pas pour ne pas trébucher. Les échanges suivants ne firent que qu'accentuer la différence de puissance entre les deux combattants. Certes, le Roi des Chevaliers pouvait amplifier sa force en puisant dans son cœur de dragon. Toutefois, son corps n'avait...qu'une journée. Il ne s'agissait pas de celui - rompu au combat - du légendaire roi Arthur. Juste celui de l'écuyer de sire Kay, avant qu'elle ne trouve l'Épée dans la Pierre.
Artoria multiplia les attaques sous divers angles, reculant, bouclier levé, entre chaque assaut. Elle commençait à haleter. Son égide ressemblait à présent à une ruine alors que son bras gauche l'élançait.
En face, Hareld avait reçu plusieurs coups et du sang s'écoulait sur sa jambe gauche. Toutefois, il attaqua sans paraître incommodé. L'énorme espadon frappa derechef...
Il y eut un fracas tandis que sa protection se désintégrait en morceaux de fer tordu et bois brisé.
- Tu sais fillette, si tu le demandes gentiment on pourrait régler ça dans ma couche !
Artoria essuya le sang qui ruisselait de son arcade sourcilière fendue et empoigna son épée à deux mains.
- Je refuse !
- Pas grave, ta copine payera pour vous deux.
Il se rua en avant et lança en avant sa lame... Qui siffla dans le vide. Hareld ouvrit de grands yeux. L'adolescente s'était évaporée. Il hurla de douleur alors que la lame du chevalier le transperçait au défaut de l'armure. Il se pencha, crachant du sang. Artoria le considérait d'un regard froid comme la glace.
- Co... Comment ?
- La jeune femme ne répondit pas, posant la main sur le pommeau de son arme, elle poussa, enfonçant la lame dans le cœur du bandit.
En perdant son bouclier, le Roi des Chevaliers avait gagné en vitesse et en rapidité. Le reste reposait sur une simple illusion d'optique et une confiance infaillible dans son instinct de combat. Lorsque Hareld avait abattu sur elle son énorme lame, cette dernière lui masqua la vue l'espace d'un instant. Artoria profita de ce très bref instant pour se jeter de côté.
Les deux femmes fouillèrent la grotte principale, puis le charnier où les corps des victimes des hors-la-loi s'entassaient. Elles ne trouvèrent que quelques armes et pièces d'armures, de la nourriture, un peu d'argent. À part un livre de magie que s'appropria Rin, rien n'avait de valeur.
-Vifazur, 19e jour, 4E 201-
La charrette brinquebalait, secouant les deux jeunes femmes assises face-à-face sur les banquettes de bois inconfortable. Rin lisait le livre de magie trouvé au "Creux du casque brisé", mais avait visiblement de la peine à se concentrer au milieu des secousses.
Quant à Artoria, elle regardait le paysage. Le voyage avait été long, plus de vingt heures en fait, en comptant l'arrêt à l'auberge de Helgen pour la nuit.
La route longeait la Rivière Blanche et sur haute colline se dressait Blancherive, l'objectif de leur éreintant périple.
D'après le cocher, Blancherive fut érigée par les Compagnons d'Ysgramor - le héros fondateur de Bordeciel. Jorvask la salle de l'hydromel des Compagnons serait le plus ancien bâtiment de la cité. Il y aurait aussi une querelle entre deux familles, les Grisetoisons et les Guerriers-nés. Pour le reste, il leur avait conseillé de s'adresser au chambellan ou à l'auberge de "La jument Pavoisée".
Tournant sur la droite, le charriot s'immobilisa devant les écuries au bas de la colline. Artoria sauta à terre et offrit son bras à Rin.
- Je vous en prie, damoiselle, laissez-moi vous aider.
Après un bref moment de surprise, la jeune magus sourit.
- Je comprends enfin ce que c'est d'avoir un chevalier-servant !
Remontant la voie empierrée qui conduisait aux portes, le Roi des Chevaliers jeta un coup d'œil aux marchands installés à l'entrée, autour de deux tentes de peau. Il s'agissait de Khajits, d'étranges félins bipèdes qui intriguaient particulièrement Artoria... Toutefois son regard s'étrécis en regardant les dégâts infligés aux remparts. Les murs qui entouraient la cité proprement dite semblaient surtout avoir souffert du gel et du manque d'entretien.
Cependant, la tour qui flanquait la barbacane devait avoir été détruite par des machines de guerre, de même que le mur ouest de celle-ci.
- Ce pays est complètement non préparé à la guerre, siffla-t-elle entre ses dents.
Après avoir franchis un pont-levis et de lourdes portes, elles entrèrent enfin dans Blancherive. Les gardes postées dans le corps de garde ressemblaient de manière frappante à ceux de Faillaise, seul la couleur de leur plaid, vert, et le cheval sur leur bouclier permettait de les différencier.
Quand à la ville, elle s'élevait à flanc de collines, les rues étaient en pentes et reliées par des escaliers.
Suivant Artoria, Rin posa une question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.
Loin d'être stupide, la magus avait parfaitement compris qu'elle ne pourrait revenir sur Terre que renvoyé par le Graal et que ce dernier n'y consentirait qu'une fois éliminé le danger qui menaçait le monde de Nirn. Toutefois, elle commençait à avoir un doute sur l'identité du chevalier qui l'accompagnait.
- Pourquoi recherchez-vous une épée magique qui désignerait un roi ?
Artoria resta silencieuse un moment, et Rin voulut insister, mais le roi de Bretagne la devança.
- Le Graal en a parlé, donc cela doit être important.
Rin arriva presque hors d'haleine au sommet du dernier escalier. Au-delà d'un pont de pierre sous une tonnelle, enjambant un réservoir d'eau, se dressait un haut château de bois qui lui rappelait un peu des photos d'église scandinaves.
Alors voilà à quoi ressemblait Fortdragon? Pendant le voyage, le cocher avait raconté qu'il devait son nom au dragon Numinex que le héros Olaf le Borgne avait emprisonné en ces lieux.
Elles franchirent la haute porte pour se retrouver dans une vaste salle du trône aux allures de cathédrale ou de coque de bateau retourné. Les hauts piliers de bois et les arches soutenant le plafond s'ornaient d'entrelacs décoratifs. Un tapis somptueux mais usé couvrait le sol.
Après avoir gravis quelques marches, elles firent face à une fosse à feu où brûlaient d'énormes bûches. De part et d'autres, deux longues tables de banquets se faisaient face, couvertes de vaisselles d'argent.
Le trône s'élevait là, sous un crâne de dragon. Le jarl Balgruuf discutait avec une elfe noire en armure de cuir, à ses côtés, il se tenait entre deux gardes. Debout au pied de l'estrade se tenait un Impérial entre deux âges, ses cheveux châtains ne formant qu'une couronne.
Artoria s'approcha de lui, et s'inclina, une main sur le cœur.
- Je suis Artoria Pendragon, un chevalier en quête. Ais-je l'honneur de m'adresser à Proventus Avenicci, chambellan du jarl.
L'homme eut un sourire involontaire, charmé par les manières de la jeune femme.
- Je suis Proventus, soyez la bienvenue à Fortdragon. En quoi puis-je vous aider ?
- Le cocher qui nous conduisait à Blancherive nous a dit que vosu connaissiez les légendes de Bordeciel.
- Je connais surtout l'histoire de la ville.
- Auriez-vous entendu parler d'une épée rayonnante qui ne pourrait être saisie que par un roi légitime ?
Proventus Avenicci battit des paupières, perplexe.
- En Bordeciel, il n'y a que deux groupes de personnes qui s'intéressent vraiment à des histoires de ce genre. Les premiers sont les mages de Fortdhiver. On ne les voit guère hors de leur académie. De plus, seuls les membres peuvent consulter leur bibliothèque. Vous aurez probablement plus de chance avec les bardes. Ils chantent les légendes de Bordeciel. Allez à la "Jument Pavoisée" place du marché, un barde du nom de Mikael y joue tous les jours. Il pourra peut-être vous renseigner.
Artoria remercia poliment et quitta la salle du trône, traînant une Rin maussade à l'idée de redescendre tout ces escaliers si pénibles à monter.
Le barde de la "Jument pavoisée" jouait du tambourin dans la grande salle de l'auberge. Cette dernière était vaste et éclairée surtout par le feu qui montait de la fosse au milieu de la pièce. Sans cheminée, la fumée stagnait dans la pièce. Le public se résumait à deux nordiques (un homme et une femme) en armures d'acier. La première, la moitié du visage peint en bleu, portait un espadon dans le dos et le second, coiffé d'un casque à corne, s'appuyait sur une énorme hache de bataille.
Artoria vint saluer Mikael après qu'il ait achevé de jouer du tambourin. Il écouta attentivement avant d'avouer son ignorance :
" Vous savez, j'ai étudié les légendes de Bordeciel et la musique auprès des bardes de solitude mais j'ai fini par partir à cause d'une collègue... enfin de son mari. Bref, je n'ai jamais terminé mes études. Vous devriez vous rendre à Solitude, le collège des bardes à une vaste bibliothèque. Giraud, l'un des professeurs, est un érudit spécialisé dans les légendes. Quant au directeur, Viarmo, il connait très bien l'Edda, le recueil de l'histoire vivante de Bordeciel, constitué par les légendes des Nordiques.
