Chapitre 4 : Le chevalier servant
Irina était contrariée. En ce moment, elle était fâchée pour un oui, pour un non. Elle sentait que la soirée serait longue. Elle tournait et retournait en rond, ne sachant que faire pour décharger sa colère. Elle trouva dans les secondes qui suivirent un moyen de se calmer en la personne d'Annath qui l'imitait innocemment dans sa chambre. Elle appuya sur le bouton de l'interphone et cria :
« Cesse de marcher ! Assieds-toi, nom d'un chien ! »
Elle la vit se figer puis se diriger vers l'interphone qu'elle avait également dans sa chambre et dit :
« Je peux avoir un chien ? »
Irina se sentit de nouveau sur les nerfs et répondit vertement :
« Pour qu'il fasse comme toi ? Il ne fera que courir après sa queue. Et qui le sortira ? Idiote… »
Elle lâcha l'interphone et se dirigea vers la cuisine. Quitte à s'occuper, elle allait préparer en avance le repas du lendemain. Demain n'était que mercredi mais pour elle, ce serait un dimanche. Elle sentait que bientôt, elle serait enfin débarrasser de cette fille. Elle pourrait enfin retrouver son fils chéri, en tête à tête, pour elle seule.
Les pompiers passèrent pour la deuxième fois au cours du mois de mai à l'institut de recherche de New-York situé légèrement en périphérie du centre-ville. Inhabituelle pour ce genre d'infrastructure, certainement un choix de discrétion, les scientifiques n'aiment pas avoir des journalistes dans leurs affaires, surtout si elles doivent rester confidentielles. Le camion des pompiers tourna subitement à droite sur une route s'éloignant un peu plus de la civilisation comme l'éclairage. Ce ne serait qu'une énième visite de routine, le chauffeur connaissait le chemin par cœur. Le chef des pompiers prit note dans sa tête de dire aux responsables de cette structure de se calmer sur l'électricité, si l'alarme incendie sonnait aussi souvent, c'était essentiellement dû aux coupures d'électricité à répétition. Il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il fabriquait dans ce bâtiment. Un dernier tournant et ils étaient arrivés. Le camion freinait et se gara parallèlement à la façade. Alors que seul le chef des pompiers descendait, un grand homme vêtu de noir courut vers lui. Il remarqua vite qu'il s'agissait du vigile de l'entrée, apparemment un nouveau vigile dans les 25 ans, très grand et très musclé, aux cheveux noirs ébouriffés et aux yeux verts saisissants. Il lui dit à bout de souffle :
« Enfin, vous voilà ! Je sais que vous déplacez très souvent mais ce soir, c'est du sérieux ! Un appareil électrique a explosé et a brûlé gravement celui qui l'utilisait, plus toutes les personnes voisines. C'est maîtrisé. Il faut vite que vous montiez au 10ème étage !
-Zut ! Tout le monde sort ! Trousse de secours et brancards ! On regarde l'état des blessés et ensuite on appelle une ambulance, pas de panique. »
En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, tous les pompiers étaient sortis et s'étaient précipités dans le hall pour emprunter les ascenseurs. Une fois que les portes se furent refermées, une ombre surgit de derrière le comptoir du hall et se précipita dehors. Il était vêtu d'un pantalon blanc et d'une chemise blanche. Ses cheveux étaient aussi fous que ceux du vigile, mais plus longs et raidis de crasse de telle manière qu'on aurait su de quelle couleur ils étaient. Ses yeux verts guettaient dans tous les sens, comme fous. Il portait une sacoche brune. Il murmura vite :
« Ils sont partis ?!
- Oui
- Cassons-nous Giorgio ! On prend le camion ?
- T'es devenu fou de toutes ses expériences au point d'en perdre ta rationalité ? J'ai les clés de la voiture du vigile, c'est une Toyota. D'ailleurs, il ne s'est pas réveillé ?
- Il va dormir quelques heures, on ne le trouvera pas d'ailleurs planqué dans le placard du concierge. Ça te va bien tes fringues noires, on aurait dit un voleur si c'était pas marqué « vigile » dessus.
- Ah ah, très drôle. Allez ! »
Ils coururent vers la seule Toyota présente du parking. Ils ne tardèrent pas à rentrer dans le véhicule de peur de se faire voir. Le dénommé Giorgio mit le contact et quitta rapidement le parking. L'autre individu fouilla dans la sacoche pendant Giorgio parlait :
« Bon apparemment, on est à côté de New-York, tant mieux, je connais tous les bons coins où passer inaperçu. Première chose à faire, il faut qu'on se lave, surtout toi.
- Désolé, ça faisait deux jours que je me tordais de douleur, suant et pleurant à chaude larme, en me roulant par terre.
- Ils commençaient à augmenter les doses, pourquoi ? C'est débile… D'ailleurs, y en a un qui bouge plus mais est à peine vivant apparemment. Mais c'est indéniable, ça sentait le roussi. Celui qui est sous la porte monologuait souvent, un coup, j'ai entendu qu'on serait « détruit » quand les résultats ne seraient plus concluants.
- Ouai, quelle bande d'enfoi… OH ! Putain de merde !
- Ça va pas ou quoi ! Ne crie pas comme ça !
- Dans la sacoche ! Y a des informations sur la nature de nos expériences mais pas seulement. Tu te souviens du cas féminin, du seul cas féminin… Giorgio, tu t'en souviens ?
- Je ne l'ai jamais vue mais ils en parlaient de temps en temps. Elle est morte non ?
- Elle est vivante et elle vit sous le toit de Kirk. »
Giorgio se tourna vers son copilote. Il avait pâli. Il regarda de nouveau la route. Son regard devint déterminé. Il demanda :
« Y a l'adresse ?
-Ouep. »
« Où sont les blessés ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
-Attendez chef, écoutez… »
Dans le couloir plongé dans le noir total, on entendait comme un râle parvenant d'une pièce dont la porte comportait l'inscription « Réservé au personnel autorisé ». Tous se précipitèrent et commencèrent à fracturer la porte. Alors que des scientifiques apparaissaient dans le couloir littéralement interloqués. La porte s'ouvrit dans la volée au moment où le professeur Kirk allait demander ce qu'il se passait. La vision de l'homme écrasé sous une porte blindée et d'une porte ouverte signala à toutes les personnes présentes que les ennuis ne faisaient que commencer.
Irina venait de finir de désosser le futur gigot d'agneau du lendemain quand elle entendit la sonnerie de la sonnette extérieure, de la porte d'entrée. Elle regarda l'heure : 22 h 01. Une heure indécente à ses yeux pour venir déranger quelqu'un. Cela ne pouvait pas être Kirk, il ne perdait jamais ses clés. Elle jeta un coup d'œil au téléviseur retransmettant les images de la caméra à l'intérieur de la chambre d'Annath. Elle regardait la télévision et ne semblait pas prête d'aller se coucher. Elle alla à la porte d'entrée et demanda d'une voix dure :
« Qui est là ?
-Excusez-moi, je suis tombé en panne devant chez vous. Pourrais-je vous emprunter votre téléphone ?
-Je suis désolée mais je n'ouvre à personne à cette heure-ci de la nuit !
- Je ne vous mens pas, je vous assure ! Regardez par la fenêtre !
- Je n'en doute pas mais je suis obligée de refuser.
- Oh, bon eh bien, tant pis, merci quand même. Vous êtes seule, c'est pour ça ?
- Oui et alors quelle importance… »
La porte craqua et sortit de ses gonds. Irina n'eut pas le temps de s'enfuir, que Giorgio la saisit violemment par le bras, la poussa dans la cuisine, où il l'attacha avec une corde qu'il portait sur une chaise de la cuisine. Irina s'était figée en voyant les yeux verts révélateurs de la Mako dans le corps du jeune homme. Il remarqua son regard et lui demanda :
« Où est la fille ? »
Elle ne répondit pas et regarda brièvement le téléviseur. Il intercepta son regard.
« Répondez, où je serais obligé de vous frapper, vous avez vu ma force. D'ailleurs, ça m'étonne qu'elle ne se soit pas enfuie depuis ce temps…
-C'est une petite chienne docile par rapport à vous, à ce que je vois, ça ne signifie plus qu'une chose : vous allez être traqué !
- C'est vrai. Maintenant réponds !
- Première étage, au fond du couloir à droite, la clé est sur le buffet »
Il serra fermement les cordes malgré un gémissement de protestation. Il fit comme elle avait dit et se dirigea vers la chambre de la jeune fille. Son cœur battait à cent à l'heure au moment d'ouvrir. Il se serra violemment à la vue de la fille, elle semblait si fragile. Elle était très mince mais également très grande. Sa frange lui donnait l'air d'un enfant. Ses yeux étaient vraiment très beaux. Elle le regardait avec étonnement, assise sur son lit. Elle allait prendre la parole mais il l'interrompit :
« Il faut que tu viennes avec moi, tu es en danger de mort. Il faut que tu sortes d'ici.»
Elle pencha la tête. Elle le regarda tristement, elle semblait perdue. Et répondit :
« Mais pour aller où ? »
Elle semblait si innocente. Il tendit sa main et souria :
« Ici et ailleurs, je m'appelle Giorgio.
-Moi, c'est… Annath »
Elle prit sa main. Il la tira rapidement vers lui, coururent très vite dans le couloir, dévalèrent les escaliers et passèrent à côté de la cuisine où Irina hurla à l'encontre d'Annath :
« Petite sotte ! Tu ne ferras pas deux pas dehors que tu mourras ! Tu vas te perdre, tête de linotte. Hein, la fille sans passé, la femme sans tête ! Petite Garce ! Sale monstre ! »
Giorgio la fit taire en lui mettant dans la bouche un torchon qui était sur la cuisine. Elle ne pouvait même pas le recracher. Il se tourna vers Annath qui avait perdu ses rares couleurs et regardait fixement la folle furieuse. Il lui dit doucement :
« Ne l'écoute pas, je suis ton ami… si tu le veux bien. Tu n'es pas une femme sans tête comme elle dit, pour moi tu es juste une femme sans défense, je serais ton chevalier servant, ton chevalier protecteur. Je ne te laisserais pas tomber. »
Elle releva la tête. Elle n'en croyait pas ses oreilles, il lui offrait son amitié. Pour la première fois depuis qu'elle avait repris conscience d'elle-même, elle eut de faire quelque chose de différent, de vivre. Sans hésitation, elle prit sa main et se dirigea vers la porte d'entrée.
La jeune fille était dans le noir le plus total,
Elle attendait la fin,
Quand soudainement, un chevalier servant l'a secourue.
C'est bon, elle s'est enfuie avec Giorgio, le prochain chapitre sera du point de vue d'Annath. Cependant, ce sera pour dans une semaine ! =)
