Onzième temple.
-C'est la quatrième nuit que tu passes sans moi, Camus. Tu ne penses pas qu'il est temps de parler ?
-Je me repose juste. Je reprends des forces, il n'y a pas de problème.
-Il y a un problème. Il s'appelle Saga et il te monte la tête avec des absurdités. Tu ne fais que t'éloigner de moi.
-Milo ! Je t'ai déjà dit que Saga n'avait rien à voir, si ce n'est le fait qu'il n'a pas à me harceler pour me comprendre.
-Comment veux-tu que je te comprenne si tu te fermes à moi ?! Tu le sais que je manque de patience, mais toi aussi, tu ne veux pas comprendre !
-Laisse-moi tranquille, tu veux ?
-Non. Pas cette fois-ci, Camus. C'est trop simple pour toi de fuir ce qui fâche, alors affronte la vérité en face. Tu me repousses, tu te refuses à moi, tu t'éloignes chaque jour un peu plus. Alors dis-moi ce que je peux faire, parce que je ne compte pas te laisser t'en aller comme si de rien n'était.
-Je ne sais pas ce que tu peux faire. Ou plutôt, oui je sais, mais ça reviendrait à te changer et je t'aime pour ce que tu es. Je ne veux pas que tu regrettes ta jeunesse pour quelqu'un comme moi. Tu vivrais plus… simplement si nous ne nous étions pas mis ensemble.
-Camus…
-Tu ne peux pas tout avoir, Milo ! Une vie volatile, volage, et moi ! Ce n'est pas compatible, je ne suis pas encore fait pour toi, pas maintenant, alors…
-Arrête. Tais-toi… N'en dit pas plus.
-Ce n'était pas le bon moment. Ça aurait finit par éclater à un moment où un autre.
Comment pouvait-il dire ça avec tant de froideur ? Tant de stoïcisme ? Le verseau lui renvoyait l'image que chacun connaissait au sanctuaire, lointain, droit, hautain… détaché. Evidemment, Milo savait qu'il souffrait à chacun des mots qu'il prononçait, cependant rien dans son corps ou son regard ne le trahissait. Ces mots… tranchants comme un rasoir. Comme une fine lame de glace, et le scorpion avait sans doute trop de mal à y croire encore, comme si ces phrases ne prenaient aucun sens dans sa tête.
S'ils s'étaient, depuis le début de leur discussion, regardés sans ciller, face à face, désormais le blond trouvait plus intéressant sa décoration intérieure. Il évitait soigneusement son regard aussi glacial que son cosmos. Milo savait que s'il le regardait, c'en serait fini de sa raison, Camus ou non, il était trop énervé par ce qu'il se passait pour conserver son calme. Tant d'années à combler ses désirs, réaliser ses supplices, lui faire la cour pour ce résultat. Quelques égarements et il s'enfuyait… comme toujours.
-C'est injuste. Camus, ce que tu fais n'est pas juste.
-Cesse ces caprices, Milo. C'est assez. Il faut que tu acceptes les choses telles qu'elles sont.
-Non. Il n'y a rien de juste dans tes paroles et tu te voiles la face.
-C'est fini. Il n'y a rien que nous puissions faire contre ça.
-Tu m'aimes, et je t'aime. Tu nous fais souffrir inutilement.
-C'est fini, Milo.
-Non ce n'est pas fini, ça ne le sera jamais. Tu ne peux pas m'oublier si facilement parce que tu l'as décidé, Camus !
-Je le peux !
Camus l'avait clairement affronté du regard et Milo n'avait pas bougé de place. Parce que le verseau avait haussé le ton, comme il était si rare qu'il le fasse et ça le clouait littéralement sur place, comme s'il n'avait plus la moindre volonté. Le scorpion cherchait, dans le regard de son amant, un signe, un geste, n'importe quoi pour lui dire que ce n'était pas la fin, mais il n'y trouvait rien.
Dix années à lui courir après pour récolter des excuses pitoyables, même pas dignes de lui. C'était tout son monde qui s'effondrait sous ses pieds, son monde, son univers, la raison de son cosmos, de ses jours, de sa vie. Qui s'en allait comme si rien n'avait existé entre eux deux. Il préférait encore se dire qu'il aurait voulu ne pas avoir d'histoire du tout avec lui plutôt qu'endurer une défaite. Et quelle défaite… à en pleurer. À en crever.
Il n'avait pas encore vécu assez avec le onzième gardien. Ils n'avaient eu le temps de rien, pas même de voyager, si ce n'était pour les missions et leur duo était d'une efficacité sans pareille. Ils étaient, et depuis toujours, faits pour être ensemble. Personne n'aurait pu dire le contraire. Depuis combien de temps en était-il amoureux ?
Camus le regardait en chien de faïence, sans ciller, sans bouger. Comme s'il attendait un geste de sa part, le retenir ? Certainement pas. Non, ça ne lui ressemblait pas de demander à qui que ce soit de lui courir au cul –même s'il l'avait fait des années durant. Personne n'aurait su dire ce qu'il attendait réellement. Milo avait perdu le fil de ses pensées, de ses gestes et de ses mots. Quand avait-il perdu tout ça venant de la part de celui qui fut son amant ? C'était à pleurer, de peine, de rire.
-Je suis clairement pathétique. N'est-ce pas ? C'est toujours toi qui décide, qui a le dernier mot. Toujours moi qui me plie à tes exigences. Et encore une fois je vais devoir le faire parce que, quoi que je fasse, tu fuiras, tu partiras et tu me laisseras seul comme un con.
-Ce n'est pas… pathétique. Tu es amoureux, c'est tout.
-Donc ça veut dire que tu ne l'es pas, que tu ne l'as pas été. Si toi tu ne t'es pas plié à mes demandes.
-C'est toi qui a insisté, tant insisté pour qu'on se mette ensemble, non ? Alors assume un peu tes choix.
-C'est toi qui n'assumes pas les tiens ! T'ai-je une fois caché que je sortais, que j'avais des amis ? Je n'y peux rien si tu préfères rester caché dans ton pauvre terrier de livres. Ils se portent bien aujourd'hui ? Je comprends le calme dont tu as besoin, alors pourquoi toi tu me reproches de sortir ? C'est toi qui n'y comprends rien à rien, Camus. Tu es un imbécile à qui il faudrait une paire de lunettes. Parce que tu es aveugle comme une taupe. C'est ça, tu es une petite taupe, dans ton terrier, aveugle, ridicule et minuscule.
-Tu te sens mieux, maintenant que tu craches ton venin ? Ta frustration ?
-Va te faire foutre ! Moi je croyais en toi ! Je pensais que c'était sérieux, que ça durerait ! Tu me berces d'illusions avec tes je t'aime mais tu n'en penses pas un mot ! Tu es un menteur sans scrupules, et un voleur de surcroît ! Parce que tu me voles tout ce que je possède pour me donner de nouvelles croyances, et je te suis aveuglément, parce que je ne jure que par toi, et toi tu te joues de moi ! Tu joues avec moi ! T'es..! Mais dégage d'ici maintenant ! Pars avant que je te retienne de la pire des façons ! Tu as bien entendu ?! PARS !
Milo lui avait craché ces mots à la figure, ne cessant pas de se rapprocher jusqu'à ce que leurs torses ne se touchent, et Camus n'avait pas laissé de terrain. En dehors du fait que, habituellement, il était d'un stoïcisme parfait, le scorpion avait toujours su lire en lui, dans le moindre de ses mots, chaque regard et chaque geste, excepté aujourd'hui. Chaque pore de sa peau respirait la résignation, et s'il fût triste ou écorché de rompre ainsi il ne le laissa en aucun cas paraître.
Et pourtant, qu'il aurait eu envie de hurler sur le huitième gardien, de lui dire de se secouer, de mettre sa menace à exécution. Mais Milo restait Milo et il avait cette capacité, qu'elle fût bonne ou non, à toujours s'en remettre à Camus.
Diable… que le verseau avait envie de le lui reprocher à l'instant, mais plus encore, il avait envie de fuir ce regard pénétrant qui mourrait de savoir lire en lui sans y parvenir.
-Tu auras beau essayer encore et encore, ma décision est prise.
-Ta décision est stupide. Tu crèves d'amour pour moi, et ne compte pas sur moi pour assister à ta folie autodestructrice. Ne me reproche jamais le fait que tu partes sans nous dire le nœud du problème, sans nous laisser réparer. Ne viens pas avec des remords et tes jolis mots. Tu peux essayer de me changer, me mettre plus bas que terre, me manquer de respect tant que tu veux, mais ne me reproche jamais tes propres failles, Camus. Car je ne supporte pas tes injustices et ta mauvaise foi en ce qui concerne tes fautes.
-Soit.
-Tu m'énerves ! Depuis quand me regardes-tu comme un étranger ?
-Si je ne le fais pas, ce sera pire pour nous.
-Si tu ne le fais pas c'est pour toi que ce sera pire. Je te connais sur le bout des doigts et tu te voiles la face, tu fermes les yeux, et quand tu vas les ouvrir à nouveau tu te rongeras les sangs. Toi et moi, on sait vers qui tu te tourneras à ce moment là. Et il y a des choses que je ne pardonnerais pas. Je ne t'attendrais pas éternellement.
-Bien.
Le froid de Camus l'énervait, son calme, son air hautain, tout l'énervait. Il était exactement comme celui qu'il avait connu et après qu'il avait couru. Encore une fois, la sensation d'être un étranger. Mais aussi vrai qu'il s'appelait Milo et qu'il était chevalier d'Athéna, il lui prouverait qu'il n'était pas une ombre.
Sa main droite remonta dans le creux des reins de son amant, ou plutôt ancien amant, il pressa son corps, plus puissant, contre celui plus frêle du verseau.
-Ne me quitte pas.
-C'est trop tard.
-Très bien. Pour ce qui est à venir, sache que je n'ai pas de regrets et que je me fiche bien de ton avis, de tes demandes.
-Que comptes-tu faire ?
-Tu le sais parfaitement. Et je sais que tu le veux aussi. Quand bien même, c'est une mauvaise idée, tu te fiches de savoir si je vais souffrir et combien de temps.
-Milo… Ne crois pas que je me fiche de toi. Au contraire. Alors fais ce que tu veux, c'est la dernière fois.
Le huitième gardien n'avait pas perdu de temps pour prendre possession des lèvres froides de son vis-à-vis, brutalement. Ce baiser sauvage annonçait la couleur des évènements à suivre. Les gestes étaient précipités, déchirant d'un besoin de l'avoir encore une fois pour lui, dirigé par des maux trop bien connus. La souffrance, l'amour, le besoin de l'autre. La fatalité lui tombait dessus comme un rideau de fer qui le condamnait, assassine et cruelle.
Il lui ferait payer. Par la force de cette destruction, de cet amour. Par le corps et le désir inassouvi. Jamais le signe du scorpion n'aurait su mieux lui convenir : Qui s'y frotte, s'y pique. Et Camus s'y était trop frotté. Il était temps de récolter la punition adéquate.
Camus était sa proie, coincé entre le mur et son corps, il n'y avait pas et il ne cherchait pas d'échappatoire. Il était la victime consentante de ce vulgaire désespoir. Avait-il seulement conscience de ce qui l'attendait ? Certainement pas. Le verseau ne semblait pas comprendre ce qu'il allait endurer.
A partir du moment où leurs vêtements furent retirés, il n'y avait plus moyen de faire demi-tour. Le onzième gardien se cambrait sous les gestes rapides, pressants, durs. Il lui semblait même qu'une certaine forme de violence avait prit possession de ce qu'il restait de retenue au scorpion. Milo n'avait jamais eu l'air aussi passionné.
L'étreinte avait été violente, douloureuse et diablement bonne à la fois. Chaque toucher lui avait fait frôler le septième ciel sans toute fois y parvenir. La frustration l'avait gagné de manière rapide et démesurée. Aussi, quand il le pria de le laisser jouir, il n'obtint rien d'autre que les grognements de satisfaction venant de son assaillant. Qui lui, ne s'était pas privé de le souiller une énième et dernière fois.
-Milo, je t'en prie…
-Pourtant Camus, quand je te prie de nous laisser une chance tu es aussi sourd à ma requête que je le suis.
-C'est une punition ?
-Si tu le vois comme tel…
-Une vengeance.
-Au revoir Camus.
-Milo…
Puis il était parti du onzième temple, comme il était venu. Portant en son sein le plus terrible des supplices. Camus l'avait quitté, Camus était parti, Camus l'avait laissé seul. Effroyablement seul.
Milo se laissa tomber sur les genoux une fois chez lui. Ou alors ses jambes ne souhaitaient plus porter ce fardeau. Puis il avait pleuré à en noyer le monde entier. Il n'était plus rien.
Lali-oh ! Ne me caillassez pas tout de suite les enfants ! Non, on repose les couteaux les... poêles ! Qui a lancé cette poêle ? C'est pas gentil, ça, hein ! (Laissez-moi être schizo, merci bien les loulous).
Aloooors grande nouvelle dans ce chapitre, non ? Camus quitte Milo et voilà, on y est enfin, le noeud du problème, ce qui va faire la suite, les changements, les bordels et les crises. Et tout ce qui va avec ! Je me régale à l'écrire, et pas en même temps. Enfin, je me comprends et ça me va. Sur ce, ne m'assassinez pas trop et à bientôt pour la suite les gens !
Team Milo : 2
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