— Trois —

Espagne, Barcelone,
25 janvier
Jour 42

John Watson n'avait désormais qu'une envie, faire cesser les bâillements incessants d'un Gregory Lestrade en manque de sommeil visible.

Il avait également une autre envie, donner la claque de sa vie à un certain Sherlock Holmes qui ne comprenait pas qu'on devait laisser quelqu'un dormir et non pas l'obliger à conduire pendant presque vingt-quatre heures sans pause.

Car bien sûr, Odval les avait remarqué et avait décidé de les semer dans les méandres des routes impraticables des Pyrénées pendant cinq longues longues longues heures et un arrêt à la station essence.

Et ils s'étaient finalement arrêtés à Andorre. Mais elle leur avait filé une nouvelle fois entre les doigts, les laissant sous la pluie infernale du mini pays des cigarettes et alcools détaxés.

Maintenant, grâce à la bonne volonté de Gregory Lestrade, ils étaient à Barcelone, dans le centre ville.

Et Sherlock Holmes courrait comme une bête enragée, poursuivant Odval dans ce qui semblait être devenu une routine ces derniers mois.

— Pardon, désolé. Oups, aïe. Je suis désolé! criait inlassablement John Watson tandis qu'il suivait son A Alpha en trench Burberry, épaulé par Aden le nez dans son portable option GPS satellite. Gregory trainait à ses côtés. Ses paupières menaçaient de se refermer une bonne fois pour toute et l'Oméga se demandait comment on pouvait courir tout en dormant à moitié… C'était peut-être l'expérience du MET.

Les quatre hommes passèrent devant une gigantesque boutique Zara de plusieurs étages à en faire pâlir de peur n'importe qui. C'était cruel comment en Espagne, les prix étaient moins cher que dans le reste de l'Europe et les collections mêlaient style alpha et oméga sans problème. John jeta un coup d'oeil à sa veste en laine et tweed de l'enseigne en question. Son style était toujours… bêta si l'on s'arrêtait aux couleurs. Mais Sherlock et Gregory… Les deux exultaient l'A Alpha. Mais à quoi je pense? On est sensé courser un assassin!

— Non, mais d'un… jura un homme qui venait de se prendre un coude d'Aden en parka jaune criard. L'A bêta avait vraiment un problème avec sa garde-robe. Pour dire vrai, il avait un problème avec tout.

— Désolé! répondit le milliardaire tout en envoyant des messages interminables de son portable.

Ils continuèrent de poursuivre la B Alpha aux cheveux noirs, s'engageant dans une autre ruelle bondée et éclairée par le soleil espagnol. Touristes anglais et hollandais fuyant le froid de Londres, américains en recherche de racine européenne, locaux affligés mais toujours aussi enjoués. Barcelone n'était pas Paris. Heureusement, car sinon ils auraient eu la police à leur trousse une nouvelle fois.

— Greg, par ici! cria le B Oméga en tirant sur le manteau de l'A Alpha qui s'endormait réellement. C'est pas vrai!

Aden sortit enfin de sa torpeur technologique et rangea son téléphone. Il se rapprocha de John et Lestrade, toujours derrière Sherlock qui balançait sa chevelure indomptable en plein dans les visages énervés des passants.

— Nous sommes au centre ville. C'est bloqué, complètement. La police est au courant et nous attend au tournant. L'Espagne n'est pas vraiment un pays très… accueillant pour la SSA, haleta l'A Bêta en se débarrassant de sa parka jaune, dévoilant un pull à capuche rose fuchsia et un pantalon de jogging gris. C'était coloré et très designer puisque tout venait de chez quelques couturiers dont seuls Kalyn et lui en avaient le secret.

— Parfois je… me demande… comment tu fais pour… pour rester… si concentré! jeta John en direction d'Aden.

— Je me le demande aussi! Si je ne me nommais pas Banaart, je n'aurais même pas pu intégrer l'université. De toute manière, ils m'ont viré après deux jours lorsqu'ils ont eu la réponse à mes problèmes scolaires… Les études… sont pas pour moi, justement à cause de ce problème de concentration! Alors j'ai bossé dessus comme un fou! cria Aden tout en évitant deux poussettes et leurs propriétaires choqués. On ne courrait pas ainsi devant de jeunes mères!

— Haha! J'ai cru que… c'était… de plein gré! John aimait bien Aden, qui amenait un vent de fraîcheur dans la SSA remplie d'agents surdiplômés.

— Non! Mais… Attention!

Aden sauta par-dessus une barrière avec une aisance que seuls des agents expérimentés possédaient. John l'imita sans problème. Il se retourna pour voir où en était Gregory, mais…

— Je pense qu'on l'a semé. Le pauvre est… Oops! cria Aden avant de rester ébahi. Gregory les avait semé, s'alignant au niveau de Sherlock, à leur grand étonnement.

John éclata de rire devant leur impossible course poursuite. C'était si… habituel à présent. Et il admirait le travail des intendants. Tous étaient au top physiquement parlant, à l'exception des A Alphas toujours supérieurs à la moyenne.

— Mais où va-t-elle? demanda Aden avant de sortir son portable une nouvelle fois.

Ils étaient devant la Sagrada Familia, majestueuse dans la lumière de l'hiver espagnol, bien plus doux que celui de Paris. Les touristes attendaient patiemment au dehors, certains assis sur des tabourets de fortune, d'autres énervés dans une foison de brouhaha et de senteurs fades. C'était l'Europe et l'abolition de la Loi Internationale avait fait augmenter les ventes de traitements pour individus en mal de dynamiques banales. John n'aimait pas l'odeur de synthèse qui s'y dégageait.

— Je crois qu'elle se dirige vers la Plaça de Catalunya! s'écria Aden avant de se prendre un touriste hollandais en colère.

— Aden! Ça va aller? cria John en retour. L'A Bêta était à terre et tentait de se défaire de l'emprise du hollandais peu ravie d'avoir été dérangé dans son tourisme vagabondant.

Et merde! Je dois me débrouiller seul, et je ne connais rien à cette ville. En plus, on y parle Catalan. C'est ma veine!

Aden lui fit signe de continuer sans lui, ce qu'il fit en l'absence d'autres options. Il devait impérativement rattraper Greg et Sherlock qui avaient longuement disparu dans la foule pressée. C'est dire… Après Bruges et Paris, voilà Barcelone! Pourquoi faut-il toujours que l'on tombe sur des villes touristiques?

Il augmenta la cadence et parvint à retrouver les deux A Alphas qui luttaient contre le vent tellement ils étaient rapides. Sherlock évita de justesse deux grands-mères espagnoles et traversa la Plaça de Catalunya en un éclair, sans prêter attention aux édifices qui surplombaient la place saturée. Gregory sauta par-dessus quelques tapis de marchands ambulants posés à terre et balançant les jouets en vente à terre. Sherlock avait creusé l'écart entre eux. Et Odval courrait, courrait, courrait.

— Greg! cria John en direction de l'ex DI. Ce dernier se retourna en vitesse et lui indiqua la tête bouclée de Sherlock.

— Elle se dirige vers le Passeig de Gracia! C'est une artère commerciale avec arrêts de tramway, cria l'A Alpha en retour avant de rattraper une nouvelle fois l'autre A Alpha sans un regard en arrière.

Ok, je ne suis pas vétéran d'Afghanistan pour rien. Si Mycroft le peut, alors moi aussi!

John imita ses amis. Il envoya un rapide message à Aden au cas où ce dernier voulait les rejoindre. Et il serra les dents, fonçant dans la foule encore plus abondante jusqu'à arriver au niveau des deux A Alphas.

— Sherlock! dit-il tout simplement.

Son alpha le vit et lui envoya un sourire éclatant avant de lui attraper le bras. Ils coururent ainsi, jusqu'à ce que…

— Et merde! grogna Greg entre les dents.

Une ligne de police espagnole leur avait bloqué la route, juste au niveau d'une ligne de tramway. Ils étaient cernés et devaient absolument éviter d'être reconnus. Odval s'arrêta devant eux. Ils ne pouvaient pas faire grand chose, si ce n'était l'observer plantée là, sans une once de sueur et pimpante comme au premier jour. Elle les salua d'un hochement de la tête, avant de dégainer un Glock d'une main gantée d'on ne savait où et de tirer à bouts portants au-dessus de la foule. Elle jeta l'arme au loin, et leur lança un dernier clin d'oeil avant de se noyer dans la tornade humaine qui commençait à courir en tous sens. Un tramway passa à ce moment précis, clairement pour détourner l'attention de l'endroit du tir. La police locale ne savait plus où se donner de la tête. Sherlock, Greg et John en profitèrent pour se fondre dans la marée humaine, rassurés d'être toujours anonymes mais avec la perte d'Odval sur la conscience.

— P'tain! jura Greg avant de se prendre un cou de coude de la part de Sherlock.

Ce dernier demeurait silencieux et continuait de jouer des coudes en discrétion. Ils continuèrent de ramer à contre-sens du courant humain, cherchant à s'échapper de la police au plus vite. Les agents de la SSA ne devaient surtout pas être pris par la police, surtout locale. Ils ne pouvaient donc pas se risquer d'être découverts. Seuls les polices du Royaume-Uni, de Hong Kong et de France étaient leurs alliés. Ils étaient abandonnés à eux même.

Le retour à leur véhicule fut terrible. La police, l'armée, les services de sécurité de la capitale catalane avaient envahi la ville ensoleillée et apeurée par les coups de feu. Odval était douée. Elle savait exactement utiliser la foule et l'environnement urbain à son avantage.

Ils retrouvèrent Aden. Ce dernier était pendu au téléphone avec Ethan au sujet d'une énième crise aux Etats-Unis.

— Non, Ethan… Attends! Je n'ai pas fait… Désolé. Mais ici, vois-tu… Ouais, notre captive. Evaporée… Tiens, ils sont de retour. Pas de blessés dieu merci. Mais… Fais attention. J'ai vu, oui… Toujours mise à prix… Ouais, fais attention pour nous. Reste en vie, ok?, urgeait l'A Bêta tout en faisant les cent pas. Il pointa l'index en direction de Sherlock pour le faire taire avant de raccrocher et de soupirer longuement.

— Elle a disparu une nouvelle fois. Quel désastre. Et les nouvelles vont vite. Ethan et Sally sont déjà au courant pour les coups de feu. Le gouvernement catalan est sur les nerfs et l'Espagne menace de révoquer leur indépendance administrative. La garce! Elle vient de provoquer une nouvelle crise politique, et en Espagne cette fois-ci. Mais que recherchent-ils? râla l'A Bêta avant de se prendre un coup de poing dans la figure de la part de Sherlock.

— Sherlock! cria John. Il se précipita vers son Alpha et l'empêcha de donner un autre coup à leur ami agonisant.

— C'est terminé? dit Holmes en soutenant le regard consterné d'Aden. Ce dernier sembla reprendre ses esprits et se passa la main sur le visage. Il soupira longuement avant de lâcher un rire à demi étouffé.

— Mouais… tu n'es pas le frère de Myc pour rien… Désolé. Je me suis laissé emporter. Le terrain, ce n'est pas vraiment pour moi. J'ai mes limites. Merci Sherlock, concéda à demi-mesure l'A Bêta.

Les quatre hommes se dirigèrent vers leur véhicule et laissèrent Gregory s'affaler sur la banquette arrière. Ce dernier s'endormit aussitôt.

— Laisse-moi faire cette fois-ci, ok? grogna John entre les dents en s'installant derrière le volant. Il ne voulait plus infliger cela à Greg qui était au bord de l'épuisement. La course poursuite vaine l'avait rendu KO.

Sherlock croisa les bras et consentit à la demande. Il s'installa aux côtés de Lestrade, laissant le soin à Aden de servir de copilote.

— Où allons-nous? demanda John dans une voix sûre. C'était l'ancien soldat et agent qui parlait.

— Attends… Je… balbutia Aden en défilant des pages et des pages d'informations obtenues de la SSA.

— Aden, nous n'avons pas le temps. S'il te plaît, s'impatienta John. Il jaugea les différents indicateurs de la Maserati. Parfait, elle est opérationnelle. Le plein a été fait en notre courte absence. Cette SSA… on reconnaît les habitudes laissées par Mycroft.

L'A Bêta avait désormais sorti son ordinateur et une tablette numérique. Il donna la tablette à Sherlock qui se mit aussitôt au travail.

— Ils ont une base en Espagne selon Minerva.

— Elle ne restera pas là, puisque tout le pays est en alerte, coupa Sherlock.

Gregory laissa échapper un ronflement sonore.

— Mais que cherche-t-elle? demanda une nouvelle fois Aden entre deux appels téléphoniques.

John n'avait aucune idée de ce qui se tramait dans l'esprit robotique d'Odval. La B Alpha était une énigme en elle-même. Lavage de cerveau tellement réussi qu'elle n'était plus qu'une coquille vide à l'intelligence redoutablement efficace. Elle savait bluffer, parler, négocier, réfléchir et même provoquer. Mais jamais ses sentiments ne transperçaient son regard de glace.

— Mycroft et elle sont de la même espèce. A la différence que Mycroft agit en tant qu'individu doué de valeurs morales et de convictions. Odval est aussi glaciale et possède une intelligence supérieure à la moyenne. Mais elle agit sous des ordres directs. Notre fugitive est venue ici en raison de la grande base de la Roseraie à proximité. Une autre de cette base existe au Portugal. Les français ont fermé les frontières franco-espagnoles. Elle se dirige donc vers le Portugal. C'est plus facile de passer la frontière en voiture qu'en bateau ou avion. Elle n'a pas les ressources matérielles possibles pour changer d'identité aussi rapidement, déduisit rapidement Sherlock.

— Mycroft n'est pas… glacial, rétorqua Aden avant de se replonger dans ses papiers et stylos infernaux, l'ordinateur posé à ses côtés.

John se demandait comment on pouvait travailler dans une voiture en mouvement sans avoir le tourni ni le mal des transports. Il alluma la radio sur les infos pour changer l'ambiance maussade qui s'était abattue sur eux.

— Pourquoi Mycroft? demanda Sherlock à nouveau intéressé par la vie antérieure de son cher frère.

— Un petit monde… Ouais, c'est bien ça. On n'était pas bien nombreux et l'on se connaissait tous bien. Mycroft avait cette réputation d'être un homme de glace après le décès de Will et le départ de Merry. Mais entre nous, les anciens, on savait que c'était différent. J'ai… on se connaissait bien lui et moi et comme j'avais quitté la SSA de manière officielle du moins, j'étais devenu l'un de ses seuls confidents. On n'a pas vraiment besoin de se parler pour se comprendre. Ça s'est fait comme ça… Kalyn était furax bien sûre.

Aden soutint le regard de Sherlock Holmes, un sourire en coin, défait. Si John n'avait pas connaissance de la complexité des relations qui existaient entre les premiers membres de la SSA, il en avait à présent le coeur net. Mycroft avait le coeur brisé. Kalyn était dévastée et perdue. Aden se dépêtrait dans le remords et le regret. Alice… elle s'était détruite physiquement et mentalement pour n'être plus que l'ombre d'elle-même. Sacha se cachait. Amelia montrait au monde ce que son époux assassiné pouvait faire de mieux, dans un élan de rage et de désespoir.

John se demandait s'ils avaient bien fait en intégrant la SSA. Parce qu'en seulement deux ans, ils avaient changé. Il regarda Gregory Lestrade évanoui dans les bras de Morphée. Il pensa à Anna Ulanov dans le coma. Oui, on commence déjà à s'enliser…,Les relations humaines sont ce qu'il y a de pire.

Et il observa l'amour de sa vie, Sherlock. Oui, les relations humaines sont ce qu'il y a de pire.

*xXx*

Portugal, Porto,
26 janvier
Jour 43

— Putain comme il fait chaud ici par rapport au reste de l'Europe! s'étira Gregory Lestrade en sortant de la Maserati, enfin reposé mais les jambes engourdies.

Ils étaient à Porto. La ville portuaire semblait encore vivre dans son passé glorieux entre les ruelles centenaires, les pierres vieillies et les touristes toujours aussi nombreux. John, Sherlock, Aden et Greg avaient finalement réussi à obtenir quelques informations sur la possible cachette d'Odval. La Roseraie possédait quelques hangars disséminés à travers la ville.

Pour le moment, ils étaient dans le centre ville, et ils admiraient les bâtisses colorées surplombant la baie.

— Bon, nous avons trois hangars à visiter. Le premier n'est pas loin, fit Aden avant de se baisser pour échapper à quelques mouettes.

— C'est vraiment l'hiver? demanda Gregory en sortant ses lunettes de soleil.

— Ouais, mais le réchauffement de la planète rend la météo folle. La dernière fois que je suis venu ici, il faisait froid en hiver, marmonna Aden dans sa barbe, quoiqu'il n'en avait pas.

John rit à la remarque. Il ne faisait pas si chaud, juste ensoleillé. Tous portaient encore des manteaux ou parkas légers et les écharpes n'avaient pas quitté les cous de Sherlock et de Greg. Il faisait juste doux, pas froid. Et la ville était magnifique dans son architecture typique de la grandeur passée des conquistadors.

— Hé, bel oméga! Viens ici! jeta un touriste américain dans sa direction. Il était accompagné de quelques amis et semblait bien aimer John.

Sherlock grogna, rapidement imité par Greg et même Aden semblait s'énerver de l'attitude machiste de l'Alpha.

— Toi le bel alpha, tu ne vois donc pas que je suis lié? Les deux Alphas à mes côtés se feront un plaisir à venir te casser la gueule, hein? cria John en retour. Ce qu'il avait appris durant ces dernières années était de ne plus se braquer, mais de faire avec. C'était ce que Mycroft faisait de mieux: ignorer et au pire, donner quelques coups.

Sherlock ne partageait pas vraiment cette idée. Il attrapa John, le plaqua contre lui et l'embrassa devant la horde d'alphas touristes abasourdis. Et il grogna, montrant ses dents d'A Alpha dominant. John riait à la réaction exagérée de son Alpha. Leurs séjours en Asie les avaient changé, les rendants moins résignés au sujet de l'injustice qui régnait sur les bêtas et les omégas. Ils avaient vu qu'on pouvait tous vivre ensemble sans problèmes.

Greg se grattait le crâne à ses côtés. Il quitta le groupe rapidement pour se diriger vers la boutique en ruine encastrée dans une magnifique bâtisse aux couleurs effacées. Aden le suivit.

— Ces deux-là, ils sont toujours comme cela? demanda Aden le nez à nouveau enfoncé dans son portable.

— Crois-moi, Aden, je pense qu'il vaut mieux que tu n'en saches pas plus pour ton moral, se contenta de répondre Greg avant de se planter devant la porte de la boutique qui menaçait de tomber à la seconde près.

— Voici donc le premier. Jolie cachette pour un hangar déguisé, fit Sherlock qui les avait rejoint.

Et tout explosa.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres,
26 janvier
Jour 43

DCI Gregson observait de son prestigieux bureau le brouhaha matinal du MET, ravie de la tournure que prenait sa carrière. Depuis les départs tonitruants de DI Lestrade, DS Donovan, DI Dimmock et de l'impossible Sherlock Holmes de Londres, il grimpait peu à peu les échelons de la police.

Detective Chief Officer Gregson se leva promptement et alla saluer les nombreux officiers qui s'affairaient en cette belle journée d'hiver. Pour une fois, il ne pleuvait pas, ne neigeait pas encore et ils avaient même le privilège de recevoir un brin de chaleur grâce au temps ensoleillé. C'était une formidable journée et il n'en était pas peu fier. Il venait de recevoir les remerciements du Superintendent pour la dernière affaire résolue et rattrapait peu à peu le retard qu'il avait accumulé par rapport à DI Lestrade et Sherlock Holmes lorsqu'ils formaient encore le duo star de NSY.

Gregson passa devant quelques officiers et PC qui n'hésitèrent pas à le flatter sur sa bonne mine et ses récentes réussites. Cela ne lui déplaisait pas. Il n'était pas Lestrade et ne s'en cachait pas. Jouer les flic bourrus et dépressifs divorcés n'était pas son fort. Il avait une joyeuse famille, avec un bel oméga au foyer dévoué. Parfait, tout était parfait.

Mais il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un brin de nostalgie en passant devant la baie vitrée qu'était celle de Lestrade. Les vociférations de l'ex DI, Sherlock et John Watson lui manquaient, ainsi que les claquements de talons de Sally Donovan. Personne n'avait plus aucunes nouvelles d'eux. Même Dimmock avait disparu des radars, de même que l'étrange homme aux costumes trois-pièces et son assistante Alpha très sexy.

Londres avait bien changé et s'était calmée surtout après la disparition d'Anna Ulanov et l'installation au pouvoir de la douce Amelia Longburn à la main de fer.

Il soupira avant de tout nier en bloc d'un mouvement de la tête.

— Merci tout le monde pour votre excellent travail! salua-t-il l'open office avec un sourire travaillé et sa bonne humeur.

On le félicita une nouvelle fois en retour.

Et ce fut à cet instant que le Superintendant entra en trombe dans l'open office. Il alluma toutes les télévisions disponibles qui se fixèrent sur la BBC World News.

— Mais c'est quoi ça? s'écria Gregson.

— Une catastrophe. Trois hangars ont explosé au Portugal faisant vingt morts à cause d'une guerre entre des organisations inconnues… SSA, Circus, et un truc avec Rose… On aura une crise diplomatique sur les bras si l'on ne fait rien, fit le Superintendant.

Gregson se braqua et salua son supérieur hiérarchique avant de l'inviter à entrer dans son bureau. Ce dernier refusa d'un geste sec et recommença à changer les chaînes.

— Mon Dieu… ce n'est pas… murmura le DCI.

Tout l'open space s'était à présent levé et regardait les images défiler en bloc.

De la fumée, des pompiers, des ambulances, des cris, des journalistes, des flashs de journalistes. Les noms SSA, Circus, Roseraie circulaient sur les lèvres. Et au milieu de tout cela, une Maserati comme on n'en voyait que dans les films. Tout tournait en bloc.

— Ce n'est pas tout, Gregson, ajouta le Superintendent en changeant les chaînes sur la station interne d'Interpol, la police internationale en charge des criminels inter-frontières. Mais tout le monde savait que l'Asie ne collaborait presque jamais sauf récemment.

Les murmures devinrent exclamations, étonnements et l'on entendit même quelques soupirs de soulagement. Gregson pâlissait au fur et à mesure des photos et vidéos qui défilaient.

Sherlock Holmes qui sortait de la Maserati, suivi de John Watson. Les deux étaient pressés et ne lâchaient pas leurs téléphones. Ils avaient changé, devenus plus… distingués qu'ils ne l'étaient déjà. Sherlock portait un trench burberry et une élégante écharpe en soie tandis que John Watson se contentait d'un blazer en laine. Leurs coupes de cheveux étaient modernes. L'Oméga avait une mitrailleuse sur les bras. Gregson trembla d'effroi.

Un autre homme aux cheveux en bataille et grisonnant refermait la porte du coté conducteur. Il enleva ses lunettes de soleil au look rétro et soupira longuement, les mains sur les hanches. Il portait un court manteau sur-mesure, grogna plusieurs fois avant de se frotter le visage.

— Lestrade! C'est Lestrade, Sherlock et l'oméga! cria un DS tout juste promu.

Le Superintendent était tout aussi pâle que Gregson.

Un dernier homme sortit de la voiture, dans une parka jaune criarde et un jogging au logo Givenchy. Il se tourna vers Lestrade et les deux échangèrent des regards inquiets avant de se tourner vers Sherlock et John.

— Je veux l'identité de cet homme, tout de suite! ordonna Gregson qui n'en croyait toujours pas ses yeux.

Que faisaient Sherlock Holmes, John Watson et Lestrade ensemble, à Porto et avec une Maserati?

— C'est Aden Xander Banaart-MacMillan, cria un officier en se précipitant vers le DCI.

— Je veux tout savoir sur eux, les dernières informations disponibles! vociféra Gregson.

— C'est le frère aîné d'Amelia Longburn, notre première ministre et… Ce n'est pas vrai… C'est… C'est lui le milliardaire proprio de la Xander Corp? Quelle famille les Banaart! continua le jeune officier étonné par ses propres recherches.

— Gregson, vous êtes sur l'affaire. Il nous faut absolument les récupérer. Ils sont citoyens britanniques, fit le Superintendent en sortant un mouchoir et s'éponger le front avec.

— Ce… M'sieur, nous avons un problème! cria un autre officier, une bêta aguerrie.

— Quoi! cria le DCI qui perdait pied.

— C'est que… regardez l'écran!

Tout le monde se concentra une nouvelle fois sur l'autre écran qui défilait les fiches identitaires sur les personnes recherchées.

Aden Xander Banaart, A Bêta, Etats-Unis. Statut: civil, liste rouge, niveau dix.

Sherlock Holmes, A Alpha, Royaume-Uni et Hong-Kong. Statut: civil, liste noire, niveau dix.

John Hamish Watson, B Oméga, Royaume-Uni et Hong-Kong. Statut: civil, liste noire, niveau dix.

Gregory Dale Lestrade, A Alpha, Royaume-Uni et Hong-Kong. Statut: superintendant police criminelle Hong Kong, liste noire, niveau dix.

— Putain c'est quoi ce bazars? Lestrade est un A Alpha? Et Hong Kong? explosa Gregson tandis que les voyants rouges s'allumaient les uns après les autres. Niveau dix, liste rouge, voire noire… c'est réservé aux dignitaires du MI-6 et autres CIA normalement! Et Greg en liste noire et Superintendant! C'est quoi cette folie?

La porte s'ouvrit en trombe sur la première ministre en personne, Amelia Longburn en chignon sévère et tailleur Yves Saint Laurent. Ses talons aiguilles Louboutin finissaient de la rendre redoutablement puissante. Elle ressemble vraiment à son frère.

— Vous n'avez que peu de temps pour régler cette affaire avant que les services secrets prennent le relai. Je vous demanderais d'être discrets et de collaborer au mieux avec la police de Hong Kong, merci, ordonna-t-elle les bras croisés.

Le Superintendant et Gregson ne savaient plus s'ils devaient fermer ou ouvrir la bouche. Une sonnerie retentit, Amelia décrocha.

— Salut cher frère. Qu'est-ce qui vous a pris? Vous êtes recherchés par Interpol! Oui… Merci Aden et donne un coup de poing à Sherlock de ma part. Salut Greg… Oui… Non. Je viens de le savoir… Ouais, le vieux bougre comme vous l'appelez. Il t'a promu, désolée. Ne grogne pas… Gregson… C'est ça, oui. Et le Superintendant Howard. Tu le connais, il a été récemment promu lui aussi. Non… Bien, si tu le dis… sur ce… John, salut. Je sais, je suis désolée… Non. Peut-être. Crois-moi, je ne pense pas qu'il faille le prévenir. A Hong Kong, oui. Elle aussi? Sally est au courant. New-York… Merci, elle raccrocha et alla se planter une nouvelle fois devant le bureau en panique du MET.

— Vous travaillerez au coude à coude avec la police de Hong Kong. Le tout juste promu Commissionner Lestrade vient de donner son accord pour étouffer ce malentendu, que cela reste entre nous. Il vous envoie son meilleur élément bilingue Inspector Sally Donovan. Vous avez quarante-huit heures.

Sur ce, la première ministre tourna les talons et sortit en trombe du bureau, laissant le Superintendant Howard, DI Gregson et le reste de l'équipe regarder les informations être modifiées en directe sur l'écran d'Interpol avant de disparaître comme si de rien n'était. C'était de la folie, de la pure folie!

Mais il était déjà trop tard.

La SSA, le Circus et la Roseraie étaient déjà sur toutes les lèvres.


Mouhahaha! J'ai rêvé de cette scène depuis longtemps. Mais le retour de Lestrade au MET promet d'être encore plus hilarant, surtout avec Sherlock et John derrière, héhéhé.

Commissionner, hein? C'est une sacrée promotion! Il n'y a qu'avec des fous furieux comme Myc et Bai Long pour faire cela.

J'aime pas mal les quatre ensemble... Il manque Ethan, mais il est trop occupé dans ses recherches et à sauver sa peau.

Merci pour vos messages et vos encouragements. Je dois y répondre d'ailleurs, ne vous inquiétez pas! :) Sinon pour Caro06, j'ai mis la partie III en entier sur AO3, vous pouvez donc la télécharger.