Hermione avait besoin d'air, et maintenant!

Elle enfila un jean, un pull, ses baskets et sa veste à capuche, elle prit son sac à dos et elle quitta prestement le dortoir endormi, baguette à la main. Elle traversa la salle commune et s'échappa dans les couloirs, se fichant totalement du règlement, et au diable Rusard, elle n'était plus une enfant après tout! Elle avait fait la guerre, elle avait affronté Voldemort en personne, elle était une héroïne, bordel! Et bien qu'elle détestait qu'on la traite comme telle, elle espérait tout de même un minimum d'égard. Et après tout ce qu'elle avait fait, elle estimait qu'elle avait bien le droit de se promener librement dans cette école, elle ne demandait pas la Lune, merde!

Sans s'en rendre compte, trop occupée à sa petite rébellion intérieure, elle se retrouva devant les grandes portes qui donnaient sur le parc, alors elle décida de sortir et de profiter de l'air frais de la nuit. Instinctivement elle descendit la colline et marcha jusqu'au lac. Ses pas la portèrent jusqu'au bout du petit ponton. Elle retira ses chaussures, s'assit au bord et plongea ses pieds nus dans l'eau froide du lac. Elle se pencha en arrière en prenant appui sur ses bras tendus, et laissa ses yeux explorer le ciel étoilé, quand quelque chose apparut dans son champ de vision. Elle hoqueta en se tournant prestement vers l'objet de sa frayeur, et elle se rendit compte avec un grand soulagement que ce n'était qu'un chat.

- Hey, salut toi! Tu m'as fait peur, petite fripouille, lui dit-elle en amorçant un geste affectueux que le chat esquiva en reculant d'un pas. N'aie pas peur... je n'ai pas l'habitude de manger les chats, sourit-elle.

Elle sortit ses pieds de l'eau et replia ses jambes contre sa poitrine, les entourant de ses bras, puis elle posa son menton sur ses genoux. Son regard se perdit un moment sur la surface du Lac Noir sur lequel se reflétait la lune presque pleine. Puis elle tourna doucement la tête vers l'animal qui était assis non loin d'elle et qui, comme elle, semblait contempler le lac.

C'était un beau chat, tout blanc, avec des yeux incroyablement clairs. Elle pouffa légèrement en regardant cet animal qui semblait si concentré que ça lui donnait l'air constipé. Son rire attira l'attention du félin qui la regarda en vrillant une oreille, comme s'il l'interrogeait du regard.

- Je suppose que tu t'en fiches comme de ta première boule de poils mais... moi, c'est Hermione, se présenta-t-elle d'une voix douce. Je dois avoir l'air stupide de parler à un chat, rit-elle en secouant la tête.

Elle cessa de rire et parut soudain gagnée par une vague de nostalgie.

- Pattenrond m'écoutait parler pendant des heures... Il y a certaines choses que je ne disais qu'à lui, et tu sais quoi? Je suis certaine qu'il comprenait tout. Il me manque énormément, se livra-t-elle dans un murmure en essuyant une larme qui venait de s'échapper de ses cils. Je me sens si seule... Je n'ai plus de famille, mes amis vont s'éloigner et vivre leur vie de leur coté, et mon chat – mon confident – est mort il y a quelques jours, juste avant les ASPIC... Je n'ai plus personne. J'ai l'impression que ce monde n'a rien prévu pour moi, pas d'avenir, qu'il m'a simplement oublié... sanglota-t-elle en balayant à nouveau sa joue avec sa manche.

Le chat n'avait pas bougé, son regard toujours fixé dans les yeux ambrés d'Hermione, il semblait attendre la suite.

- Voilà que je te raconte mes petits malheurs comme si ça pouvait t'intéresser, comme si... comme si tu étais Pattenrond, rit-elle sans joie.

- Miow... miaula le chat blanc, d'un miaulement aiguë et très bref.

Ce chat cherchait visiblement à communiquer avec elle, mais que voulait-il lui faire comprendre?

- Je parie que tu as faim, sourit-elle. Et moi je commence à avoir froid...

Elle enfila ses baskets, se mit debout et accrocha son sac à dos sur son épaule.

- Tu peux venir avec moi si tu veux, l'invita-t-elle en arpentant le ponton en direction de la colline.

Elle monta lentement les marches puis arpenta la colline rocheuse, le chat sur ses talons. Il marchait tranquillement derrière elle, le clair de lune rendait son pelage blafard, lui conférant un aspect fantomatique dans cet environnement sombre.

- C'est là, déclara la jeune femme en pointant son index vers une grosse cabane en pierre.

- MioOou? Miaula le félin en penchant la tête sur le coté.

- T'inquiète pas, il n'y a personne. C'était la maison du garde-chasse, mais la directrice lui a fait construire une nouvelle maison dans la forêt, un logis à sa mesure, précisa-t-elle avec un sourire espiègle.

Elle sortit sa baguette et déverrouilla la serrure à l'aide d'un simple Alohomora, et elle entra dans la maisonnette plongée dans le noir. Elle savait bien évidemment où se trouvaient les choses, du moins certaines choses, elle sut donc trouver facilement la lampe à huile et les différentes lanternes disséminées dans la pièce. Elle les alluma une par une, laissant le chat sur le pas de la porte. Lorsque l'intérieur de la maison fut baigné d'une douce lumière, elle retourna à la porte et s'adressa au quadrupède indécis.

- Tu entres ou tu restes dehors? Tu ferais mieux de te décider avant que je referme cette porte et qu'elle t'aplatisse ton joli minois, le taquina-t-elle, persuadée qu'il comprendrait.

- Maw!

- Quoi, c'est l'odeur de chien mouillé qui te dérange? On finit par s'y habituer, tu verras, lui assura-t-elle, amusée.

- Maaaou, râla le chat en entrant finalement dans la pièce, ce qui la conforta dans l'idée qu'il comprenait tout ce qu'elle lui disait.

Elle l'observa à la dérobée tout en refermant la porte, et ne put s'empêcher de sourire en le voyant se dandiner ainsi, avec indolence et fierté, comme Pattenrond mais en plus snob.

- De souvenir, Hagrid rangeait ses conserves là dedans, dit-elle en écartant un rideau qui cachait le garde-manger. Alors... voyons voir ce qu'il y a là dedans... plus grand chose apparemment, constata Hermione en laissant retomber ses épaules. Des maquereaux, ça te tente?

- Maaaou...

- Non?! C'est que je n'ai rien d'autre à te proposer, je suis déso- ah si, s'écria-t-elle en attrapant un pot en hauteur. «Terrine de canard aux olives» lut-elle à haute voix. Tu préfères ça?

- Miiiow!

- Bien, sourit-elle. Tu as des goûts de luxe on dirait, dit-elle en sortant d'un placard deux tasses et une coupelle.

Elle ouvrit le pot de terrine et le vida dans la coupelle en prenant soin de l'émietter avec une fourchette.

- À table, dit-elle au chat qui attendait sur le gros fauteuil en cuir d'Hagrid. Le dîner est servi. Si sa Majesté veut bien se donner la peine... minauda-t-elle en singeant une révérence près de la table.

Elle regarda le félin descendre du fauteuil sans se presser, puis bondir gracieusement sur la table. Il renifla la terrine et commença à manger.

- Dis pas merci surtout, dit-elle, taquine.

- Maooo...

- Je ne sais pas ce que ça signifie, mais j'ai comme l'impression que ça veut dire quelque chose comme «cause toujours» ou «parle à ma patte». Je me trompe?

- Maou... fit le chat d'une voix un peu plus grave, juste avant de reprendre le cours de son repas.

- J'en étais sûre, pouffa-t-elle en secouant la tête.

Elle se tourna vers la cheminée, alluma un bon feu à l'aide de sa baguette et mit de l'eau à chauffer dans une petite marmite. Elle posa sur la table une boite métallique et un coffret en bois qu'elle avait déniché dans un placard. Et quelques minutes plus tard elle remplit sa tasse d'eau frémissante.

- Tiens, tu as sûrement soif, dit-elle en servant à son 'invité' de l'eau fraîche dans la deuxième tasse.

- Miou, lui répondit-il dans les aiguës en venant boire quelques lampées.

Elle lui sourit alors, le regard bienveillant. Elle avait tellement envie de le serrer contre elle et lui faire des papouilles! L'entendre ronronner à son oreille, sentir ces vibrations apaisantes sur son buste, cela l'aurait aidé à trouver une sérénité qu'elle ne trouvait plus depuis que Pattenrond n'était plus de ce monde... Mais son intuition lui disait qu'il n'était pas le genre de chat à se laisser apprivoiser si facilement.