-Bonjour, quelle joie de te revoir.

Au son de cette voix la posture d'Hiro changea instantanément. Il se recroquevilla sur lui-même, dos vouté, tête baissée. Ces yeux étaient résolument fermés. Tadashi observa l'homme qui provoquait cette réaction chez son petit frère. Il était plutôt mince, entre deux âges, sans signes particuliers à une exception prés : son sourire était remarquable. Il avait quelque chose de déstabilisant, de malsain. Personne en dehors de lui n'avait envie de sourire. Alors qu'une ambiance tendue s'installait, lui, semblait surexcité. Alors Tadashi n'eut pas le moindre doute sur l'identité de cet homme. Il était celui qui avait torturé Hiro la veille.

-Alors, combien de temps comptes-tu encore résister, poursuivit-il ? J'aimerais que ce soit encore long, mais mon employeur ici présent ne serrait pas d'accord avec moi.

Un pas après l'autre, il s'approchait. Son rictus trahissait la franchise de ses paroles. Mais s'il était heureux de revoir Hiro, c'était par sadisme. Tadashi sera les poings derrière son dos et se redressa. L'homme arriva à hauteur de Hiro, trop prés au goût de Tadashi. Alors dans un mouvement désespéré mais incontrôlable il tenta de se redresser et d'atteindre Bull. Mais derrière lui un milicien posa sa main fermement sur son épaule et le força à se remettre à genoux.

L'homme au sourire se décida enfin à accorder un regard à Tadashi qui contenait difficilement sa haine.

-Et ça ? C'est pour jouer aussi, demanda-t-il comme un enfant devant une sucrerie ?

Il attrapa le menton de Tadashi et souleva son visage vers lui pour le jauger. Tadashi ressentit aussitôt un immense dégoût mais soutint son regard. Il aurait également voulut protestait, l'insulter mais les paroles restaient coincées dans sa gorge.

-On nous présente ?

-C'est le grand frère d'Hiro. Il s'appelle Tadashi.

-Tadashi vraiment ? L'amour fraternel, délicieux ! Qu'attend-on de moi ?

-C'est simple Bull, annonça leur chef. Rien n'a changé depuis hier. Hiro doit travailler pour nous sans trainer des pieds.

-Des pieds, répéta Bull en riant.

Même leur chef sembla mal à l'aise.

-Il doit pouvoir écrire, parler et garder toute sa tête. C'est clair Bull ?

-Ne me prenez pas pour un débutant. Et le grand frère ?

Après un silence assez long, le chef finit par répondre.

-Tu es totalement libre. Il ne nous servira pas. Mais ne perd pas de vue ton seul objectif. Nous sommes pressés.

-Non !

Hiro venait de quitter sa posture de protection, et avait repris une consistance. Il leva la tête vers le chef et poursuivit.

-Tadashi est intelligent. Il vous sera utile. Vous ne pouvez pas dire ça.

-Je le dis uniquement parce que tu m'y obliges. Pour commencer, quel est le code pour les micro-robots ?

Hiro resta silencieux.

-Change d'avis avant qu'il soit trop tard, gamin !

Le chef sortit en claquant la porte derrière lui. Il ne resta plus que les deux garçons, Bull et l'homme de main baraqué qui retenait toujours Tadashi par l'épaule.

Bull ordonna qu'on ligote aussi leurs jambes entre-elles des pieds jusqu'aux genoux. Puis il les fit assoir sur des chaises l'une en face de l'autre.

-Bien ! Allons voir un peu le nouvel arrivé, jubila Bull.

Il approcha avec délectation tout prés du visage de Tadashi. Il le regardait avec une sorte de passion curieuse qui avait le don de mettre mal à l'aise.

-Tu es beau gosse ma parole, commenta-t-il. Je suis sûr que tu plais aux filles. Tu es beau et intelligent d'après ton frère. J'adore ça. Je crois que je n'ai jamais été aussi gâté. Un grand garçon jeune et sexy et Hiro qui est tellement mignon.

Tadashi tirait sur liens. Ils étaient solides. Il n'espérait même pas pouvoir se détacher mais continuaient quand même. Il quitta alors Tadashi pour rejoindre Hiro mais il s'adressait toujours à lui.

-C'est vrai, un petit ange.

Il lui ébouriffa les cheveux. Ce geste, faussement affectueux, attisa profondément la colère de Tadashi qui ne pouvait supporter de voir cet homme toucher Hiro. Son cœur battait très vite dans sa poitrine et il tirait de plus en plus fort sur ses liens. Les cordes frottaient sur sa peau.

-C'est rare qu'un garçon si jeune ne me cède pas. D'habitude quand on me confie un enfant à torturer ça ne dure jamais plus d'une demi-heure. Avec Hiro j'ai pu jouer tout l'après-midi. Hein, Hiro ? Dis lui à quel point tu es courageux. Il doit être tellement fier de toi.

-Ferme-la ! Taré !

Tadashi n'avait rien dit jusque là. Il savait que c'était exactement ce que recherchait cet enfoiré. D'ailleurs au moment où il avait finit par parler le sourire de Bull s'était élargi. Il le manipulait. Sa main droite se posa sur l'épaule d'Hiro qui fuyait le regard de Tadashi.

-Quoi ? Ca ne t'intéresse pas ? Je suis sûr que tu seras heureux d'apprendre que j'ai déjà entendu parler de toi. Lorsque je torture quelqu'un, surtout un enfant, souvent il appelle à l'aide. Normalement, les enfants appellent leur mère. Mais pas Hiro ! Hiro a crié un prénom : Ta-da-shi.

Hiro baissait la tête pour cacher les larmes qui commençaient à remplir ses yeux et à couler sur ses joues à cause de cette voix, à cause de ses mains. Il était incapable de regarder son grand-frère. Tadashi sentit comme un poignard lui transpercer le cœur. Tout ce qui sortait de la bouche de cet homme était vrai. Inadmissible mais vrai. Hiro l'avait appelé au secours et il n'avait rien pu faire.

-Tu es sûrement curieux de savoir comment j'ai réalisé ces brûlures ? Tu t'es sûrement demandé quel outil j'avais utilisé.

-Enfoiré, explosa Tadashi !

-J'ai grillé ses pieds avec un chalumeau. Je ne l'ai pas approché trop prés bien sûr sinon il y aurait plus de pied du tout.

- Tais-toi !

-Il suffit de mettre la flamme à cinq centimètres et d'attendre. La chaleur augmente à cette distance et ça brûle suffisamment. Mais tu le vois bien.

-Tais-toi !

Bull l'observait toujours attentivement. Il se débattait sur sa chaise inutilement. Toute la haine que Tadashi mettait dans ses yeux, Bull s'en nourrissait. Plus la colère du garçon montait plus il savait qu'il touchait juste. Là, il l'aurait fait taire par tous les moyens, autant dire que son point faible était sans aucun doute assis sur une chaise en face de lui. Et qu'il était entre ses mains. Brisait Tadashi n'aurait même pas pris un quart d'heure mais c'était Hiro la cible.

-Tu as raison, admit Bull plus pour lui-même que pour quelqu'un d'autre. Je parle, je parle et mon patron a dit qu'on était pressé. Et même si mes paroles font du mal à grand frère, Hiro n'a toujours pas changé d'avis.

Il resserra l'emprise de sa main sur son épaule. Il lui demanda :

-Tu n'as pas changé d'avis, n'est-ce pas ?

-Pitié !

La voix d'Hiro était presque inaudible.

-Pitié !

-Tu sais bien que je n'en ai pas. Tu dois juste promettre de travailler pour le chef. Et tu vas commencer par nous donner les codes avec lesquels tu as bloqués les données de contrôle des micro-robots déjà fabriqués.

-Non, dit Hiro, plus pour dire non à ce qu'il se passait qu'à Bull.

-Hiro, donne-leur, demanda Tadashi à son tour !

Hiro secoua la tête.

-Regarde-moi droit dans les yeux, petit ange.

Bull se plaça en face de lui pour le forcer à obéir. Hiro avait ses yeux noirs pleins de larmes et renifla. Le visage de Bull était bien trop proche. Son regard cherchait à l'impressionnait. Il y arrivait.

-Si tu veux, je peux montrer à grand frère le coup du chalumeau, menaça-t-il ? Mais, à priori, avec lui, je ne suis pas obligé de tenir la flamme éloignée. Tu as entendu ? Je suis libre de l'abîmer.

-Faites pas ça ! Laissez-le !

-Mais j'ai une meilleure idée. Quelque-chose que je n'aurais pas eut le droit de faire avec toi. Après le feu, l'eau.