Chapitre 3-Les fantômes

Le groupe fut quelque peu déstabilisé par cet afflux de jeunes, heureusement, les cours débutèrent et la cafétéria et les couloirs se vidèrent. Ils constatèrent qu'il leur manquait une personne : John. Ils le cherchèrent, sans succès. D'un commun accord, ils se dirigèrent vers le salon du personnel. Normalement, il ne devrait plus y avoir de cadavres. Trois enseignants étaient présents, mais ils ne les voyaient pas, concentrés sur leurs copies d'examens. Il y avait une machine à boissons chaudes et tous se servirent un bon café fumant. Harry se portait mieux. C'était comme s'il n'avait pas été malade du tout. Il ne se mêlait toujours pas aux discussions. Kaylee et Sam leur avait parlé du brouillard d'hier et chacun avait ses propres théories sur le sujet qu'ils partageaient. Kaylee et Étienne discutaient vivement. Elle parlait de monde des esprits et lui, d'univers parallèle.

Durant toute la journée ils avaient croisé des gens différents, mais comme dans la cafétéria, personne ne les voyait. Pourtant, ils pouvaient les toucher et même les agresser. Ce que Dean s'apprêta à faire. Sam le retient.

« C'est leur monde ici, d'accord ? déclara le jeune chasseur.

- Je testais, c'est tout ! » répondit l'aîné.

Ils étaient comme des automates : ils ne réagissaient pas à leur présence et poursuivaient leur chemin sans regarder derrière. Aucun ne se parlait. Lorsque Dean se mit à travers de leur chemin, ils le contournèrent, tout simplement.

« C'est vrai qu'on pourrait en tuer un, pour voir, suggéra Harry.

- Non, ils ne nous ont rien fait ! s'opposa Aiden

- Je suis d'accord avec le jeune, approuva Sam.

- Bah, ils n'ont pas de conscience, dit Harry.

- Qu'en sais-tu ?» demanda l'adolescent.

Il n'aimait pas particulièrement Harry.

« Il y a quelque chose d'étrange chez eux. Il a raison, leur conscience semble… endormie, constata Kaylee.

- Que veux-tu dire ? s'intéressa Sam.

- Comme s'ils étaient dans un rêve éveillé. C'est difficile à décrire.

- Réveillons-les alors ? » suggéra Dean.

Il se mit à secouer un des élèves au hasard et il continuait à l'ignorer en essayant de poursuivre son chemin. Lorsque Dean lui fit mal, les yeux de l'élève devinrent complètement blancs et il poussa un cri qui n'avait rien d'humain. Dean se sentit défaillir, comme si quelque chose le drainait de sa force vitale. Il entendit un coup de feu et vit la créature s'effondre à ses pieds. Puis, elle disparut sous forme de nuage grisâtre. Sam rattrapa son frère. Qui donc avait tiré ? Harry, bien sûr. Ce dernier fixait l'endroit où l'être avait disparu puis s'avança vers Dean, intrigué. Le chasseur voulut dire quelque chose, mais en était incapable. Il grelottait. Sam le déposa au sol et lui donna sa veste. Dean s'y emmitoufla aussitôt.

« Fascinant, » s'exclama Harry en l'examinant.

Il prit sa température, le toucha, l'observa, le palpa.

« Tu as bientôt fini, oui ? s'impatienta Dean.

- Mais c'est fascinant ! Je n'ai jamais vu ce type de phénomène auparavant. Tu es entré en hypothermie en moins de quelques secondes et cette chose t'aurait vampirisé à mort si je ne l'avais pas tuée.

- C'est bon là l'illuminé ! jura Dean qui détestait se sentir comme un rat de laboratoire.

- Tu es épuisé et affamé. Ce n'est pas que ta chaleur corporelle qu'elle a prit.

- Ok, la ferme ! » reprit Dean, plus fermement.

- Je crois qu'on devrait partir, » se mêla Evelyne.

Tous les élèves s'étaient immobilisés et les fixaient de leur regard blanc sinistre. Ils acquiescèrent et sortirent par la porte la plus proche.

« J'aurais dû retenir mon tir pour voir comment ça allait se terminer. Serais-tu mort ou transformé en l'une de ces choses ? Je ne le saurais peut-être jamais, conclut Harry, une fois qu'ils furent tous sortis.

« Espèce d'imbécile! Nous avions un endroit chaud et sécuritaire, tu as tout gâché! » Lui reprocha Joan.

La plupart l'approuvait.

« On n'aurait pas pu rester là indéfiniment. Il faut trouver de l'aide et rejoindre les autres survivants, » se défendit le chasseur.

Il ne fit que provoquer davantage de discorde.

Fred et Sam réussirent à calmer leur angoisse et leur frustration. Ils purent ensuite se remettre en marche, malgré certains qui continuaient à le maudire tout bas.

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Dean ne l'avouera jamais, mais Sam savait qu'il était secoué et exténué. Il cherchait un endroit où ils pourraient se reposer. Le jeune Winchester aurait bien aimé aider son frère à se déplacer, mais celui-ci était trop orgueilleux pour accepter son assistance. Sam resta toutefois assez près de Dean pour qu'il puisse s'appuyer sur lui s'il en avait besoin. Ils croisèrent d'autres de ces créatures à l'extérieur et craignaient leur réaction, mais aucune n'en avait, n'ayant pas assistées à la scène.

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Ce soir-là, Sam prit le premier tour de garde pour donner une chance à Dean de récupérer. Il prétendait ne pas en avoir besoin, mais Sam n'en croyait rien. Surtout qu'il s'endormit aussitôt installé. Ils étaient au milieu d'une cour à ferraille. Cela lui rappelait douloureusement le garage de Bobby Singer. Sam était de garde avec Harry, mais il ne le voyait nulle part. Fred était là et buvait un café infecte d'une des machines.

« Je vais revenir, je cherche Harry, lui dit Sam.

- Soit prudent. Tout le monde compte beaucoup sur Dean et toi, tu sais ?

- Oui, je sais. »

Sam s'éloigna. Bientôt il ne vit même plus la lueur rougeâtre de leur feu de camp. Il poursuivit son chemin. Il n'avait aucune idée de ce qu'il cherchait, mais marcher lui faisait du bien. Il ne pleuvait plus, mais l'humidité était restée. Il se dirigea vers un amas de pneus usagés et fut surpris d'y voir une enfant seule, assise sur une pile de pneus. Elle ne devait pas avoir plus de cinq ans. Ses longs cheveux blonds étaient emmêlés et sales et sa robe blanche en haillons avait prit un teint grisâtre. C'était toutefois ses yeux qui troublaient Sam. Ils étaient complètement blancs, mais elle ne semblait pas vouloir l'attaquer.

« Je peux t'aider petite ? demanda-t-il, incertain.

- La nuit tous les chats sont gris, répondit-elle.

- Pardon ?

- La nuit tous les chats sont gris, répéta-t-elle.

- C'est une expression je sais, mais que veux-tu dire exactement ?

- La nuit tous les chats sont gris. »

Sam réalisa que poursuivre la conversation était inutile. Il retint toutefois les paroles de la fillette. Cela pourrait leur servir à quelque chose.

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Il retourna au campement. Il ne voyait pas le feu au loin, il avait dû s'éteindre. Il entendait ces horribles cris d'animaux, mais cette fois, ça semblait se rapprocher. Il hâta le pas et utilisait les tas de ferrailles à son avantage en s'y dissimulant derrière. Il tourna un coin et la pénombre sembla se mouvoir. Illusion ? Il l'espérait.

Il poursuivit son chemin. Les ombres bougèrent de nouveau et certaines parties s'en détachèrent. Une vague silhouette de chien ou de loup, mais aux yeux brillants comme ceux d'un chat était à quelque mètres de lui. L'animal poussa un cri et Sam s'immobilisa, pétrifié d'horreur. Il avait l'habitude des créatures d'outre-tombe et ne les craignait pas, mais celle là était différente.

Le cri perçant s'infiltra par tous les pores de sa peau, lui glaçait le sang et paralysait ses muscles. Malgré son expérience et sa volonté de fer, Sam ne pouvait rien faire, son corps ne répondait plus. Il sentit quelqu'un l'agripper brutalement par le bras.

« Harry, dit-il, rassuré.

- Dépêche-toi! »

Ayant repris le contrôle de son corps, Sam ne se le fit pas dire deux fois et le suivi. Ils rejoignirent les autres.

« Merci. Que sont-ils ? demanda Sam.

- Je ne sais pas, répondit Harry en s'installant pour dormir.

- Je ne te crois pas.

-Si l'envie de te balader seul te prend encore, attends le lever du jour.

- Qu'est-ce qui me dit qu'ils ne vont pas venir ici et festoyer ? On est dix proies potentielles.

- Ton frangin a mit des protections. »

Rassuré, Sam s'endormit.

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Le lendemain, Sam leur parla de sa rencontre avec l'étrange fillette, il ne parla pas des chiens pour ne pas affoler le groupe, même s'ils les avaient entendus hurler toute la nuit.

Ils mangèrent en silence et reprirent la route. Ils avaient convenu de se diriger vers le centre du village. Sam ne remarqua aucune trace de protection autour d'eux : ni sel, ni terre de cimetière, rien, Harry avait menti, mais pourquoi ? Rien de fâcheux n'était arrivé cette nuit-là, mais qu'est-ce qui les avait protégé si ce n'était pas Dean ? Kaylee ? Sam était persuadé qu'elle était une sorcière, mais n'osait pas en parler à Dean qui deviendrait hostile à son égard. Ils avaient besoin d'elle et de Harry pour survivre. Cela n'avait rien de rationnel, c'était juste une impression étrange, quelque chose qu'il ne pouvait expliquer, comme une intuition.

Le centre de la petite ville était animé. Comme dans le lycée, personne ne les voyait. C'était le matin, une matinée grise, et les gens se dirigeaient vers leur lieu de travail. Personne ne se parlait ou ne se regardait. Ils étaient des automates sans véritable existence. Peut-être avaient-ils été réels, jadis ? Lorsqu'il commença à pleuvoir, ils se dirigèrent vers un centre commercial pour s'abriter. Il y avait une bonne variété de boutiques et de restaurants, tout le monde s'en réjouissait. Dean dégusta, selon ses dires, le meilleur cheeseburger bacon de la Terre. Tout le monde mangeait avec appétit, sauf Harry qui les observait en sirotant un café.

« Est-ce que c'est bon ? finit-il par dire.

- Délicieux. Tu devrais essayer, lui suggéra Dean.

- J'ai déjà mon repas, » répondit-il en lui montrant trois gros rats morts, ou quelque chose s'en rapprochant.

Sans se préoccuper de l'air dégoûté du groupe, il s'installa dans un coin et commença à faire un feu et à dépecer ses rats. Par chance que personne ne le voyait !

« Tu vas foutre le feu au centre commercial ! l'avertit Aiden.

- Ne t'en fait pas pour ça et mange. »

Il obéit, surtout parce qu'il était affamé. Comme d'habitude, Harry gardait les restes de son repas pour plus tard. Personne ne comprenait pourquoi il préférait manger ces horribles mutants plutôt qu'un repas délicieux déjà préparé et gratuit. Ils se disaient que l'individu n'était pas sain d'esprit. Seule Kaylee semblait perplexe.

Lorsqu'ils eurent terminé de manger, Tous firent quelques achats. Ils se dirigèrent vers la sortie du centre commercial. Il fallait trouver deux voitures qui arrivaient à démarrer (ils n'avaient pas été chanceux de ce côté) et qui n'étaient pas utilisées par les spectres. Ensuite, il leur fallait un endroit pour la nuit. Il était encore tôt, mais plus vite il trouverait un gîte mieux ce serait.

Ils s'arrêtèrent finalement devant un motel assez banal, malgré les protestations de certains qui ne comprenaient pas pourquoi ils n'avaient pas choisi un hôtel luxueux. Harry conduisait la première voiture. Il avait décidé, sans demander l'avis des autres, bien sûr. Dean le suivait. Sam ne comprenait pas le choix de Harry, mais comprenait celui de Dean. Les deux frères avaient passé leur vie dans ce genre de motel. Dean ne voyait pas l'intérêt de prendre un hôtel chic.

« Pourquoi ici ? s'exclama Joan, lorsque tout le monde fut en face du bâtiment.

- Pourquoi pas ? lui répondit Harry.

- ça m'a l'air infect, jura-t-elle.

- l'hôtel de luxe est à quelques pâtés de maisons, je ne vous retiens pas, » conclut-il.

Personne ne bougea, convaincu.

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Dean et Sam s'affairèrent à créer des pièges de protection. Kaylee et Harry les observait, intéressés. Les autres se dirigèrent vers les chambres pour y déposer leurs achats. Dean changea de pièce.

« Pourquoi as-tu choisi ici, Harry, Dean je sais, mais toi ? Pas que ça me dérange, mais je me le demande, dit Sam, intrigué.

- Souviens-toi de ce que la fillette a dit, Sam.

- La nuit tous les chats sont gris. Et ?

- Repose-toi et réfléchit. Je t'en reparlerai demain.

- Si tu ne disparais pas comme John. Explique-nous maintenant, se mêla Kaylee.

- Les apparences sont trompeuses. La réalité, cette réalité autour de nous me semble douteuse. Je ne fais pas confiance à mes cinq sens.

- C'est pourquoi tu préfères des rats mutants grillés à des repas plus appétissants ? Devina le chasseur.

- Je sais que les mutants sont réels.

- La nourriture que j'ai mangée m'a semblé réelle. Le goût, la texture, l'odeur… c'était vrai, s'exclama Kaylee, bien que perplexe.

- Peut-être. »

Pendant la nuit, Sam fit des rêves étranges et se réveilla affamé. Harry avait-il raison pour les illusions ? Il se leva et se dirigea vers les cuisines. Il mangea plus que nécessaire et remonta, persuadé qu'il ferait une indigestion. Plus tard, il se réveilla de nouveau, encore affamé. Il retourna manger. Le phénomène se répéta une troisième fois. Il descendit à la cuisine et pendant une fraction de seconde, son environnement changea. Les cuisines étaient sales, abandonnées. Les tables et les comptoirs usés tenaient difficilement debout. Des détritus de toutes sortes les encombraient. L'odeur en provenance des réfrigérateurs était abominable. Le chasseur secoua la tête et la vision disparue. Il se retrouva de nouveau dans une cuisine impeccable. Toutefois, il n'osa pas se prendre à manger.

Le lendemain, Harry ne semblait pas disposé à partager son butin avec lui. Il ne pouvait le blâmer. Il ne restait pas grand choses de ses rats. Sam savait d'avance qu'il lui dirait non, donc il tenta une autre approche.

« J'aimerai aller chasser avec toi aujourd'hui.

- Pourquoi ?

- Pour savoir comment débusquer ces proies que je ne vois pas. Ça pourrait être utile.

- Oui, ça pourrait, mais pourquoi veux-tu chasser des mutants alors qu'il y a tout ça à portée de main ? dit Harry en pointant le reste du groupe qui dégustait leur copieux petit déjeuner.

- Je crois que tu as raison pour l'énigme.

- Alors allons-y ».

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Harry l'amena à l'extérieur et pointa un coin particulier derrière quelque haie.

« Je ne vois rien, avoua le chasseur.

- Non ? c'est plein de rats. Ils pullulent. »

Sam avait beau chercher et regarder avec toute son attention, il ne voyait rien.

« Je suis désolé Harry… »

Harry l'ignora, concentré. Il avait un couteau à la main. Puis, d'un mouvement vif poignarda quelque chose qui couina. Sam vit la créature. Ça ressemblait à un rat, mais mélangé à un raton-laveur et il avait la grosseur d'un gros chat domestique.

« Wow! Je ne vois rien j'essaie mais….

- Tu n'y arriveras jamais si tu es incapable de briser l'illusion. Le commun des mortels n'y arrive pas, le filtre de perception est trop fort, mais tu es un chasseur. Tu devrais pouvoir le faire et ton frère aussi. »

Harry s'approcha et lui empoigna la tête de ses deux mains pour l'immobiliser.

« Regarde! » Lui ordonna-t-il avant que le chasseur puisse répliquer, et il vit.

Sam vit les haies se dissoudre pour faire place à quelques herbes rabougries. Le bas du mur de l'hôtel était fissuré à plusieurs endroits et les rats s'y aggloméraient en troupeau.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ? demanda Sam, inquiet.

- Ça ne durera pas indéfiniment, aller, attrape un rat! » lui ordonna-t-il et Sam s'exécuta.

Entretemps, Harry en avait attrapé deux autres. Sam en captura un seul et l'illusion se dissipa.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ? » demanda de nouveau le jeune Winchester.

Harry esquiva la question.

« Bon, faut les faire cuire maintenant, tous. La viande se garde plus longtemps lorsqu'elle est cuite. »

Sur ce, il se dirigea vers le motel et Sam lui emboîta le pas. Il n'allait pas le laisser s'en sortir ainsi, pas cette fois.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ?

- Ce que tu m'as demandé de faire, te montrer à chasser les mutants! » S'impatienta-t-il.

Sam n'insista pas davantage pour le moment. Il allait revenir sur le sujet, mais une autre fois.