CHAPITRE 4 : Préparations
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Cobb ferma silencieusement la porte de la chambre derrière lui, jusqu'à ce que le verrou se ferme avec un petit clic sourd. Instinctivement, il observa la nuit noire du couloir cherchant un signe que quelqu'un l'avait découvert, mais le couloir ne lui renvoya que l'écho de son silence. Prudent, il ne fit pas rouler son bagage sur le parquet poli, il se glissa silencieusement jusqu'au bout du couloir. Une partie de lui trouvait ridicule le fait qu'un homme mûr se faufile à travers sa propre maison, mais il savait que c'était pour le mieux.
Progressant à la vitesse d'une tortue sur le sable, il atteignit la cuisine où il s'autorisa une pause pour respirer un peu. La maison était presque complètement noire, les uniques sources de lumière se rapportant aux divers objets électroniques de la salle de séjour. Il était très tôt le matin, l'aube pointait tout juste son nez sur le ciel noir, premier signe du jour. Cobb lança un œil à sa montre ; il avait encore une bonne heure devant lui avant de devoir partir pour l'aéroport, qui n'était qu'à 20 minutes de la maison en passant par l'autoroute.
Laissant tomber sa main, Cobb attrapa sa valise, et fut sur le départ quand le bruit familier d'une porte qui s'ouvre le stoppa brusquement. Il retint sa respiration, priant pour que le son ne fut que le fruit de son imagination et s'immobilisa, telle une statue.
"Papa?" couina une petite voix dans le couloir, un mélange de peur et de curiosité l'agitant.
Cobb relâcha sa respiration. Bien que sa vision ne se limite qu'à ses deux pieds, il n'eut aucune difficulté à reconnaître la voix de son propre fils.
"Oui, James, c'est moi," dit-il, cherchant l'interrupteur sur sa gauche et allumant la lumière. En une seconde, la lumière blanche inonda la salle à manger et révéla un petit garçon s'attardant à l'angle du couloir, toujours habillé de son pyjama bleu. Cependant, dès qu'il aperçut Cobb, James courant impatiemment vers son père, enroulant ses bras autour de sa taille.
"Hey, chéri," sourit Cobb chaleureusement en soulevant son fils dans ses bras, "Qu'est-ce que tu fais déjà levé?"
"J'ai fait un-un cauchemar comme quoi tu t'en allais de nouveau," expliqua James en butant sur quelques mots, "Du coup, je-j'ai voulu vérifier que tu étais toujours là."
Il leva les yeux sur Cobb, souriant légèrement quand son visage confirma que son père ne les avait pas quittés à nouveau.
La douleur aiguë de la culpabilité traversa le cœur de Cobb comme une balle et il reposa son fils à terre, s'accroupissant à son niveau.
"James, écoute, il faut que je te dise quelque chose," admit Cobb en poussant une chaise de la salle à manger pour ne pas perdre l'équilibre.
Saisissant le sérieux dans le ton de la voix de son père, le sourire s'effaça du visage de James et il regarda attentivement son père quand il parla.
"Je ne voulais pas le dire, à ta sœur et toi, mais il me faut partir à nouveau. Pas pour autant de temps que la dernière fois, mais je dois y aller," commença Cobb en choisissant précieusement ses mots.
Le sourire effacé du visage de James prit la couleur de la peur, l'horreur et la désolation.
"Mais tu avais promis," gémit-il doucement, des larmes se formant au coin de ses yeux, "tu-tu avais promis que tu ne partirais plus jamais."
Cobb détourna son regard du visage de son fils, tentant d'empêcher son cœur de se briser à chacun de ses mots.
"Je sais que je l'avais promis, mais je serais très vite de retour, je serais revenu avant que tu te sois rendu compte que je sois parti."
"C'est ce que tu avais dit la dernière fois!" cria James, en tirant sur le pantalon de Cobb comme pour lutter contre ses larmes.
Cobb flancha, comme si les mots de son garçon le giflaient violemment. Il ne pouvait supporter de faire autant de mal à son fils et c'était pour cette raison qu'il avait prévu de partir à l'anglaise, pour éviter ton ce chagrin.
Prêt à tout pour effacer les larmes du visage de son fils, Cobb tenta alors une parade risquée.
"Je te promets que je serais de retour pour ton anniversaire."
A peine l'eut-il dit qu'il le regretta aussitôt. Le cinquième anniversaire de James avait lieu dans moins d'un mois, sur le thème de l'aviation autour duquel James avait eu tellement de bonheur lors des récentes années. Son cinquième anniversaire était un bon arrangement pour James ; étant le plus jeune des deux enfants de Cobb, il attendait toujours avec impatience son anniversaire, et cela représentait beaucoup que, pour une fois, son père soit de la partie.
"Tu le promets?" demanda James, l'espoir traversant sa voix brisée.
"Oui, je te le promets," dit Cobb avec un grand sourire, scellant son destin, "mais il faut que tu me promettes une chose, d'abord."
Les yeux de James s'illuminèrent instantanément, exciter par l'idée de faire une faveur spécial à son père.
"Je veux que tu prennes soin de ta sœur pendant mon absence. Je vais lui manquer, mais elle me manquera aussi. Sois certain qu'elle le sache et qu'elle ne soit pas triste. Tu peux faire ça pour ton papa?"
James confirma fièrement, déterminé à exaucer le vœu de son père en échange de son retour rapide à la maison.
"Maintenant, retourne te coucher et rappelle-toi : je serais là bientôt." le poussa Cobb, guidant James dans la direction de sa chambre.
James commença à trottiner jusqu'à sa chambre, mais s'arrêta en chemin. Il tourna les talons et couru donner à son père une dernière étreinte forte d'émotions.
"Tu vas me manquer, papa. N'oublie pas de revenir bientôt."
Souriant chaleureusement, Cobb observa son fils retourner au lit, gardant son visage en image lorsque la porte se referma sur son garçon et qu'il se retrouva seul à nouveau dans le silence de sa propre maison.
"Tu devrais arrêter de faire des promesses que tu ne pourras pas tenir, Dom," dit une rude voix de femme. Avançant dans la lumière, une femme aux cheveux gris, de l'âge de Miles, fronça les sourcils d'un air déçu.
"Qui a dit que je ne la tiendrai pas?" questionna Cobb, se redressant de sa position accroupie. "Si tu veux savoir, je pourrais être de retour mardi déjà."
"Ou ne pas être de retour du tout," rétorqua la femme, la déception évidente dans sa voix.
Cobb ne releva pas son commentaire, changeant rapidement de sujet.
"Depuis combien de temps tu étais cachée dans l'ombre?"
"Je viens d'arriver," insista la femme, avançant un peu plus dans la lumière et décalant ses valises vertes au milieu du couloir. Avançant vers Cobb, elle posa ses mains sur les épaules du jeune homme.
"Sois prudent, Dom, tu en décevrais plus d'un si tu ne devais pas revenir." dit-elle, nostalgique, à son beau-fils.
"Je reviendrais, Sophia," promis Cobb, récupérant ses valises au sol et les faisant rouler jusqu'à la porte. "Tu sais quoi faire, pas vrai?"
Sophia hocha simplement la tête, "Sois juste certain de savoir ce que toi, tu dois faire. On t'attendra jusqu'à ton retour."
Cobb acquiesça et salua la femme âgée et, sur ce, il ouvrit la porte sur le monde où l'aube l'accueillit.
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"Ok, vérifions tout ça encore une fois," insista Yusuf, en réalignant les différents sédatifs chimiques sur son bureau pour la millième fois.
"Encore? C'est vraiment nécessaire?" demanda impatiemment Arthur en observant le chimiste.
"Tu tiens tellement à ce que tout le monde pourrissent dans les limbes par ta faute, parce que tu n'as pas mélangé les bons produits chimiques?" coupa Yusuf en colère, en levant la tête vers Arthur.
Après avoir passé des heures entières au laboratoire, à mélanger des produits chimiques et à concocter des sédatifs pour toutes les situations possibles, les deux hommes arrivaient gentiment à leur point de rupture, surtout quand une petite panne de courant les avait mis en retard.
Arthur prit une grande respiration, essayant de reprendre le contrôle de lui-même pour éviter de sauter à la gorge du chimiste.
"D'accord, ok, désolé, vraiment."
Yusuf jeta un œil à l'organisateur, pas 100% convaincu. Néanmoins, il commença sa liste, expliquant tous les détails sur les trois sédatifs à Arthur comme à un officier de l'armée. Cependant, après 3 répétitions concluantes, sans une seule erreur, Yusuf posa son stylo sur la table.
"Très bien, ça devrait faire l'affaire," conclut-il, en emballant les produits chimiques dans une solide mallette noire.
La fermant hermétiquement, il la mit entre les mains d'Arthur.
"Ne perd pas ça. Je sais qu'un chimiste n'est pas autant important qu'un architecte ou qu'un extracteur, mais le contenu de cette mallette est indispensable au PASIV." Expliqua-t-il, en regardant Arthur la prendre fermement entre ses mains.
"Je comprends," dit sérieusement Arthur, incroyablement attentif à ne pas faire tomber la mallette et de réduire à néant son précieux contenu.
"Je suis désolé, je ne peux pas t'aider plus que ça, mais je suis sûr que tu sais ce que tu dois faire pour la ramener," déclara Yusuf, le visage sérieux.
"Je le ferais. On le fera tous." promit Arthur, resserrant son emprise sur la mallette.
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Ariadne s'assit, le dos contre la porte en métal froid, les yeux fixés sur le plafond bétonné et laissant son esprit divaguer. C'était la seule chose qu'elle pouvait dans cet endroit froid pour ne pas devenir folle, ne pas le laisser se torturer entre les mains de son ravisseur. Son esprit, ses rêves, était les seules qui lui restaient, tout le reste, son innocence, sa liberté, sa voix, lui avait été arrachée. La nuit après son enlèvement, son ravisseur lui avait donné 2 règles:
1) Interdiction absolue de parler, sauf si quelqu'un lui parle. Dans ce cas, ne répondre que par oui ou non.
2) Suivre les ordres sans discuter, quelques soient les tâches demandées.
C'était les seules règles qu'elle avait à suivre et, étonnamment, la première s'était révélé la plus coriace.
Elle n'avait jamais transgressé ses règles, mais les avait suivies à la lettre, y mettant l'horrible prix du silence. Avant, elle avait toujours adoré le silence ; après de longue journée au collège, elle préférait le silence de son dortoir ou de la bibliothèque plutôt que les coins populaires, comme la cafétéria ou la cour. Mais là, elle désespérait, voulant entendre une autre voix humaine, même la sienne, plutôt que cette horrible voix écailleuse. La seule voix qu'elle avait entendue depuis son enlèvement.
Bien sûr, elle avait pensé qu'il avait des complices, elle l'avait entendu parler au téléphone à des gens sans nom. Occasionnellement, elle l'avait entendu la mentionner (pas comme Ariadne, mais "la fille") avec Arthur, Dom et Eames. Ça la tuait de ne pas savoir ce qu'il se passait, ce que cet homme avait prévu pour elle et ses amis. Regardant à nouveau le plafond, elle pria silencieusement pour que tout le monde aille bien.
Dans une salle isolée aux murs nus, un homme est penché sur le téléphone, assis à une table de métal.
"Des nouvelles?" demanda-t-il, ennuyé, comme s'il connaissait la réponse à sa question.
"L'avion de Cobb a quitté l'aéroport il y a 20 minutes ; il est en chemin pour Londres. Le vol de l'architecte est prévu dans quatre heures, même destination. Eames est toujours à New York et il a acheté une grande camionnette blanche chez un concessionnaire local."
"Et Arthur?"
"Il vient d'obtenir les sédatifs chez Yusuf."
"On dirait que tout prend place, gentiment," dit-il simplement. "Cependant, je n'aime pas cet histoire de se rencontrer plus tôt et de chercher des indices. Je doute qu'ils trouvent quelque chose, mais autant prendre ses précautions. Kavin, arrange-toi pour que l'avion de l'architecte ait du retard, de 24 heures.
"Pas de problème, patron," fut la réponse à l'autre bout du fil.
"Bien," dit-il, puis étouffa un petit rire. "Ils n'en ont aucune idée, n'est-ce pas? De se qui se passe réellement?"
"S'ils le savaient, je doute qu'ils soient venu."
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