Hello there ! C'est là que commence le H/C... avec plus de hurt que de comfort pour le moment, et peut-être un peu plus "violent" que ce que j'écris d'habitude.
Chapitre 4 – Comment briser un Vulcain
Kirk se dirigeait vers les portes de l'ascenseur lorsqu'il aperçut son premier officier, qui venait tout juste de finir une conversation avec un lieutenant qui passait dans le couloir, et lui fit signe de le rejoindre.
- Je crois qu'on ferait mieux de passer directement au prochain secteur et de laisser complètement celui-ci. Selon l'ordinateur, les probabilités d'une vie intelligente sont plus élevées dans le suivant, dit Kirk au Vulcain qui prenait place à ses côtés.
- Cela me semble parfaitement logique, acquiesça Spock.
- Ici Sulu. J'appelle le capitaine Kirk.
Le bourdonnement du communicateur, presque abrutissant, emplit l'espace réduit de l'ascenseur et Kirk échangea avec Spock un regard entendu. Tous deux savaient très bien que les officiers sur la passerelle n'avaient aucune raison, à moins d'une urgence, d'appeler le capitaine. Ce dernier, tout en approchant sa bouche de l'appareil, eut l'impression que les événements troublants des dernières heures, après l'avoir talonné de près, l'avaient à présent rattrapé et s'étaient pesamment installés au fond de ses tripes.
- Je vous écoute.
Pendant quelques secondes insoutenables, seul le silence lui répondit, puis le pilote parla enfin :
- Capitaine…
Sa voix était hésitante, inquiète. Kirk plissa les yeux en constatant que Sulu avait du mal à trouver ses mots.
- La distorsion… Tout le panneau de contrôle… Plus rien ne fonctionne.
Les sourcils de Spock, sous l'effet de la surprise, s'envolèrent, tandis que Kirk sentait son cœur bondir hors de sa poitrine avant de cesser de battre. Les mots « le panneau de contrôle ne fonctionne pas » n'avaient jamais été prononcés à bord du vaisseau. Il s'autorisa quelques instants pour respirer profondément et parvint à étouffer la panique qui montait irrésistiblement en lui.
- Rien ne fonctionne, Sulu ?
- Nous sommes encore en orbite, monsieur… J'ai essayé de passer en distorsion comme vous me l'avez demandé, mais… ça n'a pas marché, capitaine ! Il n'y a même pas eu un message d'erreur ni une alarme… rien du tout ! Les commandes ne répondent plus.
Le capitaine comme le premier officier percevaient très clairement la stupéfaction dans la voix du pilote. Kirk s'adossa au mur. Il se sentait étrangement calme face aux événements qu'il commençait à assimiler. James Kirk était un homme plus qu'intelligent, et il savait bien que les faits qui s'étaient succédés n'étaient pas de simples coïncidences. Il sentit son estomac se contracter douloureusement en réalisant que quitter les lieux ne serait pas aussi simple que prévu.
- Capitaine.
Kirk sortit de sa stupeur et leva les yeux vers Spock, qui s'était approché et se tenait à présent devant lui. Quoique parfaitement calme, il sentait la peur s'insinuer dans son esprit et une fine pellicule de sueur lui mouiller le front. Le Vulcain, en face de lui, ne paraissait pas affecté par la situation (ce qui n'avait rien d'inhabituel), et fixait le capitaine de son regard ferme et tranquille.
- Ce sont eux, dit doucement Jim.
- Oui, approuva Spock – et son regard en disait plus long que ses paroles.
Sans un mot, ils se préparèrent à affronter ensemble le danger indistinct qui menaçait leur vaisseau. Ensemble, comme deux les parties d'un tout, ils avaient le potentiel pour être invincibles. Aussi longtemps qu'ils feraient front tous les deux, ils pourraient guider l'Enterprise au milieu d'un labyrinthe de rasoirs et s'en sortir indemnes. La porte de l'ascenseur s'ouvrit et Kirk esquissa un geste pour sortir, mais Spock posa doucement une main sur son épaule pour l'arrêter.
- Je suppose qu'à présent, ils vont nous contacter ou bien tenter quelque chose contre nous. Je vous en prie, Jim, souvenez-vous qu'ils nous ont déjà prouvé de quoi ils sont capables, alors que nous pensions de telles actions impossibles. Soyez circonspect quand vous parlerez avec eux, si vous devez le faire ; vous êtes irremplaçable sur ce vaisseau.
La voix de Sulu, provenant de la passerelle, ainsi que le son assourdi des alarmes, résonnait sur les parois de l'ascenseur. Kirk soupira et offrit au Vulcain un léger sourire.
- Autrement dit : « soyez prudent et ne dites rien de stupide ».
Malgré le brouillard d'adrénaline qui l'envahissait, comme toujours dans des situations telles que celle-ci, il sourit au Vulcain. Spock haussa un seul sourcil avant de hocher la tête en signe d'approbation.
- Cette formulation me semble en effet appropriée.
Ils sortirent tous deux de l'ascenseur pour se retrouver sur la passerelle, au milieu d'un chaos indescriptible.
- Les fonctions gravitationnelles du pont numéro 5 sont affectées, capitaine.
- L'ingénierie rapporte des problèmes…
- Monsieur, les communications ne fonctionnent plus !
La voix des officiers se mêlaient au vacarme des alarmes, le tout renforçant l'angoisse presque palpable qui émanait de toutes les personnes présentes sur la passerelle. Kirk essaya de se focaliser sur ce que lui disaient ses coéquipiers, mais le son continu des alarmes l'empêchait de se concentrer.
- Avant tout, tout le monde à son poste, immédiatement. Calmez-vous. Que quelqu'un éteigne ces fichus trucs. Gardez la tête froide et écoutez-moi, ordonna-t-il avec l'autorité qui lui était naturelle.
L'équipage, tout à sa confusion et à son angoisse, était en train de perdre pied, mais Kirk gardait l'esprit parfaitement clair, et voyait plus clairement encore ce qu'il devait faire : foutre le camp d'ici. Spock, en quelques longues enjambées, atteignit le panneau réservée à l'ingénierie et en manipula les commandes jusqu'à l'extinction des sirènes d'alarme. Alors que la passerelle redevenait progressivement silencieuse, Kirk enregistra inconsciemment l'arrivée brutale du docteur McCoy.
- Qu'est-ce que c'est que ce foutoir, Jim ? s'écria-t-il.
- Une minute, Bones, juste une minute, répondit le capitaine.
Il prit une profonde inspiration, expira doucement, et embrassa la pièce d'un regard.
- Je pense, commença-t-il, que nous sommes tous d'accord, n'est-ce pas ? Tout d'abord l'apparition inexpliquée de ce vaisseau, puis la disparition de nos données, et maintenant la perte de contrôle de l'Enterprise… Une forme de vie intelligente est là, dehors, et elle sait que nous sommes ici. Le plus important est de garder notre sang-froid. Ensemble, vous tous, moi-même et ce vaisseau, nous avons déjà affronté beaucoup de choses. Nous allons nous en sortir cette fois encore. Ensemble. Compris ?
Il laissa son regard errer sur la passerelle, se poser sur les visages des membres de l'équipage en qui il avait le plus confiance. Ses collègues – ses amis. Malgré tout ce qui les menaçait, malgré l'inconnu qui les attendait, Kirk n'aurait voulu être nulle part ailleurs que sur la passerelle de ce vaisseau.
- Suivez mes instructions à la lettre, ordonna-t-il. Uhura, ajouta-t-il en se tournant vers elle, ouvrez toutes les fréquences possibles, même les ondes industrielles. Peut-être pouvons-nous…
Une voix l'interrompit.
- Homosapiens.
Kirk, alarmé, pivota brusquement sur ses talons et se retrouva face à face avec un extra-terrestre, d'une espèce totalement inconnue de la Fédération. Son corps et ses membres avaient une allure presque humanoïde, mais il était exceptionnellement grand et étonnamment mince, et d'un noir absolu, qui obscurcissait la vision – une noirceur qui semblait absorber toute la lumière autour de lui. Des écailles rugueuses, irrégulières, repoussantes, le recouvraient entièrement. Ses yeux aux pupilles noires cerclées d'un anneau blanc, profondément enfoncés dans les orbites, semblaient posséder un pouvoir ensorcelant. De son regard, comme du reste de son corps, émanait une impression de discordance.
- Des humains… et… un Vulcain ? s'étonna-t-il, découvrant ceux qu'il était venus chercher.
Sa voix émettait un crépitement étrange et les mots qu'il prononçait résonnaient si profondément que l'air vibrait presque autour de lui. Le lieutenant Uhura eut soudainement la certitude que l'aura du diable ressemblait à celle de cette créature.
Sa tête sombre se tourna vers Spock qui, méfiant, le corps tendu et sur le qui-vive, mais les yeux écarquillés, totalement fasciné, sentit son esprit s'emballer face à l'inconnu. La vague d'adrénaline qui parcourait son corps aux moments les plus critiques le surprenait toujours, et il avait d'autant plus de mal à l'accepter qu'elle était inattendue.
- Je suis le capitaine James Kirk. Qui êtes-vous ? demanda Kirk pour détourner l'attention de la créature loin de son premier officier.
L'image de l'alien tressauta soudainement, apparaissant et disparaissant par intermittences pendant quelques secondes, comme l'écran brouillé de parasites d'une ancienne télévision terrienne. Puis il tourna lentement la tête vers le capitaine. Un hologramme ? Kirk ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il possédait un avantage certain sur la créature, s'il était capable de déterminer qu'elle n'était pas réellement présente. Il se redressa, prêt à faire face et à défendre son vaisseau.
- James. (La voix de l'être bouillonnait comme de la lave fondue.) Tu vas pouvoir m'aider.
Kirk haussa les sourcils en guise de provocation face à cette exigence. Il hocha la tête et se frotta le torse, cherchant montrer son assurance. Il ne succomberait pas à la crainte que l'alien cherchait clairement à lui inspirer.
- Bien sûr, répondit-il. Bien sûr, je peux essayer de vous aider. Nous sommes des explorateurs. Nous cherchons à reculer les frontières de nos connaissances scientifiques et à tisser des liens avec tous ceux qui, comme nous, veulent apporter dans la galaxie la paix et la prospérité. Venir en aide à ceux qui en ont besoin est mon travail ainsi que mon désir. Pourquoi avez-vous besoin de notre aide ?
- Moi-même et les miens avons été laissés pour morts sur cette planète. Nous souhaitons la quitter.
- Vous souhaitez que l'on vous emmène quelque part ?
- Non.
La voix de la créature suintait de dégoût. Plus Kirk la regardait, plus son sang se glaçait dans ses veines, et plus il sentait son courage vaciller.
- Nous sommes différents, James, reprit la voix. Nous pouvons faire des choses qu'une espèce comme la vôtre serait incapable de comprendre. Nous comprenons des choses dont vous n'avez même pas conscience.
Kirk sentit ses réserves de patience s'amenuiser devant l'assurance inébranlable de cette prétendue supériorité. Il serra les mâchoires.
- Pourquoi avez-vous besoin de mon aide ? insista-t-il, tout en soutenant le regard crépitant d'électricité statique de l'alien.
- Notre forme de vie nécessite un cristal. Un cristal qui n'existe que sur une certaine lune, en orbite d'une certaine planète, dans un certain amas d'étoiles, à deux jours solaires humains d'ici. (Le dégoût avec lequel il prononça le mot « humains » flotta un instant dans l'air.) Tu n'es pas arrivé jusqu'ici par hasard, James. Tu vas nous rapporter ces cristaux.
Kirk se permit un léger rire. Peut-être la créature se croyait-elle très maline et était-elle persuadée qu'elle s'était jouée de ces humains, de ces êtres si inférieurs, en se matérialisant par le biais d'un hologramme, mais Kirk l'avait presque immédiatement reconnu pour ce qu'il était. Il crispa les poings, sachant pertinemment qu'un hologramme ne pouvait guère causer de dommages à bord – pas plus qu'un tableau électrique usagé. Ses narines frémirent de colère réprimée devant le petit jeu malsain de l'extra-terrestre.
- Est-ce une demande polie ou un ordre ?
- Je ne demande pas, répondit la voix glacée.
McCoy, qui s'était appuyé sur la main courante située derrière le capitaine, pouvait presque entendre le bruit de son propre cœur résonner contre sa cage thoracique, et il se demanda presque distraitement s'il était sur le point de faire une crise cardiaque. Il était médecin, doué d'un solide bon sens et d'une certaine intuition, et il pressentait que tout cela allait mal se terminer. Il essaya d'évaluer le nombre d'officiers présents dans la pièce, se demanda combien d'entre eux maîtrisaient les premiers soins, et enfin ce qu'il serait en mesure de faire lui-même si tout tournait mal. Il se surprit à prier il ne savait quel dieu – n'importe lequel ferait l'affaire – pour que Kirk les sorte de ce pétrin.
- Vous prétendez avoir une connaissance approfondie de l'univers, déclara Kirk, et cependant vous nous traitez, mon équipage et moi-même, comme si nous étions une espèce primitive destinée à vous servir comme vos esclaves. Une telle attitude me semble caractéristique d'une intelligence limitée.
- Cela signifie-t-il que vous refusez ?
- Je vais vous dire ce que ça signifie. Il y a un vieux proverbe sur Terre, un proverbe qui existe depuis des siècles : « nous ne traitons pas avec des terroristes ». Je crois qu'il parle de lui-même.
Kirk se sentait engourdi par les endorphines. Il savait qu'il ne discutait qu'avec l'image d'un extra-terrestre, une image qui n'avait de réalité que sur la surface de la planète, mais il jouait tout de même à la roulette russe avec un monstre. Dans le silence qui s'installa tout à coup, sa propre respiration lui sembla résonner comme le tonnerre.
Les yeux de Spock étaient restés rivés à l'alien. Il avait parfaitement conscience de ce qui se passait sur la passerelle, mais son esprit s'était comme dédoublé pour étudier la créature avec son habituelle curiosité scientifique. Puis il tourna le regard vers Kirk, admirant la façon dont il assumait son rôle de capitaine. Il s'agissait d'une des choses que Spock savait immuables : les compétences nécessaires pour faire un prodigieux capitaine étaient inextricablement liées, pour toujours, comme une seconde peau, à l'être qu'était James Kirk. Les mots qu'il prononça face à la créature convainquirent Spock (irrationnellement) que cet homme parviendrait toujours, quoi qu'il arrive, à mettre l'Enterprise en sécurité.
Tout à coup, il sentit une vague glacée parcourir tout son corps, et l'air cessa brusquement d'alimenter ses poumons. Il entendit le cliquetis du déverrouillage de sécurité du plus proche tableau de contrôle, dont les fils enchevêtrés, bien à l'abri de leur boîtier quelques instants auparavant, se mirent à onduler pour venir s'enrouler autour de ses jambes, les liant comme une corde. Le monstre avait tendu la main vers le Vulcain et l'espace vide entre eux se chargea soudainement d'électricité. Les éclairs sifflants et crépitants qui jaillissaient des doigts longs et noirs avançaient rapidement vers la silhouette immobile de Spock en quelques secondes, ils passèrent de blancs à noirs, avant de devenir bleu électrique. Les lumières de la passerelle clignotèrent, affolées, et la pièce devint sombre, éclairée par intermittence par des éclairs d'un bleu criard qui illuminaient d'un côté la créature noire et sans profondeur, de l'autre Spock, prisonnier des câbles qui montaient à présent jusqu'à sa taille. La secousse lui fit pousser un cri de surprise et de douleur – une douleur différente de toutes celles qu'il avait expérimentées jusqu'ici – et les liens se resserrèrent encore autour de lui, envoyant des pulsations de souffrance sous sa peau. Il ferma les yeux et se mordit la langue pour ne pas crier, refusant de laisser l'alien savoir que son attaque avait parfaitement atteint son but.
Le tout s'était déroulé en un instant. Kirk sentit son cœur s'arrêter de battre et son corps se pétrifier. Quelques heures auparavant, ils avaient aperçu un vaisseau fantôme, et maintenant un extraterrestre sans pitié était en train d'emprisonner son meilleur ami dans un piège mortel.
La douleur était intense. Des fils s'échappèrent du plafond et s'abattirent sur Spock pour resserrer leur prise sur ses avant-bras et hisser le Vulcain au-dessus du sol, dans une semi-lévitation. De nouvelles vagues de souffrance le traversèrent, noyant ses poumons qui essayaient vainement d'aspirer de l'air.
- Arrêtez ! hurla Kirk. Vous allez le tuer, arrêtez !
- C'est un Vulcain, n'est-ce-pas, James ? répondit la voix grave dans un crépitement. Son corps peut supporter tout cela. Sache juste que je peux vous faire subir mille fois pire – à lui, à toi, à tout ton équipage.
Kirk vit avec horreur un câble s'extirper de l'enchevêtrement de fils et glisser vers la gorge de Spock. L'électricité qui émanait des mains de l'alien flotta dans l'air depuis ses doigts jusqu'à ce câble et le renforça alors qu'il s'enroulait autour de la mâchoire et de la bouche du Vulcain. Ce dernier se débattait comme il le pouvait, luttant de toutes ses forces contre ses liens, refusant de tout son être ce qui lui était imposé, mais la torture s'amplifia et sa vision s'obscurcit. Il se rendit alors compte qu'il était en train de hurler de douleur, mais ses cris étaient atténués par les câbles qui l'étouffaient. Kirk sentit son cœur se briser en l'entendant.
- Qu'est-ce que vous voulez ? hurla-t-il.
Son corps tout entier s'était raidi sous l'effet conjugué de la panique et de la fureur. Tous les doutes qu'il avait pu avoir au sujet des capacités de cette créature s'étaient évanouis, et il ne voulait, ne désirait qu'une seule chose, libérer Spock de cette énergie répugnante que l'alien infiltrait dans son corps. Il se noyait dans sa propre impuissance.
La chose éleva légèrement la main, les doigts tordus dans un angle monstrueux, en parfaite adéquation avec l'hostilité qui irradiait de tout son être, puis il les serra dans un poing rageur.
- Je veux ces cristaux, ricana-t-il avec une passion malsaine.
Quel que fût le pouvoir de l'extra-terrestre, il était en train d'augmenter, et des points bleus commencèrent à danser devant les yeux déjà voilés du Vulcain. Avec une terreur croissante, McCoy constata que la force de Spock diminuait à vue d'œil : la façon véhémente dont il se débattait au début était à présent réduite à une tentative désespérée pour lutter contre l'évanouissement qui le menaçait.
- D'accord, d'accord ! J'irai les chercher, vos foutues pierres, mais laissez-le ! Relâchez-le !
Après une interminable seconde, l'énergie qui entourait les fils sembla exploser et le corps de Spock fut brusquement relâché. Il tomba à terre comme une enclume. Plusieurs officiers crièrent anxieusement son nom, mais leurs voix furent noyées par celle de l'alien. Les lumières clignotèrent quelques instants avant de retrouver leur puissance antérieure.
- J'ai programmé votre plan de vol, gronda la voix. Ta tâche est simple, James Kirk. Récupère les cristaux et rapporte-les-moi. Va directement où je t'ai dit d'aller, n'explore pas la lune, n'explore pas les étoiles, ne désobéis en aucun cas à mes ordres. Si tu fais ce que je t'ai dit, vous aurez la vie sauve et vous serez libres de partir.
A l'instant où Spock s'était effondré, McCoy avait sauté par-dessus la main courante et s'était précipité à son côté, ignorant totalement la créature qui se trouvait sur la passerelle. Il s'agenouilla près du Vulcain qui gisait, inerte, sur le sol, et posa deux doigts sur son poignet. Tout en comptant les battements erratiques de son cœur, il tourna la tête vers le monstre qui désignait Spock, toujours inconscient. Le médecin ne put s'empêcher de le foudroyer du regard, furieux de ce geste qui lui semblait obscène.
- Et souviens-toi, James, à l'instant où tu dévieras de ta course, ton ami le bâtard mourra.
Il cracha ce dernier mot avec tant de venin que Kirk fut incapable de respirer pendant un moment.
- Je te suggère de ne pas perdre de temps, capitaine. Si tu essayes de mettre mes pouvoirs à l'épreuve, si tu choisis de t'enfuir, non seulement tu auras sa mort sur la conscience, mais sache que la même chose arrivera à chaque membre de ton équipage. Ne vous leurrez pas : vous ne pourrez pas vous libérer de mon contrôle uniquement parce que mon corps demeure sur cette planète. Vous irez donc là où je vous ordonne d'aller, puis vous reviendrez m'apporter les cristaux.
En proie à une colère noire, McCoy sentit de la bile remonter le long de sa gorge. Lorsqu'il avait vu les câbles exploser autour de Spock et le corps de ce dernier tomber à terre, il avait cru que le premier officier était mort. Ç'avait donc été avec un soulagement angoissé qu'il avait senti sous ses doigts le pouls, quoique faible, du Vulcain. Sa peau était devenue incroyablement pâle, comme si une teinte grisâtre s'était répandue sur tout son corps, à tel point que le médecin le reconnaissait à peine.
- Entendu, murmura Kirk en avalant sa salive avec difficulté, les poings crispés et tremblants.
La créature se redressa et baissa la tête, menaçant Kirk du regard, rivant ses yeux aux siens pour lui rappeler ses nouveaux devoirs. Puis l'hologramme s'évanouit en laissant la passerelle aussi vide qu'elle l'était quelques minutes auparavant.
Le capitaine attendit quelques instants, afin de s'assurer que la menace avait bel et bien disparu, avant de se précipiter aux côtés de Spock et de McCoy. Chekov demeura à son poste, mais il s'était levé et regardait la scène avec une profonde inquiétude. Uhura, la main plaquée sur la bouche, priait pour que le Vulcain, pour qui elle avait le plus grand respect, ne fût pas aussi mort qu'il semblait l'être.
- Bones… commença Kirk.
- Il est vivant. (Cette déclaration fut accueillie par un soupir de soulagement collectif.) Mais il est faible. Extrêmement faible. Je n'ai encore jamais vu un Vulcain dans cet état.
- Qu'est-ce que je dois faire, Bones ? murmura Kirk, une main posée sur l'épaule de Spock.
Il se demandait où était passée la stabilité qu'il avait éprouvée si peu de temps auparavant.
- Je ne sais pas, Jim, répondit McCoy en secouant la tête. Je ne sais pas dans quel pétrin on s'est fourrés. Mais je sais juste que Spock est sur le fil du rasoir et que je dois absolument l'emmener à l'infirmerie tout de suite.
McCoy passa un des bras du Vulcain autour de son épaule et Kirk fit de même de l'autre côté. Ils le soulevèrent avec précaution et le hissèrent entre eux deux, les pieds traînant par terre et si parfaitement immobile que Kirk dut lutter contre la vision de son enterrement, qui s'imposait à lui.
- Que disent les panneaux de contrôles, Sulu ?
Le capitaine jeta un coup d'œil par-dessus son épaule en direction du pilote, qui baissa les yeux vers lesdits panneaux, de nouveaux illuminés et selon toute apparence parfaitement fonctionnels. Après en avoir informé son supérieur, il plaça les mains sur les commandes, anticipant les ordres qui ne pouvaient pas manquer de lui être donnés.
- Distorsion, facteur 6, en direction de… de l'endroit où l'ordinateur nous dira d'aller.
Comme il s'apprêtait à quitter la passerelle avec McCoy, Uhura déclara doucement que les communications fonctionnaient également de nouveau. Elle regarda les trois hommes pénétrer dans l'ascenseur – la silhouette tremblante du capitaine, qui semblait épuisé, le visage rougi du médecin, qui respirait lourdement, et entre eux, le corps immobile, comme mort, du commandant Spock.
Le bruit de la porte qui se refermait sur eux résonna sur la passerelle redevenue silencieuse.
