« Bonjour Yuuki ! »

Cette voix beaucoup trop enjouée pour moi me donne des nausées. Je regarde avec dégout cette femme qui vient tous les jours me voir.

Aujourd'hui, elle est là, vêtue d'une longue robe blanche et elle porte un panier en osier dans les mains.

« J'ai fait des cookies, tu en veux ?

-Non. »

Elle pose le panier la table et vient s'assoir près de moi. Son ventre rond me dégoute. Elle semble heureuse, pleine de vie et je n'arrive pas à l'accepter.

Avant, c'était moi qui était si heureuse et elle était comme moi je suis maintenant. Nous avons comme inversés nos rôles et je ne l'accepte pas. Elle semble avoir accepté la mort de … comme si … comme si il n'avait jamais existé.

« Alors, comment vas-tu aujourd'hui ?

-J'allais bien … jusqu'à ce que tu arrives. »

Elle rit doucement et s'installe plus confortablement dans le fauteuil. Elle ne reste pas loin d'une heure avec moi, faisant à elle toute seule la conversation. Puis elle s'en va, en me souhaitant une bonne fin de journée et en me promettant de revenir le lendemain.

Parfois, j'ai envie de lui hurler de ne jamais revenir et que sa présence provoque une crise à chaque fois qu'elle part.

Seulement, aujourd'hui, je joue l'indifférence. Elle quitte ma chambre et je reste assise à regarder le ciel bleu.

La porte de ma chambre s'ouvre à nouveau et le Docteur Matsumoto vient s'assoir à côté de moi sur mon lit.

« Bonjour Yuuki. »

Je lui offre un signe de tête en guise de réponse et je sens son sourire.

« J'ai vu qu'une amie venait vous voir tous les jours en ce moment.

-Ce n'est pas mon amie.

-Ah ?

-C'est la femme du Docteur Takeshima.

-Vraiment ? Tiens, c'est étrange…

-Quoi donc ?

-Je ne le savais pas marié. Encore moins que sa femme était enceinte ! »

Il rit doucement et je soupire.

« Que voulez-vous ?

-Je suis venu voir comment vous alliez. Vous savez, je regrette beaucoup d'avoir abandonné votre dossier… mais le Docteur Takeshima me donne l'évolution de votre état. Il parait que vous vous êtes confiée à lui.

-Il parait.

-Vous venez avec moi ? »

Je vois sa main devant mon visage et je la prends. Il me conduit hors de ma chambre. Il m'emmène dans une petite cafétéria et nous nous installons à une table.

« Vous voulez boire quelque chose ? »

Je dénis et il acquiesce. Il se commande un café et le sirote doucement devant moi. Que cherche-t-il ?

Il pose son gobelet doucement et prend une grande inspiration.

« Yuuki, je dois vous avouer quelque chose …

-Hmm ?

-Le Docteur Takeshima m'a dit que vous avez un frère et que vous n'avez aucune nouvelle de lui depuis un certaine temps … alors j'ai fait des recherches … et je l'ai trouvé…

-Vous avez fait quoi ?

-Je … eh bien … j'ai pris contact avec lui et …

-Et quoi ? En quoi vous ai-je permis de fouiner dans ma vie ? Vous n'avez pas ce droit Docteur ! »

Je me lève de ma chaise et commence à partir. Mais il m'arrête d'une main sur mon avant-bras.

« Yuuki, je ne voulais pas vous blesser. Je voulais simplement que vous retrouviez votre frère et votre sourire, afin de pouvoir recommencer une vie normale. »

Je plonge un regard empli de colère dans le sien et je dis d'une voix froide :

« Votre intention était peut être noble, mais elle reste impolie envers moi. Si vous teniez vraiment à moi, vous vous seriez contenté de rester dans l'ombre et de laisser le Docteur Takeshima faire son travail.

-Je pensais que revoir votre frère permettrait de vous rendre le sourire… je pensais bien faire.

-Je vous suis reconnaissante, mais vous n'avez pas à agir sans mon consentement. »

Je soupire et passe ma main dans mes longs cheveux noirs.

« Et pourtant, le Docteur Matsumoto a raison. »

Je me retourne et vois le Docteur Takeshima.

« Comment ça ?

-Le fait de revoir les personnes qui vous ont conduit à être dépressive peut jouer un rôle inverse. En résumé, vous pouvez redevenir comme vous étiez avant en les côtoyant de nouveau.

-Et si je ne veux pas ?

-Eh bien, il se peut que vous restiez ici toute votre vie. Le Docteur Matsumoto en est arrivé à la même conclusion que moi. C'est pour ça que je vous ai envoyé Linoa. Pour que vous repreniez contacte avec elle.

-Vous voulez dire que revoir mes anciens « amis » serait en quelque sorte mon remède ?

-Oui. Mais si vous ne voulez pas, je ne vous force pas.

-Mes « amis » m'ont tourné le dos quand j'avais le plus besoin d'eux, croyez-vous que je vais vouloir les revoir ?

-C'est vous qui voyez. Je pense même que revoir vos parents serait bien pour vous.

- Mes parents n'en ont rien à faire de moi. Tout comme ils n'en ont rien à faire de Ryo. Que je sois ici ou ailleurs, ça leur importe peu.

-Vous savez Yuuki, tant que vous ferez des crises de colère, je ne peux pas vous laisser sortir d'ici. Mais si vous arrivez enfin à maitriser cette colère, alors vous pourrez rentrer chez vous.

-Je n'ai plus de chez moi… je n'ai plus de chez moi parce que lors d'une crise, l'appartement à bruler… »

Je lève un regard emplie de larmes vers le Docteur Takeshima qui s'approche de moi doucement et pose ses mains sur mes épaules.

« Yuuki, je suis sûr que Linoa serait heureuse de vous avoir près d'elle le temps que vous trouviez de quoi vous loger.

-Et moi je doute de pouvoir revivre comme avant … »