Il avait bloqué sur cette vidéo à peine ses yeux posés dessus. Quelques secondes étaient passées, il ne pouvait que continuer à la regarder.
Dessus, il le regardait. Juste lui, rien que lui.
Il le regardait bouger. Ses moindres mouvements, il les observait. La fluidité, la lenteur qu'il mettait volontairement dedans. L'érotisme avec lequel il faisait bouger son corps, ses membres.
Il tournait autour de la barre, lentement, sensuellement. Il évoluait dessus comme s'il s'agissait de lui-même, une extension de son corps.
Sa main qui passait sur son corps, longeait son visage, tout en regardant la caméra. Comme s'il sentait les regards de tous ses observateurs, et le leur rendait.
Ses doigts qui parcouraient sa peau pale, longeant ses épaules, ses abdos, s'attardant sur sa poitrine, avant de continuer, passant sur son ventre, ses hanches…
Ses mouvements se décomposaient, tellement lents, qu'ils attisaient plus efficacement que n'importe quoi d'autre.
Il savait y faire pour faire monter la tension, doucement, tranquillement, sans se presser. Comme s'il avait tout son temps.
Il était beau. Il était même très bien foutu. Trop bien foutu pour sa santé mentale.
Rien qu'à voir ses yeux, il tombait dans la spirale infernale de la luxure. Cet éclat qui brillait, qui disait « Viens, je ne suis qu'à toi ». A peine il le voyait qu'il voulait le toucher. Il faisait tout pour que les gens qui le voyaient en aient envie.
Il en devenait fou. Il ne pouvait que le regarder bouger, derrière cet écran, impossible de le toucher. Alors qu'il faisait tout pour charmer son public, pour le séduire, et il y arrivait tellement bien. Il savait faire les bons gestes, au bon moment. Il te faisait rentrer dans sa dance, par sa dance, prêt à te faire exploser. Il voulait le goûter, savoir quelle saveur avait ce jeune homme qui devinait la moindre de ses pensées avant qu'il ne les ait.
Il avait juste droit à un avant-gout, il ne pouvait regarder la vidéo en entier. Mais de ce qu'il voyait, cela suffisait à le mettre dans un de ces états…
Dans la description de la vidéo, il y avait l'adresse de la boite dans lequel il bossait.
Il se demandait s'il n'allait pas y aller un jour.
Il s'agissait d'un club reculé, dans une ruelle acculée, qui n'ouvrait que tard le soir, le crépuscule déjà couché. A la nuit tombée, il se mettait à danser. Dans la salle embrumée par les fumées des cigarettes allumées, les projecteurs entièrement tournés vers lui mais qui ne lui rendait pas sa beauté. Il ne pouvait que le regarder de loin, s'impatientant, perdant patience de le voir si loin. De là où il était, il ne pouvait que le regarder, se disant que la distance, qu'elle soit technologique ou physique, le faisait vraiment chier. Pourquoi n'était-il pas là, à porter de ses doigts ? Pourquoi ne pouvait-il pas le toucher, comme il l'avait tant rêvé, désiré ?
Pourquoi ne pouvait-il pas être assis devant lui, au lieu de sur la scène ?
Il avait besoin de lui juste devant lui.
Dans ses rêves, c'était caresses et sueur. Dans ses draps, enroulés, leur deux corps emmêlés. Lui prêt à chevaucher, lui à bouger.
Caresser du bout des doigts le visage fin, descendre en touchant le coup jusqu'à ce dos, continuer jusqu'à la rondeur des fesses, les saisir à pleine.
Il l'aurait rien que pour lui, jusqu'au bout de la nuit. Dans toutes les positions, avec tous les mouvements, tant qu'ils pouvaient se coller l'un à l'autre et se faire plaisir.
Ils réalisaient tout ce qu'il voulait, n'importe où.
Il pensait à ce qu'il pouvait lui faire, à tout ce qu'ils pouvaient réaliser. Rien que d'y penser, cela le mettait au bord de l'explosion.
Il le voyait au dessus de lui, son sourire en coin sur son visage malicieux, ses yeux rougeoyant légèrement voilés par l'envie. Son corps pâle, fin et couvert de sueur chevauchant le sien, tressautant au rythme de ses coups de rein. Il se mouvait sur lui avec cette même fluidité que lorsqu'il bougeait sur sa barre. Et sa voix qui s'élevait, forte, luxurieuse, résonnant à ses oreilles comme une mélodie ravissante qui ne l'apaisait en rien, au contraire. Il n'était qu'à lui. Il avait chaud, très chaud. Un feu qui brulait dans ses entrailles. Sous ses doigts, la peau était pareille, brulante, et douce. Qu'il aimait la caresser et la marquer.
Qu'est ce qu'il voulait que ses fantasmes se réalisent.
Il en avait marre de la distance entre lui et la scène, et de la technologie, il voulait l'avoir près de lui, le toucher, l'embrasser. Le faire sien, et qui sait, le garder à ses côtés. Partager sa folie avec lui, la chaleur de ses sentiments. Passer une étape.
Il en voulait. Et dans ses fantasmes, lui aussi en voulait. Oh que oui, qu'il en voulait.
Il en voulait, il en voulait, il en voulait. Et il se devait de lui en donner.
De la chaleur, de l'envie, de l'amour. Des caresses, du sexe, de la passion.
Il le regardait de loin, comme toujours. Et lui, il se demandait s'il le voyait. Ses yeux était toujours aguicheur, ses mouvements provocants. Il ne savait pas à qui c'était adressé. Il espérer que parmi la foule, il le voyait, il dansait pour lui. Qu'il faisait tout ça pour lui.
Les projecteurs qui ne lui rendaient pas honneur, dont il faisait fi.
La fumée qui rendait la salle embrumée, dont il passait outre.
Pourquoi ne venait-il pas devant lui ?
Il avait besoin de l'avoir juste devant lui.
Juste pour lui. Qu'il ne puisse l'avoir que pour ses yeux à lui.
Il savait qu'il était fichu. Qu'il était trop obnubilé par lui pour que sa vie redevienne normale. Pas sans lui.
Ayo Technology - Milow
Le manga ne m'appartient pas, pas plus que la chanson dont j'ai puisé l'inspiration. Seul ce texte est de moi.
