"D'abord, il faut retrouver Kairi," je récapitule, mangeant un des beignets dont, visiblement, Axel a fini par s'enticher. Ca ne fait que trois jours que je suis ici, et j'ai l'impression qu'il s'en enfile tous les jours. Et pas qu'un. Et le problème, c'est que je l'imite. Sauf que si monsieur à des allures anorexiques, à son rythme, je vais finir par rouler sur le sol. "Mais pour ça, il faut aller à la Forteresse Oubliée. Et visiblement, elle est bien protégée. J'imagine qu'elle accepterait de nous rejoindre de son plein gré, mais-"

"Hé, t'as oublié la magie de mes portails des ténèbres, mh ?"

"Hé, oh," je le reprends. "Si elle est dans un lieu sécurisé par le Roi, je t'assure que ton portail, il passera pas."

"Alors on marchande. Kairi ou un sort. Elle doit être avec les deux débiles, ça devrait fonctionner"

Je soupire, bien que légèrement amusé. Axel semble se porter de mieux en mieux, et ça fait plaisir à voir.

"Ce sont des amis de Sora, alors ne les traite pas de débiles," je rétorque. "Je pense qu'en leur montrant la lettre, ça devrait probablement fonctionner. Mickey m'a dit où elle était, c'était peut-être pour ça."

"On ne saura pas tant qu'on y est pas."

Je désigne mon beignet à moitié entamé, lui intimant silencieusement que je souhaiterais au moins finir mon petit déjeuner - non parce qu'en vrai, je crève de faim. Y'en a qui parviennent à ne rien manger avant l'heure du déjeuner, mais ce n'est pas mon cas.

Il hausse les épaules, s'éclipsant vers la salle de bain - peut-être histoire de faire un brin de toilette. Bah oui, même quand on travaille pour sauver le monde, on essaie de rester un minimum propre et de ne pas s'affamer.

Et moi, je relis pour la énième fois la lettre adressée à mo- non, à Sora. Rah, j'ai encore du mal. Pourtant, je ne les identifie pas vraiment comme étant une seule entité - mais d'un autre côté, c'est un peu comme si c'était mon meilleur ami, sauf qu'il aurait plongé dans des ténèbres bien noires et gluantes. Rho puis zut, à quoi bon me justifier !

Mais bon, je ne trouve rien de spécial à relever. Peut-être que c'était juste un petit mot écrit sur un coup de tête, sur un moment de pression, d'angoisse - vu que lui-même parle d'un "dernier" moment de conscience, il avait peut-être compris à ce moment-là qu'il n'y aurait pas de retour.

Je termine mon beignet, puis je me lève pour aller me laver les mains - c'est à cet instant qu'Axel en profite pour revenir, la mine un peu plus claire. Non mais en réalité, il dégouline d'impatience ! Ca me donnerait presque envie de rire. Mais je ne peux que comprendre sa situation - on va pouvoir commencer à éclaircir un peu cet enfer.

"Prêt ?" je lui demande, récupérant le papier sur la table. Je sens mon coeur s'accélérer, tandis qu'il me répond d'un affirmatif motivé, et qu'un trou noir vient déformer l'espace-temps de la pièce. Bordel, qu'est-ce que je déteste faire ce genre de voyage...

x-x-x

J'aurais pas dû manger juste avant de partir.

A l'aide de mon pied, je pousse de la terre sur la flaque de vomi que j'ai régurgité quinze secondes avant - n'ai-je pas dit que je haissais ces déplacements complètement foireux ? Certes, c'est super rapide, super efficace, mais mon estomac ne les supporte pas vraiment.

Par contre, y'en a un autre à côté qui se fout bien de ma gueule. Je suis à deux doigts de penser quand je le préférais dans sa phase complètement désespérée !

"Bon, on peut y aller, Vomito ?" il m'interroge, et je ne me fais pas prier pour lui offrir un beau majeur.

"J'aimerais au moins me rincer la bouche. Pour, tu sais, le goût de beignet digéré."

Cette fois-ci, il a une grimace, avant de me faire signe de le suivre.

"On peut passer chez les copains de Sora." J'ignore Axel, me dirigeant vers la fontaine, histoire de me libérer de ce goût amer qui tapisse l'intérieur de ma bouche. Quel plaisir de ressentir autre chose qu'une amertume immonde. Quoi que ma gorge me brûle encore un peu. "Je sais plus leur nom. Mais je suis sûr que Kairi se trouve avec eux."

"On ne cherche pas le Roi, d'abord ?"

Il pouffe, tandis que je m'essuie d'un revers de la main.

"Fais-moi confiance. Je sais pas comment ça se passait de ton côté, mais ici, c'est pas tout à fait la même chose."

Je me sens désagréablement rougir - j'ai plus l'impression d'être un gamin qu'on vient de remettre à sa place. Je finis donc par le suivre sans un mot, regardant autour de moi. Encore un paysage que je n'ai pas eu l'occasion de voir réellement. En tout cas, pas... quoi ?

Je m'arrête, un peu perplexe. Je crois que je me suis perdu entre ce lieu et mon monde à moi... mentalement.

"Riku ?"

"Ou-ouais. J'arrive."

Je trottine pour le rattraper, mettant de côté ma rêverie. On finit par atteindre une porte, à laquelle Axel toque lourdement. Il a l'air soudainement très sérieux, comme prêt à encaisser un choc - est-ce qu'il a déjà expérimenté un voyage dans le coin ?

La porte s'ouvre sur une fille de taille euh... franchement, pas bien grande. Peut-être la taille de Sora,... ou plus petite ? Non, il est plus grand. Même si ces derniers jours, il est plus affalé sur lui-même qu'autre chose. Je lève la main pour visualiser la taille de mon ami, avant de poser mes yeux sur la demoiselle en face de moi, main sur la hanche et-

"Tu n'es pas le bienvenu ici, Axel," elle rétorque sèchement. "Et qu'est-ce que Riku fout avec- euh, attends- RIKU ?!"

"C'est une-"

"Alors c'était vrai ! Hé, le vieux ! Viens mater ça."

"Je dois voir Kairi," je lâche soudainement, agacé de voir la situation dégénérée. Même si je n'étais pas forcément concentré cinq secondes auparavant. Mais qu'importe - maintenant je le suis, et je veux mes réponses. "C'est au sujet de Sora. J'ai-"

"C'est ce morveux, Riku ?" interroge un homme plutôt âgé. Il joue avec le bâtonnet coincé entre ses lèvres - un toc de fumeur ? - tout en me fixant d'un air des moins agréables. Plaisant. "Quoi que, pour aller de paire avec l'autre minus," il se moque - mais la fille le rappelle à l'ordre d'un coup de coude dans les côtes.

"Et toi t'es un chieur de l'Organisation XIII, j'me trompe ? C'est pas un foutu piège encore ? Hé, Léon !"

Je me retiens de me claquer le visage du plat de la main. C'est bon, ils vont nous ramener toute la compagnie ?

"On a besoin de voir Kairi," je rétorque, agacé. "Mickey m'a dit qu'elle était dans cette-"

"Et il nous a aussi dit que tu viendrais la chercher," me coupe le fameux Leon, nous faisant signe de rentrer. "Ca sert à rien de rester à bavarder trois heures sur le seuil de la porte."

"Riku !"

J'entends des bruits de pas précipités, et le vieux qui s'écarte pour laisser passer la tornade. Elle apparaît face à moi, un tantinet hésistante. Mais ses lèvres s'étirent d'un sourire ému, avant de s'écarter pour parler, j'imagine. Mais la suite, je ne saurais pas la dire - excepté que je me sens partir en arrière, trébuchant dans un écran de fumé noir.

Ca ne durera que quelques secondes, mais elles seront suffisantes pour me rappeler une sensation familière et horriblement désagréable - celle d'avoir traversé un foutu portail des ténèbres. Je titube, essayant de repérer ce qui se situe autour de moi. L'obscurité épaisse qui règne ne me facilite pas la tâche, à vrai dire...

Mais une chose est sûre, c'est qu'on est pas à-

"Ils allaient pas te laisser partir," j'entends une voix derrière mon dos. Axel, confus, s'agenouille à la hauteur de Kairi, qui s'est assise sur le sol goudronneux. "On a besoin de toi pour établir une connexion entre Riku et Sora."

"J'avais oublié ce petit détail," elle maugrée. "C'est encore moi qui décide si je te suis ou non, Axel..."

"Mickey ne voulait pas précipiter les choses."

"... il s'inquiète pour moi."

Je les observe discuter, silencieux. A converser ainsi, je dirais presque qu'ils sont amis - mais il manque quelque chose. Un soupçon de complicité, peut-être. Axel ne m'a jamais parlé de sa relation avec elle, ni même du fait qu'il ait pu la côtoyer un moment.

"Pourquoi... pourquoi tu n'es pas restée auprès de Sora ?" je l'interroge d'un ton un peu sec - pourquoi, d'ailleurs ? Je n'ai rien à lui reprocher... encore moins à lui en vouloir. Mais quelque part...

"... ses ténèbres sont... c'est comme une énorme boule qui viendrait te dévorer. J'ai essayé, Riku. Je te le promets. Mais me mettre en danger n'aurait pas pu le sauver. Mais maintenant que tu es là..."

Il y a de l'émotion, dans sa voix. Je me mords la lèvre, désolé. Elle en souffre horriblement, et moi, je me permets de lui faire des critiques ?

"Attends, j'ai... trouvé une lettre." Je fouille dans ma poche, sortant un papier légèrement abîmé. Je le déplie, avant de lui tendre. La laissant lire, je prends le temps de constater où est-ce qu'on se trouve. "On est à Illusipolis ?"

"Histoire de nous laisser un peu de temps avant que quelqu'un ne vienne nous la voler," il me répond. "Ils ont tendance à penser qu'elle est pas foutue de se débrouiller toute seule. Mais je t'assure qu'elle a plus d'un tour dans son sac."

"... tu la connais si bien que ça ?" je l'interroge, un peu curieux.

"Disons que ce n'est pas la première fois que je l'arrache à la main de ses protecteurs," il se moque. "C'est pour ça qu'ils ne m'aiment pas beaucoup, on va dire."

"Quelle idée, aussi..." je réponds, jetant un coup d'oeil à mon amie - elle s'avance à petits pas vers nous, les yeux rivés sur la feuille. Avant de redresser la tête.

"Je veux le revoir."

"Super. On y retourne ?"

J'échange un regard dégoûté avec Kairi - mais avons nous seulement le choix ? D'un geste de la main, Axel ouvre un portail.

"On aura pu aller directement sur l'ïle, en vérité."

"Je dois t'avouer que je pensais pas qu'elle capitulera aussi rapidement."

"... je ferais n'importe quoi pour Sora," elle dit, avant de m'attraper le bras. "Notamment subir ces foutus portails !"

Et c'est repaaaarti.

x-x-x

"Avant d'y aller," je commence, un peu mal à l'aise. Je ne sais pas d'où vient cette gêne avec la Kairi de ce rêve, mais elle est bien présente. "Je- Riku, et Sora. Ils entretenaient quelle relation ?"

"... c'est assez compliqué."

Elle me fait signe de venir m'asseoir en face d'elle, Axel me suivant, curieux d'en savoir davantage sur le lien qui pouvait unir les deux garçons. Parce qu'il y en avait un, pour sûr - mais après, il devait bien avoir sa particularité. Pour que les choses se finissent d'une manière aussi désastreuse...

"Riku a toujours été très jaloux de la relation que j'entretenais avec Sora. C'était un peu comme une forme d'amour, entre nous. Un amour encore enfantin," elle raconte, avec un sourire nostalgique. "On a jamais eu besoin de passer à l'étape supérieure, ça nous convenait à tous les deux. J'ai toujours aimé notre relation. Elle était... pure."

"A votre âge," se moque faussement Axel. Je lui envoie un coup de pied dans la jambe, malgré que je peine à réprimer un sourire à sa remarque. Kairi roule des yeux, avant de continuer.

"Il en a beaucoup voulu à Sora, au départ. Lorsqu'il a ouvert la porte vers l'extérieur, il était dévoré par la jalousie. Il l'a fait souffrir. Ce n'était pas par méchanceté, mais je pense qu'il était complètement perdu. Puis il s'est ressaisit, et il a fermé Kingdom Hearts avec Mickey. Il a tout fait pour protéger Sora. Jusqu'au jour où tout a basculé, je ne sais pas pour quelles raisons. Le Roi a tout fait pour lui maintenir la tête hors de l'eau, mais Riku a fini par se laisser contrôler par les ténèbres. Sora a abandonné sa mission pour partir à sa recherche, et le sortir de là."

Sa voix est douloureuse. Malgré son sourire et sa vivacité, elle porte un fardeau plutôt lourd. La disparition d'un ami, et le déclin de l'autre. Le tout en ne pouvant être que spectatrice...

"Mais il a échoué. Mickey aussi. Ils ont échoué tous les deux. Sora s'en est tellement voulu, qu'il a passé des journées entières à essayer de comprendre ses erreurs. Il ne m'entendait même plus. Il a fini par se fatiguer, moralement et physiquement, et les ténèbres en ont profité pour le dévorer petit à petit. J'ai fini par ne même plus pouvoir l'appro-"

Elle a un hoquet, essuyant maladroitement le sanglot dévalant le long de sa joue.

"Pardon, les garçons."

"Riku... il était amoureux de toi ?" je lui demande, quelque peu curieux. Elle secoue négativement la tête, me désignant le papier qu'elle m'avait préalablement rendu.

"A ton avis, pourquoi il s'adressait à Sora dans ses dernières paroles ? C'était lui qu'il aimait. Cet imbécile ne l'a jamais remarqué..."

"Et toi, tu le savais ?"

"... je pense que je ne voulais pas le voir, à ce moment-là. C'est lorsqu'il a commencé à m'en vouloir - et à me le montrer, du moins - que j'ai saisi que ses sentiments étaient au delà de l'amitié. J'avoue avoir pensé plus d'une fois à m'interposer entre les deux... mais je ne l'ai jamais fait. Parce que je savais que Sora tenait énormément à Riku, et qu'il aurait été malheureux sans lui à ses côtés."

"Et les ténèbres se sont nourries de sa jalousie..." je commente, un peu surpris d'apprendre de telles révélations. Alors ici, Riku aurait été amoureux de Sora ? Moi-même, je ne l'ai jamais vu autrement qu'étant mon meilleur ami. Au contraire, on peut plutôt dire que je me suis questionné au sujet de Kairi - après tout, je ne peux nier qu'elle ait de nombreuses qualités pour me plaire.

"Mais du coup, ils étaient amis malgré tout ?" demande Axel. "Je veux dire, proches ? Ou Riku avait instauré une distance, quelque chose-"

"Ils étaient très proches. Au départ."

Les ténèbres sont donc si puissantes que ça ? Briser un être à néant pour une simple jalousie - non. Non, ce n'était pas une simple jalousie. Dans mon contexte, je sais parfaitement que si quelqu'un viendrait s'imiscer entre moi et Sora, je ne le supporterais pas très bien. Pour le bien être de mon meilleur ami, je ferais avec. Mais en vérité, ça me rendrait probablement dingue.

Est-ce un avertissement ? Est-ce que Yen Sid m'a envoyé dans ce rêve pour me faire comprendre qu'il faut que je me relâche vis à vis de Sora ? Qu'il faut que j'apprenne à m'en... séparer ? Pour son bien-être et le mien ? Non. Non, de toute manière, je refuse.

C'est égoïste, mais-

"Et toi ?" me demande Axel, intrigué. "Tu es amoureux de Sora ?"

"Q-quoi ?! Non..." je bafouille, un peu perplexe de me retrouver à devoir répondre à une telle question - mais il est logique, vu la situation, que le roux s'y questionne. Moi-même j'y ai pensé.

"Tu rougis. Ah, petit cachotier !"

"Arrête," je maugrée, un peu agacé. J'entends Kairi avoir un léger rire. "Hé !"

"C'est juste que c'est amusant de te voir agir comme ça, Riku."

Si j'étais déjà rouge, alors je suis quoi, maintenant ?! Je détourne la tête, mal à l'aise.

"On devait pas aller voir Sora ?" je boude, ne daignant même pas leur adresser un regard.

"Voilà, tu l'as vexé !" s'emporte gentiment Kairi. "On a deux têtes de cochon maintenant."

"Parce que Sora était une tête de cochon ? Hé bah !"

"Ca suffit !" je proteste. "Cette conversation ne mène nul part !"

Mais je dois avouer que j'ai dû mal à réprimer un sourire. Alors je finis par me redresser, faisant mine de partir - histoire qu'ils arrêtent leur élucubraiton à mon égard et décident de se bouger l'arrière-train. On aura tout le temps de se détendre une fois que Sora aura revu Kairi.

Cependant, je ressens une petite pointe, au niveau du coeur. En tombant amoureux de son meilleur ami, Riku s'est donc condamné, emportant par la même occasion la lumière de Sora. Pourquoi est-ce que leur histoire a-t-elle dû virer au drame ?

Je sens la main d'Axel se poser sur mon épaule - je me tourne vers lui, et il m'offre un clin d'oeil réconfortant.

"Les choses vont pouvoir avancer, à présent."

"Ouais."

J'enfonce mes mains dans mes poches, un peu plus tendu qu'il y a quelques secondes. Je ne comprends plus rien à cette histoire. Et plus j'essaie d'y trouver une certaine logique, plus je me perds. Le message ne peut pas être celui de me maintenir le plus loin possible de mon meilleur ami, au risque de m'y brûler.

Ou c'est un cauchemar. Un long cauchemar. Et il faut que je trouve le moyen de m'en sortir.

x-x-x

Bon, j'ai été viré. Genre direct. Kairi s'est tourné vers moi et m'a demandé de rester à l'écart, le temps qu'elle aille retrouver son meilleur ami. Du coup, je suis parti faire un tour dans le village - maintenant qu'ils sont un peu plus habitués à ma présence, je n'ai droit qu'à des regards méfiants. Tidus est même venu me demander si c'était réellement moi. J'ai été incapable de lui déblatérer que je ne venais pas vraiment de ce monde. J'ai juste répondu que oui, et que j'allais mieux.

Je crois qu'il a essayé d'esquisser un sourire, mais il n'a pas réussi. Il a détourné le regard, et a continué sa route. Sincèrement, ça m'a fait mal. Je ne suis pas ce Riku, celui qui les a effrayés, qui a conduit l'île à sa presque fin, ou qui a brisé le coeur de l'élu de la keyblade. Pourtant, plus le temps passe, et plus je commence à me sentir proche de cet individu que je n'ai jamais connu.

Peut-être parce que je me rends compte que ça aurait pu être mon histoire.

Ca m'a fait réfléchir. J'ai hâte de parler de cette histoire à Sora. J'ai envie d'en discuter avec lui. D'avoir son point de vu. Et de lui promettre, surtout, de ne jamais en arriver là. Que ce soit l'un ou l'autre.

Je me dirige vers la maison d'Axel, après une bonne heure à errer dans les rues de l'ïle de la Destinée. J'aurais aimé revoir Sora - celui qui se bat actuellement contre ses propres ténèbres. J'ai beau être ici pour tenter de le ramener dans la lumière, j'ai l'impression de ne jamais le voir. Non, ce n'est même pas une impression. Je passe du temps avec Axel, je le surveille de loin, j'enquête, mais côtoyer mon meil- non, Sora...

Ce sont deux entités complètement différentes. Alors pourquoi j'ai tant de mal à les séparer ? Inconsciemment, j'ai horriblement peur que ce qu'il se passe soit ma propre réalité, mais complètement déformée. Ca expliquerait beaucoup de choses. La situation n'a rien d'habituelle. Si ça doit être une épreuve, elle ne serait pas aussi longue. Si c'est un cauchemar, il aurait dû prendre fin depuis bien longtemps. Alors quoi ? Et qui pourrait être capable de me donner des réponses ? Le Roi ? Il n'a pas l'air de savoir lui-même la raison de ma présence ici. Yen Sid ? Non, il aurait tenu le Roi au courant.

La dernière personne potentiellement capable de modifier la trame du temps, ce serait Xehanort. Mais dans ce cas, pourquoi n'aurait-il pas enlevé Sora pour l'inclure à son armée, et pourquoi moi-même je serais là, et en prime avec des souvenirs intacts ?

Non. Il ne faut pas que je commence à me poser tant de questions. L'important, c'est de régler le cas de Sora, un point c'est tout. Et si, suite à ça, je ne retrouve pas mon monde à moi, là, j'aurais de quoi m'inquiéter.

"Bon sang..." je soupire, pressant le pas. Peut-être que Kairi et Axel sont déjà rentrés. J'aimerais vraiment que ce soit le cas. Je n'ai pas envie de rester seul pour le moment. J'ai envie de parler de ce qui me passe par la tête, histoire d'être un petit peu rassuré. Même si ni l'un, ni l'autre n'en savent plus que moi. Parfois, il suffit juste que quelqu'un nous dise que tout va bien pour se sentir un peu mieux, et être capable d'affronter la suite des épreuves plus sereinement.

Parce que ça fait quand bien même trois jours que je suis ici, et excepté le mot et Kairi, j'ai la sensation qu'on avance pas énormément.

"Aller," je me motive, me redressant - une bonne attitude amène une meilleure humeur.

Je me retrouve bien rapidement devant la demeure d'Axel, prenant la peine de taper à la porte avant de rentrer - c'est ce qu'on a convenu. C'est beaucoup plus simple pour nous deux.

Bon, en vrai, Axel est un putain de flemmard qui a aucune envie de se lever pour aller ouvrir la porte, alors qu'il sait pertinemment qui s'y trouve derrière.

Et, à mon grand soulagement, mon ami est déjà rentré. Sans Kairi, cependant - mais je ne pose même pas la question, la réponse me venant elle-même à l'esprit : peut-être qu'elle n'a simplement pas envie de passer la journée en compagnie de cet individu. Et puis, elle a une famille à retrouver.

"Alors ?" je l'interroge, sans passer par une autre politesse - l'empressement me rend mal poli. Mais ça n'a pas l'air de le choquer plus que ça. Au contraire, il me paraît plus amusé qu'autre chose.

"On tient le bon bout, mon pote !"

"Raconte," je maugrée, sentant son passionnant suspense arriver.

"Hé, rabat-joie. Non, en fait, ça s'est super bien passé avec Kairi. Il a mis un petit moment avant de réaliser qu'elle était là, en fait. Ou il l'ignorait, j'en sais rien. Elle lui a parlé un peu d'elle, de ce qu'elle faisait en ce moment. A vrai dire, c'était plus un monologue qu'une conversation."

"Et ?"

"Et bah j'pense que ça a eu son petit effet. Quand elle lui a parlé de toi, il a commencé à s'énerver par contre, alors elle lui a montré la lettre." La lettre ? Je tatônne ma poche - elle n'y est pas. J'aurais oublié de la récupérer ? Quelle tête en l'air... "Là, il s'est calmé. Elle lui a laissée, puis on est partis, histoire de ne pas trop l'accabler d'informations."

"... super."

J'ai un petit sourire. Il m'attrape par l'épaule.

"On va se faire une petite promenade ? Ca te fera du bien un peu d'être en bonne compagnie."

Il a un clin d'oeil.

"... ouais. On retourne au clocher ?"

Il semble un peu surpris. Mais là, sa mimique est tout autre. Il me semble comme... réconforté.

"T'as tout compris."

... il est particulier. Il tente de se cacher derrière un rôle, mais il n'y arrive pas aussi bien qu'il le souhaiterait. Ce n'est pas très difficile à comprendre. J'ai envie de l'aider, de pouvoir l'aider - mais je sais que rien ni personne ne peut y faire quoi que ce soit. Roxas doit attendre d'être prêt pour pouvoir fouler les terres de cette vie-là. Peut-être Axel aura disparu d'ici ce jour. Allez savoir.

Il ne mérite pas de souffrir ainsi. En tout cas, pas de ce qu'il a pu me montrer - de sa capacité à supporter les épreuves, à prendre soin d'une personne enfouie dans de profonds ténèbres, mais surtout, celle de garder un sourire malgré tout ce qu'il peut porter sur le coeur.

Ou peut-être le subit-il car il est capable de le supporter. Ne dit-on pas que les évènements les plus difficiles ne sont imposés qu'aux personnes aptes à les encaisser ?

Non, Axel est juste surhumain.

Je le suis avec une surprenante absence de volonté dans le couloir des ténèbres, regrettant ce silence que j'ai imposé pour m'être perdu dans mes pensées. Il me donne envie de prendre soin de lui. C'est plutôt ironique en sachant que je l'ai longtemps considéré comme un vague inconnu.

On se rend, tout comme la dernière fois, devant la boutique du marchand de glaces - et je ne peux m'empêcher de rouspéter quant à l'aspect nauséeux de ce voyage. Enfin, je râle pour la forme. J'ai connu pire.

"Demyx, qu'est-ce qu'il me faisait rire les premières fois. Il vomissait après chaque voyage, au début," il rigole. "Et Isa- enfin, Saïx. Quand je m'en plaignais, il faisait mine de m'ignorer. Je suis sûr qu'il était malade comme un chien à chaque fois lui aussi les premières fois, mais qu'il l'assume pas !"

"Ils te manquent ?" je l'interroge, après qu'il ait demandé deux glaces contre quelques gils et un beau sourire.

"Bah. Les relations n'étaient pas forcément sincères. Mais je dois avouer que j'aimais bien Demyx. Et le caractère de chieuse de Larxène ne me déplaisait pas à tous les coups - ça veut pas dire que je l'aimais bien, mais disons qu'elle m'a un peu plus marqué que les autres. Mais, de toute manière, la vie est faite de rencontres. Certaines auront une suite, d'autres une fin, mais la plupart finiront en tant que souvenirs. Mais c'est ce qui nous rend immortel, Riku. Ce sont les souvenirs."

"... tu insinues quoi, par là ?"

"Ah, j'ai de l'âge, maintenant," il a un rire jaune, passant une main derrière son crâne. "Je ne suis pas stupide. T'es inquiet sur ton départ à venir, je me trompe ?"

Je rougis, pris sur le fait.

"N-non, 'fin... disons que je me pose des questions."

"... tu vas pouvoir admirer le coucher du soleil."

Il ouvre son portail, encore et toujours - sincèrement, pourrait-il vivre sans, au jour d'aujourd'hui ? Il me fait signe d'y aller en premier. Je m'exécute. Il me rejoint trois secondes après.

"Quelles questions ?"

Je m'assieds, et il me tend une glace. La prochaine fois- ... non. Je n'ai pas d'argent. Peut-être faudrait-il que j'essaie d'en gagner un petit peu, le temps de mon séjour ici ?

"... est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi, un jour ?"

Prononcée à haute voix, cette phrase me paraît tellement niaise et stupide ! Mais Axel n'a pas l'air de considérer la chose de cette manière. Il semble plutôt réfléchir à une réponse - quel idiot. Comment peut-il me répondre alors que lui-même n'a aucune idée de ma présence ici ?

"J'y pensais, la dernière fois. Mais je dois t'avouer que j'en ai aucune idée. Maintenant qu'on a retrouvé Kairi, les choses devraient avancer."

Il m'offre un sourire rassurant.

Promis. Lorsque je rentrerai chez moi, j'irai discuter avec Axel. Je n'avais jamais pris en compte son histoire. Je le voyais juste comme un beau parleur, un peu extravagant, au passé plutôt sombre. Mais en réalité, il est tout autre. Il est incroyablement fort, moralement parlant.

Je ne cesse d'être impressionné, je l'admets. Mais dans la situation actuelle, je ne peux que l'admirer.

"Et puis, tu penses que ton Sora te laissera avec nous ? Vu la manière dont tu m'en parles, vous avez l'air d'être pas mal potes, tous les deux."

"... c'est vrai."

Comment ça se passe, dans mon monde ? Est-ce que, comme un rêve, le temps s'écoule différemment ? Est-ce que j'ai disparu ? Est-ce que mon corps est toujours présent ? Si quelqu'un a décidé de la situation- non. Il faut que j'arrête d'y penser. Ca ne fait que m'angoisser davantage.

Je me concentre sur le goût de ma glace - mais la voix d'Axel m'empêche de savourer cette saveur surprenante.

"Hé, regarde."

Il désigne l'horizon - je relève les yeux, un peu surpris par le magnifique tableau se présentant sous mes yeux. Effectivement, découpé par les bâtiments de la ville, le soleil dégage une lueur d'un mélange vraiment agréable à regarder, passant du jaune à l'orange, tirant sur cette belle couleur qu'est le rouge. Les derniers éclats caressent les bâtiments, semblant embrasés toute la cité.

"On est pas bien, là ?" il m'interroge, passant son bras par dessus mes épaules. Je le regarde avec une moue un peu étonnée - mais lui, ses yeux sont rivés sur le spectacle face à nous. Alors je ne le repousse pas, reportant mon attention sur le coucher du soleil.

"Pourquoi tu m'amènes ici ?" je lui demande, croquant un morceau de ma glace. Je sens son bras devenir plus lourd - j'imagine que ses épaules se sont affaissées.

"Tu n'as rien à voir avec Roxas," il me répond - et je sens une pointe de malaise me piquer l'échine. "J'y suis allé bien avant de le connaître. C'est parce que je l'appréciais que je l'ai amené ici. Tout comme je t'apprécie toi. Et tu y amèneras Sora la prochaine fois que tu le retrouveras."

"C'est juste que... des fois, on a envie de garder un coin juste à nous. Ca peut paraître égoïste, mais ça donne la sensation d'avoir un petit truc en plus que les autres amitiés n'ont pas. C'est pour ça que je me posais la question."

Il enlève son bras. Est-ce que je l'ai blessé ?

"Tu es jaloux ?"

Axel me regarde, un peu moqueur. Je fronce les sourcils.

"Jaloux de quoi ?"

"Que le territoire soit déjà marqué."

Il me fait un clin d'oeil. Je soupire, ne pouvant réprimer un sourire amusé. Quel crétin.

"En vérité..." Je détourne la tête. Le soleil va bientôt disparaître - il sera l'heure de rentrer. Nos glaces à peine consommer n'auront plus le même goût. "J'aurais été incapable de t'amener dans un coin à moi et Sora, après l'avoir perdu. Je n'y serais probablement jamais retourné." J'ai un petit rire. "Non, en vérité, je ne sais pas ce que je serais devenu. Et j'aurais été encore moins capable de faire ce que tu fais."

Je me retourne vers lui. Par contre, il a les yeux rivés sur sa glace.

"Je t'admire, Axel."

"Tu en aurais été capable tout autant que moi. Je n'ai aucune fierté à tirer de cette histoire," il me rétorque, plutôt froidement. "J'ai fait des erreurs, je l'ai blessé. J'ai fini par le perdre, tout ça parce que j'avais peur de le voir disparaître. Et nos Adieux n'ont pas été florissants."

"Et alors ? On fait tous des erreurs. On s'en fiche ! Ce qui compte, c'est le présent. C'est ce que ton coeur et le sien ressentez en ce moment. Et toi-même tu le dis, Axel. Il te protège, il permet de maintenir Sora dans la lumière. Alors tu penses vraiment l'avoir perdu ? Lui aussi, il tient à toi."

"C'est toi qui me console, maintenant ?" il rigole. "Mince alors. Mais... merci. Ca fait du bien d'entendre ça."

"Je-"

"Finis ta glace, qu'on rentre. Sora nous attend."

Je hoche la tête, reprenant ma dégustation. J'ai du mal à mettre le doigt sur le sentiment que je ressens, en ce moment-même. Ce n'est pas désagréable, mais... c'est plutôt frustrant. Mais à côté, je perçois nettement l'appréhension qui fait battre mon coeur.

Est-ce que ma présence ici va prendre un tournant décisif ce soir ? Je l'espère. Vraiment.

x-x-x-x

Un long chapitre ! (long pour moi, hein..) On retrouve donc Kairi et un petit instant bonus avec Axel. Un chapitre un peu léger, où les choses commencent à se mettre en place. (le micro passage à Illusio, j'dois avouer j'avais pas prévu qu'il serait aussi mini.. flemme de modifier è_é) Et Sora dans tout ça ? Euuh.. je l'ai un peu zappé. C'est compliqué. Mais il viendra au chapitre prochain et les choses sérieuses vont pouvoir commencer ! Rah vraiment je sais pas, au fond j'ai toujours shippé Axel & Riku mais d'une manière euh... platonique ouais, mais romantique sans trop l'être. Une amitié ++ on va dire ? Puis Axel... mon Axel d'amour.

En vérité, je suis à 10 000 pourcents pour l'AkoRoku, mais j'ai du mal à lire des fanfics et j'ai jamais trop voulu en écrire sur eux. Parce que je pense, de mon interprétation personnelle, l'amour que j'imagine n'est absolument pas réciproque (même dans le jeu, je trouve qu'Axel est complètement dépendant à Roxas, mais que ce dernier peut vivre sa vie sans lui sans problème. Ca ne l'empêche pas de l'apprécier ! Enfin, je me comprends. Mais du coup je pense que, par respect pour Roxy, je n'arrive pas à écrire de fanfiction où les deux pourraient potentiellement s'aimer. Et pourtant, j'aime tellement leur relation...)

Que Sora et Riku, y'a déjà plus de potentiel, même si Sora arrive à s'éloigner de Riku facilement, il y revient sans aucun problème (que Roxas est en conflit constant, sale gosse). Fin je sais pas. Moi aussi c'est compliqué dans mon coeur ahah

Je sais pas combien je vais faire de chapitres. Je pensais à une dizaine, peut-être moins. Ca dépend. Vu que finalement, j'ai décidé de faire des chapitres plutôt longs... (puis faut que je continue surtout ! C'est le dernier chapitre avant un petit moment je pense, faut que je trouve la motivation de continuer...)