Everyday I love you less and less.

Blabla d'usage :

Auteur : Lymnilia

Rating : T. Pas de lemon prévu, mais bon.

Disclaimer : Tout ce qui n'est pas à JKRowling m'appartient. Le titre est une chanson des Kaiser Chiefs. Aucun argent n'est tiré de cette fanfiction et si les droits d'auteur sont floués, c'est involontaire.

Genre : Univers Alternatif, Romance, Slash, Fluff hélas (pour les chapitres à venir en tout cas… ça s'améliorera après)

Warnings divers : Ceci est un univers alternatif donc sans magie. Ceci est également un slash, ie cette fanfic met en scène des relations homosexuelles. Si ça vous dérange, d'une façon ou d'une autre, rien ne vous oblige à lire.

Note importante : il peut arriver(et il arrivera de toute façon) que je fasse référence à l'usage de drogues plus ou moins douces et à des relations sexuelles non protégées. Il faut donc replacer cette histoire dans le contexte des années 70 : l'usage de stupéfiants chez les jeunes était courant (sans être général), et surtout on ne connaissait pas le VIH. J'espère que tout le monde est conscient que les temps ont changé, que les drogues sont toujours dangereuses et illégales, et qu'il est plus que jamais nécessaire de se protéger.

Pairing : Sirius Black/ Severus Snape (principalement)

Chapitre 3

For the girl(s)

Remus aimait l'automne de Poudlard. Parce que contrairement au printemps, il n'était jamais deux fois identique. La couleur des arbres n'était pas deux fois identiques. Les feuilles pouvaient tomber discrètement ou s'envoler en grands balais aériens vers le lac. Il pouvait être pluvieux ou ensoleillé. Le ciel pouvait être une immense étendue bleue ou être gris et rejoindre l'eau du lac, au bout des montagnes. Les nuages pouvaient être lourds, menaçants, légers, rapides, ou de longues nappes de brouillard gris qui s'enroulait aux sommets nus. La terre pouvait être encore sèche, l'herbe jaunir, ou devenir prématurément une boue brunâtre. Le soleil pouvait lutter jusqu'à la fin, ou pointer timidement un bout de rayon entre deux bourrasques.

Il eût été criminel de rester à l'intérieur pour les plus belles semaines de l'année.

Remus était installé sous un arbre qui commençait doucement à se changer de couleur, de bonne humeur même si on avait l'impression d'être en décembre. Il mâchouillait pensivement un bout de son stylo, son regard était dirigé vers les montagnes au loin, il n'avait aucune envie de se concentrer sur son exercice de physique.

Sa belle humeur ne venait pas de la nature. Ni de la perspective aussi peu engageante pour lui que pour n'importe qui d'autre d'un exercice sur l'électricité. Ni du vent qui lui mordait les joues et qui faisait voler son écharpe.

C'était parce qu'il était en train de tomber amoureux. C'était bête, c'était logique, c'était juste comme ça.

En regardant les montagnes, il ne voyait donc pas les strates sédimentaires ni les structures géologiques sur lesquelles s'extasiaient ses professeurs, mais un visage. Un visage qui se dessinait cent fois, toujours différent. Des yeux bruns aux reflets brûlant, des mèches châtaigne qu'une longue main venait parfois balayer sans y faire attention, une bouche large, qui se recourbait comme un chat quand les yeux s'évadaient une seconde vers la fenêtre, une voix douce et profonde...

Un visage dessiné dans la roche bleue qui fut remplacé par une peau très blanche, un nez avec quelques tâches de rousseur, et deux yeux verts ombrés par des cils très rouges et très droits. Lily Evans était venue s'asseoir en face de lui, adossée à un bout de racine qui dépassait du sol, racine de l'orme sous lequel Remus faisait semblant de travailler. La jeune fille tâchait à la fois de ne pas perdre son sac, empêcher sa jupe de se retrousser trop haut sur ses cuisses et d'éviter de tâcher sa veste dans l'herbe. Elle réussit.

Lily ne comptait pas vraiment parmi ses amis. Elle n'avait pas vraiment d'amis. Elle était plutôt la fille que tout le monde connaissait un peu, sur laquelle chacun avait son avis, mais qui n'était proche de personne en particulier. Il aimait bien discuter avec elle, même si elle détestait Sirius et James. Familière avec tout le monde mais jamais plus qu'avec les autres.

« Ils sont bizarres tes potes cette année ». Elle disait toujours ça, tes potes. C'était peut-être pour ça que James avait décidé de rester avec Juliet ? Il avait enfin compris qu'il n'avait aucune chance avec la préfète ?

-Tu nous as toujours trouvé bizarres. Tout comme tu as toujours trouvé James ridicule, Sirius stupide et Peter pathétique. Qu'est-ce qui a changé cette fois ?

-Ben justement, ils font moins de conneries.

-Comme quoi…

-Enfin, vous faites moins de conneries parce que t'étais pas en reste, pour autant que je sache.

-C'est vrai qu'on se fait moins… Remarquer.

-Se pourrait-il que tu les aies convaincus de grandir ? »Ses yeux verts brillaient trop et son sourire était plein de dents pointues. Il répondit automatiquement, les yeux tournés vers le chemin. Le soleil se couchait, c'était tout ce qu'il pouvait penser, et il ne s'entendait même pas parler. Elle avait raison. James et Sirius étaient plus graves, et Peter était moins accroché à James, il osait répondre à Sirius quand il allait trop loin, il se tenait plus droit.

Il ne chercha pas à défendre l'attitude de James par rapport à leurs camarades, qu'il ne cautionnait pas mais qu'il ne faisait en général rien pour empêcher. Les derniers rayons de soleil tapaient sur le lac, se reflétaient dans les cheveux de Lily. Un coup de vent les souleva, ils prirent une couleur sanglante. Il répondit évasivement aux questions qu'elle lui posa sur James. Elle finit par se laisser tomber sur le dos avec un « Ah » assez peu éloquent. Il se concentra un peu plus sur la conversation, mais elle n'avait plus rien d'intéressant.

Il lui sembla qu'elle parlait du professeur de philo. Mais il n'avait pas envie d'aborder ce sujet fâcheux, parce que Lily parlerait d'à quel point il était injuste avec lui et combien c'était incompréhensible. Et Remus ne voulait pas réentendre ce qu'il savait déjà, ce qu'il avait compris depuis longtemps, ce qu'il avait entendu dire par des dizaines de voix avec des centaines de mots différents.

Puis il fut temps pour eux d'y aller. Le soleil était encore un peu visible. Il rangea ses affaires, se leva et s'étira, le regard porté sur les montagnes sur lesquelles son visage était apparu. Lily s'assit, regonfla ses cheveux (comment faisait-elle pour les garder lisses après s'être allongée dessus ?) du bout des doigts et lui tendit la main pour qu'il l'aide à se relever. Elle était assise au milieu des premières feuilles mortes, les jambes pliées, la jupe remontant haut sur ses cuisses, les yeux dans le vague et un sourire fatigué sur les lèvres.

Quand il la tira vers lui elle se laissa tomber sur son épaule et Remus comprit un peu mieux ce que James lui trouvait.

D'ailleurs James passait un peu plus haut, sur le chemin de terre qui venait du gymnase, avec Juliet autour de la taille et Sirius à quelques pas derrière, les épaules des deux garçons trempées par l'eau dégoulinant de leurs cheveux, la bouche de la fille peinte de rouge trop vif. James fit un signe à Remus lui signifiant qu'ils se retrouveraient au réfectoire, Juliet sourit un peu moins et Sirius ne sembla pas faire plus attention que ça. Il leur jeta un coup d'œil, fit un signe de tête, passa la main dans ses cheveux, continua sa route.

Lily avait raison.

Il y avait quelque chose de nouveau dans sa vie. Peut-être était-ce Keira, la cheftaine cheerleader qui s'agrippait à Sirius, avec quelque chose de désespéré dans tourbillons de jupette et ses sourires brillants de légèreté.

La rouquine se redressa, Remus ôta la main de son poignet, la fermeture de sa montre jouait un peu, il la resserra du bout des doigts, elle sourit. Ils retournèrent au château en silence, lui les mains dans les poches de son pantalon, elle dans celles de sa veste. Les talons de ses chaussures la faisaient se cambrer en arrière, elle semblait aussi grande que lui. Ils se séparèrent au croisement entre deux couloirs : elle allait à la bibliothèque, travailler leur cours d'allemand, lui préféra monter au sommet de la tour Sud, regarder le parc. Il était désormais plongé dans la pénombre, quelques lampadaires rachitiques éclairaient faiblement les marches du château et leurs alentours. Il y en avait aussi un ou deux au bord du lac, il vit Severus Snape sous l'un d'eux.

Il pensait à Sirius. Quelque part, il lui enviait sa relation avec James. Il aurait voulu avoir quelqu'un sur qui reposer, quelqu'un en qui il aurait toute confiance, un peu de cet amour non-dit qui les liait. Oh, ils étaient ses amis bien sûr. Mais c'était différent. Ils ne se connaissaient pas depuis toujours, ils n'avaient pas partagé leur enfance, ils s'étaient juste trouvés. Il appréciait Peter, mais ils n'étaient pas non plus liés. Et puis il y avait Lui, là-bas, loin au sud, ce double, ce semi frère jumeau un peu incestueux, ce frère de lait qui savait une partie de ce que les autres n'apprendraient jamais mais qui ignorait un peu de ce qu'ils savaient. Lui qui écrivait de longues lettres auxquelles il ne savait jamais répondre, mais qui était à la fois trop précieux et trop possessif pour que Remus se confie totalement.

µ$µ$µ$

Le plafond était gris. Il avait ce soir-là aussi peu de nuances que le ciel à l'extérieur, une énorme masse, uniforme qui promettait de longues heures de pluie mais ne laissait pas tomber la moindre goutte. Les élèves dînaient donc dans un réfectoire tout à fait normal, avec ses longues tables comme des poulets en batterie, avec son plafond pas gris, pas vraiment, avec sa lumière grise aussi, donc ses sourires gris aussi et les humeurs qui suivaient la grisaille ambiante. L'ambiance était calme, on entendait ce murmure ténu des conversations des soirées mornes, parfois un rire s'élevait, alors on entendait plus que lui.

Remus ne faisait pas vraiment attention à ce qui l'entourait, comme toujours. Sirius essayait d'attirer son attention, il s'en rendait compte, le garçon n'avait rien de subtil, mais il avait du mal à se concentrer sur la réalité. Pour ça, il aurait fallu qu'il tourne la tête de manière à sortir le bout de la salle de son champ de vision, ce qui semblait tout à coup être un effort proprement surhumain. Les coups d'œil ne lui suffisaient plus, il lui fallait son image entière, tout le temps.

Et au bout de la table, pas loin de celle des professeurs, juste dans la ligne de son regard se trouvait la flamboyante Lily Evans, reine officieuse de sa promotion depuis deux ans. Il posa d'abord les yeux sur elle, suivit une boucle rouge le long de son épaule, son bras jusqu'à la table, ses mains un peu courtes, ses doigts pointus de pianiste. Elle portait un anneau d'argent au majeur droit, ce fut le dernier détail qu'il remarqua. Puis il revint à lui et leva un regard interrogateur vers Sirius. Il venait de lui parler, qu'est-ce qu'il avait dit ? une histoire de tourtes, de bord de mer et de Lucius Malefoy, le surveillant des Serpentards.

« Tu veux bien répéter, j'ai pas bien saisi… »Sirius prit son air le plus sérieux. Il semblait fatigué, ses yeux étaient cernés, sa nuque plus courbée que d'habitude, l'air moins princier. Il était moins Sirius.

« Je disais donc que Lucius m'a proposé de l'épouser et de monter une boutique de tourtes au bord de la mer, mais que Keira avait un décolleté qui me donnait plutôt envie de la suivre en Cornouailles dans la ferme de son arrière grand tante future décédée et acariâtre précoce. » Il disait ça avec une telle conviction, un regard tellement persuadé de la logique de ce qu'il était en train de raconter que Remus mit une seconde à comprendre ce qu'il lui disait.

« Tu parles de Keira Beckett, qui est avec nous, ou de Keira McOffey de Serdaigle ? Parce que Mc Offey a de jolies jambes mais c'est la chasse gardée de Samuel. » Deux chaises plus loin, Samuel acquiesçait en plantant son couteau dans son steak. C'était un gentil garçon, cela dit il en avait à peu près autant dans la tête que sa copine.

« McOffey est plate comme une planche. Ceci étant dit, je suis ravi de te retrouver parmi les vivants et me vois dans l'obligation de te demander- là il prit une longue inspiration- quand est-ce que tu comptais nous dire que tu étais passé à l'ennemi ? »

Son cœur s'arrêta de battre pendant quelques secondes. Est-ce qu'il avait imaginé le double sens est-ce que malgré sa remarque sur les jambes de Keira Sirius s'était posé des questions ?

« C'est-à-dire ? »

« C'est-à-dire Evans, mon cher, Evans ! Parfaite préfète irréprochable et inattaquable, qui se trouvait être dans tes bras au bord du lac sous un arbre qui perdait ses feuilles au coucher du soleil » Il se sentit rougir et réussit à masquer son soupir de soulagement. Il était à côté de la plaque. Ils l'étaient tous les deux.

« Elle n'était pas dans mes bras, je l'aidais à se relever. On discutait, c'est tout ». Il se doutait bien que Sirius ne le croyait pas, mais il ne le regardait pas.

« Mais tu sais que tu peux tout me dire ? et puis maintenant que James a fini sa fixette hein… » Remus éluda le sujet d'un rire et se débrouilla tant bien mal pour orienter la conversation vers l'entraînement, vers la saison de basket qui s'ouvrait, ce qui fit se tourner James vers eux, automatiquement.

Lily avait peut-être tort, il s'était peut-être inquiété pour rien. James avait toujours les pommettes rouges quand il parlait d'un match auquel il avait assisté, Sirius avait toujours autant de hargne quand il parlait de l'équipe de Serpentards, les avis de Peter rejetés par les deux autres avec indulgence se révèleraient juste plus tard. Sirius les revendiquerait et Peter ne protesterait pas.

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Depuis cinq ans, Remus partageait son dortoir avec James, Sirius et Peter. Cinq années de vie commune créaient une certaine routine, des petites habitudes qui manquaient quand on se retrouvait seul. James qui ronflait parfois, Sirius qui semblait se battre contre ses draps, Peter qui passait la nuit recroquevillé au fond de son lit.

Il fixait le haut de son baldaquin, qui n'était que noir.

La lumière de la pleine lune n'arrivait pas jusqu'au fond du dortoir. Elle tombait par contre sur le lit de Sirius, qui était près de la fenêtre ; et pour ne pas changer, l'hériter des Black se tournait et se retournait dans son lit en poussant des soupirs à fendre l'âme. Il s'immobilisa, et Remus pu voir l'éclat de ses yeux dirigés vers le plafond. Il ne chercha pas à lui parler, Sirius ferma ses rideaux.

Sirius était ouvert d'esprit, il le savait. Sirius savait énormément de choses sur lui, dont les plus intimes, mais il en ignorait d'autres. Et mieux valait qu'il ne les sache jamais, parce qu'il avait eu l'occasion de remarquer que les gens les plus ouverts d'esprits peuvent se révéler très conservateurs sur certains points sensibles.

Il ne pouvait pas dire à Sirius, qui avait toutes les filles à ses pieds et en était parfaitement aise, que le décolleté de Beckett et les jambes de Mc Offey comptait autant pour lui que le trombone qu'il s'était enfoncé dans le doigt la veille au soir. Il ne pouvait pas lui dire que même si Lily Evans était jolie, elle n'était pas attirante et qu'il ne s'était même pas rendu compte qu'il la tenait effectivement dans ses bras.

Parce que ces cinq dernières années, les filles avaient pris une place grandissante dans la petite pièce qui leur servait de chambre commune sans être autorisées à s'aventurer dans cet antre de la masculinité en devenir. D'abord, les seulesreprésentantes du beau sexe évoquées avec plus ou moins de complaisance furent ces charmantes chanteuses qui officiaient au-delà de l'Atlantique. Puis il y avait eu le côté sympathique de certaines de leurs camarades, et Sirius avait été le premier à mettre le doigt sur ce qui avait changé : les petites filles qu'ils avaient rencontrées un soir de Septembre avaient depuis quelque temps pris de l'âge, du poids et des formes sans prendre le soin de les prévenir ; cela dit eux aussi avaient changé puisqu'ils s'en étaient rendu compte. Ensuite les filles avaient fait leur entrée dans leur entourage direct et ils avaient cessé d'en parler pour tâcher de comprendre le fonctionnement de ces êtres complexes. Pour cette tâche, Peter s'était révélé plus que qualifié puisqu'il avait trois sœurs et parce que sa mère trompait aussi allègrement son père que celui-ci changeait de maîtresse. À la fin de ses quatorze ans, il ne savait que répondre aux avances de Loren Hopps, qui faisait phosphorer tout ce qui était en âge de le faire ; Sirius lui n'hésita pas. L'été suivant il ne voulait plus entendre parler de Sirius mais un baiser de Frank rendit toutes les Loren dérisoires et les suivants effacèrent l'humiliation. À la rentrée, Frank avait changé de nom et de sexe et était devenu une sorte de petite amie lointaine et sans visage, dont les garçons voulaient sans cesse lire les lettres et à qui Remus semblait rester obstinément fidèle. Au même moment, James demandait pour la première fois à Lily de sortir avec lui et essuyait le premier d'une longue liste de refus ; quant à Peter, s'il n'osait même pas sourire à celles qui composaient leur petite cour, était toujours de bon conseil pour ce qui était de la psychologie féminine et du stade délicat de la rupture.

Et parce que la population féminine de l'école occupait une telle place dans leurs vies, il était impossible d'imaginer rompre un équilibre aussi solide de cachotteries innocentes, de confidences à l'odeur d'alcôves et de secrets vaguement évoqués dans un journal tenu d'une main irrégulière. Ce serait perdre le respect de James, la précieuse amitié de Sirius, et celle de Peter aussi, et globalement de tout le monde. Il ne pensait pas que Sirius irait tout raconter, mais il n'était pas dupe. Pour la plupart des gens, il était en quelque sorte une pièce rapportée. Peter et lui étaient les potes de James-et-Sirius, qu'on acceptait parce que, de toute façon ils étaient là mais qu'on mettrait de côté sans même s'en rendre compte.

Sous sa tête, la boîte contenant les lettres de Frank, signées Deliah, faisait une bosse dure qui lui rentrait dans la nuque.

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Le mercredi était une longue journée. Mais c'était un des seuls jours où les cours et entraînements de chacun leur laissaient la soirée totalement libre.

Avachi au fond d'un fauteuil, Keira sur les genoux, Sirius jouait avec une de ses longues boucles. La fille affichait le sourire des vainqueurs satisfaits d'avoir obtenu ce qui leur revenait de droit, sans se soucier du fait que Sirius n'avait pas vraiment l'air emballé par cette relation, ni même se donner la peine de faire semblant.

Remus était presque sûr qu'il perdait son temps en expliquant ce cours de biologie à Peter. Parce que lui même n'était pas sûr d'avoir tout compris, parce qu'il n'avait pas vraiment vocation à être professeur, parce que Peter n'était pas vraiment le meilleur des élèves… et ils étaient tous fatigués, une bande d'ados léthargiques qui zonait sur de vieux canapés. Quand Peter bâilla à s'en décrocher la mâchoire, une vague de rires mous s'éleva; le rire fatigué des ados qui ont fumé juste ce qu'il faut pour être détendu. Sirius glissait le joint entre les lèvres de sa blonde pompom girl qui gloussait en faisant saillir son décolleté plus que de raison mais ne devait pas se rendre compte que la plupart des gens présents et surtout son petit ami étaient globalement trop défoncés pour s'intéresser à ses attributs. Bientôt elle serait trop stone elle aussi pour songer à les montrer, en attendant Remus semblait être seul à les subir puisque tous ceux qui ne planaient pas étaient sur le point de s'effondrer de fatigue et avaient les yeux presque révulsés.

Il s'étira, rassembla ses feuiles, les fourra plus ou moins vite dans son sac et alla s'effondrer dans un fauteuil encore libre, balancant ses jambes au dessus de l'accoudoir. S'il basculait la tête en arrière il pouvait toucher l'épaule de Sirius, qui lui glissa un joint neuf entre les lèvres. Sirius tenait étonnament bien ce genre de choses. Contrairement à Keira qui gloussait sans s'arrêter contre son épaule et, globalement, aux autres. Peter avait disparu, James ne fumait pas du tout, et Remus s'enorgueuillissait de sa capacité à supporter toute sorte de drogues au moins aussi bien que Sirius. Leurs condisciples finirent donc par déserter les lieux, la démarche plus ou moins assurée. Keira réussit à arracher à Sirius un long baiser puis s'en alla. Sirius ne la suivit même pas des yeux.

Un silence fatigué tomba sur la pièce, vaguement rompu par le crépitement du feu. Ils n'étaient pas vraiment léthargiques, mais ils n'avaient pas non plus besoin de parler. James battait un jeu de cartes, l'air absorbé par le mouvement de ses mains. Il avait battu ce jeu toute la soirée sans desserrer les mâchoires, comme s'il s'hypnotisait lui même. Peter était redescendu et étalait le contenu de deux cartons à dessins sur les tapis, aidé par Sirius. Remus entendait leurs voix mais elles faisaiet comme un murmure, il avait du mal à les écouter.

Lui essayait d'écrire une lettre à Frank un bloc de correspondance en équilibre sur un genou. Il lui décrivait la scène, parce qu'il avait envie de lui raconter des dizaines d'autres choses mais n'arrivait pas à rassembler ses pensées. Il n'osa pas pour autant lui dire qu'il ne l'imaginait pas du tout dans ce décor.

Il secoua son stylo récalcitrant. Sirius recut une goutte d'encre sur la nuque, releva la tête vers lui, eut un sourire plein de coins, se leva et passa un bras autour de ses épaules, chercha à attaper l'ébauche de lettre difficilement grifonnée.

"T'as toujours pas compris que ca se faisait pas de rompre par lettre, Remy?"Les deux autres se tournèrent immédiatement vers lui, il soupira pour la forme.

-Qui a parlé de rompre, Sirius?" Pour rompre, encore aurait-il fallu qu'il sorte avec Frank, mais entre eux tout était à la fois plus simple et cent fois plus compliqué.

-Au delà de cent miles, l'adultère, même s'il est techniquement avéré, ne compte pas, asséna Peter. Remus préféra ne pas répondre, mais Sirius n'hésita pas.

-C'est juste qu'on t'imaginait pas comme ça… Je suis fier de toi tu sais?

-Être fidèle n'est pas un défaut, Sirius" Il referma le bloc, le coinca sous son genoux. Il fallait que cette histoire avec Evans remonte encore une fois.

-Pourtant on t'a bien vu avec Evans cette après-midi, marmonna James. Il était étrange qu'il dise ça sans la moindre contrariété, comme il parlerait du temps. Une simple constatation.

Il aurait pu nier. Se défendre, essayer de les corriger. Mais il les connaissait assez pour savoir que quoi qu'il dise, ils ne le croiraient pas. Il n'avait pus qu'à attendre qu'ils cessent de trouver ça drôle.

Peter s'était replongé dans ses croquis, Sirius avait réussit à mettre la main sur le bloc, James et lui lisaient le début de lettre. Ils n'avaient aucune chance d'en compendre les double sens, même si Sirius fronçait les sourcils, c'était parce qu'il se disputait le stylo avec James. Ils n'étaient pas d'accord sur la façon d'aborder la rupture et chacun essayait de griffonner ses idées, si bien que la feuille se retrouva irrémédiablement froissée.

Remus ramassa une feuille. Une statue, une femme de granite en prière, au centre du bassin d'une fontaine depuis longtemps arrêtée. Il éleva le dessin au-dessus de lui. Quelque chose le gênait, mais il n'arrivait pas à déterminer ce que c'était.

Peter avait une étrange capacité à représenter une scène dans ses moindres détails sans efforts. Au point que parfois, il les représentait sans s'en rendre compte; ça devait être le cas. Tout était à sa place dans la représentation du petit jardin d'hiver: la mousse sur la statue, le buisson de jasmin sec et emmêlé, la vigne qui montait jusqu'au sommet des piliers et les branches épineuses des rosiers qui la colonisaient. Et dans tout ça, quelque chose n'allait pas. Quelque chose semblait sortir de derrière le jasmin.

Une main.

"Peter, tu l'as fait quand ce dessin, demanda-t-il en tournant la feuille vers lui. Peter se rapprocha, James le regarda, Sirius rassembla ses longs cheveux sur sa nuque et lut par dessus l'épaule de James ce qu'il avait écrit, sans faire attention.

-Cette après-midi, je crois juste avant le diner." Sirius cessa de griffoner sur le bras de James et les écouta, sourcils froncés. Une mèche un peu large tomba sur son front, il la repoussa, il était pâle.

Sans plus y faire attention, ils reposèrent le dessin à sa place. Sirius le regarda encore quelque secondes, Remus en profita pour reprendre sa lettre, tâchant de lire les pattes de mouches de Sirius et l'écriture désordonnée de James. Il la recommencerait de toutes façons, quand ils ne feraient plus attention à lui. En attendant il sortit de la salle commune.

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…/… A suivre. Vous êtes en droit de vous poser des questions et de me lyncher mentalement , mais je tiens à dire que certains points seront éclaircis dans le prochain chapitre, qui ne mettra pas quatre mois à arriver. Promis.

Lymou qui présente ses plus plates et humbles excuses pour le temps de parution et la bizarrerie du chapitre.