Ils se déplacèrent silencieusement vers le réfectoire de l'internat ; Mai jeta un œil vers son patron, qui, au final, ne l'aura jamais entendue parler de ses rêves. En fait, tout cela l'inquiétait, depuis qu'ils avaient commencé cette affaire, Mai ne pouvait jamais faire quelque chose sans avoir le mal au ventre, ce pincement au cœur indéfinissable, ce tremblement si léger mais en même temps si douloureux, ce mauvais pressentiment. Elle avait l'impression que toute cette affaire n'était que malheur, et plus ils s'enfonçaient dans ses méandres, plus elle se sentait mal ; elle ne le disait pas, non, elle-même trouvait cela ridicule, pour l'instant rien de trop grave ne s'était encore produit. Quelques blessures, mais cela n'avait été que le fruit de quelques maladresses, rien de plus. Elle accéléra pour se retrouver à la tête du groupe, dos à Naru, elle accéléra encore, espérant les semer et pouvoir s'enfuir loin de ces bâtiments horribles ; ses jambes voulaient courir, son cœur le voulait aussi ; par contre, son cerveau leur refusa tout mouvement autre que de marcher en silence. Ils étaient arrivés devant la porte du réfectoire, le groupe attendit que Mai pousse la porte pour pouvoir entrer, cela ne se produisit malheureusement pas. Bou-san et Yasuhara soulevèrent un sourcil et Madoka pencha sa tête sur le côté.

« - On peut savoir ce que tu attends ? Demanda une voix froide et grave.

Mai se retourna et adressa une expression de malaise à son patron, pas de chance, il ne la regarda même pas, comme s'il jouait les ignorants. L'autre Davis, qui avait l'air plus intéressé, posa sa main sur l'épaule de la jeune fille et se pencha vers elle.

- Ça ne va pas ?

Pour Mai, c'était évident que ça n'allait pas, apparemment pas pour les autres. Elle baissa la tête et repoussa brusquement la main du Davis ; il avait l'air surpris, et encore, le mot semblait léger. Le reste du groupe aussi, Naru avait même retourné la tête dans la direction de la jeune fille, miracle. Elle se sentait vraiment très mal, pas par rapport à la réaction des autres, mais le mauvais pressentiment qu'elle avait dans les couloirs était devenu soudainement fort, à lui en donner des crampes à l'estomac. Ce pressentiment était si puissant, qu'il affectait son humeur et ses gestes, elle agrippa son bras avec sa main droite et le serra de plus en plus fort. Cette fois, Naru avait besoin de placer son grain de sel.

- Mai, on ne va pas attendre des heures devant le réfectoire donc soit tu nous dis ce qu'il se passe, soit tu rentres, point.

Il s'était placé à moitié devant la porte pour lui faire face, elle releva la tête en tremblant. Elle avait mal, et personne ne semblait vraiment le voir, son humeur s'empira, sa petite colère contre son patron devenait peu à peu colère noire. Elle le fusilla du regard, puis elle grimaça en mettant la main sur son cœur. Naru ouvrit sa bouche pour dire quelque chose d'autre, mais il la referma aussitôt, il regarda encore une fois son assistante, avant de détourner le regard. A peine il l'eut fait, qu'elle le fixa avec colère.

- De toute façon, si je le dis, tu t'en ficheras complètement ! Cracha-t-elle avec fureur.

Il tourna la tête très rapidement vers elle, et même si son visage s'exprimait rien, elle était sûre qu'il eût été étonné de son ton désinvolte, comme tous les autres qui observaient silencieusement la scène. Il la fixa un court instant et Gene le regarda intensément ; comment allait-il répondre à cela ? Eugène savait très bien que son frère ne répondrait pas avec délicatesse, mais plutôt avec brusquerie.

- Puisque tout est dit, entre donc, Mai, soupira le patron sur un ton quelconque.

Gene se résigna, s'il avait parié des millions, il aurait été millionnaire à coup sûr. Une chose pour laquelle il eût été bien loin de parier, fut la réaction de Mai. Elle commençait à bouillonner intérieurement, son sang n'avait fait qu'un tour lorsque son patron avait rétorqué des mots aussi blessants ; et alors que son pressentiment se faisait de plus en plus douloureux, elle poussa violemment son patron sur le côté, comme s 'il bouchait le passage et il s'écrasa contre un angle de mur, pile sur son épaule blessée. Mai se mit à respirer bruyamment, comme si elle faisait une crise d'asthme, sa respiration devint sifflante. Naru grogna et se tint le bras, il lança un regard effrayant vers son assistante qui frémit.

- Mai-chan, tu es devenue folle ? Demanda Gene qui était en train d'aider son frère à se relever.

Folle, elle ne le savait pas, mais quelque chose approchait, et son cœur lui disait de reculer de l'entrée du réfectoire mais ses jambes ne bougèrent pas, elle tremblait de partout.

- Jou-chan, qu'est-ce que tu as ? … Questionna le moine avec douceur.

Madoka s'approcha de la jeune fille et lui caressa les cheveux, Mai repoussa sa main comme elle l'avait fait avec Gene, sa respiration continuait à siffler et son cœur à la pincer.

Naru se releva, repoussa son frère et s'approcha de Mai en se tenant le bras. Il suivit le regard de son assistante et se mit lui aussi à fixer la porte. Il la regarda avec colère.

- J'ose espérer pour toi que tu pourras m'expliquer ta soudaine insolence après manger, articula-t-il.

Sa soudaine insolence avait-il dit, elle voulait lui montrer à quel point elle pouvait être encore plus insolente. Son cerveau se mit à lui brûler, sa colère, sa fureur était tellement grande qu'elle commençait à penser et à faire n'importe quoi.

Sa respiration redevint normale tout d'un coup, le silence les gagna tous. On pouvait entendre, à l'intérieur du réfectoire, le brouhaha constant être brusquement brisé par un bruit d'éclats au sol. Naru fixa son assistante qui bondit sur ses pieds à cet instant. Elle releva des yeux larmoyant vers lui.

- C'est arrivé, chuchota-t-elle.

Le groupe lui lança un regard étrange, Naru enleva la main de son épaule blessée en plissant les yeux vers la jeune fille.

La porte s'ouvrit brusquement dans un vacarme assourdissant.

Une femme avait ouvert. Une femme qui se mit à hurler, hurler si fort que le cœur de Mai faillit s'arrêter.

Mai écarquilla les yeux.

Le groupe entier se figea.

Les élèves qui étaient assises dans le réfectoire se mirent à crier d'horreur.

Du sang.

La femme continua d'hurler et tomba sur Mai.

Mai ouvrit les yeux et découvrit que la femme, la pauvre femme, avait ses yeux ensanglantés.

Par terre, dans une flaque de sang, gisaient le plateau et l'assiette brisée, mais aussi des phalanges de doigts sectionnés.

Mai hurla elle aussi, essayant de se dégager de la femme, en vain. Naru tira Mai par ses épaules, en utilisant sans réfléchir son bras blessé, il la tira encore plus fort pour l'aider à se dégager, puis il se tourna furieux vers les autres.

- Qu'est-ce que vous attendez ? Faîtes quelque chose ! Cria-t-il.

Lin se ressaisit et frappa la femme à l'arrière de la tête ; plus rien, il y avait juste les cris aigus des élèves debout et les sanglots irréguliers de Mai. Elle le savait, elle le savait.

Elle avait du sang partout dans la figure et sur ses habits, elle regarda ses mains, elles aussi pleines de liquide rougeâtre. Elle trembla et regarda vaguement la femme que Lin essayait de soulever. C'était …

- Reina ? Appela une voix masculine à l'autre bout du couloir.

L'homme s'arrêta et pâlit devant la scène qui s'offrait devant lui.

- Reina ! » Cria-t-il.

C'était Honma-sensei …

Après cela, Naru avait décrété qu'ils allaient se passer d'un repas ; de toute façon, personne n'en avait vraiment envie. Mai était assise sur le sofa de la base et reniflait en se tenant la tête entre ses mains. Naru la regarda un instant avant de toucher son épaule douloureuse. Tous jetèrent un regard inquiet vers Mai.

« - Ne me regardez pas comme ça, s'il vous plaît, marmonna Mai.

- Mai-chan, commença Madoka, se pourrait-il que tu savais qu'il allait se passer quelque chose, et c'est pourquoi tu ne voulais pas entrer à l'intérieur ?

- Ce n'est pas que je ne le voulais pas, murmura Mai.

- La prochaine fois, fais nous part de tes mauvais pressentiments, Mai, dit Naru d'un ton sévère.

- La prochaine fois, tâche de m'écouter quand j'essaye d'en parler, Naru, répéta Mai en essayant d'imiter son patron.

- Ne joue pas les désinvoltes, Mai, soupira-t-il, très bien, raconte moi tes rêves maintenant, qu'as-tu vu ?

Mai n'était plus d'humeur, oh non, elle en avait assez vu dans sa journée, assez entendu de la part de son égoïste de patron, elle en avait marre, c'était tout. Elle était fatiguée, son sommeil de la veille n'avait pas du tout été bénéfique, elle était épuisée, point. Elle baissa les yeux pour rencontrer son t-shirt tâché de rouge. Elle voulait pleurer, elle était trop fatiguée, vraiment, et tout ce qu'on faisait, c'était de la sermonner. Elle se leva d'un coup, et sans regarder ses collègues, elle se dirigea vers la porte.

- C'est trop tard maintenant … » Dit-elle avec la gorge nouée.

Elle ferma la porte derrière elle.

Elle repensa à Honma-sensei qui était partie en ambulance accompagnée de son fiancé, Takasugi-sensei une heure auparavant. Elle repensa à ce qu'avait dit l'infirmière scolaire, choquée elle aussi : « Honma-sensei ne pourra plus voir, ses yeux ont été complètement … Et ses phalanges … Elle a dû beaucoup souffrir et avoir peur … »

Elle trembla encore une fois, elle s'appuya contre la paroi de la douche. L'eau était chaude, mais elle ne la relaxait pas, elle avait froid, elle avait peur, elle était triste, elle était en colère, elle était choquée ; elle ne voulait plus jamais vivre cela, non.

Elle se mit à pleurer, toute seule.

Lorsqu'elle revint à la base, changée et lavée, il n'y avait plus personne, sauf Madoka et Yasuhara qui prenait un thé calmement assis.

« - Ah ! Mai-chan, tu vas mieux ? Demanda une Madoka chaleureuse.

- Mai-san, tu as inquiété tout le monde, tu sais ? Dit Yasuhara en lui tendant une tasse de thé chaud.

Mai sourit faiblement avant de prendre la tasse de thé et de la porter à ses lèvres, c'était bon et doux, agréable, elle s'assit et elle se sentit un peu mieux. Elle respira l'odeur réconfortante du thé avant d'en reprendre une gorgée.

- Je suppose que Naru avait raison, dit Madoka en souriant, il nous avait dit que le thé allait te calmer un peu, j'en ai donc fait et ça a l'air de fonctionner.

Mai reposa la tasse sur la table à la prononciation du surnom de son patron, elle fixa la tasse et se mit à bailler. Encore fatiguée. Elle eut une courte pensée pour l'affaire Urado, où Naru lui avait apporté une tasse de thé similaire à celle-ci, après qu'elle ait vécu un des cauchemars les plus effrayants qu'elle n'ait jamais vu.

- Où sont-ils partis ? Demanda l'assistante dans une petite voix.

- Ils sont partis faire un tour dans les bâtiments, puis à l'extérieur, ensuite, ils avaient prévu de descendre une nouvelle fois dans l'abri, répondit Yasuhara en réfléchissant.

- Vous allez rester avec moi alors ? Demanda Mai.

- Non, Naru nous avait juste demandé de rester un petit de temps avec toi pour voir si tu allais bien, nous devons aller interroger les parents de Moriyama Yukino aujourd'hui.

Mai baissa la tête, en fin de compte, elle finissait toute seule dans la base, comme toujours. Madoka regarda sa montre et fit signe à Yasuhara qu'il fallait y aller. Ils saluèrent Mai en s'inclinant et en faisant signe de la main.

- A tout à l'heure, Mai », chantonna Madoka avant de fermer la porte.

A peine la porte fut fermée qu'elle entendit le raclement. Elle frémit, il était plus fort qu'au début de la journée. Elle reprit une gorgée de thé en essayant de se calmer, elle reposa la tasse en tremblant. Elle tremblait, elle ne savait pas pourquoi. Elle remit son visage entre ses deux mains ; ça recommençait …

« - Je me demande si Mai-chan ira bien toute seule, souffla Madoka en montant dans la voiture noire.

- Moi aussi je suis inquiet, ce n'est pas facile pour elle, ce qu'elle a vu, ce qu'elle ressent …

Yasuhara soupira en mettant sa ceinture de sécurité. Madoka démarra la moteur du van.

- Naru aurait quand même pu laisser John rester avec elle tout de même, marmonna-t-elle.

- Oui, mais apparemment, ils ont besoin de beaucoup de gens pour la descente, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver, et puis je pense que Naru-san était très énervé contre elle à la base …

Ils se lancèrent un regard rempli d'inquiétude avant de baisser tous les deux les épaules.

- La manière dont elle s'est comportée, ce n'était pas sa faute, Naru devrait comprendre, déclara Yasuhara en relevant ses lunettes.

- Si tu veux mon avis, il a tellement été vexé qu'il est redevenu encore plus dur que le marbre, chantonna Madoka en souriant.

- Ça a l'air de vous faire plaisir, Madoka-san …

- Eh bien, disons que leur relation me fait rire c'est tout, la situation en elle-même, non, mais je les trouve très intéressants tous les deux.

- J'espère pour Gene-san que Naru-san ne va pas entendre la rumeur qui le concerne aujourd'hui … Vu son humeur actuelle, Gene-san risque de souffrir énormément …

- Oui, moi aussi je l'espère pour lui … »

Ils arrivèrent devant une maisonnette de la banlieue de Tokyo, Madoka gara la voiture et ils en sortirent. Ils se regardèrent un instant, Yasuhara enleva ses lunettes et les essuya avec un petit mouchoir avant de sonner à la porte de la maison. Une femme aux yeux cernés vint les ouvrir, elle leur fit un sourire faible avant de les laisser entrer. Le mari s'inclina, lui aussi en souriant faiblement, puis les deux chercheurs s'assirent dans le salon. On leur proposa du thé, ils inclinèrent leur tête pour les remercier de leur offre puis la conversation débuta.

« - Donc, vous voulez savoir des choses étranges à propos de notre fille, c'est cela ? Demanda la mère, une boule dans la gorge.

- Oui, si cela ne vous dérange pas …

- Quel est votre métier dans la police exactement ? Articula le père avec curiosité.

- Ah, ne vous méprenez pas, nous ne faisons pas partie de la police, dit Yasuhara en agitant sa main.

Ils eurent l'air surpris, la mère se pencha en avant, le regard interrogatif dessiné sur le visage.

- Vous … Quel est votre travail alors ? Questionna-t-elle.

Madoka et Yasuhara se regardèrent, ils savaient que cette question allait être posée.

- Nous sommes, des chercheurs concernant le paranormal, déclara Madoka, sérieuse.

- Quel est le rapport avec notre fille ? Demanda le père fermement.

- Mon Dieu, ne me dîtes pas qu'elle … Sanglota la mère en couvrant sa bouche de sa main.

- Non, euh, nous ne savons rien pour l'instant mais …

L'homme coupa Yasuhara d'un signe de la main, avec énervement.

- Nous ne croyons pas aux esprits ici, se moqua-t-il, de plus, notre fille n'est pas encore morte !

- Elle … a disparu depuis deux semaines et demi, nous ne pouvons pas écarter le fait qu'elle …

- Ne dîtes pas de choses pareilles ! Explosa la mère, ne parlez pas de ma fille ainsi !

- Des phénomènes étranges se produisent à son école, ce midi même, sa professeur de chimie a été gravement blessée.

La mère fit des yeux choqués et le père serra son poing.

- Vous accusez notre fille ? De quel droit faîtes-vous cela ? Et puisque vous nous disons qu'elle n'est pas morte !

- Nous n'écartons aucune piste, aucune, dit Yasuhara.

Le père se leva avec colère.

- Je me vois obligé de vous raccompagner à l'extérieur de notre maison, ne revenez jamais ici.

Ils grimacèrent et se levèrent, s'inclinèrent poliment et sortirent de la maison, la porte claqua derrière eux et ils soupirèrent.

Ils montèrent dans le van et Madoka démarra la moteur avec le cœur lourd, elle fit demi-tour, se plaça sur la route, mais au moment de partir, une vois les appela.

La mère sortit en trombe de la maison, les yeux rouges, et courut vers la portière de Madoka. Cette dernière ouvrit sa fenêtre et se pencha vers la femme.

- Vous avez dit, des choses étranges par rapport à ma fille, n'est-ce pas ?

Ils acquiescèrent de la tête.

- En fait, elle était toujours dans les nuages, elle rentrait tard le soir quand elle revenait le week-end et ce, depuis un bon mois, quand je lui ai demandé elle avait juste rit. Au début j'ai soupçonné le fait qu'elle sorte avec quelqu'un, mais je me suis rappelée que son internat n'était composé que de filles, j'avais vite abandonné l'idée …

- Mais ? Demanda Madoka.

- J'ai trouvé ceci dans sa chambre, il n'y a pas si longtemps.

Elle tendit à Madoka une lettre dans une enveloppe blanche avant de faire demi-tour et de partir. Madoka referma sa vitre avant de passer le mot à Yasuhara et à démarrer. Yasuhara défit délicatement l'enveloppe et déplia la lettre.

- Tu peux la lire, s'il te plaît, Yasuhara-kun ?

- « On se retrouve comme d'habitude dans l'abri ? J'ai hâte de te revoir, comme à chaque semaine, je t'aime si fort, je ne veux pas te perdre. J'espère que tu gardes toujours notre petit secret, car j'ai entendu dire qu'il y avait de vilaines rumeurs sur toi et moi … Quoi qu'il en soit, à Samedi à … »

- A ?

- C'est effacé, elle a dû la lire sous la pluie, en déduit Yasuhara.

- Ah … Les amours de jeunesse, marmonna Madoka en souriant en coin.

- Vous parlez comme une vieille dame, si je peux me permettre, Madoka-san.

- Je ne suis pas vieille ! » Protesta Madoka en lâchant l volant pour lui asséner un coup sur la tête.

Ils arrivèrent dans la base et ouvrirent la porte avec un grand sourire dessiné sur leur lèvres, la lettre dans la main.

« - Mai-san, on est … Hein ?

- Elle n'est pas là ? … »

Ils tournèrent la tête l'un vers l'autre, en panique. Où était passée Mai ? Madoka plaqua sa main contre son front et Yasuhara l'appela une énième fois, comme s'il avait encore de l'espoir pour une réponse. Ils accoururent à l'extérieur vers l'emplacement de l'abri, là où se trouvait Naru et les autres.

« - Mai ? S'exclama le narcissique, pourquoi tu es là ? Ne t'avais-je pas demander de rester à la base ? Remonte immédiatement, nous nous apprêtons à descendre. Qu'est-ce que tu attends ?

- Tu ne me laisses même pas parler ! Protesta l'assistante.

- Il n'y a rien à dire, retourne à la base.

- Ne descendez pas, s'il vous plaît, dit-elle.

Bou-san releva la tête vers elle.

- Jou-chan, tu as un mauvais pressentiment encore ?

Mai hocha la tête lentement. Naru la fixa un instant, puis il sortit de sa poche une lampe. Il l'alluma puis l'éteignit, vérifia qu'elle fonctionnait bien. Mai lui donna un air choqué.

- Qu'est-ce que tu fais, Naru ? Questionna-t-elle.

- Je descends, répondit-il simplement.

Mai serra son poing, s'il voulait l'avoir dans la figure, il était très bien parti.

- J'ai dit qu'il ne fallait pas y aller, Naru, tu vois que tu ne m'écoutes pas ! Gronda-t-elle.

- J'ai juste envie de voir un tout petit instant à quoi cela ressemble, je ne vais pas y passer le reste de mes jours Mai.

- Très bien, allez-y, Monsieur Oliver Davis, Articula Mai dans un anglais approximatif.

Un anglais, qu'il comprit pourtant car il soupira. Il allait descendre mais une main tira sur son bras ; Lin.

- Si Taniyama-san dit qu'il ne faut pas y aller, n'y vas pas, Naru.

- Il me semblait que tu n'étais pas baby-sitter, Lin, répondit le patron sur un ton insolent.

Lin se résigna, et sans rien répondre de plus, il croisa les bras et adressa à Naru un regard glacial.

- Noll, ne descend pas, Mai-chan l'a dit, tu dois l'écouter, dit son frère en essayant de le raisonner.

Gene ne savait pas ce que faisait son frère, ce n'était pas dans ses habitudes d'être ainsi. Il le regarda droit dans les yeux, il essayait de prouver quelque chose ; quoi, son frère n'en savait rien. Naru regarda son assistante.

- Mai, rien ne va se passer.

Elle le regarda avec étonnement, et les maux de ventre s'amplifièrent, son cœur battait de plus en plus vite ; si, il allait se passer quelque chose.

- Tu te trompes, Naru ! Il va vraiment se passer quelque chose ! Crois-moi !

Une fois ces mots prononcés, à deux mètres du groupe, le sol s'effondra brutalement, faisant trembler la terre légèrement. Le groupe fixa le trou formé par l'éboulement soudain. Naru soupira.

- Je le savais, déclara-t-il.

- Tu rigoles ? Tu allais y descendre il y a deux minutes ! Explosa Mai.

Gene écarquilla les yeux et tapota le dos de son frère.

- Ah~ petit cachottier ! Tu te doutais que le sol allait céder et tu as crée tout ce remue-ménage pour que l'on soit tellement absorbé par la conversation qu'on ne se déplace pas n'importe où ! Tu aurais pu le dire, tu sais, rigola Gene.

Mai resserra la mâchoire, cela ne la faisait pas rire du tout, elle fit demi-tour pour retourner à la base.

- Où vas-tu Mai ? Demanda son patron.

- A la base.

Elle contourna la plaque d'égout pour emprunter un autre chemin. Naru fit un geste rapide vers son assistante.

- Mai ! Ne passe pas par-là !Cria-t-il.

Elle eut le temps de se retourner, et le sol sous ses pieds s'affaissa dans un autre éboulement.

- Mai ! Hurlèrent Bou-san, Gene et John à l'unisson.

Lin accourut vers la jeune femme et attrapa son bras de justesse. Elle étouffa un cri de douleur avant de relever la tête, pourquoi fallait-elle qu'elle tombe partout ? Naru s'avança avec précautions du bord et tendit son bras valide pour attraper la deuxième main de Mai.

On entendit accourir vers eux, Lin releva la tête et vit Madoka et Yasuhara courir en agitant les bras, il plissa les yeux et les écarquilla. Naru releva la tête lui aussi.

- Madoka ! Ne viens pas par ici, c'est trop dangereux ! Cria Lin.

Trop tard, avait eut envie de dire Madoka sur un ton ironique, mais elle s'écroula aussi. Par réflexe, elle avait poussé Yasuhara qui tomba en arrière, sain et sauf à la surface. Par réflexe, du côté de Lin, il avait lâché la main de Mai pour chercher celle de Madoka.

Le résultat fut simple, Naru bascula avec Mai dans le trou. Pas profond, heureusement, mais les cailloux de terre dure faisaient assez mal à leur contact ; Mai se cogna la tête et perdit connaissance.

« - En gros, la dernière fois, quand on est parti faire nos recherches, si on est pas tombé c'est que … Commença le moine.

- Vous avez eu de la chance, termina Naru plein de boue sèche.

Lin soigna Madoka en lui appliquant des pansements sur le bras sous l'œil attentif et passionné de Gene. Lin lui lança un regard en colère, malheureusement pas suffisant à faire renoncer le Davis.

- Tu n'es pas obligé de me regarder comme cela, Gene, prononça calmement Lin en plaçant le dernier pansement sur Madoka.

- Merci, Koujo, dit-elle en souriant.

- Désolé, Lin, gloussa Gene.

Un raclement.

- Qu'est-ce que c'était ? Demanda John en regardant tout autour.

- On dirait que c'est … Mai-san, dit Yasuhara.

Tous les regards se dirigèrent vers Mai, qui était allongée sur le sofa bleu, elle planta ses ongles dans le tissus du fauteuil et il y eut un deuxième raclement.

- Elle doit être, en train de rêver, peut être qu'elle saura ce que sont les raclements qu'entendait Honma-sensei, dit Bou-san en croisant les bras, j'espère que ça ne sera pas aussi horrible que l'affaire Urado … »

Les autres le regardèrent et acquiescèrent silencieusement et continuèrent d'observer la jeune fille qui dormait et qu commençait à s'agiter.

Elle grattait, encore, et encore. Elle grattait les murs, elle ne faisait que ça. Dans tout ce noir, elle avait peur, elle voulait rentrer, elle avait très peur. Elle grattait les murs depuis longtemps, en espérant trouver une sortie, un espoir. Elle grattait ces parois en béton, elle avait mal, très mal à ses doigts, mais il fallait qu'elle continue. Elle allait user son os, elle avait déjà usé la chair et les ongles du début de ses doigts, elle avait envie d'hurler de douleur, de terreur en sentant le liquide chaud et gluant lui couler entre le reste de ses doigts. Elle voulait rentrer, elle voulait juste rentrer. Elle voulait qu'on la trouve, elle aurait supplier tout le monde qu'on la trouve. Elle avait si faim, si froid, si peur, si mal.

« - Au secours ! » Hurla-t-elle de toutes ses forces.

Mai se réveilla en sursaut, dans son lit, elle resta allongée, elle ne pouvait plus bouger. Elle sentit quelque chose bouger dans son lit, quelque chose lui toucher la jambe, quelque chose de glacé et collant. Elle tourna doucement la tête, avec peur, elle n'était pas seule dans son lit …


Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, j'adore tout simplement le personnage de Gene ; écrire ses réactions, ses commentaires et ses répliques sont un véritable plaisir ! Enfin, j'espère qu'il vous plaît bien le petit Eugène :p ! Moi, il me fait bien rire en tout cas :)

Pour les fans de Gene, tapez 1 !

Pour les fans de Naru, tapez 2 !

Ça me donnera une petite idée de ce que vous pensez ;) !

En espérant que ce chapitre vous a plu,

Netphis3 .