*-! LOLIPOP !-*

Elle ne pouvait pas continuer comme ça. Ça faisait deux jours qu'elle était arrivée en Lothlórien et elle mangeait à peine, plus vraiment habituée. Elle dormait presque tout le temps et ignorait tous ceux qui venaient dans l'infirmerie, car elle avait compris où elle se trouvait. Pourtant, Aryane ne se reconnaissait pas. Elle ne pouvait pas continuer à vivre comme ça, il fallait qu'elle avance, qu'elle ne se laisse pas abattre. Elle devait se reprendre en main et apprendre à vivre malgré son handicape. Ce fut donc dans l'après-midi du troisième jour qu'elle se leva et, prudemment, descendit de son lit. Elle se dressa sur ses jambes, manqua de tomber, puis repris son équilibre. Elle plaça ses mains devant elle, afin d'éviter les possibles obstacles, s'aidant des lits, des meubles et des murs parfois. Aryane se rendit donc à ce qu'elle supposait être une armoire de vêtements et l'ouvrit. Elle tâta un peu l'intérieur et ses mains entrèrent en contact avec un tissus léger, une robe apparemment. Elle la saisit et, après s'être battue avec pendant plusieurs minutes, elle parvint à l'enfiler. Elle continua à arpenter la pièce quand elle entendit quelqu'un entrer.

- Vous êtes réveillée !

- Euh… oui ? Mais excusez moi, qui êtes vous ?

- Oh, désolée. Mon nom est Alassë, c'est moi qui me suis occupée de vous pendant votre convalescence, expliqua un voix douce et féminine.

- Merci beaucoup, Alassë, répondit la jeune fille. Je suis Aryane. Est-ce que vous sauriez où je peux trouver une brosse ?

- Bien sûr, mais je vais m'occuper de vous. Asseyez vous sur un lit, je reviens.

- Euh… d'accord, mais arrêtez de me vouvoyer, s'il vous plait. J'ai l'impression d'être vieille, soupira Aryane.

Elle sentit une présence dans son dos, sans doute Alassë. Elle sentit alors ses cheveux tirer vers le bas, signe que la personne qui s'occupait d'elle avait commencé son travail.

- Et quel âge avez… as-tu, Aryane ? demanda Alassë.

- J'ai… j'ai eu treize ans il y a quelques jours, expliqua difficilement l'adolescente.

Voyant qu'il s'agissait d'un souvenir douloureux, Alassë changea de sujet.

- Je ne savais pas que les elfes pouvaient avoir des cheveux comme ça.

- Les elfes ? s'étrangla Aryane. Attendez, vous êtes une elfe ? Je suis dans une cité d'elfes ? Entourée d'elfes ?

- Et bien, oui, s'étonna Alassë.

- Vous rigolez, j'espère ! Les elfes n'existent pas, déclara Aryane.

« Et les orcs non plus ne devraient pas exister » ajouta-t-elle mentalement.

- Et pourtant, c'est ce que je suis, affirma doucement Alassë. Je pensais que tu le savais…

- À cause de mes oreilles, c'est ça ? compléta l'adolescente. Non, je ne sais pas comment c'est arrivé, mais je me suis réveillée avec les oreilles pointues lorsque j'étais… prisonnière des orcs. Mais je ne suis pas une elfe.

- D'accord. Voilà, j'ai terminé !

Aryane tâta ses cheveux et les sentit doux comme la soie, avec quelques tresses. Ça devait être très beau. Elle se releva et s'appuya contre le mur.

- Ça va ?

- Oui, je pète la forme, c'est juste que j'ais besoin du mur pour me diriger…

- « Pète la forme » ? releva l'elfe.

- Je suis en pleine forme, traduisit Aryane. Voyez vous, à cause du traitement de mes geôliers, je suis… je suis devenue aveugle, alors j'ai besoin des murs pour m'aider à me diriger.

- Voudrais-tu que je t'aide ?

- Non, ça ira, je vais m'arranger toute seule. Merci encore !

Aryane se leva et réussit à sortir de l'infirmerie. Aussitôt, un vent frais vint lui caresser le visage. Elle se mit à arpenter les différents couloirs, s'appuyant sur les murs. Après une vingtaine de minutes, elle sentit une présence dans son dos.

- Qui est là ? demanda-t-elle dans le vide, méfiante, en se retournant.

- Impressionnant, vous devez bien être la seule à me voir arriver, affirma une voix masculine.

À la simple mention de la vue, Aryane se raidit, puis se reprit. Elle devait passer par dessus.

- Qui êtes vous ?

- Haldir, Capitaine de la garde de la Lorien.

- Je vois. Pourriez vous me conduire à la Dame Galadriel ? J'ai besoin de lui parler, mais je crois que je me suis perdue, soupira Aryane.

- Bien sûr, jeune…

- Aryane, compléta celle-ci.

Haldir était intrigué par cette enfant elfe. Elle avait deviné sa présence, ce qui était presque un exploit, et ses yeux était voilé, nacrés, opalescents, blancs, enfin bon, vous comprenez ? Il accepta de la conduire à sa dame et lui présenta son bras. Elle, elle continuait de le fixer, sans réagir, et il comprit soudain de quoi il en retournait. Elle était aveugle. Il s'approcha donc d'elle et prit son bras. Il la sentit se raidir, mais ne se stoppa pas. Il prit donc le bras de la jeune fille et le déposa sur le sien, afin de mieux la conduire. Elle comprit alors la manœuvre et le laissa faire. Ils marchèrent quelques minutes dans le silence absolu, lorsqu'il se décida à parler.

- Est-ce que vous êtes… aveugle ?

Il se gifla mentalement pour le manque de tact et, quand il la vit se crisper, il redouta qu'elle ne fonde en larmes. Pourtant, elle les retint courageusement, pris une grande inspiration et se décida à répondre.

- Je le crains, en effet, répondit-elle doucement.

- Je suis désolé, je ne voulais pas le demander comme ça… s'excusa le capitaine.

- Ça va aller, affirma-t-elle. Il faudra bien que je passe par-dessus un jour ou l'autre. Je ne laisserais pas des créatures répugnantes gâcher ma vie.

- Ce sont de sages paroles. Tenez, nous sommes arrivés.

- Merci beaucoup, Haldir, le remercia Aryane avant de détacher son bras du sien.

Elle s'avança de quelques pas et, ne sachant pas vraiment comment réagir, elle s'inclina devant les souverains.

- Je vois que tu es enfin sortie, dit Galadriel d'une voix neutre.

- En effet. Je tenais à me faire pardonner mon comportement envers vous qui m'avez sauvé et recueilli, expliqua Aryane.

- Je comprend pourquoi tu as réagis ainsi, et saches que tu es la bienvenue ici tant et aussi longtemps que tu le souhaiteras, affirma la dame.

- Merci de tout cœur, Dame Galadriel, mais je ne sais pas si je pourrais accepter votre offre.

- Je te propose de venir manger avec nous, tu pourras peut être nous éclairer d'avantage sur le pourquoi et le comment de ta présence en la Lorien, proposa Celeborn. Et après, tu verras ce que tu veux faire.

- Bien entendu, accepta la jeune fille.

Elle entendit des pas s'approcher d'elle et quelqu'un lui prendre le bras pour le déposer sur le sien.

- Je vais guider tes pas, déclara la dame.

- Merci, souffla l'adolescente.

- Alors, quel est ton nom ?

- Oh, désolée, je m'appelle Aryane Whitehope.

Elle sentit la dame se raidir, mais cela passa tellement vite qu'elle ne su si elle avait rêvé.

- C'est un très joli nom. Et quel âge as-tu, Aryane ?

- Treize ans.

Cette fois, ce furent les deux seigneurs qui sentirent son trouble. Ils arrivèrent alors à la salle de banquets et, après avoir aidé la jeune fille à s'installer, ils prirent place à ses côtés. Ils commencèrent à manger et, quelques minutes plus tard, Celeborn se décida à parler.

- Je m'excuse de te presser, mais il nous faudrait savoir toute l'histoire.

- Et bien, vous aller peut être me prendre pour une folle, mais je viens de loin, très loin, voir un autre monde, où les elfes et les orcs n'existent pas.

Comme les seigneurs ne disaient rien, elle se dit que la pilule était plutôt bien passée et poursuivit.

- Il a plus d'une semaine, maintenant, je me suis réveillée dans ma chambre et suis descendue en bas à toute vitesse, car mon père était supposé être revenu. Je ne le voyais que très rarement à cause de son travail, alors vous comprenez que j'étais plutôt énervée. Pourtant, arrivée en bas, j'ai trouvé ma mère en larme, et elle m'a donné une lettre. C'était de mon père. Il disait que la situation devenait trop difficile et il était parti avec une autre femme. Il ne voulait plus entendre parler de nous.

Elle se racla la gorge et poursuivit.

- Mon frère, qui habitait à une heure de chez nous, a décidé de revenir pour nous soutenir, ma mère et moi. Pourtant, il a eu un accident, et il est mort sur le coup. Je suis montée dans ma chambre et y suis restée trois heures à pleurer. Quand je suis redescendue, j'ai trouvé mon oncle, qui semblait m'attendre. Et il m'a apprit que ma mère s'était suicidée.

Elle sentit ses yeux s'embuer mais retins ses larmes. Elle ne devait pas craquer.

- Si tu le désires, nous pouvons remettre cette conversation à plus tard. Ce sont de douloureux souvenirs que nous avons fait resurgir, proposa Celeborn.

- Non, je dois passer par dessus. Enfin, quand j'ai appris à propos de ma mère, je me suis enfuie. J'ai couru pendant des heures, comme si je pouvais fuir la réalité. J'ai fini par me perdre dans une forêt. Alors que je m'asseyais pour reprendre mes esprits, une sorte de portail s'est ouvert devant moi, et les monstres que vous appelez des orcs en sont sortis. J'ai tenté de m'enfuir mais j'étais épuisée. Ils m'ont bien vite attrapé et m'ont ramené avec eux aussi vite qu'ils étaient arrivés. Tout ça s'est déroulé en une journée, la journée où je fêtais mon anniversaire, continua la jeune file.

Galadriel, pourtant capable de garder son calme en toute situation, hoqueta de stupeur.

- Pendant trois jours, ils m'ont torturés. Je ne savais rien, ne comprenais rien, et ils venaient toujours pour me frapper. Puis, lors du quatrième jour, un orc est entré avec un bol rempli d'un substance étrange et m'a ordonné de boire. Ne voulant pas me faire frapper, j'ai obéi, ce que j'ai grandement regretté. La douleur était insupportable, je ne sais même pas comment j'ai fait pour ne pas devenir folle. Je me suis évanouie peu après et, quand je me suis réveillée, j'ai vu qu'il y avait un miroir. Je suis allée me regarder, redoutant de voir un visage tuméfié, mais ce que j'ai vu m'a choqué. Autrefois, j'avais les cheveux blonds et raides, et mes yeux étaient vert émeraude. Ma peau était pâle, aussi. Quand je me suis regardée, mes cheveux et ma peau étaient ainsi, et mes yeux étaient devenus dorés. C'est là que le même orc que la veille est entrée, avec un nouveau bol. Il m'a ordonné de boire, j'ai refusé et, alors qu'il allait me frapper, mes mains ses sont enflammées.

Pour leur donner un exemple, Aryane leva ses mains devant elle et, d'un coup, elles prirent feu. Cette fois, vraiment choqués, le seigneur et la dame, poussèrent un petit cri. Aryane cessa son petit tour de passe-passe et poursuivit son récit.

- Je l'ai tué. Bien sûr, c'était un accident, mais il est quand même mort. Plusieurs de ses congénères sont arrivés, attirés par les cris. Ils m'ont forcé à boire et sont repartis. La douleur était pire que la précédente et j'ai même supplié la mort de venir me chercher. Lorsque tout a cessé, j'étais plus agile, plus mince, plus souple, enfin bref, j'étais comme les elfes. Et j'avais les oreilles pointues.

Elle prit une grande inspiration, le pire était à venir.

- Une rage de vivre sans pareil est montée en moi lorsque trois orcs sont venus me chercher. Je les ais tous tué et suis sortie de ma cellule en courant. J'ai parcouru d'innombrables couloirs avant d'arriver dans une salle immense avec d'horribles créatures qui hurlaient partout. Mes poursuivants mon rattrapé et attaché à une table. Ils m'on forcé à boire une dernière fois un liquide rouge, et c'est là que je me suis rendue compte que tout ce que j'avais ingurgité était du sang. La douleur s'est à nouveau emparée de moi, et quand tout s'est achevé, j'ai réussi à me défaire de mes cordes et à passer un pont en pierre très étroit vers ce que je devinais être une sortie. Ils se sont mis à me tirer dessus et une flèche m'a atteint l'épaule. J'ai tout de même continué ma course, je ne voulais pas retourner là-dedans. J'ai atteint votre forêt, je les entendais me poursuivre. Ma tête s'est mise à tourner, j'ai perdu l'équilibre, ma vue s'est obscurcie et j'ai basculé dans ce que je devinais être une rivière.

- La Nimrodel, dit Galadriel.

- Je me souviens seulement de m'être redressée, j'ai croisé le regard d'un homme et c'est le noir à nouveau. Vous connaissez la suite, conclu tristement Aryane.

- Ma pauvre enfant…

Les seigneurs en avaient vu des vertes et des pas mûrs, des situations horribles par centaine, mais l'histoire de la jeune Aryane les avait profondément touché et, d'un seul regard, ils comprirent que leur choix était déjà fait.

- Aryane, si tu veux, tu pourrais vivre ici, en Lothlórien, avec nous. Tu apprendrais à vivre malgré l'absence de ta vue et à te déplacer normalement, tu pourrais apprendre à parler l'elfique et tu pourrais apprendre à te battre et à te défendre si, un jour, tu recroisais la route des orcs. Tu es sous notre protection, désormais, mais le choix te reviens, déclara Galadriel d'une voix douce.

- Vous me proposez, en quelque sorte, d'être votre pupille, c'est ça ? tenta Aryane.

- Exactement.

- Je… je ne sais pas quoi dire… Vous êtes tellement gentils, c'est… ça représente énormément pour moi. J'accepte avec plaisir votre proposition.

- Dans ce cas, nous t'attribueront une chambre dans le talant royal. En attendant, Haldir s'occupera de toi.

Lorsqu'il entendit son nom, le capitaine se raidit. En effet, malgré l'impolitesse dont il savait faire preuve, il avait écouté toute la conversation et le récit d'Aryane l'avait bouleversé, lui, un elfe avec des millénaires de vécu ! Et il s'était promis de l'aider car, mine de rien, il s'était attaché à elle en un temps record. Il ressentait pour elle une sorte d'amour fraternel, ce qu'il ne ressentait qu'envers ses frères et Aragorn. Il entra donc dans la salle d'un pas décidé.

- Vous m'avez fait demander, ma dame, mon seigneur ?

- À partir de maintenant, tu seras le guide d'Aryane dans la cité. Tu lui apprendras aussi le maniement des armes et le combat au corps-à-corps. Il faut qu'elle sache se défendre si jamais elle tombait sur des orcs, ordonna Galadriel.

- Bien, ma dame.

- Oh et, une dernière chose, elle est désormais notre pupille, Haldir, alors je vous pris de la traiter avec le respect dû à son rang.

- Comme vous voudrez. Aryane ?

- Je viens. Merci encore, Dame Galadriel, Seigneur Celeborn.

Elle se leva, s'inclina, puis pris le bras qu'Haldir lui tendait, tâtant un peu de vide avant, et ils quittèrent la salle.

- Je pourrais vous poser une question ? demanda alors Aryane.

- Bien sûr.

- Alors répondez moi honnêtement. Est-ce qu'être en charge de moi-même vous dérange ?

- Honnêtement ? Non. Je ne saurais l'expliquer, mais depuis la première fois que je vous ais vu, je vous considère comme une petite sœur.

- Je… je suis flattée, Haldir. Je serais très heureuse de vous considérer comme mon frère, s'émut Aryane. Mais dans ce cas, est-ce que je peux vous tutoyer ?

- Et bien… j'imagine que oui, s'étonna le capitaine.

- Et bien, fais de même, d'accord ? Parce que le vouvoiement me donne des rides ! rigola Aryane en faisant un immense sourire.

Et, aussi étonnant que ça puisse paraître, Haldir éclata de rire.