Chapitre 4
L'attente est très longue. A chaque fois qu'une infirmière passe, Ducky l'interroge et traduit le jargon médical en langage usuel. Ce sont souvent des phrases comme « le chirurgien fait tout ce qu'il peut » qui ressortent. Abby n'a pas encore pointé le bout de son nez. Je parierais mon bateau que la première chose qu'elle fera demain… (Il est minuit passé), aujourd'hui en apprenant ce qui s'est passé, c'est de se ruer à l'hôpital. L'imaginer déambuler dans les couloirs avec son attirail de fille gothique m'arrache un sourire.
- Mr. Gibbs ?
Le médecin vient vers nous, il a l'air exténué.
- Je suis le docteur Collins, je me suis chargé de l'opération de Mr. DiNozzo.
- Comment s'est déroulée l'opération ? demande Ducky.
- Très bien, nous avons réussi à stopper l'hémorragie et je suis sûr que de ce côté-là, il ne devrait pas avoir de séquelles. Je ne vous cacherais pas que nous avons intervenu très tard et que quelques minutes de plus et,…
Il laisse sa phrase se perdre dans le vent mais je crois que je vois le portrait.
- A propos de sa blessure à la tête, elle paraît très superficielle au scanner. Mais sa vision étant affectée…
- Il ne pouvait rien voir,… docteur, je confirme au médecin.
Il prend une inspiration.
- C'est très inquiétant. Mais nous ne pourrons rien faire tant qu'il ne se réveille pas. Il se peut que ce soit simplement dû au choc.
Je ne comprends pas. J'ai envie de lui crier ma frustration à la figure.
- Peut-on le voir, s'enquière Ducky.
- Je peux arranger, ça.
Il nous mène auprès de Tony. Mon agent est allongé dans un lit d'hôpital, étrangement immobile. J'ai rarement vu Tony immobile et je me rends compte à quel point ce n'est pas rassurant. Une machine surveille son cœur et une ligne intraveineuse lui sert son dîner, avec une bonne pinte de sang, sans oublier la canule à oxygène. Il a le teint pâle.
- Quand va-t-il se réveiller ? je chuchote à Ducky.
- C'est impossible à dire, Jethro.
Il s'éloigne de moi et je m'assieds près de lit en soupirant. Dehors, Ducky parle avec le médecin et sa voix filtre à travers la porte.
- Pourrais-je voir les clichés de sa tête que vous avez fait ?
Je n'entends pas la réponse qui s'évapore au moment où ma tête touche le dossier de la chaise.
Huit heures plus tard, Abby traverse la porte de la chambre de Tony avec un air parfaitement paniqué. Sa voix me sort de mon sommeil.
- Gibbs ! Oh mon Dieu ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Calme toi Abby, je chuchote doucement.
Je me lève et elle me tombe dans les bras.
- J'étais si inquiète, elle sanglote. McGee et Ziva m'ont dit que Tony et toi aviez eu un accident.
- Abs, je n'arrive pas à respirer.
- Oh !
Elle me lâche et j'ai tout le loisir d'admirer la robe noire à dentelle qu'elle porte aujourd'hui.
- Comment va-t-il ? demande-t-elle, angoissée. Oh ! Et toi ?
DiNozzo. J'étais presque arrivé à l'oublier.
- Il a eu une hémorragie interne mais il s'en sortira. Je vais bien, Abs.
Je prends ma veste et l'enfile.
- Attends, où est-ce que tu vas, Gibbs ?
- Bureau. Tu gardes un œil sur lui.
Et je disparais par la porte, laissant Abby prendre le relais.
Quelqu'un m'attend en salle d'interrogation. McGee me l'a laissé au chaud toute la nuit. En parlant de McGee… Il a l'air estomaqué lorsqu'il me voit entrer dans les bureaux.
- P… p… patron ?
- Ouais McGee. Qui d'autre ?
C'est que je dois avoir l'air d'un ahuri malgré le fait que je me sois changé et rasé avant de venir.
- Où est le shérif ?
Tim me tend un dossier que je lui arrache rapidement des mains avant de me diriger vers l'ascenseur.
- Il est en salle d'interrogation. Je ne trouve pas la famille du docteur Watson.
Je m'arrête net.
- Quoi ?
- Il faut prévenir la famille d'Amanda Watson de son décès.
- Ouais ! Je suis au courant, McGee.
- Elle n'en a pas. J'ai cherché partout, patron.
Que voulez-vous faire ? Il y a bien certaines choses que McGee ne peut pas trouver. Après avoir brouillé autant les pistes de sa vie, Amanda aura fini par les faire disparaître.
Lorsque je rentre dans la salle d'interrogation, je vois le shérif, recroquevillé sur sa chaise. Je m'assieds en face de lui. Il n'a pas l'air d'avoir eu beaucoup plus de sommeil que moi et son regard ressemble à celle que je croise sur quelques sociopathes régulièrement.
Tandis que je feuillette son dossier, je jette un coup d'œil à la vitre devant moi. Mon instinct me dit que Ziva est derrière en train de regarder.
- Ronald Shwartzer.
- Oui, c'est moi, murmure le prisonnier.
Ce regard…
- Vous êtes accusé de meurtre et de tentative de meurtre avec préméditation.
- J'ai… J'ai rien fait.
- Je n'ai pas besoin de vos aveux ! je dit férocement.
Shwartzer fait un petit gémissement plaintif que j'ignore.
- J'ai tout ce qu'il faut pour vous mettre à l'ombre (je me penche vers lui et appuie chacune de mes syllabes) pour un très, très, très long moment.
Je me lève et lui jette un dernier regard. C'était inutile, vraiment. Mais il fallait que je le vois. J'ai déjà un pied dehors lorsqu'il me demande :
- Où est Amanda ? Je veux Amanda.
Je secoue la tête et sort. Dans le couloir, je trouve Ziva avec son habituel regard d'espionne sur le visage.
- Son avocat va plaider la folie, dit-elle.
- Et il aura raison.
Dans l'ascenseur, mon téléphone se met à sonner. Le numéro est celui de l'hôpital. Tout de suite, mon cœur s'accélère.
- Gibbs.
- Patron ?
Je soupire. C'est Tony. Il sonne fatigué et sa voix et presque qu'un murmure. Il s'est réveillé, et bien sûr, il aura attendu que je sois parti.
- DiNozzo ! Comment diable… ? Où est Abby ?
- A côté de moi.
Sa voix tremble. Je me prends à imaginer en une seconde tout ce qui pourrait arriver. Tony pourrait être aveugle et perdre son travail. Que ferait-il à la place ? Sa vie tourne autour de loi. Son esprit est entièrement tourné vers la chasse aux criminels. Qui voudrait de lui ?
- Elle a une très jolie robe noire à dentelle…
L'information prend un certain temps avant de parvenir à mon cerveau. Une fois la phrase analysée et retournée dans tous les sens, je réalise ce que Tony vient de dire. Je réalise et mes lèvres dessinent un large sourire.
Fin
Note de l'auteur : Si vous n'avez pas compris, relisez.
Re grand merci aux revieweurs. A ceux qui attendent que je fasse encore souffrir Tony, ça arrive. A ceux qui se demandent si j'écrirais un jour un slash, ça arrivera peut-être aussi.
Bon amusement à tous !
