« Non mais moi, » s'exclama Karadoc en tapant presque du poing sur la table, « moi je l'ai toujours su, que vous aviez un faible pour le roi ! »

« Ah bon, » répondit Perceval tout inquiet, jetant des regards nerveux autour de lui pour voir si les autres personnes de la taverne prêtaient attention à eux, « vous êtes sérieux ? Ça se voit tant que ça ? »

Karadoc haussa les épaules tout en se coupant un énième morceau de saucisse « Écoutez, si vous voulez mon avis, va falloir y mettre sacrement beaucoup d'énergie, si vous le voulez dans votre pieu. Sans vouloir vous décourager, hein. »

« Mon pieu ? » répliqua Perceval, les joues rouges, « non mais c'est à dire qu'on en est pas encore à ce stade de la relation. »

« Ah, ben vous prévoyez ça pour quand alors ? »

« Ben... Heu je sais pas trop. C'est à dire que je peux pas le forcer à s'intéresser à moi comme ça, vous voyez. »

« Non, mais vous, » insista Karadoc, « vous voulez faire ça avec lui ou pas ? »

« Faire quoi ? » demanda Perceval, déjà confus.

« Non parce que, si vous voulez mon avis, si vous voulez vraiment séduire Arthur... Lui qui est très porté sur la chose, en plus ! Vous allez devoir faire des pieds et des mains pour lui plaire autrement que debout et en armure. »

« Vous voulez dire... » demanda Perceval, les joues toutes rouges.

« Ah ben oui mon ami. Moi à votre place, c'est ce que je ferai. Déjà que notre seigneur il aime pas beaucoup de monde, mais alors là je vais vous dire, je l'ai jamais vu témoigner de l'affection à quelqu'un qui n'est pas passé par son plumard. »


Toc toc toc.

Et voilà. Perceval ne voulait pas que ça en arrive là. Mais Karadoc l'avait fait flipper. La porte s'ouvrit sur Démetra, en robe de nuit, ses longs cheveux tressés derrière son dos.

« Perceval, mais qu'est-ce que vous faites là à cette heure-ci ? »

Perceval lui sourit nerveusement : « Je pouvais pas dormir. Je me suis dit que je vous ferais un petit coucou... Coucou ! »

« D'accord, » dit Démetra en arquant un sourcil, prête à refermer la porte, « c'était tout ce que vous vouliez ? »

« Heu ben en fait, heu... Il est avec vous le roi, là ? »

« Ah ben non, » dit-elle en secouant les bras, « à cette heure-ci, le roi, il pionce dans son lit à côté de la reine. »

« Ah d'accord, parce que j'aurais bien voulu vous poser deux trois petites questions si ça vous ennuie pas. »

« Quoi, là, maintenant ? »

« Ben vu que j'arrive pas à dormir... Je peux venir dans votre chambre ? »

Démetra recula un peu, se servant de la porte comme d'une barrière de protection. Elle secoua sa main devant elle et dit fermement : « Hum... Perceval, écoutez, loin de moi l'idée de vous vexer mais... Vous êtes pas trop mon type, si vous voyez ce que je veux dire. »

Le chevalier écarquilla les yeux : « Hein, ah non, non, non ! C'était pas du tout ce que j'avais en tête, je suis ici en toute innocence, je vous assure ! Je voudrais juste vous parler du roi ! »

« Le roi ? » dit la maîtresse, confuse, « mais pourquoi vous voulez en parler avec moi ? »

« Parce que vous le connaissez bien... D'un point de vue... »

Perceval leva les yeux et fit un mouvement du menton peut discret vers le lit qu'il pouvait apercevoir dans le fond de la pièce. Démetra se retourna pour voir de quoi il parlait, puis, elle reporta son regard sur le chevalier. Une main sur la hanche, elle ouvrit en grand la porte de sa chambre et demanda, éberluée : « Vous voulez dire ses performances sexuelles..? »

« Mince, je me sens beaucoup moins innocent tout d'un coup, » baragouina très vite Perceval.

« Mais enfin, mais pourquoi vous voulez parler de la libido du roi ?! » dit Démetra, surprise mais tâchant de chuchoter pour ne pas ameuter tout le château.

« C'est parce que je passe beaucoup de temps avec lui et j'me pose des questions... »

« Aaaaaaah, » dit Démetra, prenant soudainement la tête de celle qui a tout comprit. Elle leva son doigt en l'air, comme pour dire « okay, c'est logique », puis elle secoua la tête de haut en bas tout en lui demandant : « Vous craqueriez pas un peu pour lui des fois ? »

« Chuuuuuuuuut ! » s'écria Perceval, les yeux exorbités, posant un index sur ses lèvres.

« Oh mon dieu, je le savais ! » s'exclama en retour la maîtresse, toute excitée. 'Vous avez des vues sur le roi Arthur ! »

« Pas si fort ! Bon dieu mais vous allez alerter tous le château avec votre bouche de passiflore là ! » s'égosilla Perceval, morfondu.

« Eh ben, » rit Démetra, « on lui en a donné des noms à ma bouche, mais on me l'avait jamais faite celle là. »

« Écoutez tout ce que je veux c'est savoir deux ou trois petites choses sur les pratiques qui intéressent le roi, c'est tout, je peux entrer dans votre chambre, oui ou merde ? »

« Ah ben si vous vous demandez si il est attiré par les hommes, je pense que la réponse est clairement non ! » répondit Démetra avec verve, fixant Perceval dans les yeux.

« Non mais arrachez mon cœur et piétinait le pendant que vous y êtes ! » dit ce dernier, les poings serrés au niveau de sa poitrine.

Démetra fit un mouvement des épaules un peu perdu : « Pardon, je pensais pas que vous étiez attaché à l'idée à ce point là ! »

« Non mais c'est pas ça, arrêtez, vous me faites passer pour un pervers là ! »

« Excusez-moi, » commença-t-elle en arquant encore les sourcils, « vous venez trouver la maîtresse favorite du roi au beau milieu de la nuit pour la questionner sur ses préférences sexuelles, effectivement, y'a de quoi se poser des questions sur votre innocence, tout de même. »

« Mais c'est parce que vous êtes mon dernier recours ! » se morfondit encore Perceval, tombant presque à genoux devant elle.

« Votre dernier recours ? Mais il en a au moins une bonne cinquantaine de maîtresses le roi, allez donc en voir une autre ! »

« Mais pourquoi pas vous ? »

« J'en ai assez de parler de la vie privée du roi comme ça, » s'exclama Démetra avant de replacer une mèche derrière son oreille et de dire plus doucement : « je sais qu'on dirait pas mais j'ai des principes. »

« Non mais heu... Ça me gêne, je sais pas qui d'autre aller voir... Vue que vous êtes un peu la favorite du roi, je m'étais dit... »

« Allez voir les jumelles du pêcheur, elles ont moins d'honneur que moi, elle se feront un plaisir de vous dire tout ce que vous voulez savoir ! » chuchota finalement Démetra avant de fermer la porte au nez de notre pauvre Perceval.


« Vous l'avez déjà fait vous ? » osa doucement demander Perceval.

Il était assis dans le lit des jumelles, Aziliz à sa droite et Tumet à sa gauche. Elles étaient définitivement plus amicale que Démetra !

« Déjà fait quoi ? Déjà fait l'amour ? » demanda Aziliz en fronçant les sourcils.

« Ouh là j'ai un sentiment de déjà vu là... » renchérit Tumet en se massant les tempes.

Perceval fixa ses mains, faisant des mouvements bizarres qui n'imageaient pas du tout ses propos : « Non mais je veux dire... Comme les hommes le font entre eux ? »

« Ah, vous voulez dire en passant par la porte de derrière ? » s'exclama alors Aziliz.

« Quelle porte ? » demanda Perceval, le visage neutre.

« Vous savez, la porte de sortie, » répondit encore Aziliz.

« Non non on doit pas parler de la même chose là, moi je parle de s-... »

« On vous a très bien compris ! » s'écria presque Tumet.

« Moi je l'ai déjà fait genre une dizaine de fois, mais jamais avec Arthur, » répondit alors Aziliz, très décontractée.

« Ouais non, pareil, » fit rapidement sa sœur, « il nous demande pas ce genre de truc. »

« Et, heu... Ça vous a plu ou pas ? » osa demander timidement le chevalier.

« Mouais, ça va. »

« Ça va, mouais. »

Il les regarda tour à tour, peu convaincu.

« Non oui, » reprit Aziliz, « de temps en temps, ça change un peu. C'est comme, disons, avoir une petite salade de fromage quand ça fait une semaine qu'il y avait que de la bidoche pour dîner. »

« Mais pourquoi vous parlez de bouffe tout d'un coup ? » demanda Perceval, confus, « vous avez faim ? »

« Ouais, non, » dit Tumet en direction de sa sœur, « elle est pas claire votre métaphore, là. »

« Disons que c'est comme manger une petite tartine de beurre au lieu de flocon d'avoine, » reprit alors Aziliz en haussant les épaules, ce qui laissa Perceval encore plus perplexe.

« Ouais mais moi j'aime ni le beurre, ni les flocons d'avoine, je fais comment ? »

Tumet passa alors son bras autour de Perceval en essayant de se montrer patiente : « Oubliez les flocons d'avoine, si vous voulez utiliser la porte de derrière, c'est plutôt le beurre qui vous sera utile. »

Le pauvre chevalier cligna des yeux...

« Oh punaise, j'ai rien de rien pigé là. »

« Je pense qu'il va falloir reprendre avec des termes plus directs.»


« Oh mon dieu, mais moi je vois pas du tout le roi Arthur faire une chose pareille ! » hurla presque Perceval, tout paniqué, le regard terrorisé. L'une de ses mains était fermement accrochée aux draps, l'autre serrait celle de Tumet si fort que la jeune femme en avait mal.

« Ben comme on vous l'a dit, avec nous il l'a jamais fait... Mais il faut pas perdre espoir hein, il doit sûrement s'y intéresser, » encouragea Aziliz avec un regard plein de compassion.

« Oui, si ça se trouve avec nous il essaye juste d'être avenant, » dit Tumet en essayant tant bien que mal de dégager sa main, « peut-être qu'il nous l'a jamais proposé parce qu'il pense que c'est pas notre truc. »

Perceval soupira et lâcha la main de Tumet, ainsi que les draps, le regard décomposé : « Ben de toute façon, au rythme ou ça va, je suis pas prêt d'essayer quoi que ce soit de similaire avec lui. »

« Ah, on sait jamais vous savez ! » encouragea encore Aziliz.

« Ah oui, parce que moi, on me dirait qu'il a batifolé avec des petits minets par le passé que je serais pas si étonnée que ça, » renchérit Tumet.

« Ah, donc vous croyez qu'il y a de l'espoir pour moi ? »

« Rappelez vous d'une chose, juste au cas où vous passeriez à l'acte, » dit Aziliz avec un très grand sérieux. Elle fixa le vide pendant quelque seconde, puis tonna : « le lubrifiant, c'est la vie ! »

« Tiens c'est marrant... Karadoc il a presque la même phrase fétiche. »

Tumet acquiesça avec sagesse : « C'est le meilleur conseil qu'on puisse vous donner. »

« Oui parce que bon, » continua sa jumelle, « ça reste compliqué, surtout la première fois. »

« Ah oui ? » demanda Perceval, inquiet.

« Disons qu'il y a quelque difficultés... » dit Aziliz.

« Dîtes vous que c'est comme manger une baguette en une seule fois, » enchaîna Tumet.

Sur quoi Perceval s'exclama en riant : « Ah ouais, j'ai vu Karadoc faire ça une fois, il a failli s'étouffer avec ! »


« Ah Perceval, z'êtes là ! J'vous ai cherché partout ! »

Le dénommé haussa les sourcils. C'était rare qu'on lui dise une chose pareille, mais c'était encore plus rare que celle qui le dise soit Aélis, l'une des maîtresses du roi, qui le lui dise. Il se retourna vers la jeune femme, cherchant des yeux qui d'autres elle pouvait bien appeler.

« Quoi, moi ? »

« Ben oui vous, vous voyez un autre Perceval dans la pièce ? »

Perceval scruta rapidement la salle à manger : « Ben non, y'a pas de miroir ici, je-... »

« Bon écoutez, » le coupa-t-elle, « je vais pas y aller par quatre chemins, j'ai appris que vous faisiez votre petite enquête auprès des maîtresses du roi ces temps-ci ? »

Perceval rougit : « Ben, c'est à dire que-... »

« Et vous êtes même pas venu me demander à moi ! »

Elle avait l'air offusquée, le regard sûr, les mains posées sur les hanches. Le chevalier tenta de calmer le jeu : « Non mais c'est pas exactement une enquête. »

« Allez c'est bon, pas la peine de vous chercher une excuse, Perceval, » dit-elle en lui donnant une tape dans le dos, « d'autant plus que j'ai un truc à vous apprendre qui pourrait vous intéresser. »

« Ah bon ? C'est quoi ? » dit Perceval, un peu intimidé.

« À c'qui parait, les jumelles vous on dit que le roi... Qu'il était pas très porté sur les chemins terreux si vous voyez ce que je veux dire. »

« Hein ? » demanda Perceval réellement confus.

« Quoi ? » fit Aélis, surprise par sa réaction.

« Ah non, vous voulez dire les petites salades de fromage avec de la baguette ? »

« Pardon ? »

« Non non, ouais, je vous très bien ce que vous voulez dire, continuez, » insista le chevalier.

« Heu, » fit la maîtresse, « ben je voulais juste vous laisser savoir que moi, ma sortie de secours, le roi l'emprunte tout le temps. »

Perceval ouvrit la bouche, tout étonné : « Tout le temps.. ? »

« Parfaitement monsieur, » répondit Aélis, toute sûre d'elle, « à chaque fois qu'on le fait. »

Perceval écarquilla les yeux, tout penaud : « Tout le temps ? On peut faire ça ? »

« Ah ben pourquoi on s'en priverait quand c'est si bon, » répondit Aélis avec un petit sourire malicieux.

« Ah vous aimez ça, vous ? » demanda le chevalier, curieux.

« Vous plaisantez ? J'adore ! » cria-t-elle presque. « Surtout avec Arthur, mon petit père, laissez moi vous dire que je prends mon pied à chaque fois. »

« Quoi, pour de vrai ? » fit Perceval dont la mâchoire était proche de toucher le sol. « Je pensais que c'était pas terrible terrible, moi. »

« Après tous les goûts sont dans la nature, » dit Aélis en levant une main en l'air, « mais je sais pour un fait avéré que le roi apprécie au moins autant que moi. »

« Ah... Ben ça remet en perspective tout ce à quoi j'avais pensé jusqu'à maintenant. »

Il soupira pensivement, en se caressant doucement le menton, le regard perdu.

« Vous allez faire quoi du coup ? » demanda la maîtresse.

« Ben... Je sais pas trop. Vous pensez que je devrais en parler avec le roi ? »


« Ah sire, je voulais vous demander... »

Arthur se retourna sur le chevalier qu'il venait de croiser. Il n'avait pas vu Perceval depuis un moment, c'était même la première fois qu'il le croisait dans les couloirs depuis un moment, à croire qu'il l'évitait.

« Oui ? » demanda-t-il, souriant presque à la vue de Perceval.

Celui prit alors une grande inspiration et lui demanda d'une traite : « Ça vous dirait de manger une petite salade de fromage en passant par la porte derrière la cuisine qui sert aussi d'issue de secours ? »

Le roi cligna des yeux. Il ne répondit pas, son cerveau étant incapable d'analyser ce qu'il venait d'être dit. Voyant son silence, Perceval tenta alors de le rassurer, après de longues secondes de silence :

« Vous inquiétez pas, on a pas besoin d'avaler la baguette en seule fois si on a du beurre ! »


Coucou mes petits champignons ! Voilà, je sais que Perceval est un personnage très pure, ça fait un peu bizarre d'aborder la question du sexe avec lui, d'ailleurs. Il est très enfantin, il faut dire, mais je ne pouvais pas résister à toutes les blagues possibles qu'il y avait à faire ! J'espère vous avoir au moins décroché un sourire :D J'ai essayé de garder notre petit chevalier le plus innocent possible. Je ne le vois pas du tout être intéressé par le sexe pour le sexe en lui même, mais plutôt en tant que connexion à l'autre.

Je vous avoue fangirler très fort sur ce pairing maintenat. Genre vraiment.

Merci pour vos commentaires, ça me fait vraiment plaisir !