Et voilà le chapitre promis ! Bonne lecture !
Lycann : je ne sais pas ce qui s'est passé avec la mise en page, j'avais bien aéré le texte et effectivement il s'est mis en tout un bloc. J'espère avoir rectifié le problème. Quant à Hermione qui n'utilise pas la magie, je voulais simplement souligner son désarroi, qui est tel qu'elle n'est plus elle-même... en tout cas en ce début, les choses sont bien différentes dans les prochains chapitres. J'espère que la mise en page sera bonne cette fois ! :) Merci de ta remarque.
Le vent me battait en pleine figure et de collaient des mèches de ma chevelure sur mon visage. Des larmes montèrent à mes yeux. J'avais l'impression de marcher dans un rêve ; oui, c'était irréel, de remonter l'Allée des Embrumes, en compagnie de Barjow et Beurk, dans une époque passée à la mienne. Il m'était difficile de réaliser pleinement ma situation ; je me sentais déjà morte, dans un au-delà étrange ; le combat à Poudlard, la débâcle, tout me paraissait loin, à des années-lumière. J'avais imaginé un paradis plus agréable, non balayé par le froid et dont le chemin n'était pas parsemé de personnes inquiétantes, aux faces cachées sous des foulards ou des capes, aux seuls yeux visibles, nous scrutant intensément à notre passage, de temps à autre un passant inclinait le buste à l'intention de Barjow et de Beurk ; ils répondaient à peine au salut. Je levai la tête, distinguai l'ombre d'un soleil. La matinée devait être avancée.
- Qu'est-ce que tu viens fouiner encore près d'ici hein ? Va-t-en la vieille, si tu veux pas faire plus ample connaissance avec ma baguette !
Une silhouette emmitouflée dans des tissus couleur grise, voûtée, traversa le trottoir devant nous. Un homme, de l'autre côté, gesticulait avec fureur, les joues rougies ; puis il rentra dans sa boutique, que je vis être une librairie. Je ne pus m'empêcher de sourire ; cependant ce sourire avait quelque chose d'amer. Ces livres que j'apercevais entassés derrière les vitrines ne concernaient certainement pas les sujets que j'aimais à lire d'habitude ; j'imaginai divers termes de magie noire inscrits sur les reliures usées. Je me rappelai l'ouvrage que j'avais consulté lors de ma recherche sur les Horcruxes ; il m'avait suffi pour la vie.
Je n'eus d'ailleurs pas le temps de m'attarder ; M. Barjow, devant, avançait d'un pas vif, et M. Beurk, derrière, n'était pas en reste, je sentais son regard oppressant sur mon dos.
Il ne me sembla faire que marcher, marcher, toujours remonter la ruelle, sans fin. J'étais à la fois craintive et impatiente que le voyage se termine.
Je sentis le trottoir s'aplanir doucement, puis je vis les dalles faire place à un chemin de terre. Il était humide, signe de dernière pluie. Autour, de l'herbe haute s'étendait, la plupart mauvaise ; non loin, j'aperçus les têtes de hauts sapins ; un bois, ou une forêt. Malgré moi, je plissai le nez, comme ayant hérité la manie de mes compagnons. Qu'est-ce qui m'attendait ? Vérifier ma valeur, avait dit Barjow. Je pensai immédiatement à un test, qui n'augurait rien de bon.
Si je m'élance en courant sur les côtés, à travers l'herbe, arriveraient-ils à m'attraper ? songeai-je.
Je n'eus pas le temps d'hypothéquer davantage ; M. Barjow s'arrêta ; fin du voyage. Terminus, tout le monde descend.
Je stoppai. M. Barjow regardait la foule d'arbres devant ; à côté de moi, M. Beurk, lui, me fixait, un côté de sa bouche étiré en un sourire narquois.
- Où sommes-nous ? Demandai-je. Quelle genre… d'épreuve voulez-vous me faire passer ?
M. Beurk ricana. M. Barjow répondit :
- Une épreuve ? Voyons, miss, si M. Jedusor vous a recommandée, rien ne devrait vous effrayer ; au contraire, je vous devine exercée à ce type de choses.
- Quel type de choses ?
- Vous verrez bien.
Tout ce mystère commençait à m'agacer :
- N'ai-je pas droit à une explication ?
- C'que la d'moiselle elle exige, fit M. Beurk.
Son compagnon l'ignora. Il me transperça de ses yeux bleus, qui immédiatement me semblèrent prendre une teinte violacée :
- Vous le désirez vraiment, miss Granger ? Vous pourriez réellement être effrayée.
Je me doutais bien qu'il ne voulait qu'une chose : me donner ces explications si effrayantes. J'hésitai alors à continuer sur ma voie. Je n'eus pas l'occasion de le faire, car M. Barjow parut tout à fait disposé soudain à m'éclairer :
- Vous voyez cette forêt, miss ?
- Bien belle, bien verte la f'rêt, commenta M. Beurk, qui se balançait d'un pied sur l'autre, comme s'il était habité par quelque excitation. Mais elle a pas belle histoire, c'te f'rêt !
- Beurk, voyons, laisse-moi raconter à la demoiselle, lui lança son compagnon, à moitié irrité. Donc, reprit-il à mon intention, cette forêt ne portait aucun nom, il y a une dizaine d'années. Personnellement, je trouve absurde de donner un nom à un stupide groupe de sapins. Cependant on lui en a donné un, dès qu'il… y a eu la tragédie.
Il scruta ma réaction. Je tentai de paraître impassible, mais sa voix, rauque et murmurante, me fit tressaillir.
- Jane Mirrow est son nom à présent, poursuivit-il, ses yeux toujours fixés sur moi. Cette Jane Mirrow a existé, réellement ; on l'associe en général à la légende, mais elle a été véritablement de ce monde.
- Que lui est-il arrivé ? Demandai-je malgré moi, comme déjà ensorcelée par le récit.
- Jane Mirrow a connu un sort des plus tristes, répondit M. Barjow. Mais miss, laissez-moi prendre l'histoire par le début. Cette jeune fille faisait partie d'une famille où le père descendait d'une noble lignée de forgerons - ah oui, je dois nous préciser qu'elle était moldue, tout à fait innocente.
« Ainsi, cette famille désirait ardemment un fils pour perpétuer cette ligne. Il y eut une fille, deux filles, puis trois filles - Jane fut cette dernière. La mère avait atteint un âge difficile, le père n'y croyait plus. Il décida alors d'agir contre la nature : il voulut élever sa plus jeune fille, Jane, comme un garçon, comme un homme, digne des Mirrow.
« Cette résolution fut une erreur ; car Jane, alors âgée de seize ans, ne possédait aucunement une nature malléable ; ses sœurs étaient parties construire leur vie à la ville, et elle ne voyait pas pourquoi elle seule devait se soumettre à une volonté contraire à la sienne. Jane était féminine, et de fort caractère ; deux traits qui, vous le devinez, causèrent bien du tort au père, et à la mère également, qui dut subir de longues journées de disputes et de mauvaise humeur.
« Le père cependant ne voulait abandonner son projet ; il traitait Jane de fille maudite, indigne, l'accusait de vouloir détruire la noble lignée des Mirrow ; elle, évidemment, ne laissait pas les insultes l'atteindre sans répliquer. Elle se promit qu'à ses dix-huit ans, elle s'en irait. Elle désirait la ville ? Elle s'en irait à la ville, comme ses sœurs. Sa résolution était prise. C'est ainsi qu'une nuit, lorsque la maison fut endormie, elle plia bagage et s'en alla.
M. Barjow s'interrompit. Sur ma peau, je sentais mille fourmis s'agiter.
- Vous voulez la suite ?
Je ne répondis pas ; il interpréta mon silence comme un oui. Malgré moi, je devais reconnaître que j'étais curieuse. Il continua donc:
- Avant de poursuivre, il me faut aller du côté de l'actualité du monde des sorciers d'il y a dix ans. Vous étiez très jeune, sans doute vous ne vous rappelez pas de l'événement - je vais vous rafraîchir la mémoire. Peter Kinley s'est évadé d'Azkaban à la même période.
- 'Faut dire qu'c'est pas tout prop' c'qu'il a fait, intervint M. Beurk.
M. Barjow eut un sourire énigmatique.
- En effet, il avait l'esprit quelque peu… dérangé. Je veux dire par là que sa principale occupation était de dénicher des jeunes filles dans la fleur de l'âge, belles et candides, de les tuer, et de les pendre à un arbre. C'est ce qu'on appelle… un psychopathe, c'est exactement cela. Cela peut vous sembler grossier, mais je ne fais que conter la stricte vérité. Il exerçait un art, selon lui, un art affreux, mais qu'il ne pouvait s'empêcher de cultiver. Il s'est évadé d'Azkaban alors, chose exceptionnelle - les évasions sont rares car difficiles, vous devez le savoir miss - et cela avait insufflé une immense panique à la population sorcière.
-Je… Je m'en doute, fis-je, frissonnante.
Je me sentais véritablement hypnotisée par les paroles de M. Barjow ; il en avait conscience, car il souriait ; mais son sourire ne possédait rien d'amical. Il paraissait plutôt se réjouir de mon trouble. De nouveau, sa voix rauque s'éleva, caverneuse :
- On le recherchait ce moment-là sans relâche ; Jane Mirrow, inconsciente du danger, s'est aventurée seule, la nuit. Vous devinez la suite, n'est-ce pas ? Est-ce la peine de vous la révéler ? Oui, je vais quand même vous la dire clairement, je n'aime pas laisser les choses inachevées.
Ainsi, on raconte que la jeune fille, pour rejoindre la ville, a dû passer par cette forêt. Je dis bien « a dû », car plus jamais personne ne l'a revu, ni ici chez elle, ni en ville. Des recherches ont été menées, en vain ; c'est que les Moldus ignoraient tout de Peter Kinley.
- Vous… Je… La jeune fille… Il l'a tuée ? Fis-je.
- Tout le porte à croire. Je n'en doute quant à moi pas une seule seconde. Une légende s'est créée, qui raconte que son fantôme erre dans cette forêt, toujours fuyant son poursuivant.
Je demandai alors :
- Et Peter Kinley ?
M. Barjow sourit largement ; ce fut M. Beurk qui répondit :
- Lui, et ben on le dit pas mort, il est toujours là l'monsieur, dans la forêt ! Y en a qui'l croient mort, mais non non non, j'suis sûr pas ! Barjow aussi hein ?
- Effectivement, je ne crois pas qu'il soit mort.
Il me scruta intensément.
- Vous, miss, qu'en pensez-vous ?
- Je… n'ai pas d'avis sur la question.
- Vous allez en avoir un.
Surprise, je l'interrogeai : - Que voulez-vous dire par là ?
- Votre « épreuve », la voilà.
M. Barjow me désigna la forêt d'un long doigt blanchâtre, aux jointures saillantes :
- Vous allez rendre une petite visite à Jane. Si elle existe, bien entendu. Vous nous en donnerez des nouvelles.
Je demeurai sans voix. En temps normal, je ne croyais guère les légendes, les histoires de fantômes, ou ce genre de choses que Luna Lovegood aimait à raconter. En cet instant cependant, je n'arrivai pas à me défaire de la certitude que tout était vrai. La révélation de Barjow quant à mon « test » me transforma en glace. Voyant que je restai silencieuse, il me relança :
- Et bien miss, on a perdu sa langue ? Ce n'est pourtant pas ça qui doit vous effrayer. Avoir gagné l'amitié de M. Jedusor devrait vous avoir vacciné contre les choses terribles… n'est-ce pas ? Voyons, ne faites pas cette tête ; renoncez, si vous voulez.
- Mais 'lors faudra pas r'venir ici hein ! Fit M. Beurk.
- D'accord, j'y vais, lâchai-je. J'y vais.
La mission, pense à la mission. Je ne faisais que penser à cela ; une énorme appréhension l'engloutissait. Mais que pouvais-je faire d'autre, à part y aller ? Retourner dans le présent ? Non, je m'étais engagée ; le recul n'était plus admis.
- Il vous suffira d'y pénétrer, d'y rester une demi-heure - ce n'est pas long - et de revenir. Très simple, fit M. Barjow. Ah, j'allais oublier…
Il tendit vers main sa main pâle.
- Votre baguette.
Je le regardai sans comprendre.
- Ma baguette ?
- Si vous savez-vous débrouillez sans le moindre artifice, vous n'en aurez que davantage de mérite.
- Impossible ! Je refuse.
Me séparer de ma baguette me paraissait inimaginable.
- Miss… commença M. Barjow d'une voix où pointait la menace.
- On la laisse là, on s'en va, pas b'soin d'une trouillarde chez Barjow et Beurk, dit son compagnon. Allez, Barjow, on s'en va. Y en a marre ici.
- D'accord, fis-je à contrecœur. Je vous confie ma baguette.
Satané mission ! rageai-je intérieurement.
- Parfait, miss. Allez-y. On vous attend.
Je lui accordai un dernier regard, assez long pour remarquer l'air moqueur qu'il affichait. Je vais leur apprendre moi, qu'une jeune fille peut se débrouiller sans artifice. Et que cette légende… n'est qu'une stupide, vulgaire légende.
Soudain saisie d'une brusque détermination, je me mis d'un pas rapide en marche vers la forêt. Jane Mirrow, Peter Kinley, à nous trois - si vous existez bien sûr.
