Chapitre 4 : I'll be the light in the dark if you lose your way.

« Carter ! »

Sam ouvrit brutalement les yeux sous l'appel impérieux de son supérieur et le regretta instantanément. Douleur. Partout.

« Carter, ça va ? Vous vous êtes évanouie… »

Aller ? Non…Non, ça n'allait pas…Mal…Partout…

Il l'avait portée jusqu'à la chambre qui leur avait été prêtée et elle reposait maintenant sur le lit. Sa'arlin n'était nulle part en vue, et elle réalisa qu'elle s'en fichait. Jack était agenouillé à côté d'elle et passait de temps à autre une main dans ses cheveux crasseux et poisseux de sang.

« Ca va aller, Carter…Vous allez voir… »

Sentant les larmes incontrôlables dévaler ses joues, elle voulut s'expliquer…demander…demander quoi ? Qu'il apaise sa douleur en l'assommant ?

« Mal… »

Elle fut choquée que sa propre voix soit si geignarde, si…Un spasme coupa toute réflexion et sa main se contracta, continuité de la douleur irradiant de son épaule. Jack la prit immédiatement entre les siennes, tentant de délasser les doigts raidis.

« Je sais, Carter, je sais…Sa'arlin est allée chercher de quoi vous soignez…Tenez le coup… »

Elle serra les dents. Il n'y avait rien d'autre à faire. Elle ne connaissait pas le niveau technologique de ce peuple bien que Daniel ait passablement insisté pour commercer. L'attente ne dura pas plus de deux minutes. Le temps pour Jack de lui assurer une nouvelle fois que tout se passerait bien. Sa'arlin débarqua les bras chargés de bocaux et de pot divers qu'elle laissa tomber sans cérémonie sur le lit avant de disparaître rapidement pour revenir moins d'une minute plus tard avec un baquet plein d'eau.

« Je ne peux toucher la pécheresse, mais je peux vous expliquer comment la soigner. »

Jack jeta un regard reconnaissant à la femme qui lui tendit sur le champ un des petits pots en terre cuite, similaire à celui que le colonel avait utilisé la veille.

« Versez cette poudre dans les plaies les plus profondes, elles se seront refermées avant ce soir. » Elle lui passa ensuite un bocal plein d'une espèce de pâte. « Ca, c'est pour les entailles moins profondes… » Elle sortit un autre des récipients. « Et ça, c'est pour calmer la douleur. »

Jack lui arracha pratiquement ce dernier des mains. « On va lui donner ça de suite. »

Ce pour quoi Sam lui fut reconnaissante. Il lui fit boire deux gorgées du liquide ambré et proprement dégoutant, et elle dût reconnaître que l'effet était pratiquement immédiat. Elle n'avait pas l'impression d'avoir pris un antidouleur. Ce n'était pas qu'elle avait toujours mal, c'était plutôt qu'elle avait l'impression de flotter hors de son corps. Cette sensation étrange dura quelques secondes, ensuite, elle ne sentit plus son corps. Plus du tout.

Jack, complètement inconscient de l'état de son second, attrapa le bocal contenant la poudre que la Melkorane leur avait donnée et fronça les sourcils.

« Je mets simplement la poudre dans les plaies ? Sans la diluer ni rien ? »

Sa'arlin approuva d'un hochement de tête avant de déplacer le baquet qu'elle avait apporté pour le poser sur la petite table. « L'eau est chaude, c'est pour la débarbouiller. Je lui ferais couler un bain tout à l'heure si elle le désire, Gardien. Oh, et si vous me donnez ses vêtements, je pourrai les raccommoder… »

Le colonel la remercia et elle quitta la pièce. Il se tourna alors vers la jeune femme et ouvrit le pot contenant la poudre sensée la guérir. « Je n'aime pas trop l'idée de tester ça sur vous, mais on n'a pas vraiment le choix. »

Elle aurait volontiers acquiescé si elle avait pu bouger.

« Euh…Il va falloir vous déshabiller, Carter. »

Ca, elle s'en doutait bien. Elle n'était pas tellement gênée. Ils travaillaient ensemble depuis trop longtemps pour que ce genre de chose les mette mal à l'aise. Du moins, quand il s'agissait d'administrer des soins. Elle était simplement contente de porter une brassière et un shorty. Rien d'affriolant au moins…

« Peux plus bouger… » souffla-t-elle.

Jack fronça aussitôt les sourcils. « Quoi ? »

Il souleva le poignet de son bras valide et le lâcha. Celui-ci retomba mollement sur le lit.

« Ok. C'est temporaire ? »

Sam serra les dents. Elle était vraiment épuisée, à la limite de la crise de nerf et ne pensait sincèrement pas qu'il lui tiendrait rigueur en un tel moment si son comportement passait de professionnel à impoli.

« Qu'est ce que j'en sais ?! »

Préférant ne pas répondre à cette remarque pleine de sagesse, Jack entreprit de l'appuyer contre les oreillers avant de lui enlever son tee-shirt. Il suivit les indications de Sa'arlin, appliquant le baume sur les plaies les plus superficielles et la poudre sur celles qu'il jugeait plus profonde. Quand il eut finit avec son torse, il désinfecta de la même façon la coupure sur sa cuisse. La seule interruption fut l'entrée de leur hôte qui apportait des vêtements propres pour la 'pécheresse' qui semblait avoir nettement remonté dans son estime.

« Je n'en reviens toujours pas… » finit-elle par lâcher au bout de quelques instants.

Jack, occupé à désinfecter les plaies de sa coéquipière, leva les yeux au ciel. Sam se contenta d'un grognement vague.

« Les trois quarts des participants ne survivent pas à la première épreuve et jamais une femme n'avait tenté le Banraï avant aujourd'hui ! C'est tout simplement…C'est… »

Agacée, Sam répliqua, oubliant que Sa'arlin n'était pas sensée faire cas de sa présence. « Ce n'était pas plus compliqué pour une femme que pour un homme ! N'importe qui peut faire n'importe quoi pour peu d'en avoir envie ! »

Elle grimaça sur le champ. Elle n'avait pas tellement eu envie de défoncer tous ces hommes. En tout, elle en avait affronté 28. Combien avaient survécu ?

« La pécheresse ne doit s'adresser qu'à vous, gardien. »

La femme rougit, se renfermant dans son austérité habituelle, et Jack haussa les épaules. « Carter, vous ne devez vous adressez qu'à moi. » Adoucissant la remarque de la Melkorane, il lui dédia un sourire charmeur. « A partir de maintenant, il n'y a plus que vous et moi au monde… »

Masquant sa gêne, Sam sourit en retour. « Chouette, mon colonel, je vais enfin pouvoir vous explique tout ce que la science compte de lois, de propriétés, de suppositions… »

Riant à moitié, Jack fit une petite grimace. « Votre définition de l'amusement m'impressionnera toujours… »

Les yeux pétillants d'ironie, la jeune femme eut une moue perplexe. « Vous n'avez pas parlé de nous amuser, mon colonel. »

Le sourire provoquant, qui étira seulement un coin de sa bouche n'avait plus rien d'amical et au vue de sa tenue actuelle, la fit rougir des pieds à la tête. « Allons, Carter…Vous et moi, seuls au monde…Ce serait forcément amusant… »

Jugeant le jeu trop dangereux, elle ne répondit pas et Jack, respectant son désir tacite, reboucha les différents pots dont il s'était servi, sourire rêveur aux lèvres, mais muet. Il s'appliqua ensuite à les aligner sur la petite table. Sentant le regard scrutateur de l'autochtone sur elle, Sam leva les yeux vers elle. La femme détourna aussitôt les siens. Intriguée, la militaire se plia au jeu du Banraï, s'adressant à son supérieur plutôt qu'à l'étrangère.

« Sa'arlin semble perturbée, mon colonel. »

Distrait, Jack leva la tête vers la femme. Rentrant dans le jeu de sa subordonnée, il fronça les sourcils. « Vous semblez perturbée, Sa'arlin. »

Clairement mal à l'aise, la Melkorane parut se tortiller sur place. « Etes vous toujours si…si peu…si direct, l'un avec l'autre ? »

Les deux militaires échangèrent un regard, pour le coup parfaitement étonné. Daniel n'arrêtait pas de leur dire qu'ils semblaient parler par code tant ils usaient de subtilité quand ils discutaient, et Sa'arlin trouvait ça…direct ?

« Et bien…oui. » répondit le colonel.

Elle ouvrit de grands yeux interloqués, ne prêtant plus aucune attention à Sam. « Et ça ne vous dérange pas ? »

Jack testa la température de l'eau dans le baquet, tout en fronçant les sourcils. « Me déranger ? Qu'est ce qui devrait me déranger ? »

« Mais que votre compagne s'adresse à vous avec si peu de respect ! Qu'elle s'affiche publiquement dans des activités d'hommes ! »

Il tiqua légèrement au terme 'compagne', mais décida que démentir cette présomption là n'apporterait aucun bien. Ca ne servirait qu'à faire tuer Carter un peu plus vite. Quand au reniflement méprisant de son amie, il devinait que sa réponse avait intérêt à être à son gout, sinon elle risquait de lui botter les fesses dès qu'elle serait remise.

« Le major Carter est tout à fait capable de décider par elle-même ce qu'elle doit faire. Quand à me parler avec respect…Disons qu'elle sait être impertinente tout en étant polie. »

Il jeta un regard à la jeune femme pour voir si elle approuvait ses paroles mais elle était occupée à plier et déplier ses doigts. Visiblement, l'effet du produit paralysant n'était pas permanent.

« Mais…Une femme doit agir avec respect et reconnaissance envers son compagnon ou son tuteur ! »

Le rire amer provenant du lit décida Jack à laisser son second répondre. Même si Sa'arlin ne pouvait pas l'écouter, elle pouvait l'entendre.

« Autant dire qu'elle doit être soumise ! »

Déchirée entre son envie de défendre ses principes et son besoin de respecter les règles du Banraï, Sa'arlin finit par céder à son indignation. « Une femme se doit d'être soumise à son compagnon ! Qui la protégera sinon lui ?! »

Le regard de Jack s'attacha à celui de Sam, et la réponse de la militaire à la question de l'autre femme fut plus douce qu'elle ne l'aurait voulu.

« S'attacher à un homme par sécurité ne vaut rien. C'est l'amour qui compte. » Elle cligna des paupières et détourna les yeux, incertaine de l'intelligence de ce qu'elle allait dire. « Quitte à devoir attendre. »

Si Sa'arlin ne comprit pas la dernière phrase, au moins comprit-elle que la conversation était finie. Ramassant rapidement la veste et le tee-shirt de la militaire, elle sortit précipitamment de la pièce. Sans commenter le départ outré, Jack attrapa le bout de tissu qui flottait dans l'eau tiède et le passa sur le visage de sa 'compagne' puisque tel était son titre officiel sur cette planète. La main faible mais déterminée de la jeune femme s'enroula autour de son poignet, l'arrêtant dans son entreprise de débarbouillage.

« Vous n'avez pas à faire ça, mon colonel. »

Un léger plissement de front la poussa à le lâcher.

« Vous êtes couverte de sang, Carter. Laissez-moi faire. »

Il effaça du mieux qu'il le put les traces sur ses joues et son cou, mais abandonna rapidement l'idée de faire quoi que ce soit avec ses cheveux qui ne soit pas superficiel. Elle devrait les laver plus tard dans la journée si elle ne voulait être obligée de les couper très court en rentrant. Si tant est qu'ils rentrent un jour.

La jeune femme rêvassait tandis qu'il travaillait et il finit par s'émerveiller de sa capacité à s'abandonner à lui sans aucun doute ou aucune hésitation. Elle avait confiance. Une confiance totale.

Son regard tomba sur une des innombrables blessures qui zébraient son corps et il frissonna en se remémorant le terrible combat qui avait eu lieu plus tôt. Il en avait vécu chaque minute avec une intensité et une terreur sans cesse grandissantes. Un des pires moments de sa vie. Il avait eu beau l'encourager, la sécuriser…Dieu, il était sincèrement étonné qu'elle soit toujours vivante. Lui-même n'était pas sûr qu'il s'en serait aussi bien sorti. C'était…C'était ouah !

Le tissu retomba dans le baquet et le bruit fit sursauter Sam. Enlevant la main de l'avant bras de son supérieur où elle s'était instinctivement accrochée, elle s'éclaircit la gorge. Jack attrapa les vêtements que Sa'arlin avait laissé pour elle et les déplia. C'était des vêtements d'homme, au vue de la taille, il n'y avait pas de doute. Sans doute la femme pensait-elle que Sam ne portait que ça. Du coton rêche marron foncé. Rien de bien attrayant là dedans.

« Vous vous attendiez à autre chose ? » se moqua la jeune femme devant son air déçu.

Il jeta un regard éloquent à son corps qui gardait peu de secret pour lui à cet instant précis. « Il est clair que je préfère votre tenue actuelle mais vous n'allez pas vouloir la garder, je me trompe ? »

Devinant la plaisanterie, elle lui adressa une grimace digne d'une enfant boudeuse. « J'ai froid. »

Il l'aida sur le champ à enfiler le pantalon et le haut. Ce faisant, il passa le doigt sur une des boursoufflures qui courait le long de son avant bras. C'était impressionnant. La blessure, si elle avait été minime, semblait dater de plusieurs jours. Ca présageait, conformément à ce qu'avait dit Sa'arlin, une guérison totale pour le lendemain.

« Ca vous fait mal ? »

Elle secoua la tête, souriant. « Non, ces produits sont vraiment stupéfiants ! Il faut absolument les négocier. »

Les traits fermés, Jack marmonna son accord. Une fois rhabillée, elle s'installa un peu plus confortablement et s'allongea sur son côté droit. Elle fronça les sourcils devant l'air songeur du colonel.

« Il y a un problème, mon colonel ? »

Son regard tourmenté se posa sur elle et Sam s'inquiéta de son soudain changement d'humeur.

« Vous réalisez ce que vous avez fait ? »

Elle détourna le regard. « J'ai tué des hommes qui savaient à peine se battre. »

« Vous avez survécu. »

La gravité de sa voix ramena le regard de la jeune femme sur lui. « Vous m'avez dit que je pouvais le faire…»

Son regard changea de hanté à tendre. « Carter…J'étais terrifié ! »

Elle ne sut pas ce qui la choqua le plus. Qu'il lui ait menti ou qu'il admette avoir eu peur.

« Mais… »

Il leva la main et se détourna, lui indiquant que la conversation était close. Se murant dans un silence nerveux, il alla se poster à la petite meurtrière et observa l'agitation morne de la rue. Il n'aurait jamais dû lui dire ça. C'était totalement inutile et hors de propos. Tant qu'il croyait en elle, elle croyait en elle. C'était ainsi que ça marchait. Maintenant, elle allait penser qu'il doutait d'elle et ça allait être une catastrophe.

Il soupira et se retourna, prêt à lui présenter des excuses ou n'importe quoi qui effacerait ce qu'il avait dit, mais les mots moururent dans sa gorge. Il n'avait plus personne à qui dire quoi que ce soit, elle s'était endormie. Il s'assit au bord du lit et l'observa. Il aimait la regarder dormir. Il ne pouvait le faire qu'en mission mais c'était là un de ses seuls plaisirs défendus. Ne pouvant résister au besoin primaire de s'assurer qu'elle allait bien, il dégagea les mèches ensanglantées qui tombaient sur son visage. Elle grimaça dans son sommeil et s'écarta de sa main. Il la retira sans attendre, peu désireux de la réveiller. Elle allait avoir besoin de repos, bien qu'il ne voyait pas vraiment ce qui pourrait être pire que l'épreuve d'aujourd'hui.

Retournant se poster à la fenêtre, il la laissa se reposer tout son soul. L'inactivité n'était pas quelque chose qui lui allait bien. En fait, il détestait même ça. Savoir qu'elle allait passer la semaine à risquer sa peau et que lui aurait simplement le droit de rester planter là et d'applaudir…Jusqu'à ce que ça rate et qu'elle y passe. Sa mâchoire se contracta sans qu'il n'y puisse rien. Le fait était qu'il se foutait bien d'être lynché si Carter ne réussissait pas et y laissait sa vie. Sans compter que même si les autochtones le laissaient rentrer sain et sauf, Jacob aurait sa tête au bout d'un piquet en moins de cinq minutes. Il ne chercherait même pas à se défendre.

Elle se réveilla trois heures plus tard. Le temps pour Jack d'apprendre par de subtiles questions que Karlan était en fait le tuteur de Sa'arlin et que c'était la raison pour laquelle elle jouissait de l'honneur de recevoir la candidate au Banraï et son gardien. Et dans la mesure où la pécheresse jugea bon de s'enfermer une heure dans la salle de bain de leur hôte, Jack eut tout le temps du monde d'en apprendre davantage. Ce qui l'aurait sans doute intéressé s'il s'était appelé Daniel.

La Melkorane insista pour leur préparer à dîner et Jack se retrouva coincé à table entre deux personnes qui ne s'adressaient pas la parole. Il eut donc le bénéfice d'une double conversation : ennuyeuse de la part de Sa'arlin et prudente de la part de Carter qui n'avait pas oublié ses précédentes remarques. A huit heures du soir, il était prêt à aller se coucher. Carter suivit.

Il n'hésita pas une seconde avant de se couler sous les draps. Il n'avait pas dormi la moitié de l'après midi et avait peine à se remettre de l'afflux d'adrénaline de la matinée. Il en ferait certainement des cauchemars. Au pied du lit, Sam passait son poids d'un pied sur l'autre, apparemment peu désireuse de venir se coucher. Au bout de quelques secondes, fatigué de son manège, Jack leva les yeux au ciel.

« Je peux dormir par terre, si vous préférez ! »

Elle écarquilla les yeux de façon presque comique avant de lever les mains.

« Non ! Non, ce n'est pas ce que…C'est juste que… »

Elle s'arrêta et souffla. Jack soupira, énervé que son éloquent major habituel ait cédé la place à un officier muet digne de défier Teal'c en duel.

« Que quoi, major ?! »

Il avait conscience d'être trop brusque et injuste. Ouais, et ben c'était sa personnalité. Elle ne s'en était jamais plainte jusqu'à maintenant.

« Je…Vous semblez en colère après moi, mon Colonel. Si j'ai fait ou dit quelque chose de mal… »

Elle se tut à nouveau, attendant visiblement qu'il ajoute quelque chose. Ce qu'il ne fit pas. A la place, il la dévisagea longuement. Au bout d'un moment, elle finit par rougir sous son regard et détourner les yeux.

« Je suis l'officier le moins gradé, je vais dormir par terre. »

Jack secoua la tête.

« C'est ça…Avec de multiples lacérations à l'arme blanche, vous allez dormir par terre… »

Elle releva la tête, braquant un regard noir sur lui devant son air moqueur.

« Les médicaments de Sa'arlin ont parfaitement marché, je n'ai presque plus rien. Les dernières plaies seront cicatrisées demain matin, mon colonel. »

Ouvrant son sac avec rage, elle en sortit son sac de couchage qu'elle entreprit de déplier avec des gestes saccadés. Jack leva les sourcils, elle devait bien réaliser qu'il ne tiendrait pas dans la chambre, non ?

« Carter, laissez ça et venez au lit. »

Un petit rire acerbe passa ses lèvres alors qu'elle s'acharnait un peu plus franchement sur l'attache de son sac qui refusait de céder. Probablement parce qu'elle le maniait avec trop de brutalité contenue.

« Est-ce que c'est un ordre, monsieur ? »

Il serra les dents pour réprimer sa réplique agacée, se demandant comment elle pouvait être aussi impertinente et sexy à la fois. Finalement, il opta pour une attitude plus calme et se força à sourire.

« En général, je n'ai pas besoin d'ordonner aux femmes de venir dans mon lit, elles y vont toutes seules. »

Si un regard pouvait tuer, nul doute qu'il serait mort à cet instant précis.

« Ok, ce n'était pas drôle. Maintenant qu'on est d'accord sur la nullité de mon humour, venez

vous coucher. »

Elle se releva mais croisa ses bras sur sa poitrine. « Pourquoi êtes vous fâché après moi, mon colonel ? »

Son air buté le fit sourire pour de bon, et il soupira, se sachant vaincu d'avance.

« Ce n'est pas après vous que je suis en colère, Carter. C'est contre… » Il agita les mains. « …tout ça. »

Elle fronça les sourcils, perplexe. « Partager cette chambre avec moi, vous voulez dire ? »

Secouant la tête, il ouvrit les draps et les lui tint ouverts en une invitation claire.

« Bien sûr que non. Toute cette histoire de Banzaï…Ca me met sur les nerfs. »

« Banraï. » rectifia-t-elle machinalement avant d'enfin accéder à la requête de son supérieur et de se glisser dans le lit.

Cette fois, il n'hésita pas plus d'une seconde avant de refermer ses bras sur elle. Il avait trop besoin de la sentir contre lui. Le dos de sa subordonnée contre sa poitrine, il posa sa main sur son abdomen, juste content de la sentir respirer. Quand il fut sûr qu'elle n'avait rien contre l'idée de dormir dans cette position, il éteignit la lumière et nicha sa tête dans son cou.

« C'est ma faute tout ça, mon colonel. Si je n'avais pas insisté pour entrer dans ce temple… »

Il coupa tout de suite son murmure par un autre, tout aussi affuté.

« Ils nous auraient volé dans les plumes parce que vous êtes une femme. Ce n'est pas plus votre faute que la mienne. »

Elle ne répondit pas et Jack ferma les yeux. Il était sur le point de sombrer quand son chuchotement l'attira hors de la zone brumeuse du sommeil.

« Ce que vous avez dit tout à l'heure…Vous le pensiez ? »

Il resserra instinctivement son étreinte sur elle, effrayé à l'idée qu'elle puisse fuir.

« J'ai dit beaucoup de choses, Carter… »

Dans le silence qui suivit, il l'imagina parfaitement se mordre la lèvre pour cacher une nervosité que de toute façon, il ne pourrait pas voir.

« Que vous aviez eu peur… »

Il soupira et la lâcha de sorte qu'elle puisse lui faire face. Elle ne se tourna pas, levant simplement la tête vers lui quand il retira son bras.

« Mon colonel ? »

L'inquiétude masquée dans sa voix le poussa à poser sa main sur son épaule. Il ne voulait pas qu'elle le pense fâché avec elle pour avoir ramené ça sur le tapis. Elle se détendit quelque peu sous le contact et il déglutit, cherchant péniblement des mots avec lesquels il était si mal à l'aise.

« Ce n'était pas parce que je n'avais pas confiance, Carter…C'est juste que… » Il soupira et son souffle fit voler les mèches courtes à l'arrière de sa nuque. « Vous voir là, toute seule…A la merci de ces abrutis…Et ne pas pouvoir intervenir…C'était… »

Il s'interrompit quand elle posa sa main sur la sienne et replaça son bras autour de sa taille. Il se laissa faire, conscient qu'il n'avait pas besoin d'en dire davantage, qu'elle avait compris. Il replaça donc son visage contre son épaule et ferma les yeux.

« Bonne nuit, mon colonel. »

Il sourit. « Bonne nuit, Carter. »

Elle entrelaça leurs doigts et, encore une fois, Jack sourit. Il aimait ça. Il n'avait pas le droit, elle non plus, mais il appréciait le contact de son corps chaud lové contre le sien. Il était presque certain qu'aucune femme ne lui avait jamais fait cet effet. Il ne s'était jamais contenté, ne s'était jamais estimé simplement heureux, d'une nuit platonique. Sauf avec Carter. Avec elle, il prenait ce qu'il pouvait.

« Carter ? »

Un « Mmm » endormi fut la seule réponse qu'il obtint.

« J'ai trouvé un autre mot qui va avec 'Carter'. »

Il attendit quelques secondes, pas vraiment sûr qu'elle soit réveillée. Finalement, elle gigota avant de se fondre un peu plus dans son étreinte.

« Mmm…c'est quoi ? »

Jack sourit avant de déposer un léger baiser sur sa nuque qu'elle ne sentit même pas.

« Courageuse. »