Tout était blanc. Seules quelques ombres venaient danser sur les murs. Il sentit quelque chose de chaud sur sa main. Il tourna la tête et aperçut Jyuushiro sur une chaise à côté de lui. C'était étrange, lui qui avait toujours l'air joyeux semblait abattu. Il laissa son regard errer quelques instants dans la pièce, essayant de remettre de l'ordre dans ses pensées. Où était-il ? Tout se bousculait dans sa tête. Il voulut se relever mais une douleur lancinante lui traversa l'épaule et il retomba lourdement sur son lit.

« Calme toi, tu es à la 4° division, tout va bien… » le rassura son ami

Sa voix tremblait. La 4° division ; que faisait-il ici ? Jyuushiro vint s'asseoir à côté de lui et l'aida à se redresser. Byakuya vit alors tous les bandages qui recouvraient son corps.

« Que s'est-il passé ? » demanda Byakuya troublé

« Tu ne t'en souviens pas ? »

Se souvenir de quoi ? Il ne comprenait plus rien. Tout ce dont il se souvenait c'était de la soirée passée avec son ami. Si… il y avait eu ces flammes au beau milieu de la nuit… Il tressaillit. Tout lui revint en mémoire d'un seul coup. Il eut l'impression de recevoir une gifle en plein visage. Le feu, le manoir, les hommes, son père… Son regard se troubla.

« Il… Il est… »

Jyuushiro passa ses bras autour de ses épaules et le serra doucement contre lui. Le jeune noble se laissa faire, amorphe.

« Byakuya… Je suis désolé. Son enterrement a eu lieu hier ; nous ne savions pas quand tu te réveillerais. Tu as failli y rester, tu avais perdu beaucoup de sang. Je suis arrivé trop tard, le feu avait déjà tout ravagé. Je t'ai cherché partout. J'ai fini par arriver dans le jardin et je t'ai vu. J'ai cru que tu étais mort ! » avoua t-il avant de fondre en larmes.



Byakuya passa quelques jours à la 4° division et Jyuushiro resta à ses côtés durant toute sa convalescence. Le jeune noble ne prononça pas un mot de tout son séjour malgré les efforts de son ami pour le faire parler. Il ne mangeait presque rien et refusait systématiquement toute visite. Il restait assis sur son lit à fixer un point invisible par la fenêtre. Il reprit néanmoins des forces et fut autorisé à sortir.

Comme il n'avait nulle part où aller, Jyuushiro l'invita à venir habiter chez lui quelques temps. Tous deux se mirent en route, marchant côte à côte sur le chemin qui menait chez le jeune shinigami. Sans rien dire, Byakuya vint glisser sa main dans celle de son ami. Celui-ci en fut très touché. Byakuya lui faisait confiance, il l'aiderait à s'en sortir.

Une fois arrivé, Jyuushiro montra sa chambre au jeune noble et le laissa s'installer. Une heure plus tard, il n'avait toujours pas de nouvelles de son ami et commençait à s'inquiéter. Il alla frapper à sa porte mais n'obtint aucune réponse. Il tourna la poignée et entra. Personne. Il chercha partout, vérifiant chaque pièce de la maison mais en vain. Il avait dû sortir. Dehors, le ciel s'assombrissait de plus en plus et le vent commençait à se lever. Un orage allait bientôt éclater. Il partit à sa recherche ; les salles d'entrainement, les bars, le cerisier, tout y passa mais toujours aucune trace de lui. Soudain il comprit. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt, il se trouvait vraiment stupide. Il se dirigea vers Rukongai en empreinta un petit sentier envahi par les ronces et les mauvaises herbes. Une pluie fine commençait à tomber et quelques éclairs venaient illuminer le ciel. Il marcha pendant une demi-heure avant d'apercevoir un grand en fer. Il était arrivé. Il pleuvait à torrent maintenant. Il poussa la lourde porte qui s'ouvrit dans un grincement sinistre.

Il était là, immobile et trempé, fixant la tombe de son père. Jyuushiro s'approcha et posa sa main sur son épaule. Byakuya se retourna. Ses yeux étaient rougis ; à cause du froid ou des larmes ? Surement les deux… Le jeune noble s'avança vers son ami et vint se blottir dans ses bras. Jyuushiro le serra contre lui. Il le sentait trembler. Le voir dans un tel état lui faisait mal. Il ne trouvait pas les mots pour le réconforter, alors il ne dit rien.

« Viens, rentrons, on va finir par attraper froid… »

Il glissa sa main dans celle de Byakuya et ils se mirent en route.

Une fois chez Jyuushiro tous deux prirent un bain chaud puis le jeune shinigami servit le dîner. Byakuya avala son premier vrai repas depuis la nuit du meurtre. Il semblait apaisé, aller se recueillir sur la tombe de son père avait dû lui faire du bien.

Soudain le jeune noble remarqua un petit dessin sur le poignet de son ami.

« Qu'est ce que c'est ? » demanda t-il



Jyuushiro fut heureux de l'entendre enfin parler.

« C'est un tatouage que l'on m'a fait il y a de cela quelques années. Un papillon. Pour moi, c'est le symbole de la liberté, j'y tiens énormément » expliqua t-il.

« Je ne pense pas que le papillon soit un animal libre… » répondit Byakuya

Jyuushiro le regarda avec étonnement.

« Les papillons naissent pour mourir. Ils ne sont là que pour perpétuer leur espèce et une fois cette mission accomplie, ils meurent. C'est leur destin et ils ne peuvent rien y changer. Pour moi, c'est comme une prison dont on ne peut s'enfuir »

« C'est un point de vue plutôt pessimiste, Byakuya. Tout être meurt un jour, c'est inéluctable. Même si leur vie est éphémère, personne n'est là pour leur dicter leur conduite. Ils peuvent aller où bon leur semble sans jamais avoir de compte à rendre à personne. Leur existence n'a aucune contrainte ; c'est ça pour moi la liberté. Etre libre de faire ses propres choix ».

Byakuya ne répondit rien. Il termina son dîner et partit se coucher. Jyuushiro resta un moment les yeux dans le vague à réfléchir. Il finit bientôt par tomber de sommeil et décida d'aller lui aussi se reposer. En passant devant la chambre du jeune noble il crut entendre du bruit. Il entrouvrit délicatement la porte. Byakuya s'agitait sur son lit. Il dormait profondément et semblait ne pas faire un rêve des plus agréables. Jyuushiro n'osa pas s'approcher de peur de le réveiller et il referma la porte. Son ami avait besoin de changer d'air, demain il l'emmènerait faire un tour.

Le lendemain, les deux shinigamis pour une petite excursion dans rukongai. Ils traversèrent d'immenses prairies, marchèrent sur les chemins de campagnes pour finalement atterrir près d'un torrent perdu dans les bois.

Jyuushiro proposa à son ami d'aller se baigner. Comme celui-ci ne semblait pas vraiment enclin à se mouiller, il le fit approcher au plus près de la rive prétextant de vérifier la température de l'eau. Une 

fois Byakuya au bord de l'eau, il profita d'un moment d'inattention de sa part pour lui faire un croche-pied et le jeter dans le torrent. Il en immergea quelques secondes après complètement trempé, les cheveux dégoulinants et un léger sourire aux lèvres.

« Ce que tu peux être puéril… » lui lança t-il

Jyuushiro éclata de rire ; voir Byakuya dans un tel état l'amusait beaucoup. Soudain, il le vit disparaitre de sa vue et entendit une voix derrière lui.

« Tu as baissé ta garde Jyuushiro »

L'instant d'après, lui aussi se retrouvait dans l'eau. Il regagna la berge en riant.

« Ton shumpo est devenu redoutable » plaisanta t-il

Ils s'assirent sur le bord de la rivière pour se faire sécher et passèrent le reste de l'après midi à discuter de tout et de rien. Byakuya avait retrouvé un peu de sa joie de vivre et cela rendait Jyuushiro heureux. En fin de journée ils prirent le chemin du retour. Ils arrivèrent bientôt dans la prairie où se trouvait leur cerisier.

« Tu veux voir le coucher du soleil ? » demanda le jeune noble

« Oui, allons-y » lui répondit son ami en souriant

Tous deux prirent place sous l'arbre, face aux montagnes derrière lesquelles disparaissait l'astre de feu. Byakuya plongea son regard dans celui du jeune shinigami.

« Merci »

« De quoi me remercies-tu ? » s'étonna Jyuushiro

« Merci d'avoir été là pour moi » murmura t-il



Jyuushiro s'approcha et prit Byakuya par les épaules. Il posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Le jeune noble ne bougea pas. Il sentait son cœur cogner dans sa poitrine. Il ferma les yeux. Une sensation incroyable l'envahit ; il avait l'impression que tout son corps se réchauffait. Il enlaça son ami, rendant le baiser de plus en plus passionné. Jyuushiro lâcha ses lèvres et l'embrassa délicatement dans le cou. Le jeune noble posa ses mains sur sa poitrine, brûlant de désir. Il défit le haut de son kimono et embrassa fougueusement son torse. Tous deux se retrouvèrent bientôt dans l'herbe et le soleil réchauffa de son dernier rayon, leurs deux corps qui s'unissaient pour la première fois.

Lorsque Jyuushiro ouvrit les yeux le lendemain matin, il trouva Byakuya blotti contre lui, dormant encore profondément. Il n'osa pas bouger de peur de le réveiller. Il resta de longues minutes à l'observer. Jamais il ne l'avait trouvé aussi beau que ce matin. Son visage reflétait la sérénité et il semblait sourire dans son sommeil. Il déposa un baiser un baiser dans ses cheveux et caressa doucement son visage. Byakuya entrouvrit les yeux et sourit.

« Excuse moi, je ne voulais pas te réveiller » murmura Jyuushiro

Le jeune noble se redressa un peu et vint l'embrasser. Le soleil était levé depuis déjà une heure, il faisait incroyablement doux. Tous deux se rhabillèrent et prirent le chemin du Seireitei.

Byakuya emménagea définitivement chez Jyuushiro et ils vécurent un bonheur parfait pendant plus d'un an. Bien que les cauchemars qu'il faisait presque chaque nuit lui rappelaient la nuit du meurtre, il réussit à être heureux durant cette année là. Mais un matin, Jyuushiro se réveilla et fut surpris de trouver le lit vide. Il chercha Byakuya partout mais en vain. Les années passèrent et Jyuushiro devint capitaine de la 13° division. Il n'avait jamais su ce qu'il s'était passé et pourquoi son ami était parti du jour au lendemain sans rien dire. Il en avait terriblement souffert. Jusqu'à ce que, 5 ans plus tard, il apprenne l'arrivée d'un nouveau capitaine au sein du Seireitei. Tous les capitaines avaient été réunis pour souhaiter la bienvenue au nouvel arrivant. Ils se trouvaient alignés des deux côtés de l'allée centrale ; le commandant Yamamoto se trouvant au bout.

Lorsque les portes s'ouvrirent, il crut sentir son cœur s'arrêter.

« Voici le nouveau capitaine de la 6° division, Kuchiki Byakuya » annonça le vieux Yamamoto

Voila pour le 4° et avant-dernier chapitre