Titre : Treason
Auteur : Yuki Shuhime et Ombrepluie
Univers : Naruto
Type : Fiction longue, Chapitre 4
Rating : M
Pairing : Kakashi/Itachi
Résumé :
Disclammer : Tout à gugus japonais ^^
Chapitre 4
Kakashi tournait en rond dans le quartier général des Anbus depuis son retour de mission. Il était tard et il pensait être seul dans le bâtiment. Mais il avait tort car un jeune homme poussa la porte épaisse qui séparait le bureau du couloir. Le ninja avait une serviette humide autour du cou et ses longs cheveux noirs étaient trempés. Il portait un kimono aux armoiries de son clan, parfaitement ajusté à la taille et aux épaules.
Sa démarche trahissait sa fatigue et, comme il était rare que les Anbus gardent des masques à l'intérieur des murs du quartier général, Kakashi avait tout loisir de contempler les traits tirés d'Itachi Uchiha. Des traits d'ailleurs très agréables et harmonieux, qui avaient une fâcheuse tendance à le déconcentrer depuis une certaine soirée dans les douches des vestiaires du quartier général.
« Mauvaise journée ? demanda-t-il gentiment en reportant son regard sur les documents devant lui. »
Il avait remarqué que le ninja se sentait plus à l'aise quand il ne le regardait pas. Pour une raison étrange qu'il ne parvenait à élucider, depuis quelques temps, Itachi semblait mal à l'aise dès qu'il portait son attention sur lui. Comme s'il devinait ce qui se cachait sous son masque et prenait peur.
« Pas meilleur que la tienne si tu es encore là, conclut le brun en se dirigeant vers les classeurs à clapet. Alors combien ?
-Un seul. Un éclaireur, un ninja sensoriel. »
Itachi commença par prendre un dossier rouge. Les pochettes en carton de cette couleur signalaient les pertes d'effectifs et les demandes de remplacements urgent.
« Un mednin, répondit-il sombrement. »
En effet, s'était toujours urgent de remplacer le médecin d'une équipe. Kakashi était troublé d'apercevoir de la peine dans le regard voilé du Uchiha. Ainsi donc, comme il s'en doutait depuis quelques temps déjà, sa réputation de ninja glacial sans la moindre compassion n'était qu'un leurre, une apparence.
Car seul face à la cruelle vérité, Itachi souffrait de la perte d'un membre de son équipe. Le ninja copieur se doutait bien qu'il s'était construit cette carapace pour se protéger de la douleur que représentait la mort d'un coéquipier. Bien qu'il joue à l'insensible, il se révélait qu'Itachi était exactement comme lui. Un garçon trop jeune pour assumer si tôt la mort et la souffrance au cœur de leur métier.
« Je suis désolé, souffla doucement Kakashi, résistant à l'envie de se lever et de rejoindre Itachi, ne serrait-ce que pour poser une main amicale sur son épaule.
Il voulait lui montrer qu'il n'était pas seul. Mais constatant qu'il n'obtenait aucune réponse, même pas un signe de tête, Kakashi se replongea dans ses propres dossiers. Itachi fit volte face, lui tournant le dos, et soupira au vue du travail administratif qui l'attendait.
Il alla s'asseoir derrière l'un des quatre secrétaires de la pièce. Son épuisement était perceptible au son de ses pas et sa légère irrégularité confirma à Kakashi qu'il boitait légèrement. Le ninja copieur releva les yeux. La démarche pataude d'habitude nonchalante du brun montrait combien il semblait souffrir. Surement un problème à le cheville, conclut Kakashi à force de l'observer.
Itachi qui sentait le regard lourd du ninja copieur pesait sur son dos, se força à marcher plus vite pour rejoindre le siège salvateur qui soulagerait sa jambe. Une fois à peu près à son aise, il s'attaqua au remplissage d'à peu près tous les formulaires nécessaires : les fiches bleues pour le certificat de décès, les rouleaux pour les rapports de missions, les demandes de remplacements, etc.
Kakashi releva à nouveau les yeux quand il perçu le grattement de sa plume sur le papier. Il surprit les quelques rotations d'épaule que le brun tentait précautionneusement en grimaçant. Il avait l'air d'être blessé à l'épaule aussi. Il fini par reposer son stylo et massa le membre incriminé en retenant un gémissement plaintif.
« Nous sommes là pour un bon moment encore, alors, tenta Kakashi pour briser la glace.
- J'en ai peur, oui.
- Je peux te donner quelques choses pour ton épaule si tu veux ! proposa Kakashi. »
Itachi se retourna lentement pour éviter de meurtrir davantage son articulation douloureuse et plongea son regard pénétrant dans les prunelles de son ainé. Il sembla hésiter un instant, pesant le pour et le contre. Il ne savait pas comment juger la gentillesse gratuite et spontanée venant de personnes étrangères à son clan.
Parmi les Uchiha, il était aimé, admiré, et tout le monde était prêt à tout pour le satisfaire. Mais chez les Anbus, il était un capitaine anonyme, meneur d'hommes qui avaient parfois deux fois son âge, et il doutait qu'un quelconque esprit de camaraderie pu s'élever d'un tel environnement de suspicion.
Mais dès le début, le jeune capitaine Hatake s'était montré cordial et poli. Puis, leur relation de bonne entente avait passée un cap. Un jour en mission, Hatake lui avait sauvé la vie, comme ça, sans réfléchir s'il se mettait lui-même en danger ou s'il risquait la mort.
Et le pire était probablement qu'Hatake n'avait jamais su qu'il l'avait sauvé lui. Puisque ce jour là, il était en mission d'infiltration, camouflé par un Henge lui donnant l'apparence d'une jeune fille bien proportionnée à la fâcheuse tendance de faire voler ses cheveux autour d'elle pour faire tomber les hommes comme des papillons. Heureusement qu'Hatake n'était pas du genre à tomber le masque pour convoler avec la première belle fleur venue en plein milieu d'une mission, sans quoi Itachi se serait retrouvé dans une situation plus qu'inconfortable.
Tout ça pour dire qu'Hataka s'était toujours montré plus qu'avenant à son égard, le comprenant sans un mot, juste d'un regard. C'était comme le jour où ils s'étaient « battus » l'un contre l'autre pour amuser la galerie. Kakashi avait su lire dans ses pupilles qu'il ne souhaitait pas montrer sa véritable puissance à ses hommes, et il s'était mis à un niveau inférieur (qui était déjà hallucinant pour le commun des ninjas) et avait joué le jeu, alors qu'il aurait pu l'écraser et l'humilier devant son équipe s'il l'avait voulu. Et puis, il eut ce fameux jour dans les vestiaires. Il s'était senti observé en prenant sa douche … Il ne pouvait jurer qu'il se soit passé ce qu'il cru qu'il s'était passé. Néanmoins, ce jour là, il avait vu son vrai visage.
Depuis ce jour, Itachi se sentait troublé quand il apercevait les dessins du masque canin que portait son ainé. Et bien qu'il ait toujours été un solitaire, il avait ressenti qu'un lien, aussi inexplicable qu'incongru, l'unissait à Kakashi et le poussait à rechercher sa compagnie. Alors, abandonnant toute réflexion orgueilleuse sur la nécessité pour un ninja de faire face à sa propre souffrance, il accepta d'un souffle l'aide que lui apportait gentiment son ainé.
Kakashi, qui était bizarrement ravi de cette réponse, se leva brusquement de son siège. Il se dirigea vers l'antichambre dans lequel reposait son sac à dos et en sonda le fond du plat de la main, évitant la coupure d'une dizaine de shurikens, pour trouver le petit pot qu'il cherchait. C'était un onguent qu'il avait confectionné lui-même. Il s'agissait d'une recette de famille que même les Nara lui enviaient. Il avait d'ailleurs promis à Shikakuqu'à sa mort, s'il n'avait aucun héritier de sang, il lui léguerait la formule.
Il sortit enfin de la petite pièce, le remède calé au creux de sa paume. Kakashi contourna les premiers bureaux pour rejoindre celui, le plus éloigné de la porte, où Itachi était assis. Ses grands yeux étaient encore plus cernés que d'ordinaire, et la détresse dans ses pupilles était peu commune. Kakashi sentit son cœur s'emballer quand les yeux noirs le fixèrent, une étincelle de joie quasiment imperceptible transformant instantanément son visage morose. Ses traits fins ressortaient lorsque les plis profonds qui marquaient son front s'effaçaient au profil d'un sourire enfantin.
« Ça sent la fleure d'oranger. Je vais sentir la galette de rois, plaisanta le jeune homme, étrangement détendu si on prenait en compte que personne à part son cousin Uchiha Suishi, ne pouvait l'approcher d'aussi près. »
Kakashi ricana devant ce constat candide. Contournant le dossier de la chaise qui le séparait du brun, il lui fit face, et plongea une seconde son regard dans le sien. Puis, s'assurant qu'Itachi ne bronchait pas, il repoussa le tissu de son kimono, dénudant son épaule afin de déposer son onguent.
Dès qu'il sentit la paume de Kakashi sur sa peau, Itachi sursauta, se reculant d'instinct. Mais il se retrouva bloqué par le dossier de sa chaise et ne put s'éloigner davantage. Se flagellant mentalement de se montrer si vulnérable auprès de son ainé, il gémit :
« Kakashi-san ! Qu'est-ce que tu fais ?
-Je t'applique de l'onguent, répondit Kakashi le plus sérieusement possible. »
Intérieurement, il se retenait d'éclater de rire face à la pudeur enfantine d'Itachi qui remontait brusquement son kimono jusqu'au bas de sa nuque, s'arrachant une grimace de douleur puisque son empressement l'avait obliger à mobiliser l'épaule douloureuse.
« Je peux me débrouiller tout seul, balbutia Itachi en tentant de saisir le petit pot dans la main de son ainé. »
Mais au lieu d'attraper fièrement la pommade, il se laissa berner par la feinte de Kakashi et ne put que manquer de tomber de sa chaise puisque le ninja copieur avait retiré le pot de son champs d'action quelques secondes auparavant. Kakashi nota combien le brun devait être épuisé et courbaturé pour tomber dans un piège aussi ridiculement prévisible.
Aussi, il ignora ces protestations et s'approcha à nouveau pour écarter le pan de tissu. La peau d'Itachi semblait douce et crémeuse mais Kakashi se retint de l'effleurer du bout de ses doigts, juste pour en apprécier la texture. La douche chaude que le brun avait pris avant d'arriver avait légèrement rougi la chair d'ordinaire très pâle. Kakashi serra les dents, essayant de toutes ses forces de refouler la scène que sa mémoire voulait présenter à ses rétines.
« Non, toi tu remplis tes papiers. Sinon, on va en avoir pour des heures. Et puis ça ne sert à rien que tu te contorsionne pour t'appliquer la pommade, tu ne feras qu'abimer davantage ton épaule ! »
Après un petit moment durant lequel Itachi tendit timidement son épaule à son ainé, il réfléchit à la question qui lui remuait les entrailles et cherchait un moyen de l'exprimer le plus sobrement possible. Il ne put s'empêcher de soupirer quand les mains de Kakashi, réchauffées par l'onguent à l'odeur sucré, se posèrent sur son épaule douloureuse pour commencer à la masser en douceur.
« Kakashi-san ?
- Hum ? Fit le ninja copieur en essayant de se soustraire à la contemplation des muscles du dos d'Itachi qui saillait sous le tissu du kimono et qui roulaient sous ses doigts.
- Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? »
Kakashi, songeur, se demandait comment répondre à pareille question, alors que ses doigts pétrissaient doucement les muscles fins, prenant soin de ne pas occasionner davantage de souffrances au brun. Il pouvait entendre les secondes s'écouler à travers les tic-tac incessant de l'horloge, marquant à jamais dans sa mémoire les instants qu'il partageait avec Itachi. Ce moment était étrange et l'osmose inexplicable qui les unissaient semblait vouloir sortir de l'ombre et s'afficher au grand jour. C'était peut-être à son tour d'agir pour permettre à quelque chose de plus fort de voir le jour entre eux … Il ne fallait pas qu'il se montre lâche comme la dernière fois, ou il s'en voudrait toute sa vie !
« Je suis un ninja des forces spéciales, expliqua-t-il à voix basse. Mais j'ai parfois besoin d'agir avec mon cœur, motivé par mes seuls sentiments. Ma vie se résume à faire couler le sang et à laver celui dont je suis couvert. Mes hommes et moi devons toujours garder une distance, car je peux avoir à leur demander de se sacrifier pour l'équipe. Tous les jours, je peux perdre l'un d'entre eux. Je ne pourrais jamais faire correctement mon travail si mes émotions interviennent. Mais avec toi c'est différent. Tu es un autre capitaine, je n'aurais jamais à te donner d'ordre. Je peux être moi même sans crainte à tes côtés. Je peux laisser parler mon cœur … »
Itachi n'osa rien dire après la tirade de son ainé. Son cœur s'était emballé et sa respiration s'était accélérée, sa poitrine se soulevant en rythme des mouvements des doigts de Kakashi sur son épaule. Les phrases qu'il avait prononcé avec une franchise et une vulnérabilité déconcertante avait touché le brun en profondeur, remuant des souvenirs blessant enfouis au fond de sa mémoire. Kakashi avait raison.
« Je suis désolé. Tu as raison, Kakashi-san, mais j'ai tellement l'habitude de me méfier du moindre geste suspect que j'ai oublié ce qu'était un contact normal avec un autre être humain. Autre que le chuintement d'un sabre qui déchire l'abdomen d'un ennemi pour répandre ses tripes sur le sol. Ou le bruissement de la lame qui tranche une gorge avant que ne résonne le glouglou écœurant de son sang qui s'écoule le long de son cou et imbibe ses tissus. »
Kakashi sourit. Il ne pouvait dire si la description que faisait Itachi de leur travail le divertissait ou le dégoutait. Lui-même se retrouvait dans son discours et ne pouvait nier qu'il ressentait une certain exaltation à l'évocation de ses sons qui peuplaient son quotidien, l'animant lors des combats d'une rage de vaincre et du soif de sang qui le faisait s'interroger parfois sur la normalité de ses réactions.
Si jeunes élevés dans le sang et les larmes, avaient-ils vraiment pu apprendre à ressentir et à vivre ce que les enfants normaux avaient pu connaitre ? Itachi était la fierté suprême de son clan, et portait le poids de sa famille sur ses épaules depuis son entrée à l'académie. Et lui, fils unique du Croc Blanc du Konoha, progéniture médiocre d'un héros, puis batard galeux de celui qui avait déshonoré son sang.
Ils avaient tout deux vécus ce que certains ninjas plus âgés ne vivraient jamais. Ils avaient côtoyé la haine, la vengeance, la destruction, la guerre au profit d'un pays ou d'un autre, pour une frontière franchie ou un village attaqué. Ils avaient connu ce qu'il y avait de plus vil dans le cœur des hommes sans connaitre l'amour désintéressée d'une âme pure ou simplement la gentillesse dans un sourire sincère.
Bien sur ils étaient seuls, seuls face au vide émotionnel de leur existence de lutte et de chaos. Seuls à se battre pour survivre dans un monde qui ne voulait que leur trépas. Survivre pour Konoha, survivre pour leur clan, survivre pour la mémoire d'un proche défunt. Finalement, vivaient-il vraiment pour eux ? Pouvaient-ils rêver à autre chose qu'une existence servile, esclave d'un monde qui ne les comprendrait jamais, et qui les utiliserait comme des pions, inconscients d'avoir briser leur vie juste à son commencement ?
Kakashi se demanda un instant si Itachi partageait sa vision des choses. Surement, oui. C'était un garçon brillant, promis à un avenir fabuleux. Dans un sens, ils avaient tout deux ce que beaucoup rêvaient d'avoir, mais rêvaient d'un bonheur simple qu'ils n'auraient sans doute jamais. Kakashi s'était fait ces réflexions des dizaines de fois, et pourtant, il était toujours là, marqué par l'encre comme membre des forces spéciales. Il aurait pu décidé d'arrêter, mais il ne le faisait pas.
« La méfiance, c'est ce qui nous garde en vie, conclut-il gravement avant de changer de sujet. Mais pourquoi tu m'appelles « Kakashi-san » ? J'ai l'impression d'être un vieillard quand tu dis ça. C'est à cause des cheveux gris, hun ? Gaï me dit tout le temps que je devrais les teindre, mais vu ses goûts vestimentaires, j'hésite … »
Itachi esquissa un faible sourire. Les mains habiles de Kakashi parvenaient à apaiser quelque peu ses souffrances et il essayait de s'abandonner à ce moment de détente, plaisir rare dans son existence morne. Il tentait de chasser de sa mémoire le souvenir bouleversé de l'image dans le miroir, du visage de Kakashi …
« Non ne les teint pas, répondit le brun précipitamment. Ça fait parti de ton charme, ajouta-t-il un peu gêné.
- De mon charme ? Répéta Kakashi en haussant un sourcil. »
La surprise lui fit faire un pas de côté et rabattre un peu trop fort son bras contre son torse. Kakashi se raidit alors, imperceptiblement pour n'importe qui d'autre, mais pas pour Itachi qui se rendit immédiatement compte que son ainé aussi souffrait.
« Tu as mal aux côtes, constata le brun. »
Ce n'était pas une question, il avait dû remarquer également la façon dont il tressaillait involontairement à chaque mouvement de flexions.
« Si jamais on te le demande, sauter d'une falaise n'est pas nécessairement une bonne solution de repli en cas d'attaque aérienne surprise. »
Itachi tendit la main vers son ainé et s'empara du pot de crème qu'il n'eut pas la force de retirer de sa portée à nouveau. Il se leva pour faire face à Kakashi et trempa les doigts dans l'onguent. Ils se jaugèrent du regard un moment, et Kakashi consentit à décroiser ses bras de sa poitrine et présenter son torse meurtri aux doigts fins du brun. Malgré sa réticence, il laisse Itachi ouvrir la fermeture éclaire de son manteau sans manche et glisser sa main sous le tee-shirt en résille qui lui collait au corps.
« Détend-toi un peu ! Je t'ai bien laissé masser mon épaule tout à l'heure, se moqua le brun en rigolant doucement.
- Ouai, mais moi j'ai presque finit de remplir ma paperasse, bafouilla Kakashi, mal à l'aise. Toi tu viens de commencer. J'ai aucune excuse !
-Tu rougies, Kakashi-san, souffla Itachi en souriant. »
Le brun poussa le vice jusqu'à demander d'un regard à son ainé de retirer le tee-shirt de mailles fines qui l'empêchait de recouvrir toute la zone douloureuse de pommade. Maugréant dans sa barbe, Kakashi retira pourtant le vêtement, offrant son torse glabre au regard inquisiteur du brun qui ne se priva pas de le détailler outrageusement. Kakashi commençait à sentir ses entrailles s'agiter et la brûlure qui apparaissait au creux des ses reins ne fit que s'accentuer au fil du temps. Il devait rester calme, bien respiré, sans quoi il ne pourrait contenir la pulsion qui vivait cacher au fond de lui depuis la fameuse soirée dans les douches.
« Toutes ces cicatrices … »
Ses mains rendues rêches par les cals dus à l'entrainement n'étaient pourtant pas désagréable lorsqu'elles effleuraient insidieusement son ventre. Les doigts déviaient parfois de leur objectif, suivant une marque de brûlure où le contour boursoufflé d'une vieille entaille de katana. Kakashi soupira au contact brûlant de la peau du brun sur la sienne et de l'apaisement du baume sur ses côtes cassées. Si le brun continuait ainsi, il ne pourrait pas se retenir longtemps.
Son souffle rendu erratique par les soins d'Itachi, Kakashi peinait à respirer et son esprit se voilait à mesure que le massage devenait caresse. Au bout de quelques minutes, la brûlure dans son ventre devint insoutenable et il finit par interrompre le brun en posant simplement ses mains sur les siennes.
Sans un mot, Itachi colla son corps au sien, dénouant délicatement la ceinture qui maintenait son kimono fermé. Kakashi sentit le tissu glissé le long du corps gracile du brun qui se retrouvait complètement nu contre lui. Il n'essaya même pas de cacher son visage derrière ses cheveux, ni de masquer son corps de ses bras. Il s'offrait à lui, il lui offrait la pureté de son âme. Peut être même l'amour désintéressé derrière un sourire sincère …
Kakashi en avait tellement rêver ! Maitenant, il avait envie d'y croire. Cependant, il n'osait pas bouger. Il laissait Itachi s'approcher de son visage et plonger ses pupilles carmines dans les siennes. L'excitation avait déclenché son Sharingan, en même temps que ceux du brun s'étaient activés.
Ses mains fines courraient le long de son torse, remontant chacune des côtes sous la pulpe de ses doigts. Elles atteignirent sa gorge, qu'elles caressèrent, appréciant la vigueur du sang qui coulait dans ses carotides en appuyant doucement.
Itachi contemplait la vie à travers la chair d'un homme. C'était la première fois qu'il pressait ses pouces contre une artère pour sentir simplement la pulsation rythmée d'un cœur qui bat pour lui, au lieu de constater que la mort envahissait un corps qu'il avait lui-même déchiré.
Il se sentait vivant, comme jamais ! Il était à l'origine du pouls qui battait sous ses doigts. C'était lui qui le faisait s'emballer au gré de ses caresses. Ses mains n'étaient donc pas condamner à blesser, à détruire et à tuer. Elles pouvaient aussi donner du plaisir et offrir ce qu'il avait au fond de son cœur.
Le sentiment nouveau qui gonflait ses poumons d'oxygène et qui brûlait ses entraines lui donnait envie d'enlacer ce corps chaud contre le sien pour s'assurer qu'il lui était possible de donner un peu et non de prendre toujours. L'émotion le submergeait comment rarement, lui serrant la gorge et mouillant ses pupilles de larmes de joie.
Itachi parvint enfin à poser ses paumes sur les joues rougies de son ainé pour faire glisser doucement le masque qui le séparait de ce visage qu'il désirait voir sourire pleinement. Et auquel il pourrait répondre d'un sourire sincère et franc qui libérerait son cœur de toutes ses tensions qui le meurtrissaient jour après jour.
Kakashi ne protesta pas et laissa le tissu glissé le long de son menton. Il n'avait pas envie de se préoccuper de son visage, plus envie de se cacher. Devant Itachi, il voulait être entier, être lui-même sans artifices et sans leurres. Les cicatrices boursoufflées qui coupaient ses lèvres, ils les oubliaient au profit des doigts fins qui les caressaient tendrement.
Itachi le regardait avec une sérénité qui traduisait sa propre paix intérieure et qui l'incitait à s'abandonner à la sensation rassurante de tenir un corps palpitant au creux de ses bras. C'était nouveau pour eux deux, aussi intense que bouleversant, et pourtant pour rien au monde ils n'auraient voulu que ce moment cesse.
Kakashi ne pouvait quitter les prunelles du brun des yeux, envouté par toutes les émotions qui se succédaient dans son regard. La peur, l'appréhension, l'envie, le désir, la joie, le bonheur, la reconnaissance, la paix. Il ne pouvait que sourire d'ébahissement, ému par ses sensations qu'il lui offrait de partager d'un simple regard.
Toutes ces pensées qu'il avait lui-même perçues alors qu'il regardait le brun, dans la pénombre d'un pan de mur, derrière une porte close. Mais bien loin de cette scène surréaliste où il l'observait, avide d'un corps qui ne serait jamais sien, voyeur dissimulé par la buée qui flottait dans l'air, Kakashi pouvait à loisir toucher ce corps qui se blottissait à présent contre son torse.
Ses mains, avides d'explorer cette chair offerte à la pulpe de ses doigts, voyagèrent le long du dos, découvrant avec ravissement la courbure de ses reins où il glissa un bras protecteur. Kakashi s'égara ensuite à remonter ses cuisses fuselées, palpant les muscles fermes de ses fesses qui frémissaient d'un doux frisson. La sensation de cette peau contre la sienne qui répondait à ses caresses était grisante.
Itachi se cambrait contre lui, collant chaque parcelle vierge de tendresse au corps encore vêtu de son ainé. Ses jambes s'enroulèrent doucement autour de sa taille, prenant appuie sur le bureau derrière eux pour grimper dans ses bras. Il se maintenait à sa nuque, laissant ses doigts se perdre dans ses cheveux, ébouriffant ses mèches argent.
Kakashi se laissait étreindre par la moiteur de ce corps transit de désir qui l'enlaçait avec la force du désespoir. Il ne put qu'attraper ses hanches pour le serrer fermement contre lui. Il voulait l'aimer, le protéger, essayer au moins. Ensemble, l'un contre l'autre, ils oubliaient leur douleur, ils oubliaient leurs souffrances.
Alors que leur front collés permettaient à leur visage toujours unis par le regard de fusionner, ni l'un ni l'autre n'osa franchir la distance qui les séparaient. La peur de tomber dans un tourbillon qui les dépasserait, de se laisser emporter par une vague immense qui torturerait leur esprit plus qu'elle n'apaiserait leurs sens.
Mais au diable leurs peurs, il serait bientôt tant de les affronter ! Kakashi s'avança en même temps qu'Itachi, inclinant légèrement la tête. Leurs lèvres ne firent d'abord que s'effleurer, s'apprivoisant d'un contact léger et aérien. Puis la chaleur de cette étreinte et l'envie de découvrir l'autre en profondeur vainquis la crainte de tomber dans un gouffre sans fond. Itachi entrouvrit la bouche et Kakashi laissa sa langue s'y insinuer, trouver sa compagne pour la séduire dans une danse lascive.
Itachi échappa un gémissement et ne put qu'ouvrir la bouche davantage, offrant à Kakashi le loisir de s'y engouffrer avec délice et gouter au parfum de ses lèvres. Il n'avait jamais ressenti une sensation plus plaisante et la douleur qui réveillait ses cuisses humides lui en promit d'autres, plus belles, plus puissantes, plus intenses, plus merveilleuses encore.
Kakashi lui offrait ce qu'il n'avait jamais connu et au rythme de ses coups de reins, il souhaita au plus profond de son cœur, que jamais, jamais cette douce torture ne cesserait. Il voulait rester contre ce torse massif, enserrer dans ses bras forts, blotti au creux de sa nuque alors que Kakashi fouillait ses entrailles du plus profond de son âme.
Ce n'était pas qu'un corps à corps brûlant, que des chairs qui claquaient, que des torses couverts de sueurs qui glissaient l'un contre l'autre, que des doigts qui emprisonnaient une paume, que des gémissements rauques et des halètements erratiques, que des dents qui se plantaient dans un gorge offerte, que des vas et vient profonds et rudes les expédiant dans les étoiles.
Non c'était bien plus que ça, tellement plus. Il n'y avait pas de mots pour décrire combien ils se sentaient vivants. Le décrire l'aurait dénaturer, l'expliquer aurait dissipé la magie, le comprendre était impossible, mais ensemble, l'un dans l'autre, ils fusionnaient, apprenant pour la première fois ce que c'était qu'aimer …
Il faisait nuit depuis quelques heures déjà. Mais il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il revoyait cette scène inlassablement, encore et encore. Elle revenait en lui, en images et en sons, plus vibrante et intense qu'une puissante agonie.
Dans le silence relatif de l'hôpital en pleine nuit, meublé par les pas des infirmières dans la salle de gardes, les gémissements des patients, le couinement de la roue d'un brancard ou le grésillement d'un néon, Kakashi ne pouvait fermer les yeux sans se repasser le film de cette soirée où tout avait commencé. Le début de la fin en soit.
Alors il ouvrait les yeux, cherchant dans le plafond une inspiration quelconque au sommeil. A mesure que le temps passait et qu'il se familiarisait avec les sons répétitifs du monitoring à côté de lui, il perçut ce qui avait ramené le souvenir à sa mémoire.
L'odeur. Pas celle de désinfectant et de javelle, bien qu'il en soit accoutumé. Non, plutôt ce parfum âcre et capiteux qui flottait dans l'air, l'odeur du sang frais, cette fragrance écœurante présage d'une hécatombe. Il y avait du avoir des morts cette nuit, beaucoup de morts.
Kakashi essayait d'imaginer le parfum envoutant de la fleur d'oranger qui imbibait sa chair veloutée une soirée claire, comme celle qui ne voulait pas revoir. Il cherchait à retrouver la douceur du souvenir de leur première nuit, combattant sans cesse les images de celle qu'il ne voulait surtout pas revoir.
La nuit qui les avait unis contre celle qui les avait détruits. Qui l'avait détruit lui. Mais il ne parvint pas à oublier cette exhalaison insupportable de chair morte et d'hémoglobine. Il voyait sans même savoir, les corps formant des charniers et le sang coulant en de nombreuses rivières carmines qui infiltraient la terre brune.
L'odeur du massacre, l'odeur de la haine en acte et avec elle le bruit des os qui craquent, le chuintement des armes blanches qui transpercent des organes, le glouglou des tripes dégueulant d'un abdomen béant, le crépitement des brasiers détruisant tout.
Non ! NON ! Il ne voulait pas revoir cette nuit, il n'en n'aurait pas la force. Pourtant ses paupières étaient lourdes. La journée avait été longue, il était épuisé. Lutter ne servirait à rien, le sommeil l'emporterait et il serait bientôt engloutis par la morbidité macabre de ses souvenirs …
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La suite dans deux semaines !
