Chapitre 4 :

— Diego, tu ne devrais pas être debout.

— Je vais bien, Père, je vous assure.

— Diego. Dit-il autoritaire faisant sourire son fils bien malgré lui.

— Père, je ne suis plus un enfant de dix ans. Rétorque Diego. Vous vous inquiétez trop.

— Un coup sur la tête ce n'est pas rien.

— Ca… Je m'en suis rendu compte. Maintenant si vous permettez, Père, j'aimerai joindre le salon.

Don Alejandro fit la place à son fils pour le laisser passer et l'observa. Rien ne transparaissait dans sa démarche. Une fois au salon, Diego prit place près de la cheminée et récupéra un livre sur l'étagère proche pour s'occuper, observant son père du coin de l'œil. Il le remarqua soupirer avant de sortir du salon. Peu après Bernardo arriva au salon et s'approcha de lui, apportant de l'eau et de quoi manger.

— Gracias, Bernardo. Dit-il lui faisant signe de s'asseoir à ses côtés.

Sitôt assis, Bernardo l'interroge sur sa blessure.

— Mon ami, mes souvenirs sont flous et désordonnés. Moins qu'hier soir je l'admets. Je me rappelle de poussière, d'une lettre scellée, d'une épée très élégante et légère.

Au mot « lettre » Bernardo commença à s'agiter.

— Et bien quoi, Bernardo ?

Bernardo s'embrouilla dans ses signes et décida d'agir autrement. Il sortit alors la lettre de sa chemise et la lui passa.

Diego se redressa un peu, surpris.

— C'est la lettre ! Où l'as-tu trouvée ?

Calmement Bernardo lui fit comprendre qu'elle s'était retrouvée dans une des poches de la selle de son cheval qu'il avait rangée après le passage du médecin. A priori le palefrenier ne s'était pas autorisé à agir ainsi et Bernardo avait jugé bon de la récupérer avant le passage de Don Alejandro.

— Tu as bien fait, Bernardo. … Il y a quelque chose qui m'ennuie cependant. Lorsque j'ai trouvé cette lettre, elle était scellée. Et quand je suis revenu à moi le sceau avait été brisé. Alors est-ce mon agresseur qui a lu cette lettre ? Je l'ignore tout comme je ne connais toujours pas le contenu de celle-ci… Oui je sais, Bernardo, maintenant rien ne m'empêche de la lire. Dit-il en rigolant, mais il s'arrête rapidement en s'attrapant la tête.

Inquiet, Bernardo posa la main sur son épaule.

— Ca va aller, Bernardo. Dit-il en fermant les yeux. Une fois que j'aurai mangé un petit peu j'irai dans ma chambre. Je serais mieux que sur le sofa de la bibliothèque, et nous serons plus tranquilles pour découvrir le contenu de cette lettre.

Une fois que son malaise fut passé, Diego bu un peu d'eau et se restaura, puis Bernardo le suivit jusqu'à sa chambre, l'aidant à rester stable.

Dans le patio, Don Alejandro les regarda passer sans mots dire.

Installé confortablement dans son lit, Diego entreprit la lecture de la lettre.

« Ma chère Salena, si tu lis ces quelques lignes, c'est malheureusement que je ne suis plus. Maître Fernando détient ce même courrier ainsi que mon testament. Il y a quelques temps, j'ai remis à mon meilleur ennemi de jeunesse les actes de propriétés de nos terrains. Je sais qu'ils sont en sécurité avec lui. Tu es notre unique héritière et la propriétaire légitime de nos terres désormais. Je sais que ce n'est pas ça qui nous ramènera à la vie, ta mère ou moi, mais ainsi tu n'auras rien à craindre des rapaces qui ont vues sur nos terres et notre hacienda.

Si tu as besoin d'aide, de conseils, n'hésite pas à demander à Don Alejandro De la Vega. Il est sage et de très bon conseil. Il a une influence notable, quoiqu'il en dise, auprès du gouverneur. En outre, je l'ai désigné comme ton tuteur jusqu'à ton mariage. Quant à son fils, Don Diego, j'ai ouïe dire qu'il connaissait le vice-roi, Don Esteban.

Va en paix mon enfant et que Dieu te garde.

Ton père qui t'aime.

Mendoza De Castillos. »

— Il est clair que maintenant le premier lecteur en connait plus sur les titres de propriétés. Espérons que cette personne ne fasse pas mauvais usage de cette information. Toutefois qui donc est ce 'meilleur ennemi de jeunesse' de Don Mendoza ? ... Bernardo, cette information ne doit pas tomber dans les griffes du magistrado. Pourrais-tu aller à Los Angeles et passer le bonjour à Maître Fernando ? Merci, Bernardo. Lui dit Diego tandis que ce dernier accepta sa mission en imitant le garde à vous.

Au pueblo, Bernardo se fait discret et s'approche de l'office de Maître Fernando. Il s'arrête subitement et se cache derrière un poteau tandis que le magistrado sort de l'office, furieux, Maître Fernando sur ses pas mais restant sur le pas de sa porte.

— Señor Galindo, tant que rien ne prouve la disparition de la Señorita Salena De Castillos, ces terrains ne peuvent vous être cédés. De plus le señor De Castillos a pris ses précautions si la señorita avait disparue elle aussi. Vous ne pouvez ignorer la loi. Expliqua Maître Fernando calmement.

— Je le sais bien Maître Fernando, tout comme je sais qu'il y a prescription dans certains cas. Vous devriez faire attention à ne pas tourner dans l'illégalité. Vous n'avez pas ces actes de propriétés ! Qui me dit que vous ne les avez pas cédés. Rétorqua le magistrado âpre.

— Señor Galindo, veillez à ne pas outrepasser vos droits et vos propos.

— Je n'ai que faire de vos menaces. Ragea le magistrado avant de s'éloigner sous les regards des curieux qui s'étaient arrêtés.

Bernardo le suivit du regard puis se rapprocha de Maître Fernando.

— Buenos días, Bernardo. Dit Maître Fernando l'apercevant et lui faisant signe de le suivre à l'intérieur.

Surpris, Bernardo le suivit néanmoins.

— Je m'attendais plutôt à voir arriver un des señores De la Vega. Dit-il pour lui-même.

Puis il tendit un courrier à Bernardo et joignant le geste à la parole lui expliqua que ce courrier était destiné à Don Alejandro et qu'il ne fallait surtout pas la perdre.

Pas plus surpris de l'emploi du langage des signes par Maître Fernando, Bernardo le fut néanmoins par sa nouvelle mission et par le fait que maître Fernando attendait la venue d'un De la Vega. Il lui fit ensuite comprendre qu'il avait compris sa mission et le salua avant de repartir non sans avoir rangé la lettre avec précaution. Une fois dehors, il vérifia que personne de suspect n'était dans les environs et retourna auprès de sa monture.

De la fenêtre de sa chambre de l'auberge, le señor Cortès le remarqua juste sortir de l'office mais ne s'en préoccupa pas plus. Puis il retourna finir son bagage et s'apprêta à sortir lorsque l'on frappa à la porte.

— Qui va là ? Demande-t-il.

— Señor Galindo souhaiterai s'entretenir avec vous. Lui répondit le tavernier.

— Merci, qu'il entre.

Le tavernier ouvrit la porte au señor Galindo qui s'empressa de fermer une fois à l'intérieur de la chambre, manquant d'assommer le tavernier resté dans le couloir. Ce dernier regarda la porte incrédule.

— Et bien, le Magistrado est de bien mauvaise humeur. Soupira-t-il avant de redescendre dans la grande salle.

A l'intérieur de la chambre, Señor Cortès reposa son bagage sur le lit et remarqua l'état d'agitation de son ami.

— Et bien, Señor, vous semblez piqué. Y a-t-il un moyen de vous aider ?

— Cette stupide loi m'empêche d'accéder à la propriété. Selon Maître Fernando, Señor De Castillos a pris ses dispositions en cas où son héritière disparaitrait elle aussi.

— De quelles dispositions est-il question ?

— Je l'ignore… Il faut que je modifie mon plan… J'ai besoin de l'héritière, vivante. Ramenez la moi et Maître Fernando ne pourra qu'obtempérer lui aussi.

— Maître Fernando ? Demanda Señor Cortès.

— Oui le notaire dont le bureau doit faire face à votre chambre.

— Oh.

— Qu'y a-t-il ? Demanda le magistrado devant son étonnement.

— Et bien le serviteur sourd-muet du Señor De la Vega vient de sortir de son office, si je ne me trompe pas de porte.

— De quoi ? Et vous ne l'avez pas arrêté ? Mais que faites vous encore là ?

— Il me semble, Señor, qu'allait quérir votre… garde… était prioritaire.

— Vous avez raison. Soupira le magistrado Je réglerai ce détail autrement. Hâtez-vous maintenant.

—J'ai déjà perdu mon temps hier en cherchant des renseignements sur ce vagabond dont personne ne sait qu'il existe.

— Je réglerai cette histoire autrement. Venez maintenant.

— Si, Señor. Répond l'homme en récupérant son bagage.

Puis tous deux sortirent de la chambre. Alors que le tavernier allait les arrêter pour demander son dû, le magistrado le devança et lui tendit une bourse bien garnie.

— Gracias, Señor Galindo. Sourit le tavernier attrapant la bourse.