Chapitre I :

Il passa ses mains sous l'eau fraîche, les joignît, et attendît quelques secondes que l'eau s'accumule dans le creux de ses paumes. Puis, lentement, le blondinet se courba, et mouilla son visage, avant de répéter sa démarche quatre ou cinq fois de suite. Enfin, il soupira. Dans quoi s'était-il encore fourré? Pourquoi avait-il fallu que ce mystérieux « RM » se révèle être la personne à la source de son plongeon dans le gouffre de la solitude ? Parce qu'après tout, même si c'était peut-être aussi sa faute, d'avoir voulu agir seul, de façon à protéger son colocataire, Sherlock n'était pas le principal accusé. John serra la mâchoire, et ferma les poings, prenant deux longues minutes pour se ressaisir.

Il rouvrît les yeux, les gouttes d'eau ruisselant le long de son front, son nez, ses joues, jusqu'à se rassembler à son menton, et s'écraser dans le lavabo en céramique grisée par les nettoyages négligés. « Allez... » le vétéran tenta de se motiver, abattu par ce qui l'attendait dans la salle du restaurant. Il voulu faire un trait d'humour, pour se donner un peu de courage « Sinon il va croire que je vais m'enfuir », et se retrouva de nouveau penché au dessus de la cuvette juste derrière lui, à genoux, il n'aurait pas dû manger toutes ces chips en attendant cette satanée tulipe. « Justement j'ai envie de m'enfuir » pleurnicha John dans ses esprits, de nouvelles chips au wiskey remontant le long de sa gorge. Tiens, la rondelle de citron, au moins c'était coloré.

Le blondinet se releva, passa ses mains tremblantes sur ses genoux pour nettoyer un peu la poussière du sol et retourna au lavabo, où il prît soin de se nettoyer le visage. Il était pâle, ses jambes se dérobaient sous lui, et il avait de nouveau envie de vomir à l'idée de retourner à sa table. John saisît l'arrête de son nez, la pinça faiblement, ferma les yeux, respira plus longuement, et parvînt presque à retrouver sa contenance. Il se tînt droit, s'observa dans le miroir, ajusta sa veste, et inspira de nouveau longuement. « Allez John » tenta une nouvelle fois ce dernier, et s'il avait pût, il se serait donné une claque pour se remettre les idées en place. « Tu le hais, mais il peut t'aider, qui sait... Après tout il n'est pas si mort que tu le pensais... ». Parler à lui-même le soulageait, il se disait ce dont il avait besoin d'entendre, et c'était une chose positive. Il acquiesça à son propre mot, puis essuya son visage de la serviette de toilette pendue à sa gauche, et sortît.

En chemin pour sa table, qui n'était pourtant pas loin de la pièce de ces messieurs, le corps de John exprima une nouvelle fois cette faiblesse dans les muscles due à la nervosité. En fait, même s'il avait fortement voulu rencontrer son correspondant, maintenant tout ce dont il désirait était de rentrer chez lui, et s'il ne le faisait pas c'était tout bonnement parce que sa bonne éducation le-lui interdisait, quelle idée d'avoir fait l'armée... Il frissonna, et fût, avec ironie, bien heureux de s'asseoir enfin. Pourtant, lorsqu'il releva le nez, et que son regard se heurta à l'image d'un Jim Moriarty tiré à quatre épingles, pour ne pas changer, et souriant presque de façon hypocrite, il se sentît flancher de nouveau, mais cette fois-ci il devait se ressaisir, et ne pas se laisser abattre.

« Alors, tout va bien ? questionna le brun, ses doigts croisés sous son menton alors qu'il détaillait le blondinet.

– Oui, merci. John était amer, cela pouvait se comprendre, il détourna le regard, et se servît un verre d'eau qu'il bût rapidement pour changer le goût dans sa bouche.

– Pourquoi penses-tu que j'ai accepté de venir ? »

Bon sang, c'était vrai, pourquoi ? Après tout Jim aurait très bien pu refuser une nouvelle fois, et prétendre qu'il était trop occupé par son travail ces jours-ci, ou encore poser un lapin au blondinet, ou même ne tout simplement pas lui répondre et l'ignorer quelques temps, John aurait fini par comprendre après tout... Mais non, il avait choisi de venir, pour une raison pour l'instant inexpliquée. Le vétéran commença à réfléchir à la question, et prit quelques secondes avant d'émettre une première hypothèse.

« Certainement pas pour le plaisir me rencontrer, attesta John.

– Eh bien, 'PAN' ! Jim mima un tir de balle, avec un plaisir non camouflé qui donna des frissons d'angoisse au blondinet, c'est là que tu te trompes, Johnny.

– Oh vraiment ? Il haussa un sourcil, visiblement surprit par cela.

– Eh bien vois-tu, John, je me suis longuement posé la question, et au final je trouve un certain intérêt à te rencontrer ce soir, même si toi n'a visiblement qu'envie de régurgiter ton apéritif ».

John se sentît mal à l'aise, non pas parce que Jim savait pour ses besoins physiques mais parce qu'il n'était pas venu pour l'humilier, ni le mettre en garde d'un danger quelconque qui n'allait pas tarder à lui tomber dessus, c'était définitivement étrange, et pas au goût du blondinet. Il se posa de plus en plus de questions, Jim ricana.

« Eh bien, calmes-toi ! » puis le criminel se pencha en avant, empruntant une tonalité de voix plus chaude, plus douce, et plus suggestive avant d'ajouter « Tu es sur le point d'exploser », il s'en lécha les lèvres.

John frémît, un sentiment d'adrénaline remplaçant bientôt sa crainte, il jouerait avec le feu, ce soir, du moins c'était ce qu'il pensait sans en être pleinement convaincu, ne parvenant toujours pas à comprendre ce qui avait poussé son correspondant à accepter de venir ce soir, pour une fois, et de révéler son identité réelle.

« Commandons.

– Tiens, un nouveau changement d'état John ? Tellement influençable... soupira le brun, enlaçant de ses doigts longs et fins son verre élancé dans lequel le Coca-Cola Light avait été versé quelques minutes plus tôt. Il le porta à ses lèvres, si minces, si pâles, si lentes. Pour moi ce sera une soupe, aux truffes.

– Monsieur a des goûts de luxe...

– Je payerais, si c'est ce qui te gêne, John.

– Hm, merci » Perdu dans ses réflexions quant à son dîner, John resta un peu distant pour quelques minutes.

Toujours, il était étrange et improbable dans ses esprits que Moriarty soit venu ici pour son propre plaisir personnel, et puis, il devait certainement y trouver son intérêt malveillant, puisque selon John, Jim ne pouvait être qu'ennuis et dangers.

« Tu me hais n'est-ce pas ? Tu me dénigres, tu me méprises, tu me craches, tu me vomis, tu m'exècres ! Il se releva, car il était penché contre son interlocuteur, et s'installa un peu plus dignement dans sa chaise, empruntant un regard plus serein avant de poursuivre. Non ?

– J'ai mes raisons »

John venait de le faire sourire une nouvelle fois, mais bon sang pourquoi cela pouvait-il le rendre si heureux de savoir qu'il avait réussi à mener l'ancien médecin en bateau tant de temps ? Qu'est-ce que cela pouvait bien lui avoir apporté, à part la satisfaction de s'être moqué une fois de plus d'un homme en douleur ? Ces pensées redonnèrent la nausée au blondinet. En fait, c'était plutôt Jim qui jouait avec le feu, car la boule au ventre de John se qualifia bientôt plus précisément par la haine, et la hargne, le besoin de vengeance, de se soulager d'un poids, de pouvoir éclater, de sentir ses poings tâchés du sang de Moriarty. Et dire qu'il avait attendu de rencontrer RM avec tant d'angoisse de décevoir... Il s'écœurait lui-même.

« Je prendrais simplement une salade aux grattons.

– Très bien, je suppose que le serveur ne devrait pas tarder à passer...

– Théoriquement...

– Tu es venu en taxi ? »

John releva le nez, fronçant les sourcils, en quoi cela pouvait être important ?

« Oui, pourquoi ?

– Je pourrais te ramener, c'est plus sûr »

La pensée fut amusante, rentrer en compagnie d'un Moriarty serait plus sécurisée que de arpenter les rues de Londres seul ?

« Merci, ça ira.

– Je sais déjà où tu habites, John, ne te fais pas de soucis là-dessus, j'ai même un double ».

Le blondinet soupira quelque peu, puis abdiqua d'un haussement des épaules significatif.

« Très bien alors, merci » il crût mourir en lâchant son dernier mot, remercier cet homme... quel comble pour un dommage collatéral.