Hermione s'habitua assez vite à son rôle de professeur.

Bien sûr elle avait plus de responsabilités et du coup moins le temps de voir ses amis, mais elle essayait toujours de prendre du temps pour eux. En fait elle essayait de leur réserver ses week end quand elle n'avait pas pris de retard dans la correction de ses copies.

Elle passait ses journées à faire classe à des élèves qui imprimaient plus ou moins bien ce qu'elle racontait et elle était souvent en retenue le soir avec Emilie Prince qui n'en faisait décidément qu'à sa tête, passant ses journées à dormir.

Elle gardait toujours du temps pour les matchs de Quidditch, c'était le seul moment où elle avait catégoriquement refusé de se joindre aux professeurs. Elle était dans les gradins, supportant ses amis qui jouaient excellemment bien cette saison. Elle les acclamait avec les autres élèves de sa maison, avec tous les supporters des Gryffondor, avec ses amis qu'elle n'avait plus le temps de voir.

Le week end, ils se retrouvaient dans le parc ou bien dans son salon, souvent elle leur donnait un coup de main pour leurs devoirs. Bien sûr ils ne pouvaient plus se contenter de recopier ses devoirs et elle ne pouvait plus les faire pour eux, mais elle se rendait toujours disponible quand ils avaient une question à laquelle ils étaient incapables de répondre seuls.

Au début il n'y avait que ses amis proches, quasiment sa famille, qui venaient la voir, puis ça avait été autour de Neville puis Luna et d'autres élèves. Ils considéraient son statut d'enseignante très sérieusement et, connaissant le brillant esprit de la sorcière, beaucoup d'élèves préféraient se confier à elle plutôt qu'à leurs professeurs.

Elle avait pratiquement leur âge et ne se contentait pas de leur dire de chercher par eux-mêmes, elle prenait le temps de les conseiller, d'essayer de trouver par eux-mêmes certes, mais en leur donnant des pistes quand elle les trouvait vraiment trop bloqués. Les autres professeurs étaient ravis de la pédagogie de leur jeune collègue et constatèrent que leurs élèves apprenaient mieux grâce à elle. Même Rogue ne pouvait que constater que certains de ses élèves faisaient nettement moins d'erreurs dans la préparation de leurs potions ou dans leurs devoirs à rendre.

La sorcière était quant à elle occupée par une toute autre tâche. Elle passait une grande partie de son temps libre à la bibliothèque, à présent qu'elle était professeur, elle avait accès aux livres de la réserve et ne se privait pas d'aller les consulter très régulièrement. Elle avait en tête une recherche très particulière, trouver un remède au sortilège d'amnésie.

Ses parents lui manquaient atrocement et elle ne voulait pas passer le reste de sa vie sans eux à ses côtés. Ils lui avaient tout appris et l'avaient éduqué correctement malgré son intelligence et les questions qu'elle posait tout le temps.

Ils avaient très bien prit la lettre de Dumbledore qui lui avait appris qu'elle était une sorcière. Ils n'avaient pas paniqué non plus quand le professeur McGonagall était venue la chercher chez elle. Elle avait pris le temps de répondre à leurs inquiétudes et comprit que ses parents souhaitaient malgré tout aider de leur mieux leur petite fille.

Ils l'avaient accompagné sur le chemin de traverse et avaient compris qu'elle ne pouvait pas rester avec eux, qu'elle devait se rendre à Poudlard. Ses parents avaient été là à chaque instant important de sa vie et ils avaient compris quand elle leur avait expliqué qu'elle devait leur lancer le sortilège d'amnésie.

Ils lui avaient demandé si elle était en sécurité et malgré la réponse qu'elle leur avait fournie, disant qu'elle ne serait jamais en sécurité tant que Voldemort serait à sa recherche, ils n'avaient toujours pas paniqué. Elle avait conscience d'être un moyen de pression contre le Survivant et ses parents avaient compris qu'ils étaient un moyen de pression sur elle.

Ils avaient eu peur au départ, mais elle leur avait posément expliqué que si elle ne les mettait pas en sécurité en leur ôtant tout souvenir de son existence, le mage noir viendrait pour eux, et grâce à eux il pourrait atteindre leur fille.

Ils lui avaient dit qu'ils l'aimaient infiniment et en retour elle leur avait promis de les guérir de leur amnésie. Elle avait lancé le sort qui avait changé leur identité et les avait convaincus de partir s'installer en Australie avant de partir au Terrier.

Elle ne les avait plus jamais revus. Il n'existait aucun moyen de guérir un esprit frappé de l'oubliette, son professeur de défense contre les forces du mal de deuxième année, Gilderoy Lockhart en avait fait les frais et était aujourd'hui pris en charge à l'hôpital de Sainte Mangouste.

Cependant Hermione était une sorcière têtue et refusait qu'on lui dise qu'il n'y avait aucun espoir. Par le passé on avait trouvé des remèdes à des sorts, des potions ou des états alors que c'était "sans espoir", il fallait seulement de longues années de recherche, de la patience et de la persévérance et Hermione n'en manquait pas.

Elle n'était pas non plus étriquée par ses recherches dans le monde de la magie, bien que les sorciers fussent très avancés dans de nombreux domaines, elle cherchait également parmi les thèses des scientifiques moldus.

Elle avait donc entrepris de déplacer une partie de sa bibliothèque dans son salon pour installer un laboratoire dans l'autre pièce. Elle en avait interdit l'accès à toute autre personne qu'elle-même, et avait même réussi à agrandir la pièce. Ses recherches étant très prenantes, elle n'avait plus de place dans sa chambre, son salon ou son laboratoire pour entreposer les livres qu'elle achetait.

Elle profitait souvent des sorties à Pré-au-Lard pour farfouiller dans les boutiques d'antiquité, les vieilles librairies ou les boutiques d'apothicaire pour trouver des livres ou des ingrédients pour ses expériences. Elle espérait qu'en combinant une potion à un sortilège et une thérapie moldue, elle allait réussir à rendre la mémoire à ses parents.

Elle était si absorbée par ses recherches qu'elle aménageait son temps pour les poursuivre, empiétant pour cela sur son temps de sommeil.

En quelques semaines, elle avait perdu du poids, avait le teint blafard et de gros cernes sous les yeux. Un après-midi alors qu'elle travaillait avec Ginny dans le parc, elle tomba littéralement de fatigue sur ses parchemins.

La rousse qui avait remarqué l'état dans lequel se mettait sa sœur de cœur savait qu'elle était épuisée et ne paniqua pas de la voir sombrer d'un coup. Au contraire, elle prit le temps de ranger ses affaires et celles d'Hermione avant de la faire léviter jusqu'à l'infirmerie.

En la voyant arriver, Mrs Pomfresh commença à s'activer, demandant au passage à Ginny ce qui l'avait poussé à cet état d'extrême fatigue. Elle se calma cependant bien vite quand cette dernière lui expliqua ce qui était arrivé. Elle confirma la première impression de l'élève consistant à la laisser dormir jusqu'à ce qu'elle se remette, permettant à la Weasley de s'installer à un bureau pour continuer à travailler en attendant le réveil de la sorcière.

Celui-ci se produisit après manger, Ginny était revenue de la grande salle et s'employait toujours à rédiger un essai sur les propriétés du polynectar quand Hermione ouvrit les yeux et tomba sur une tête rousse qui la regardait en souriant.

— Gin? demanda-t-elle. Où est-ce qu'on est?

— A l'infirmerie. Tu t'es endormie sur tes copies en début d'après-midi. Je les ai déposés dans ta chambre en allant manger.

— Ah… Merci. Il est quelle heure? demanda-t-elle soudain.

— Vingt-deux heures. Tu as dormi toute l'après-midi.

— Quoi! Mais j'ai encore plein de choses à faire!

— Non. Tu dois d'abord manger.

— Gin tu ne comprends pas je…

— Alors maintenant tu vas m'écouter Hermione. dit sèchement la rousse. Je sais pourquoi tu fais tout ça, je ne suis pas idiote, mais tu ne réussiras pas à ramener tes parents si tu ne prends pas soin de toi. Mione tu t'es regardée dans une glace dernièrement?

— Je… non.

— Est-ce que tu peux au moins me dire quel jour on est?

— Je sais pas, début novembre, je viens de me réveiller c'est normal.

— Hermione, on est le premier décembre!

— Quoi!

— Si ça ce n'est pas la preuve que tu te surmène trop! dit Ginny triomphante.

— Oh mais pas du tout! J'ai oublié la date et alors? Ça arrive à tout le monde!

— Bien sûr, tout le monde se plante d'un mois dans la date!

— Gin c'est pas la mort! J'ai plein de choses à faire, il faut que je sorte.

— Même pas en rêve! Hermione est-ce que tu te rends compte que tu t'es littéralement endormie en corrigeant des copies?

— Ginny tu ne peux pas comprendre ça…

— Oh détrompe-toi Mione. Fais un peu de place! dit-elle en poussant la jeune femme pour s'installer avec elle sur le lit. Ecoute-moi jusqu'au bout s'il te plait. Je sais à quel point tu veux ramener tes parents, et tu es brillante alors je sais que tu vas y arriver, j'en suis vraiment persuadée, mais tu sais comme moi que les recherches prennent énormément de temps et ce n'est pas en te fatiguant comme ça que tu vas les ramener plus vite, tu me comprends?

Elle avait pris sa "sœur" dans ses bras et lui caressait gentiment les cheveux, essayant de calmer sa crise de larmes.

— Gin ils me manquent tellement…

— Je sais choup's, je sais. Mais ils vont revenir, j'en suis sûre.

— Tu… tu crois?

— Oui Mione, tu es la sorcière la plus brillante que je connaisse, probablement l'une des plus brillantes sorcières qui soit en vie, alors je suis persuadée que tu peux réussir.

Hermione posa sa tête sur l'épaule de son amie et resta ainsi un moment. Soudain elle releva la tête et la regarda.

— Mais au fait, s'il est vingt-deux heures, l'heure du couvre-feu est passée, tu vas avoir des ennuis!

— Non, ne t'en fait pas. J'ai eu l'autorisation spéciale du professeur McGonagall de veiller sur toi et de faire en sorte que tu te ménages!

— Donc tu… tu peux dormir avec moi cette nuit? demanda-t-elle d'une petite voix.

— Sauf si tu veux que je retourne dormir dans mon dortoir…

— Non! Ça fait longtemps Gin, ça serait vraiment super de ta part de rester avec moi pour la nuit.

— Alors je reste Mimi!

Hermione sourit en entendant le surnom que lui donnait sa presque sœur. Elle finit tout de même par sortir de son lit et se leva, donnant le bras à Ginny elles se dirigèrent vers les appartements de la brune. Elles s'installèrent dans sa chambre, se pelotonnant sous les couvertures.

— Hey mais j'ai faim! s'écria soudainement Hermione.

— Nan sans blague! Ben demande à un elfe de t'apporter un repas.

— Mais je vais pas faire ça!

— Mione t'as faim! Tu vas pas rester sans manger jusqu'à demain matin si?

— Non… Bon d'accord, d'accord.

Elle commanda à contrecœur un repas complet, la faim la tiraillant depuis sa sortie de l'infirmerie mais elle mangea de bon cœur son cheesecake au chocolat parsemé de fraises, offrant à Ginny une part qu'elle refusa.

— Bon raconte-moi. dit-elle en attrapant finalement l'une des fraises du gâteau.

— Te raconter quoi?

— Mione je te connais par cœur, je sens que tu n'es pas vraiment dans ton état normal.

— Mais Gin tu sais ce qui ne va pas!

— Pas à moi Mimi, tu as la tête pleine de joncheruines! Dis-moi ce qui te tracasse à ce point.

Elle s'arrêta en voyant Hermione la fixer bouche-bée.

— Quoi? Pourquoi tu me regardes comme ça?

— Des joncheruines? Je crois que tu passes beaucoup de temps avec Luna pour me dire ça.

Ce fut son tour de s'arrêter. Pour la première fois, elle vit sa meilleure amie ne pas réussir à la regarder dans les yeux et ne pas lui répondre.

— A ton tour Ginny! Dis-moi tout!

— Mais il n'y a rien à dire…

— A d'autres! Je veux savoir! répliqua-t-elle.

— C'est la vérité, il n'y a vraiment rien. Je passe juste du temps avec elle. dit la rousse un peu triste.

— Oh ma Gin! s'écria la brune. Je suis désolée, tellement désolée de ne pas avoir fait attention. Raconte-moi.

— Je ne sais pas comment dire ça. Je passais du temps avec elle avant la guerre et après on a continué à se voir, on parle beaucoup ensemble et on rigole aussi mais je me suis rendue compte que… Je me suis rendue compte que mes sentiments pour elles ont évolué. Je ne sais vraiment pas comment c'est arrivé, je ne savais même pas que j'avais des inclinaisons pour la gent féminine mais je suis tombée amoureuse d'elle. Je pense à elle tout le temps, je n'arrive pas à me sortir son image de la tête, et je ne veux surtout pas qu'elle me rejette si elle l'apprend.

— Gin… dit doucement son aînée. Tu penses vraiment qu'elle pourrait te rejeter si vraiment c'est ton amie?

— C'est différent, là ce n'est pas la question de seulement lui dire que j'aime une femme mais que je l'aime elle!

— Et tu n'as pas la moindre idée de ce qu'elle ressent pour toi?

Ginny secoua la tête négativement.

— Tu ne peux pas continuer à te faire du mal. Pourquoi tu ne lui dis pas pour être fixée?

— Je ne veux pas qu'elle me repousse. Je veux juste être près d'elle, même si ce n'est qu'en étant son amie. Je veux seulement la voir heureuse, même si ce n'est pas avec moi.

Hermione prit sa sœur dans ses bras pour tenter de la consoler tandis que celle-ci s'endormit de fatigue. Absorbée comme elle l'était avec ses obsessions, elle en avait négligé le bonheur de la jeune femme et n'avait pas vu à quel point elle allait mal.

Elle se promit de remédier à ce problème. Elle commencera par mettre de côté sa recherche pour ses parents, après tout Ginny avait raisons, les recherches ça prenait du temps.

Ensuite elle se promit d'observer un peu plus le comportement de Luna avec Ginny, même si elles devaient n'être que de bonnes amies, elle ne voulait pas que la Serdaigle joue avec le cœur de sa petite sœur et si elles devaient être plus, elle devra prendre soin de la rousse.

Sur ces promesses de jours meilleurs, elle s'endormit serrant toujours le corps de la jeune femme contre elle.