Chapitre IV

Délicatement, mon Jeune Maître pose ses lèvres chaudes sur les miennes. Je suis surpris. Seulement, pour l'heure, seuls comptent le frôlement de ses doigts qui retiennent ma mâchoire et la sensation addictive de sa bouche sur la mienne. Un geste simple et innocent. Il croit peut-être que je vais le repousser. Il en est hors de question, sans compter que je viens tout juste de lui demander son pardon. Je presse à mon tour mes lèvres contre les siennes, succombant à sa douceur. Je lève une main et la passe dans ses cheveux. Il se laisser aller à ce toucher et répond au baiser. Tout en douceur, à la fois tendre et chaste. Un instant plus tard, il recule. Il me détaille, les yeux graves, mon visage toujours entre ses mains. Je lui ai demandé ce que je pourrais faire pour me racheter. Il me donne sa réponse.

« Ne t'en-va plus jamais. Cette fois, ne me quitte pas. »

Je le regarde prononcer ces mots, une lueur de désespoir au fond des yeux. Il ne cherche pas à cacher ses émotions. Au lieu de ça, il me scrute ouvertement comme je ne l'ai que rarement vu faire. Il ne veut pas seulement que j'accepte, que je lui dise que je serai toujours à ses côtés. Il en a besoin. Cette pensée s'insinue en moi tandis que mes doigts jouent avec les mèches de ses cheveux. Je suis quelque peu las de vagabonder sans but, errant de maître en maître, bien que je n'aie passé que relativement peu de temps loin de lui. Je le veux. Je vais lui dire que je resterai à ses côtés, et je le ferai pour de bon.

« Yes, my Lord. »

A ces mots, son regard se radoucit. Incapable de résister à la tentation, je fais ce que j'ai désiré faire depuis plus d'un siècle. Je me redresse et m'empare de ses lèvres. Il cède sans aucune hésitation et ses gestes s'accordent naturellement aux miens. Il laisse glisser une des mains qui tenaient mon visage pour replier son bras autour de mon cou. J'enroule les miens autour de sa taille, au creux de son dos et, agenouillé devant lui, l'attire à moi. Il me laisse faire, avance jusqu'à ce que son corps effleure le mien.

Plus d'un siècle a passé, et je me délecte du sentiment que me procure sa proximité. Je réalise que les choses ont changé. Pas seulement par rapport à l'époque où je me suis mis à son service pour la première fois, mais aussi depuis le moment où je l'ai aperçu dans ce café. Peu importe ce qu'il arrivera à présent, je doute que notre relation reste celle de maître à serviteur, pas plus que de maître à démon. Les frontières qui nous séparaient lorsque je n'étais que son majordome ont volé en éclats à la seconde où il m'a embrassé. Quelques mois à peine après l'instauration de notre contrat, j'ai commencé à voir mon maître d'une façon qui devrait m'être défendue à moi, démon. Je ne restais guère plus que ça pour lui. Mais malgré tout, je me souciais de son bien être plus que je n'aurais dû, c'est pourquoi je suis parti. Je ne vois plus l'intérêt de refouler ces émotions à présent. Et même si j'en avais l'intention, il me serait difficile de nier que j'en suis venu à l'aimer. Il n'est que chaleur et tendresse entre mes bras. C'est un sentiment très différent de ce que je ressentais en le portant lorsqu'il était blessé. Je suis un démon. Le contrat établi exigeait que je dévore l'âme de Ciel Phantomhive lors de sa complétion. Je me refuse à le faire. Il semblerait que, pour une fois, j'aie menti. J'en suis heureux.

Ma langue caresse sa lèvre inférieure. Sa bouche s'entrouvre pour me laisser approfondir le baiser. Je me redresse légèrement tandis qu'il se colle plus près de moi. Malgré le fait que je sois agenouillé devant lui, nous conservons la même différence de taille que lorsque nous sommes debout. Curieuse interversion. Une de ses mains vient s'enfouir dans mes cheveux. Je sens ses doigts s'y entremêler cependant que son autre main s'accroche à ma chemise. Je souris tout contre sa bouche et mes propres mains se referment sur ses vêtements avec le besoin impérieux de l'attirer encore plus près. Mais tout cela va bien au-delà du désir charnel ; je ne veux plus le laisser filer entre mes doigts. Si la possibilité m'en était donnée, je voudrais me perdre dans le goût de sa bouche. Les sensations que procure le ballet de nos langues est une drogue qui me fait oublier les évènements de la nuit précédente.

Le baiser se termine et il recule juste assez pour que ses lèvres frôlent les miennes lorsqu'il chuchote mon nom. Il a le souffle court. Très lentement, sa main glisse de mes cheveux et il relâche sa prise sur ma chemise. Il recule de deux pas sans que ses yeux ne lâchent les miens. Il veut que je regarde ce qu'il fait. Il lève les mains et commence à déboutonner sa chemise. Ses doigts hésitent, mais lentement s'exécutent, faisant passer chaque bouton par sa bride. Ma respiration se bloque en découvrant la peau pâle que me dévoile sa chemise entrouverte. Même alors qu'il finit de défaire le dernier bouton et laisse retomber ses mains, son invitation reste évidente. Il rougit, mais son regard demeure vissé au mien. Je le sais, il attend une réaction de ma part.

Je retire le gant qui recouvre ma main droite pour aller caresser sa joue du bout des doigts. Je la laisse dériver le long de son cou et sur son torse, glissant sur sa peau diaphane jusqu'à la ligne de sa ceinture. Il est si beau. Et il est à moi. Mes doigts retrace leur chemin, dans le sens inverse cette fois. Néanmoins, au lieu de revenir à son visage, ma main effleure la manche de sa chemise jusqu'à sa main découverte. Je m'en empare et l'amène à mes lèvres pour y déposer un baiser. Puis, je la pose sur mon épaule et enroule un bras derrière son dos. L'autre vient se caler sous ses fesses et je le soulève en me relevant. Toujours sans le lâcher du regard, je lui avoue :
« Vous m'avez manqué, Jeune Maître.
– Je... »

Il détourne enfin les yeux et ses joues deviennent plus rouges encore.

« … tu m'as manqué toi aussi. »

Je souris à ces mots et entre dans la chambre avec lui dans mes bras. Je ne cherche pas à être romantique, à respecter les traditions, ni même une quelconque en scène. J'ai bien l'intention de profiter de son invitation. Mon lit est simplement l'endroit le plus propice. Je me rappelle alors le nombre incalculable de fois où je l'ai couché dans son propre manoir. Mais contrairement à autrefois, mes intentions sont aujourd'hui tout autres. Toute ressemblance s'arrête lorsque je l'allonge sur le matelas avant de me placer au-dessus de lui. Il lève les yeux vers moi sans ciller. Lentement, je me baisse et mes lèvres effleurent les siennes. J'observe les ombres projetées par mes cheveux qui chatouillent sa peau pâle, illuminée par les rayons du soleil parvenant à traverser mes rideaux. Je recouvre sa joue de baisers et finis par mordre doucement l'angle de sa mâchoire, puis remonte à son oreille.

« Jeune Maître... »

Je n'ai pas menti. Sa présence m'a réellement manqué. C'est peut-être insensé, mais j'ai aujourd'hui l'impression d'avoir gâché le temps que j'ai passé avec lui il y a plus d'une centaine d'années. Voilà ce que j'ai désiré faire avant de le quitter, avant de commettre cette erreur que je regrette encore. A partir de maintenant, je vais m'appliquer à mémoriser chaque centimètre carré de son corps adoré. Il gémit sous mes attentions, sous mes lèvres et ma langue qui parcourent sa peau. De son cou à son épaule, puis plus bas tout le long de son bras fin. Je prendrai tout mon temps pour le savourer.

Ses doigts portent toujours la bague de ses ancêtres, de même que sa chevalière. J'embrasse la paume de ses mains puis mordille le bout de ses doigts. De là, je chemine jusqu'à sa poitrine. Une de ses mains s'entortille à nouveau dans mes cheveux, les tire alors même que je presse ma bouche contre son ventre. J'entends les battements de son coeur. Jamais je n'aurais cru qu'une chose aussi simple puisse me rendre à ce point heureux.

Les sons qui quittent ses lèvres sont un plaisir par et en eux-mêmes. Il murmure mon nom comme je lèche et croque sa chair. Son souffle se coupe à chaque fois qu'un point sensible est découvert. Mes doigts explorent chaque parcelle de son corps, succédant au baptême de mes lèvres, dansant sur ses bras et sa poitrine. J'enfonce ma langue dans son nombril pendant que mes ongles noirs éraflent ses tétons. Il pousse un cri et se cambre. Je me demande s'il sent le sourire qui étire mes lèvres. Je dépose un dernier baiser sur son ventre, juste au-dessus de la ceinture de son pantalon. Puis, je m'éloigne et me replace dans ma position initiale, au-dessus de lui.

Mon Jeune Maître m'a lancé une invitation lorsqu'il a déboutonné sa chemise. Je l'ai acceptée. Cependant, bien qu'étant un démon, je n'ai aucune envie de précipiter les choses. Pas par souci de préserver sa supposée vertu. Même du temps où je le servais en tant que majordome, je savais ce par quoi il était passé avant de m'invoquer. Je n'ai de plus aucune idée de ce qu'il a fait pendant mon absence. Tout ça n'a pas la moindre importance. Non, la raison pour laquelle je me retiens est tout autre. Je veux prendre tout mon temps pour apprécier ce moment. Je veux l'apprécier, lui.

Ses doigts sont toujours entremêlés dans mes cheveux, imitant les mouvements lents de ma main qui caresse le côté de son visage. Je me délecte simplement de sa présence à mes côtés, comme ça. Je ne devrais probablement pas sourire aussi largement. Son regard à lui en est d'autant plus noir. Je parviens presque à ressentir son agacement. Je ne crois pas qu'arrêter lui ait plu. Il se soulève et doit s'étirer pour tenter de m'embrasser. La main dans mes cheveux me tire pour que je me baisse. Plutôt que de risquer d'écraser mon Jeune Maître, je préfère rouler sur le côté et l'entraîner avec moi. En un instant, il se retrouve à cheval sur mon ventre. A la seconde où nous nous arrêtons de tourner, mes lèvres se retrouvent scellées aux siennes. Agacé, en effet. Ce n'est pas comme le baiser qu'il a initié après avoir entendu mes excuses. L'assaut de sa langue trahit son ardeur, de même que la façon dont il se presse contre moi, son corps frêle se frottant contre le mien. Il déverse entre mes lèvres toute la frustration provoquée par ce dernier siècle et par notre situation actuelle. Sa main descend jusqu'à mon cou pour s'arrêter au col de ma chemise. Ses doigts fins sont chauds même au travers du tissu. Les sensations qu'ils me procurent sont étonnamment grisantes, mais évidemment pas autant que la façon dont il continue à se mouvoir tout contre moi. Je me demande même s'il est conscient de ce qu'il fait. Mes bras se resserrent autour de lui, le rapprochant encore si c'est possible.

Une de mes mains dévale le long de son dos, dépasse le creux de ses reins et vient se poser sur ses fesses, le faisant se raidir contre moi. Mon Jeune Maître interrompt le baiser. Lentement, il se relève pour s'asseoir. Il a l'air étourdi. J'aime voir l'effet que je produis sur lui peint de manière si évidente sur son visage. A-t-il décidé de s'en tenir là pour aujourd'hui ? Même si je n'ai pas à m'en plaindre, la situation peut paraître un peu soudaine pour un humain. Je l'observe tout en me demandant par quel moyen il compte y mettre un terme. Au lieu de ça, ses yeux passent de mon visage à mon torse. Il fronce les sourcils.

« ...boutons.
– Qu'y a-t-il, Jeune Maître ?
– Pourquoi est-ce que tu dois toujours porter des habits avec autant de boutons ? »

Sa voix est presque dégoûtée. Je me surprends à sourire malgré moi. Son accusation est pour le moins risible, mais tout à fait exacte. Les chemises que je porte aujourd'hui ressemblent à celles que je portais quand j'étais à son service il y a déjà un siècle. Quelque part, je me suis attaché à elles et j'ai continué à m'habiller de façon similaire. Sans bien sûr le frac qui y est assorti. Incapable de m'empêcher de lui faire la remarque, je lève le bras et dénude une de ses épaules.

« Vous aussi, vous portez un habit avec des boutons, Jeune Maître.
– C'est différent, réplique-t-il rapidement avec un soupir.
– Et en quoi ? » questionné-je.

Il cherche une réponse. En trouvant finalement une, il marmonne :
« Et bien, la mienne est déjà ouverte.
– Oh, je vois, dis-je avec un large sourire. Dans ce cas, je crois pouvoir faire quelque chose pour aider. »

Je lève les mains à mon col et commence à déboutonner ma chemise. Par le passé, je portais des débardeurs et autres maillots de corps, mais aujourd'hui, rien d'autre que le fin tissu de coton ne recouvre ma peau. Ses yeux sont rivés sur mon torse et mes mains qui progressent de plus en plus bas. La façon qu'il a de se mordiller les lèvres est envoûtante. Mais ce n'est qu'une question de temps avant que je ne puisse plus continuer, étant donné qu'il s'est installé sur mon ventre. Mes mains s'arrêtent à un centimètre de son entre-jambe. Je laisse tomber ma chemise et viens poser mes mains sur le haut de ses cuisses. L'humeur taquine d'il y a un moment s'est rapidement envolée pour laisser place à quelque chose de plus lourd. Ses yeux parcourent de nouveau mon corps pour revenir se planter dans les miens.

« Sebastian...
– Oui, Jeune Maître ?
– Tu m'as dit regretter ton départ. Pourquoi ? »

La question est inattendue. Je lève la main droite pour caresser sa joue. La douce lumière matinale l'embellit encore. Les peintures des anciens maîtres sembleraient bien pâles en comparaison de sa figure parfaite. Mon pouce caresse sa pommette juste sous son oeil droit. Je me perds dans la contemplation du sceau de notre contrat en me demandant quoi répondre. Avec un doux sourire, je lui dis :
« Je n'ai jamais apprécié d'être loin de vous, Jeune Maître.
– Est-ce... »

Il s'arrête un instant, cherchant comment formuler sa question.

« C'est à cause du contrat ?
– Non, je réponds immédiatement. »

Je lui ai expliqué hier la raison de mon départ. Je me demande s'il l'a déjà oubliée ou s'il désire seulement la réentendre.

« Le contrat n'a plus aucune importance à mes yeux. Que votre âme m'appartienne ou non n'a aucun rapport avec mon désir de rester auprès de vous. »

Il presse sa joue contre ma paume tout en fermant les yeux. Réaliser à quel point mes mots sont empreints de vérité me fait perdre la voix.

« Ma place est à jamais à vos côtés. »

Il rouvre les yeux et me fixe un moment, le visage de marbre. Je me demande à quoi il pense, vu le regard qu'il me lance. Tout ce que je sais, c'est que je suis heureux de l'avoir avec moi.

Il se penche en avant très lentement, s'appuyant sur mon torse de telle sorte à ce qu'il soit allongé sur moi. Plutôt que de recouvrir mes lèvres des siennes, il les presse à la base de mon cou. La brûlure de ses lèvres et de ses dents sur ma peau me tire un halètement silencieux. Il pose ses mains sur mes côtes en continuant à me mordiller légèrement, allant de plus en plus bas. Il reproduit les mêmes gestes que moi plus tôt, laissant ses mains vagabonder le long de mes bras, en même temps qu'il explore tout ce à quoi ma chemise encore à moitié boutonnée lui donne accès. La sensation de sa langue qui parcourt mon corps est jouissive, elle nourrit mon désir pour lui.

Ses petites mains s'affairent à déboutonner le reste de ma chemise, l'obligeant à glisser toujours plus bas. Après un moment, il se dégage complètement pour s'asseoir à mes côtés. Sa bouche ne quitte jamais ma peau. Je me retrouve hypnotisé à la vue de sa délicate langue rosée qui dépasse d'entre ses lèvres pour venir lécher ma peau. Il dépose un dernier baiser sur mon abdomen avant de se relever pour se rendre compte de ce qu'il a atteint. Ma ceinture. La chemise en coton est défaite mais toujours rentrée à l'intérieur de mon pantalon. En un rien de temps, ce n'est plus le cas. Il tire d'un coup sec sur le tissu pour le libérer. Je m'attends toujours à moitié à ce qu'il se rétracte arrivé un certain point, et ce serait maintenant le moment propice. Après tout, supposons qu'il parvienne à me retirer ma ceinture, m'enlever mon pantalon risque de lui poser problème. Il y a, entre autres choses, des boutons.

Il ne fait rien pendant un moment et je me demande si ma supposition ne va pas s'avérer vraie. Je ne l'influencerai pas sur sa décision même si, pour l'instant, je retiens mon souffle en attendant de voir ce qu'il va faire. Enfin, il approche sa main et défait ma ceinture. Sa main n'hésite qu'un instant avant de commencer à déboutonner mon pantalon. Il lève alors ses yeux qu'il plante dans les miens. Je peux entendre chacune des dents de la fermeture Éclair qu'il ouvre à une lenteur calculée. Il lève une main qu'il fait courir sur mon torse jusqu'à mon bas-ventre. Ses doigts jouent malicieusement sur moi tandis qu'il les mène vers ce qui vient d'être révélé.

Malgré le plaisir que me procure son contact, je ne peux tout simplement pas l'accepter. En tant que maître, et étant donné tout ce qu'il représente à mes yeux, c'est à lui de jouir le premier. J'attrape ses poignets. En un éclair, nos positions sont renversées, le laissant plaqué contre les couvertures. Il semble surpris et sa voix confuse lorsqu'il entame mon nom :
« Seba...
– Shh, l'arrêté-je. »

Sa voix se coupe au moment où mes lèvres touchent sa poitrine. Je ne cherche plus à l'apprendre à présent, je veux seulement qu'il prenne du plaisir. Je veux qu'il récite mon nom encore et encore. Mes lèvres s'attardent sur un de ses tétons. J'enroule un bras autour de lui pour le rapprocher encore de moi. Ma main libre s'applique à défaire le reste de ses vêtements. C'est étonnant ce que l'on peut faire à l'aide d'une main avec un peu de volonté. Ma langue s'attarde sur sa peau pendant que je défais son pantalon et le fais glisser le long de ses hanches puis de ses jambes. Ses sous-vêtements suivent rapidement. J'aime sentir sa peau sous mes doigts. Douce, chaude et soyeuse. C'est étrange, ce besoin que j'ai qu'il soit près de moi. Je pourrais passer mes journées à le toucher et à le savourer.

La main que j'avais enroulée autour de sa taille rejoint rapidement sa soeur et toutes deux cheminent le long de ses côtes tandis que je continue à ponctuer son torse de baisers. Je mordille sa poitrine encore et toujours plus bas, le faisant gémir sous l'assaut de ma bouche. Son érection est fermement pressée contre mon torse et ses hanches se soulèvent à la recherche d'un quelconque soulagement. Ma langue glisse sur sa peau, goûtant la sueur qui s'y est formée. Il lève ses deux mains pour venir entortiller ses doigts dans mes cheveux.

Je dépose un baiser sur sa hanche avant de le saisir dans ma bouche. Son goût est chaud et sucré sous mon palais et dans ma gorge lorsque je l'avale plus profondément. Les sons qu'il émet alors que j'enroule ma langue autour de son érection sont un délice pour mes oreilles. Il crie pour moi, le dos cambré sous mes attentions. Alors que ma bouche est occupée entre ses jambes, mes mains explorent son corps. Il frissonne au passage de mes doigts. Ses hanches se soulèvent et son sexe pénètre plus loin dans ma gorge. Ça ne me gêne pas. Je me délecte de le sentir sous moi et de la façon dont il s'agite. Ma main vient recouvrir celle qu'il a posée sur mon crâne, tirant, tordant mes cheveux. Il la prend instantanément. Je lace nos doigts ensemble et continue à le dévorer.

Je me soulève en laissant mes lèvres glisser le long de son membre, à la fois dur et aussi doux que mes draps en soie. Je pince un téton et lui se tord sous mon toucher. Je l'entends haleter. Ses orteils se contractent et il pousse un dernier cri, seul avertissement avant que son corps ne se tende et que ma langue goûte à son plaisir.

Je retire ma bouche et pose ma tête sur sa cuisse, avalant et léchant les dernières gouttes égarées au coin de ma bouche. Mes doigts sont toujours emmêlés aux siens. Ni lui ni moi ne faisons un geste pour y remédier. Ma main libre dessine des motifs inconnus sur son ventre en attendant qu'il se remette. Il a le souffle court, mais sa respiration se calme petit à petit. Un moment passe avant qu'il ne tire sur nos mains jointes. Il ne veut pas défaire la sienne. Au contraire, il m'attire plus haut. Je suis le mouvement et remonte pour m'allonger à ses côtés.

Il m'observe. Son expression est insondable. Nous ne disons rien mais le silence ne me gêne pas. Il se mord la lèvre inférieure comme s'il voulait me dire quelque chose. La légère rougeur qui apparaît sur ses joues quand ses yeux se posent sur ma bouche avant de s'en détourner est adorable. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. C'est un peu tard pour être embarrassé, mais il ça ne l'en rend que plus irrésistible.

Le silence s'étire un moment avant qu'il ne prenne la parole. Lorsqu'il le fait, c'est d'une voix calme.

« Je t'ai cherché, tu sais ?
— Vraiment ?
— Oui, dit-il. Après que tu sois parti, j'ai essayé de te retrouver.
— Vous ne croyiez pas que je voulais dévorer votre âme, Jeune Maître ? » lui demandé-je.

Tenter de retrouver quelqu'un comme moi est une quête insensée. Il doit le savoir. Mais malgré tout, il m'est difficile de comprendre pourquoi quelqu'un irait volontairement courir derrière la chose qui pourrait le conduire à sa perte. Il détourne son regard du mien pour se concentrer sur le ventilateur suspendu à mon plafond.

« Si.
— J'ai bien peur de ne pas comprendre. »

Des mèches de cheveux sont tombées sur son visage. J'approche la main et les écarte de ses yeux.

« Pourquoi est-ce que vous vouliez me retrouver, sachant que je dévorerais votre âme ? »

Son expression se ferme légèrement. Il semble être mal à l'aise. Il ne se rétracte pas face à mon geste, mais semble tout de même considérer la question. Suis-je la source de sa gêne ? J'en doute. Je pense plutôt que la question que je lui ai posée l'embarrasse, ou peut-être est-ce la réponse. Il prend la parole d'une voix presque inaudible :
« Je me disais que même si tu dévorais mon âme, ce serait mieux que ne pas t'avoir du tout auprès de moi. »

Je n'aime pas l'entendre prononcer ce genre de mots. Même si j'avais vraiment voulu m'emparer de son âme, l'idée qu'il trouve cette solution plus attirante que de vivre me dérange. Le contrat que nous avons passé lui accordait un semblant de vie jusqu'au moment où il toucherait à son terme. J'ai seulement choisi de la prolonger.

Penser que mon Jeune Maître, que j'ai toujours considéré comme étant quelqu'un de fort aurait ce genre de faiblesse est déconcertant. Je fais descendre la main qui s'était attardée dans ses cheveux le long de son corps. Arrivé à ses hanches, j'enroule mon bras autour de sa taille et l'attire près de moi. Il m'y autorise et se presse contre mon torse. Un de ses bras se referme autour de moi, ne laissant plus le moindre espace s'immiscer entre nous.

J'aime l'avoir aussi près de moi. Même avant, lorsque j'étais son majordome, je n'avais pas l'occasion de passer du temps avec lui de cette façon. Je savourais chaque instant lorsque je devais le porter à sa chambre, ou les rares fois où il s'est reposé sur moi, aussi bien physiquement que mentalement. J'ai toujours cru que ces quelques instants volés étaient tout ce que je pouvais avoir. Je n'aurais jamais pensé que je serais un jour capable de reposer auprès de lui comme ça. Je baisse la tête pour déposer un baiser au sommet de son crâne. Il sent merveilleusement bon.

Mon Jeune Maître penche la tête en avant et presse ses lèvres contre mon torse. Ce simple toucher enflamme mon corps. Lui a peut-être atteint l'orgasme mais pas moi. Je n'ai pas encore assouvi le désir qui me ronge, sourd mais ardent. Je le veux comme je n'ai voulu que peu de gens au cours des siècles. Et le fait que cela dure depuis si longtemps n'arrange rien. J'ai envie de lui.

Mes paupières se ferment tandis que sa bouche erre sur ma peau. Les doigts de sa main libre tracent des lignes le long de mon corps. Il m'effleure à peine, et si je n'étais pas aussi conscient de chacun de ses gestes, je pourrais me demander si je ne l'imagine pas vraiment. Son souffle chaud refroidit ma peau là où sa salive s'est posée. Avec sa langue, il dessine un cercle autour d'un téton avant de refermer ses dents dessus. J'ouvre les yeux pour le regarder tandis que je me perds dans ses caresses aériennes. Mon bras autour de lui le serre encore plus fort. Il lâche ma main et ses doigts fins ouvrent ma chemise sur le côté. Il retrace la ligne qui devrait être celle de mon pantalon puis laisse sa main dériver plus bas, sur ma braguette ouverte. Je sens la chaleur qui irradie de sa main sur mon érection, mais il ne fait pas mine de glisser ses doigts sous le tissu pour me toucher. Au lieu de ça, il fait courir sa main par-dessus mon pantalon. Ses doigts esquissent le contour de mon sexe, ne prodiguant pas plus qu'une légère pression au travers du tissu.

« Sebastian...
— Oui ?
— Fais-moi oublier... »

Ses mots sont à peine plus qu'un souffle chaud sur ma peau, et sa voix si basse que je parviens à peine à la distinguer. Ses mains se sont arrêtées. Il remonte, ses lèvres frôlant mes épaules et mon cou comme une ombre. Elles touchent presque mon oreille lorsqu'il murmure :
« Fais-moi oublier que tu es jamais parti. »

Pour l'instant, il est la seule chose qui compte pour moi. Je me place au-dessus de lui, et presse mes lèvres dans le creux entre son cou et sa mâchoire. Ses deux mains retournent à ma taille où il tire sur mon pantalon. Il n'a pas une très bonne prise et notre proximité limite ses mouvements, mais nous parvenons tout de même à retirer le pantalon qui atterrit par terre. Plus rien ne nous sépare.

Mes lèvres rencontrent à nouveau sa peau et je m'attaque à la base de son cou. Je veux lui laisser une marque que je pourrai admirer plus tard. D'autant plus que mes dents s'enfoncent dans sa chair, fort mais pas assez pour faire couler le sang. Ses mains s'accrochent à mon dos tandis qu'il gémit. Ce son est captivant.

Mes mains explorent ses flancs et l'une d'elle chemine jusqu'à son entre-jambe où je le sens durcir à nouveau. J'enroule mes doigts autour de lui, le faisant se cambrer. Lentement, je commence à le caresser. Un siècle plus tôt, je me serais peut-être demandé si c'était vraiment ce qu'il désirait, sachant ce par quoi il est passé ainsi que toutes ces choses que j'ignore encore. Néanmoins, il n'est plus l'heure aujourd'hui de se poser des questions. Je n'ai aucune raison de douter de lui.

Je suis un démon. Egoïste, j'ai envie de lui, envie de le sentir tout autour de moi. Mais j'ai aussi la certitude qu'en cet instant, il désire exactement la même chose. Je ne peux pas vraiment effacer le siècle passé, mais peut-être puis-je le remplacer, lui faire oublier. C'est une chose effrayante que de penser que j'en serais venu à me préoccuper autant d'un être humain. Je me soucie uniquement mon Jeune Maître. Depuis le jour où nous nous sommes rencontrés, il a toujours été ma priorité. Les seules choses qui ont changé à cet égard sont les raisons de mon dévouement.

J'approche ma deuxième main de mes lèvres et lèche deux de mes doigts. Lentement, je les ramène entre ses jambes. Ma main trouve naturellement son entrée. J'introduis délicatement un premier doigt. Son souffle se fige en sentant l'intrusion. Mes yeux ne quittent pas les siens et je commence à bouger. Ses mains se resserrent. Ses ongles s'enfoncent dans mon dos tandis que je calque mes mouvements sur celui de mes caresses. Il est serré même autour d'un seul doigt. Un deuxième vient le rejoindre, remuant tout doucement pour qu'il s'habitue à la sensation d'avoir quelque chose en lui. Je suis quand même plus large que ça et je voudrais éviter de lui faire mal plus qu'il n'est nécessaire.

Il continue à gémir au rythme de mes mouvements. Sa respiration est saccadée et ses dents s'enfoncent dans sa lèvre inférieure. Ses cheveux sombres, étalés autour de son visage, reflètent paisiblement la lumière tamisée parvenue à s'introduire dans la pièce. Ca y est presque. Ces dernières secondes avant que je ne retire mes doigts sont un calvaire. Si je n'avais pas une aussi grande retenue, la tentation de me laisser aller et de le prendre sans attendre serait trop dure à supporter. Il a toujours été attirant, mais jamais autant que là, à me regarder avec ses yeux à demi clos. Il fait courir sa langue sur ses lèvres pâles et je sais que même moi je ne peux pas résister plus longtemps.

Je retire mes doigts très lentement et les replie tout à la fois pour atteindre sa prostate. Son dos se cambre et il crie encore pour moi, s'accrochant désespérément. Je me demande s'il sait à quel point j'ai désiré sa présence à mes côtés.

Je me place entre ses jambes et crache dans une de mes mains avant d'étaler ma salive sur mon érection. Il me regarde droit dans les yeux tandis que je me presse contre son entrée et enroule ses bras autour de mon cou tout en murmurant mon nom dans un souffle. Ma respiration se coupe lorsque je le pénètre lentement, extrêmement sensible à chacun de ses mouvements autour de moi. Il retient son souffle en attendant que j'arrête de bouger. Il essaie tant bien que mal de cacher son inconfort, en vain. Il tressaille malgré tout et il n'y a rien que je puisse faire pour lui faciliter les choses. Je vais aussi doucement que possible, pas seulement pour son bien, mais parce que j'aimerais graver cet instant dans mon esprit. Ce moment, ces sentiments. Je ne compte plus le nombre de partenaires que j'ai eu par le passé. Je ne me souviens pas en avoir désiré un seul autant que je le désire, lui, en ce moment. Je voudrais me souvenir de ce que j'ai ressenti au moment où je l'ai enfin fait mien avec plus que des marques et des promesses.

« C'est si bon, Jeune Maître », je lui murmure après m'être finalement introduit complètement, englouti tout entier dans sa chaleur.

Il perçoit le sourire dans ma voix, j'en suis sûr. Son visage devient cramoisi et il détourne le regard.

« Tais-toi, Sebatian.
— C'est vraiment ce que vous voulez ? » je demande.

Je bouge mes hanches et lui fais sentir toute l'étendue de ma présence en me retirant tout doucement. Il halète brusquement et tandis que ses bras se resserrent autour de mon cou, il s'exclame :
« Sebastian ! »

Je ricane légèrement contre son épaule, puis me penche tout contre lui pour m'introduire à nouveau. Tout sentiment d'amusement se dissipe alors rapidement et nos corps commencent à onduler en rythme dans la douceur des draps. J'ai tant attendu le moment où je pourrais le sentir sous moi, depuis bien plus longtemps que je n'oserais l'admettre. L'avoir là, maintenant, ne fait que nourrir ce besoin, et Dieu seul sait combien j'en veux toujours plus. Mon Jeune Maître. Car il est vraiment mien à présent, et je doute qu'aucun de nous ne ressentira un jour le besoin de nier cette évidence.

Ses lèvres me dérobent des baisers désespérés tandis que ses hanches roulent à la rencontre de mes poussées. La main que j'ai portée à son érection taquine chaque point sensible qu'elle peut trouver. Sa peau est brûlante contre la mienne. Nous sommes tous les deux en nage, et je me repais de son goût salé. Je le sens tout autour de moi et c'est la seule chose à laquelle je pense. Sa voix qui ne cesse de m'appeler est enchanteresse, tout comme les bruits qu'il fait lorsque je frappe pile au bon endroit. Chaque mouvement envoie des impulsions électriques. Une chose me gêne, cependant : j'aimerais pouvoir le tenir dans mes bras. Mais c'est impossible avec son dos pressé si vigoureusement contre le matelas.

Aussi délicatement que possible, je nous relève tous les deux de sorte à ce que je sois assis, le dos pressé contre la tête de lit. Lui me chevauche, une jambe de chaque côté de mes hanches. Surpris, il ouvre de grands yeux. Mais le changement de position n'a pas l'air de le gêner plus que ça.

« Seba... »

Je le coupe en écrasant mes lèvres contre les siennes, puis nos langues se rencontrent. J'enroule alors mes bras autour de lui. Cette nouvelle position a un avantage supplémentaire, que nous ne tardons pas à découvrir. Je peux le pénétrer encore plus profondément. Il interrompt le baiser et gémit de sa voix claire, le visage enfoui contre mon torse. Son corps frêle est blotti si près du mien que son sexe presse fermement contre mon bas-ventre. Mes bras descendent le long de son dos et mes mains viennent se poser sur ses hanches. Il n'hésite pas à suivre mes indications, frottant son torse contre le mien dans sa course langoureuse. Cette sensation est enivrante. Chaque va-et-vient est comme une danse envoûtante qui envoie des décharges dans tout mon corps et stimule mes nerfs exaltés. Ses bras sont enroulés autour de mon cou et ses lèvres y sont scellées, léchant et mordillant ma clavicule. Je m'approche de ma limite, mais je refuse de jouir avant lui. Un de mes bras glisse autour de son dos, le serrant plus près, alors que mon autre main caresse sa verge. Je passe ma langue sur le clou de saphir bleu qui orne son oreille.

« Viens pour moi. »

Ses hanches se soulèvent une dernière fois et il crie presque mon nom. Il jouit en effet, avec ardeur.

« Sebastian ! »

Ses ongles s'enfoncent dans ma chair et ce n'est que pure extase, la sensation parfaite du plaisir et de la douleur réunis. Je m'enfonce en lui et l'emplis du plaisir qui me submerge à mon tour. Hors d'haleine, je m'effondre contre la tête de lit. Je glisse plus bas sur le lit en l'attirant auprès de moi.

Après quelques instants, je me retire et le laisse rouler sur le côté, allongé tout près. Nous essayons tant bien que mal de reprendre notre souffle, mais je sais d'après le sourire qui se dessine sur son visage que lui et moi pensons à la même chose. Pour la première fois depuis très longtemps, je me sens bien. Peut-être même heureux. Et la cause de ce changement se trouve allongée juste à côté de moi et me regarde. Mon sentiment de bien-être n'est pas dû à ce que nous venons juste de faire. Non, c'est uniquement parce qu'il est de nouveau là.

Je ne me berce pas d'illusions. Je reste douloureusement conscient de mon contrat avec John Anderson. Même maintenant, alors qu'un de mes bras enlace mon Jeune Maître, les contours bien visibles des lignes noires qui sillonnent ma main sont là pour me rappeler que je suis encore au service de deux maîtres à la fois. Toutefois, l'idée que mon second contrat touche à son terme m'exalte étrangement. C'est mal. Je me suis toujours enorgueilli de ma loyauté envers les maîtres que j'ai servis, aussi déplaisants soient-ils. Cependant, ça ne signifie pas que je doit être triste d'achever ce contrat. Je pourrai bientôt retourner auprès de mon Jeune Maître une bonne fois pour toutes. J'ai maudit le siècle passé. Avant même mon contrat avec John Anderson, je ne faisais rien de productif de mon temps. On aurait dit une période de deuil plutôt qu'une transition passagère. Pour un démon, c'est aussi répugnant que disgracieux. Cela n'arrivera plus.

Il me regarde avec une telle sincérité, un petit sourire aux lèvres. Mes doigts errent au hasard sur ses hanches. Aucune parole n'est échangée, nous n'en avons pas besoin. Il est si beau. Malgré tout, je peux maintenant voir des choses qui me font encore plus regretter de l'avoir quitté. Mes doigts effleurent ses côtes et redessinent une fine ligne surélevée qui sillonne sa peau.

«Qu'est-ce que c'est que ça, Jeune Maître ? »

Il baisse les yeux sur ma main et hausse les épaules.

« Une cicatrice.
— Merci, j'avais remarqué. Comment l'avez-vous eue ? Elle n'était pas là quand je suis parti.
— Non, c'est vrai, consent-il. J'ai engagé des gardes du corps mais même eux ne peuvent pas tout arrêter. Celle-là provient d'une fusillade. J'en ai quelques unes comme ça. Ça n'a mis que quelques semaines à guérir. »

Il remarque ma mine renfrognée et renifle d'un air suffisant.

« L'immortalité se limite pour moi à cesser de vieillir, Sebastian. Je ne suis pas indestructible, comme toi.
— Vous auriez dû engager de meilleurs gardes du corps, dis-je. Si vous avez pu recevoir ce genre de blessure, c'est qu'ils n'étaient pas assez vigilants. »

Il me fixe et hausse un sourcil.

« J'ai aussi été blessé quelques fois alors que tu étais à mon service, tu sais. Quoi qu'il en soit, est-ce que tu insinues que tu ne seras pas là pour me protéger ?
— Jeune Maître – je le rapproche un peu plus de moi. N'aviez-vous pas un personnel compétent, même à l'époque où vous étiez sous ma protection ? »

Il ignore la question et préfère enfouir son visage dans mon torse, avec en prime un petit soupir. Après quelques instants, il roule sur le dos et fixe le plafond.

« Je dois bientôt partir.
— Ah ?
— J'ai un rendez-vous d'affaires prévu cet après-midi. Je ne peux pas me permettre de l'annuler encore une fois. Je ne dois pas délaisser la Compagnie Phantom. »

Il soupire et s'assied en balançant ses jambes par-dessus le rebord du lit. Je me lève à mon tour et récupère un gant de toilette de la salle de bain afin de faire disparaître les preuves de nos ébats. Puis, je fais quelque chose que je n'avais plus fait depuis plus d'une centaine d'années : je l'aide à s'habiller. La tâche est si aisée que j'ai l'impression de n'avoir jamais arrêté.

Alors que j'attache le dernier bouton de sa chemise, le téléphone sur ma table de nuit se met à vibrer sourdement. Mes yeux se tournent automatiquement vers l'endroit d'où provient le bruit. Voilà bien la dernière chose que j'aurais souhaité entendre aujourd'hui. Mon Jeune Maître fait un geste dédaigneux de la main, me laissant libre de répondre. Je me relève et m'incline légèrement en glissant un :
« Excusez-moi. »

J'attrape le téléphone avant de sortir dans le couloir. Je décroche et le porte à mon oreille.

« Allô ?
— Dé... dé... démon, tu... », parvient à prononcer la voix à l'autre bout du fil.

Il est encore tôt dans la journée, même pas midi, mais John Anderson est déjà ivre. Ou peut-être n'a-t-il pas encore dessoûlé depuis hier soir ? Rien n'est moins sûr. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas mon problème. Sa voix désagréable se fait entendre à nouveau plus fort qu'il n'est nécessaire.

« J'ai de la compagnie ce soir, deux... très jolies demoiselles. »

Il s'arrête un instant, comme s'il n'était pas sûr d'avoir choisi les bons mots. Probablement pas, non.

« Tu vas venir ici pour nous distraire. A six heures.
– Vous distraire ?
– Tu sais très bien ce que je veux dire, espèce de... de sale bête », dit Anderson.

Une chute se fait entendre à l'autre bout suivi d'un bruit sourd. Je me demande s'il est réellement tombé. Il grogne stupidement dans le combiné. Une bête, comme il l'a si bien dit.

« Sois pas en retard. Et t'as intérêt à être présentable, ou... ou sinon... »

Il raccroche le téléphone et la ligne se coupe. Mes yeux se tournent vers la porte de ma chambre à l'autre bout du couloir, où m'attend mon Jeune Maître, probablement toujours assis sur le lit. Oui, je crois bien que je verrai John Anderson pour la dernière fois ce soir. Je retourne dans la chambre. Mon Jeune Maître ne pose aucune question au sujet de l'appel et ne cille même pas lorsque je repose le téléphone à sa place. Il n'est pas idiot. Il doit avoir deviné les raisons qui peuvent pousser un démon à garder un tel objet à disposition. Plutôt que d'insister sur le sujet, je dis :
« Je m'excuse pour cette interruption, Jeune Maître.
— Aucune importance. »

Il glisse aux pieds du lit et reste debout sans que ses yeux ne croisent les miens. Au lieu de cela, il regarde le lit sur lequel nous avons fait l'amour. Je me demande à quoi il pense derrière cette expression impénétrable.

Calmement, je demande :
« Jeune Maître, pouvez-vous m'accorder une faveur ?
— C'est-à-dire ?
— J'aimerais que vous me rejoignez un peu plus tard dans la soirée, une fois que votre réunion sera terminée. »

Il lève finalement les yeux vers moi. Il réfléchit à la question. Il n'a pas de doutes ni de regrets par rapport à ce que nous avons fait, mais peut-être essaie-t-il de rappeler à lui la prudence qu'il avait encore hier. Apparemment, la prudence sort vaincue.

« D'accord », souffle-t-il.

Sans rien dire d'autre, je le raccompagne à la porte. Incapable de résister, je me baisse et lui vole un baiser juste avant qu'il ne s'en aille.


Il est dix-sept heures cinquante-deux lorsque j'arrive devant la façade en brique de l'immeuble de John Anderson. Rien au-dehors ne trahit la vulgarité des gens qui résident à l'intérieur. Je monte rapidement jusqu'à l'appartement. Après un coup poli frappé à la porte, j'entre.

John Anderson n'est pas dur à trouver, bien qu'il ne soit pas là où je l'attendais. Sa voix et le rire de deux femmes résonnent clairement de la cuisine. Le comptoir en marbre blanc est recouvert d'emballages alimentaires délaissés.

Anderson a réussi à dénicher des bouteilles de vin qu'il a ouvertes, et dont la plupart sont à présent vides. Ses compagnes et lui ont chacun un verre à la main, qui ne s'accordent d'ailleurs pas avec la cuvée choisie. Je doute toutefois qu'ils s'en préoccupent. Tous trois tournent leur attention vers moi lorsque j'entre dans la cuisine. On ne peut pas dire que je sois surpris par son choix de compagnie, mais il ne m'emballe pas vraiment non plus. En plus de sa putain favorite, John Anderson a décidé d'inclure l'anorexique d'hier soir dans sa petite fête privée. Elle me sourit bien trop chaleureusement à mon goût lorsque j'entre dans la pièce. Anderson ne réagit pas très bien à mon arrivée. Son sourire enjoué disparaît dès l'instant où il me voit.

« T'es en retard. Et t'es toujours aussi mal fringué. Un peu de classe, merde ! »

Il a au moins l'air un peu moins soûl que tout à l'heure, même si je ne vois pas comment c'est possible avec tout l'alcool qu'il a ingéré. Je suis sûr d'être à l'heure. La seule chose dont il pourrait se plaindre est ma tenue, tout de noir et blanc. Ce soir, je n'ai pas voulu prendre la peine de me changer. Je croise son regard mais ne m'excuse pas.

A ma grande surprise, la prostituée à ses côtés prend la parole avec un accent du New Jersey à couper au couteau.

« Oh, laisse-le tranquille, John. Qui ira se plaindre de comment il est habillé ? De toute façon, il enlèvera bientôt tout ce qu'il a sur lui.
— Elle a raison, reprend l'anorexique, ses yeux toujours fixés sur moi. Prêt pour un nouveau round, chéri ? Après tout, plus on est de fous, plus on rit...
— J'ai bien peur que ce soit absolument hors de question, réponds-je avec un sourire poli.
— Quoi ? »

Elle n'a pas l'air de savoir si elle devrait s'en offenser. Je crois qu'il en va de mon devoir d'éradiquer le moindre doute.

« Je n'ai aucune envie de vous toucher ni de m'approcher de votre corps répugnant plus qu'il n'est absolument nécessaire », dis-je sans me départir de mon sourire.

Elle bafouille un instant avant de retrouver finalement sa voix.

« Va te faire foutre !
— Tu crois faire quoi là, hein ? »

Anderson pousse la femme sur le côté et avance vers moi, me crachant son haleine à la figure. Il m'arrive à peine à l'épaule. Pour quelqu'un de cette taille, difficile de paraître imposant. Il n'y parvient d'ailleurs pas.

« M. Anderson ? dis-je, ignorant les éclats de voix.
— Quoi ? répond-il à défaut de mieux.
— Vous avez établi votre fortune depuis un certain temps déjà, vous savez », continué-je avec un sourire éclatant à la pensée de ce qui arrive.

Mes yeux rougeoient. Je me demande si les deux femmes commencent à s'inquiéter. Anderson n'a toujours pas réalisé ce qui est sur le point de se passer.

« Etant donné la situation, je crois pouvoir affirmer que j'ai rempli toutes les exigences que me dictaient notre contrat. J'ai bien peur qu'il soit temps d'y mettre un terme. »

Ses yeux s'agrandissent lorsqu'il tilte enfin. Cependant, plutôt que de le tuer directement et de m'emparer de son âme, je fais ce qui me démange depuis la soirée d'hier. Mon bras gauche s'élance en direction de la blonde avec qui j'ai couché et mes griffes, qui ont déchiré le tissu de coton de mes gants, se referment sur la gorge. Je serre les doigts, lui écrasant la trachée tandis que mes griffes s'enfoncent dans sa chair. Elle meurt rapidement, mais les éclaboussures de sang et le cri étranglé qui lui échappe lorsque le dernier souffle quitte ses poumons suffit à insuffler la terreur aux deux autres personnes présentes dans la pièce. Les gens comme elle me répugnent, sans parler que je n'apprécie pas d'être humilié. Je ressens une grande satisfaction lorsque je laisse tomber son corps, qui s'effondre dans un bruit mat.

La putain crie et se tourne pour partir. Je ne l'aime pas non plus, pour les mêmes raisons que la femme que je viens de tuer. Après tout, John Anderson me l'a imposée alors que je venais à peine de me mettre à son service. Et même si je ne ressentais aucun sentiment d'animosité à son égard, je ne pourrais pas la laisser s'échapper. Dans le monde moderne, la police peut créer plus de problèmes qu'elle ne devrait en être capable. Ma main traverse brutalement sa poitrine écrase sa cage thoracique et je mets un terme à sa vie avant que son coeur n'ait le temps d'émettre un battement de plus. Son sang s'écoule le long de mon bras et asperge l'homme au sol devant moi. Je n'ai pas bougé d'un centimètre.

John Anderson est à genoux à mes pieds, par terre, les mains jointes devant lui en signe de prière. C'est ce qu'il fait en un sens, mais il aura beau prier, il n'obtiendra rien de moi. Il pleurniche comme le faible qu'il est. Pauvre fou. Il sent l'urine. J'ai comme l'impression qu'il a mouillé son pantalon.

« T'es pas obligé de faire ça ! Je t'en prie ! Par pitié !
—J'ai été à votre service pendant un peu plus d'un an, M. Anderson. Et je dois avouer que vous m'avez plus qu'étonné. »

Je retire ce qui me reste de gants. Même à moi, il m'est désagréable de sentir un tissu imbibé de sang qui me colle à la peau. Je les laisse tomber au sol. Je m'en occuperai plus tard, lorsque je me serai débarrassé des corps.

« C'est la première fois que je rencontre quelqu'un pour qui je ressens un tel mépris. Venant d'un être tel que moi, c'est un aveu des plus remarquables.
— Pitié ! Ne me tue pas ! Je ferai tout ce que tu veux ! »

Il ignore complètement mes paroles. Au lieu de m'écouter, ses mains agrippent le bas de mon pantalon. Il essaie d'attirer mon attention en suppliant comme le chien qu'il est.

« Je peux te donner tout ce que tu veux ! De l'argent ! Des femmes ! De la drogue ! T'as qu'à me dire et tout ça sera à toi !
— De l'argent ? fais-je en haussant un sourcil. Mais M. Anderson, ne suis-je pas justement celui qui vous a aidé à gagner tout cet argent à la base ?
— Même, je ferai...
— J'ai déjà tout ce que je veux, lui dis-je. Après tout, je ne suis qu'un diable de majordome.
— Majordome ? »

Le mot, prononcé sur un ton ahuri, sera le dernier à quitter ses lèvres. Je le ramasse sans peine et le tranche en deux à la force des bras. Son corps se déchire aussi facilement qu'une miche de pain, sang et chair se répandant sur le sol carrelé qu'il aimait tant.

Un instant plus tard, je suis agenouillé devant lui en train de dévorer son âme. Je n'en retire aucun plaisir et remarque à peine sa saveur insipide. C'est suffisant pour me remplir l'estomac, rien de plus. Plutôt que le besoin de me nourrir, c'est surtout pour mettre définitivement terme à notre contrat que j'ai fait ça. Mes gants ne la dissimulant plus, je regarde le dos de ma main gauche où les lignes noires qui la recouvrent redeviennent identiques au motif familier qui m'indique qui est mon vrai maître. Ciel Phantomhive est à présent le seul dont le contrat marque ma peau.

Plus tard dans la soirée, lorsque j'aurai fini de nettoyer l'appartement, je rétablirai la connexion que nous avions et que j'ai bridée il y a si longtemps. Cette petite partie de mon esprit qui me laisse entendre lorsque mon Jeune Maître m'appelle. Je n'ai désormais plus peur de ce tiraillement familier dans ma tête. Je commence à nettoyer l'appartement. Je ne fais pas ça par respect pour les morts ou parce que je regrette mes actions. Je le fais pour que personne ne découvre ce qu'il s'est passé ici, car il serait plus simple pour moi qu'on pense que John Anderson est simplement parti à l'improviste pour des congés impromptus. Peut-être qu'à la longue, dans un mois ou deux, quelqu'un se rendra compte qu'il ne revient pas. Lorsque cela arrivera, on enquêtera sur son deuxième appartement, là où je vis. A ce moment là, je serai déjà parti depuis longtemps, mais je n'ai pas envie que quelqu'un vienne le fouiller avant que je n'ai eu le temps de le débarrasser.


Trois heures et quart après que je sois arrivé chez John Anderson, je reprends le chemin inverse qui mène jusque chez moi. Toute trace de sang a disparu de mes vêtements. Je porte des rechanges propres, que je gardais là-bas spécialement pour ce genre de situation.

Je suis surpris de découvrir à quel point je me sens soulagé que mon contrat avec John Anderson soit terminé. Jamais auparavant je ne me suis soucié du fait que j'étais en contrat avec quelqu'un ou pas. Habituellement, les démons n'ont pas de préférences, même dans le cas où leur maître est cruel ou répugnant. Pour dire vrai, certains en tirent même du plaisir. C'est notre façon de vivre, tout simplement. Tout comme un humain doit travailler pour survivre, c'est ainsi que je mène ma vie. Une fois un contrat rempli, un démon finit par en trouver un nouveau. C'est la voie naturelle que nous nous devons de suivre.

Malgré tout, j'arpente les trottoirs des rues dans l'obscurité de la nuit, le sourire aux lèvres. Je me réjouis d'avance à l'idée de retrouver mon maître. Bien que John Anderson soit hors course, je reste conscient que des complications risquent de survenir. Je n'ai pas l'intention de dévorer l'âme de mon Jeune Maître. Ça, au moins, n'a pas changé. Et honnêtement, me nourrir n'est pas essentiel à ma survie. Cependant, les démons ressentent la faim. Des années peuvent passer et je me retrouverai au final dans une situation des plus inconfortables avec cette faim qui me tiraillera. Néanmoins, comme mon expérience avec John Anderson l'a démontré, je me sentirais tout aussi incommodé en passant un nouveau contrat dans le seul but de contenter mon appétit. Une autre option serait de dévorer des âmes sans passer de contrat, chose que les shinigamis redoutent le plus, et que je me refuse à envisager. Ce serait comme fouiller les poubelles à la recherche de son dîner pour un humain. Oui, le temps passant, je me retrouverai face à un dilemme Être tiraillé par la faim ou passer un second contrat. Lorsque cela arrivera, je choisirai l'option la moins repoussante, tout simplement. Et, après tout, il y a différentes sortes de faims. Les souvenirs de ce matin suffisent à me le rappeler.

Le sourire sur mes lèvres se fane toutefois devant le spectacle qui se présente à moi. Des véhicules d'urgence bloquent la route en face de mon immeuble. Les sirènes ne sont pas en marche. C'est donc qu'ils sont là depuis un moment. Toutefois, les phares de deux ambulances, dont une qui s'éloigne, sont allumés. Une voiture de police est garée juste en face du bâtiment. Un policier tente de garder à distance une foule de passants qui s'amasse autour du lieu de l'accident. Car il est évident que c'est bien un accident. Un autre policier se tient en retrait, discutant avec une femme à l'air égaré qui se retient à une des voitures.

La foule bloque la porte de mon bâtiment, mais j'essaie malgré tout de m'y frayer un chemin. L'entrée n'est pas interdite, même si elle est ralentie. Je n'ai ni envie d'utiliser la porte de derrière, ni la sortie de secours pour me rendre à mon appartement. Alors que je parviens enfin à entrer, une femme qui habite au même étage que moi me remarque.

« Vous avez entendu ce qui s'est passé ?
— Un accident, j'imagine », réponds-je sans m'intéresser.

J'ai déjà eu la malchance de me faire coincer par elle une fois. Cette femme est capable de raconter une histoire de cinq minutes en trois heures, et reste toujours à l'affût du moindre ragot. Je me demande si je pourrais m'en débarrasser en moins d'une demi-heure.

Elle acquiesce.

« Je l'ai vu, moi aussi. Il n'y a jamais rien qui arrive dans notre rue, pas vrai ? Pas des choses comme ça en tout cas. La voiture s'est écartée de la route et a frappé un gamin qui traversait. Elle a touché une autre voiture aussi, et une partie de l'immeuble. On m'a dit que les freins avaient lâché. C'est la pagaille en bas. Quel dommage quand même. J'ai vu l'enfant avant qu'on l'éloigne de là. Il devait pas avoir plus de onze ou douze ans. Je me demande s'ils ont réussi à contacter ses parents. J'espère qu'il va bien, il avait l'air en assez mauvais état.
— Un enfant ? »

Une vague d'appréhension me retourne l'estomac. Mon Jeune Maître et moi ne nous sommes pas mis d'accord sur une heure précise, juste que nous nous retrouverions à mon appartement plus tard ce soir. Je n'ai aucune raison de penser que quoi que ce soit s'est produit, même s'il a une fâcheuse tendance à toujours se retrouver dans des situations délicates.

« Vous avez vu a quoi il ressemblait ?
— Pas vraiment, non, admet-elle. J'ai à peine pu voir son visage avant que les secours le mettent dans l'ambulance.
— Est-ce qu'il portait un cache-oeil ? »

Une de ses caractéristiques les plus reconnaissables, surtout pour un enfant. Ça ne peut pas être lui, mais mieux vaut s'en assurer plutôt que de laisser le doute persister.

« Oh. Non, je suis sûre que non. »

Elle sourit. Je laisse échapper un soupir de soulagement. Elle se tourne pour assister au départ de la dernière ambulance.

« Mais il avait de très jolis cheveux. Avec des reflets bleutés, presque gris. »

A ces mots, mon coeur se glace. Je la dépasse et traverse rapidement la masse de gens. La limite à partir de laquelle le policier fait reculer la foule est définie par une ligne d'adhésif posée à la hâte. Une Sedan s'est écrasée contre la façade du bâtiment et de la fumée sort du capot froissé. Une trace de sang s'étale sur le trottoir là où la voiture s'est écartée de la route avant de heurter le mur. Une odeur d'huile et de caoutchouc brûlé flotte dans l'air. J'ouvre la bouche pour appeler le policier, afin qu'il me donne davantage d'informations, qu'il confirme mes craintes ou non. C'est alors que je le vois.

Il repose sur le sol, presque caché sous la roue arrière de la Sedan. Un triangle de tissu noir. Deux cordelettes noires identiques attachées de chaque côté, laminées. Le cache-oeil de mon Jeune Maître.

A suivre...


Enfin le voilà, ce fameux chapitre. J'aimerais bien avoir vos avis. Mon premier lemon traduit, voyez-vous. Alors dis-moi, qu'est-ce qui t'a plu/déplu ? Oui, c'est à toi que je parle. Toi, là, le petit lecteur passif. Celui qui met des alertes/favoris discretos sans rien dire. Toi qui es trop gêné, ou trop flemmard. De toute façon, si ce n'est pas toi, un autre le fera... mais non ! Tous les avis m'intéressent. Ceux qui publient ne le font jamais sans un certain intérêt, sinon autant garder nos textes bien au chaud. C'est pour toi que je fais ça, alors vas-y, ose ! Prends tes petites mimines et écris-moi. Je t'accueillerai à bras grand ouverts !