Spéciale dédicace pour mes trois mousquetaires : )
.
Bonne lecture !
.
.
Terry Wells consultât sa montre pour la énième fois de la matinée. Juste le jour où il arrivait tôt au cabaret ! Il avait plusieurs courriers important à dicter aussi avait-il fait un effort ce matin pour être à son bureau dès 10H. Mais en arrivant il l'avait trouvé vide. Sven aurait normalement dû s'y trouver depuis au moins une heure mais l'ordinateur n'était même pas allumé, indiquant que le jeune homme n'y était visiblement pas encore passé. Cela ne lui ressemblait pas et Terry, d'abord agacé, commençait aussi, à mesure que les minutes s'écoulaient, à éprouver une certaine inquiétude. Son premier reflexe avait été de vérifier son téléphone. Si Sven était malade il lui enverrait forcement un message mais rien. A moins qu'il n'ait pas voulu le faire délibérément. Inévitablement il se remémora la dernière fois où il avait croisé le jeune homme le samedi précédent. Ils étaient tout deux dans le bureau travaillant sur un scénario lorsque Luc était venu le prévenir d'un incident survenu à Lauryne, la jeune danseuse embauchée trois semaines plus tôt et dont Terry s'était amouraché, bien aidé par l'attitude aguicheuse de la jeune femme. Le cabaretier avait aussitôt quitté les lieux non sans avoir croisé le regard de Sven. Un regard où il s'attendait à trouver de la colère, de la jalousie voir du mépris… Mais non. Tout ce qu'il y trouvait chaque fois c'était seulement de la tristesse, une déception qui chaque fois le blessait mais qui ne suffisait pas à le retenir. L'incident en question n'était rien d'autre qu'une glissade sans grande conséquence mais la jeune femme s'était montrée si convaincante à se prétendre épuisée qu'il avait décidé de la dispenser de show le soir même. Bella avait tempêté sur la désorganisation, soutenue par Célia. L'élue les avait alors accusée de jalousie et Wells fidèle à sa technique avait trouvé son salut dans la fuite…Il avait entrainé sa conquête dans le bureau que Sven avait aussitôt quitté en le voyant revenir accompagné, préférant attendre devant la porte. Lauryne, multipliant flatteries et lamentations savamment dosées avait finalement obtenu ce qu'elle espérait depuis le début : que le maître des lieux l'emmène en week end. Sauf que ce genre de projet n'était vraiment pas indiqué dans son métier, d'ailleurs Terry n'avait que très rarement cédé à ce genre de demande, mais la demoiselle était visiblement convaincante… Décidé, il était alors sorti de son bureau dans l'intention de prévenir la costumière et la meneuse de revue mais à peine avait il franchit le seuil qu'il percevait déjà la voix furieuse de la première qui ruminait sans doute le désistement de sa conquête. Il s'était arrêté indécis, peu désireux de l'affronter et brusquement il avait pris sa décision. Retournant dans le bureau il avait prit la main de sa compagne pour l'entrainer avec l'intention de partir en douce, il pourrait toujours prévenir par un message. Mais alors qu'ils remontaient le couloir ils avaient croisé Sven qui revenait vers le bureau sans doute pour voir s'il pouvait reprendre son travail. Le jeune homme lui avait adressé un regard étonné
-« Nous partons ! » avait-il annoncé alors s'efforçant de paraitre ferme « Tu n'auras qu'à prévenir les autres »
Pendant quelques secondes ils s'étaient jaugés du regard. Et là, pour la première fois, le jeune secrétaire avait alors osé lui répondre :
-« N'auras tu donc jamais le courage de tes opinions Terry ? » avait-il demandé d'une voie lasse
Cette simple question posée sans colère, sans reproche, avec juste ce ton désabusé, l'avait bien plus impressionné qu'un éclat et un instant il était resté immobile, perdu. Ce fut sa conquête, étonnée de sa réaction, qui l'avait rappelé à l'ordre avec impatience. Il avait finalement quitté les lieux mal à l'aise et, perturbé par sa mauvaise conscience, il avait passé un très mauvais week end. Au point de l'abréger et de rentrer le dimanche soir vers 18H. Poussé par il ne savait qu'elle force il s'était alors précipité au cabaret bien qu'il appréhendait le sermon de sa costumière, mais rien ne s'était passé comme prévu. Bella s'était enfermée dans un mutisme bien inhabituel chez elle et Sven avait apparemment déjà terminé sa journée. Sachant qu'il lui avait délégué la tache de recevoir les visiteurs de marque lorsqu'il devait s'absenter, cette défection l'avait un peu surprit mais il s'était dit que c'était sans doute parce qu'il n'y avait pas de personnalité connue en visite annoncée. Il avait donc dû reporter au lendemain le revoir. Il avait eu du temps pour réfléchir et il était décidé à avoir une petite explication avec le jeune homme, tourmenté par sa réflexion. Sauf que Sven n'était pas là et qu'il n'avait pas répondu aux trois messages qu'il lui avait envoyé en une heure…
Finalement, exaspéré, et vaguement inquiet bien qu'il ne l'aurait jamais avoué, il se résigna à aller récolter les informations à la source.
.
-« Bella ! Où est Sven ? Il est en retard et je n'arrive pas à le joindre ! » Brailla Wells en faisant irruption dans la loge de sa costumière, visiblement nerveux
-« Parti » rétorqua celle-ci en continuant son ouvrage sans même daigner lever les yeux
-« Parti ? » répéta l'homme interloqué « Comment ça parti ? »
-« Si tu lisais tes mails tu le saurais »
-« C'est lui qui s'occupe de ça ! »
-« Va falloir t'y mettre »
-« Quoi ? »
-« Mais il te connait bien » se moqua Bella « Il a pris la précaution de me laisser une copie » précisa t-elle et consentant enfin à abandonner sa couture. Elle tendit la main vers un tiroir sous la table et en tira une feuille pliée en quatre qu'elle lança d'un geste désinvolte au bout de la table en direction de son patron
-« Qu'est ce que c'est encore ? » Râla celui-ci en saisissant rapidement le papier
-« Sa lettre de démission » précisa Bella, levant les yeux quelques secondes pour observer sa réaction, elle se réjouit, sans le montrer, en le voyant pâlir tandis qu'il parcourait la missive
-« C'est n'importe quoi ! » protesta le gérant « Il n'est pas sérieux ! Et… il ne donne même pas de raison ! »
-« Pour quoi faire ? Il est clair et concis comme il faut dans ce genre de courrier » remarqua la costumière. Puis elle leva la tête et le fixa « Et de toute façon la raison tu la connais parfaitement ! »
Wells se raidit, mal à l'aise
-« Tu t'es assez moqué de lui » insista Bella
-« Ne te mêle pas de ça ! »
La vieille dame se replongea dans sa couture
-« Et ça n'a rien à voir avec le boulot ! C'est …c'est différent ! »
-« Sauf qu'en bossant ici il est contraint de rester en permanence avec toi. Donc c'est bien incompatible »
Wells ouvrit la bouche pour répliquer mais ne dit rien. A la place il inspira profondément pour se calmer et reposa la lettre qu'il avait pratiquement déchirée en deux à force de la triturer
-« Bien » affirma t-il, cherchant à apaiser les tensions « Bella ? »
-« Ouais ? » répondit celle-ci sans lever les yeux
-« Tu sais où il est ? »
-« Oui »
-« Et aurais tu l'amabilité de me le dire ? »
-« Non » rétorqua aussitôt la costumière. Le gérant accusa le coup
-« Et pourquoi ? » interrogea t-il, s'efforçant de rester calme
-« Tu lui as fait assez de mal comme ça. Maintenant il sera tranquille »
-« Bella ! Je ne peux pas travailler sans lui ! »
-« Passe une annonce. Tu trouveras bien un autre secrétaire. Ou une autre d'ailleurs » ricana la costumière. « Une jolie poulette pas farouche comme tu les aimes » Ce fut la goutte d'eau. Wells se pencha en avant, appuyant ses poings serrés contre la table, pour se rapprocher de la costumière
-« Bella ! Ne me provoque pas ! J'ai besoin de Sven ! »
Nullement impressionnée, la vieille dame se leva à demi, posant elle aussi ses mains sur la table, se penchant vers lui. Rivant son regard dans le sien elle lui fit face
-« Ca, fallait y penser avant mon gars ! »
Ils se dévisagèrent un instant comme deux adversaires qui se jaugent. Wells céda le premier
-« Donc tu ne m'aidera pas ? »
-« Non » rétorqua la costumière en reprenant sa place comme si de rien n'était. Wells inspira de nouveau pour garder son calme, furieux de l'attitude de son employée « Il est en de bonnes mains. Heureusement que ses amis sont fiables eux » marmonna Bella, l'air absorbé par sa couture mais guettant discrètement chaque réaction de son vis-à-vis
-« Ses amis ? Quels amis ? »
La vieille dame ne répondit pas. Il tourna un instant dans la loge. Elle devinait qu'il réfléchissait à ses paroles, cherchant une piste. Brusquement il s'arrêta et se tourna vers elle. Ayant anticipé le mouvement, Bella avait déjà baissé les yeux sur son ouvrage. Elle sentit qu'il était tenté de continuer son interrogatoire mais il dut se dire qu'elle ne lui donnerait aucune information. Finalement il se détourna et quitta la loge d'un pas rapide. Bella reposa aussitôt son ouvrage
-« Le poisson est ferré » murmura t-il « Mais pourvu qu'il ait réfléchis dans le bon sens ! ». Se levant sans bruit, elle se glissa dans le couloir et s'aventura silencieusement jusqu'au repaire de son patron pour écouter
Wells se tenait devant son bureau, hésitant. Il réfléchit encore un instant puis se décida à décrocher son téléphone.
.
Finch tourna la tête vers son portable. Il esquissa un mince sourire et décrocha à la troisième sonnerie, comprenant que le plan de Bella avait fonctionné
-« Allo ? »
-« M Wren ? »
-« Bonjour M Wells »
-« Oui Bonjour…comment allez vous ? » demanda Terry
-« Bien je vous remercie. Que puis-je pour vous ? Un souci ? »
-« Non, presque rien…je… » Commença le gérant « Je cherche à joindre Sven, mon secrétaire » dit-il finalement « Je me disais que peut être vous sauriez où il se trouve ? »
-« En effet »
-« Ah oui ? C'est rassurant ! » S'exclama Wells « Je le cherche vainement depuis ce matin. Son numéro de portable ne répond plus »
-« Il est possible qu'il en ait changé » suggéra Finch
-« Il aurait pu m'en avertir dans ce cas ! »
-« Sans doute. C'est à M Litmanen d'en décider »
-« Je suis son patron » protesta Terry
-« Je ne suis plus certain de l'exactitude de cette affirmation M Wells »
Il y eu un blanc puis le gérant demanda :
-« Alors il vous a averti de sa démission ? »
-« En effet » répéta Finch « Et je trouve cela très préjudiciable pour le cabaret. M Litmanen a toujours fait un excellent travail »
-« Ouais je sais M Wren et c'est pour ça qu'il faut que je le retrouve ! Je vais lui parler et le ramener à la raison »
-« Je crains qu'il ne soit trop tard pour cela M Wells »
-« Et pourquoi ? »
-« Sven a déjà trouvé un nouvel emploi »
-« Quoi ? » s'exclama le cabaretier laissant transparaitre sa contrariété
-« J'ai estimé qu'il serait regrettable de perdre un employé aussi compétent » précisa volontairement l'informaticien
-« Vous l'avez débauché ? « S'étrangla Terry
-« Non M Wells. Je lui ai proposé un emploi alors qu'il avait déjà démissionné »
-« Mais vous n'aviez pas le droit de faire ça ! » explosa le gérant « Et vous savez bien que ce n'est pas une vraie démission ! »
-« Comment l'aurais je su ? » demanda Finch d'un ton innocent « Elle m'a semblé parfaitement régulière »
-« Vous savez très bien ce que je veux dire ! » lança Terry exaspéré « Donnez moi son numéro, je dois lui parler ! »
-« Je suis désolé M Wells je ne peux vous le transmettre »
-« Non ? »
-« J'ai promis à M Litmanen de ne pas le faire »
-« Mais c'est incroyable ! » protesta Wells furieux « Très bien ! Dans ce cas je vais aller chez lui, j'attendrais le temps qu'il faudra mais nous nous expliquerons ! »
-« Faites. Mais je crains qu'une fois encore il ne soit trop tard. Le poste que j'ai offert à Sven incluait un logement de fonction et il a demandé à en bénéficier »
-« Vous le faites exprès ? » gronda Wells « Vous êtes son complice ! »
-« Je ne fais qu'aider un jeune homme sympathique et brillant »
-« Sympathique et brillant ? » ricana Terry
-« C'est ce que je pense »
-« Et quoi d'autre ? » insista le gérant « Vous êtes sur que c'est un logement de fonction ? Vous ne vous seriez pas plutôt aménagé une garçonnière ? »
-« Je vais mettre cette affirmation sur le compte de la jalousie M Wells » répondit Finch d'un ton glacial « Même s'il est étrange que vous en éprouviez au vue de votre incapacité à assumer vos sentiments envers Sven. Et à présent je préfère en terminer avec cette conversation avant que vous ne prononciez d'autres paroles susceptibles de nuire à notre association » ajouta t-il, sévère « Au revoir M Wells » Affirma t-il avant de raccrocher. Terry fixa le téléphone, estomaqué, et raccrocha violemment le combiné. Il se leva, furieux, mais retomba presque aussitôt assis sur son fauteuil, terrassé par la gifle magistrale que lui assena Bella. La costumière lui adressa un regard chargé de mépris puis se détourna pour aller s'enfermer dans sa loge, laissant son patron éberlué sur son fauteuil. Dès qu'elle fut seule elle se précipita sur son portable
-« M Wren ? »
-« Oui Bella. On dirait que votre plan fonctionne. M Wells vient de m'appeler »
-« Je sais, j'ai entendu ! Et je suis indignée de ce qu'a osé vous dire ce crétin ! »
-« Calmez-vous Bella » affirma Finch, amusé, « Il était à prévoir que la conversation risquait de manquer de cordialité »
-« Ah mais là ! Il a dépassé les bornes ! Que lui avez-vous répondu ? »
-« Que je mettais son agressivité sur le compte de la jalousie »
-« Bien envoyé ! »
-« Et je ne lui ai pas laissé le temps de continuer. Je ne voulais pas trop envenimer la situation et risquer de remettre en cause notre partenariat »
-« Vous allez pas nous laissez tomber ? » s'inquiéta spontanément la costumière
-« Rassurez vous Bella ce n'est pas mon intention »
-« Ce serait dommage ! Juste quand vous avez retenu mon prénom »
Finch sourit
-« Tant que M Wells se maitrise il n'y a pas de raison »
-« Je vais le surveiller cet imbécile ! »
-« Je n'en doute pas. Et Luc pourra vous aider si toutefois vous êtes réconciliés »
-« Mouais » marmonna la vieille dame. Puis elle demanda brusquement : « Est-ce que John est là ? »
-« Non, pas pour le moment. Pourquoi demandez-vous cela ? »
-« Pour savoir si je dois m'attendre à le voir débarquer pour pulvériser Terry bien sur ! »
-« Oh Bella ! »
-« S'il avait entendu ce qu'il vous a dit ça ferait pas un pli ! »
-« Et bien soyez rassuré il est absent » se moqua l'informaticien
-« Ouf !... enfin… »
-« Oui ? »
-« Hormis dans des cas de ce genre John peut passer quand il veut vous savez ? »
-« Bien sur. Il le sait très bien » répondit Finch qui se sentit rougir « Mais ce n'est pas… pas nécessaire »
-« Hum. Je me doute qu'il vous plait même quand je ne le déguise pas Harold, rien que le costume ou même… »
-« Ca suffit Bella » l'interrompit l'informaticien « Je vous ai parfaitement compris ! »
-« Ben quoi demi patron ? On est embarrassé ? »
-« Bonne journée Bella. Tenez-moi au courant » trancha Finch. Il eut le temps d'entendre rire la vieille dame avant que la communication ne soit interrompue « Incorrigible » soupira t-il désabusé « Elle pourrait au moins songer que je l'aide ! ». Bear vint poser la tête sur son genou, curieux « Et oui Bear, nous ne sommes pas toujours récompensé de nos bonnes actions ! » lui dit-il en le caressant « Quoique. Je suis sur que ton maître se rangerait du côté de sa complice. Il pourrait être bien attrapé si un jour je trouve le courage d'aller la voir ! » Marmonna t-il. Mais c'était décidément une perspective qui lui demanderait vraiment beaucoup de courage !
.
Ooooooooooo
.
Finch soupira en entendant la sonnerie du téléphone « Pas déjà ! » protesta t-il en lui-même. John venait à peine de l'appeler pour annoncer la fin de leur enquête en cours et c'était leur quatrième numéro en cinq jours, cela commençait à faire beaucoup. La petite parenthèse de détente dont ils avaient profité la veille lui semblait soudain bien lointaine et leur projet de week-end à la villa un espoir inaccessible…Et évidemment avec l'enchainement des enquêtes il redoutait le manque de repos pour son partenaire. Il n'avait eu que trois heures de sommeil la nuit précédente pour assurer la surveillance de leur client. Quelques heures de répit c'était bien peu pour toute l'énergie demandée par leurs missions. Etait ce cette vague de chaleur inhabituelle qui régnait sur la ville qui rendait les criminels plus actifs en exacerbant les tensions ?
Il examina les fichiers à l'écran et cela ne fit que le contrarier un peu plus. Si les trois premiers numéros n'avaient pas posés trop de difficultés le dernier arrivé s'annonçait plus complexe. Depuis le temps les deux associés avaient appris à anticiper ce genre de cas et à deviner quelle mission leur demanderait davantage d'implication et celle-ci Finch la devinait délicate. Dès qu'il avait obtenu les premières informations sur leur nouvelle cible, sa personnalité et le milieu dans lequel elle évoluait, il avait compris qu'il s'agirait d'une mission au long court. Du reste, au fil de ses découvertes il en avait même déduit qu'elle nécessiterait une infiltration et ce n'était pas précisément une bonne nouvelle. Savoir John exposé lui était déjà pénible. Exposé et isolé était pire. Il retint un autre soupir et fixa la photo d'un œil un peu rancunier même s'il savait bien que la femme dont le visage s'y affichait n'y était pour rien.
Des pas dans l'escalier, Bear se précipitant dans le couloir, « Deux signes qui ne trompent pas » songea Finch. Il se leva et alla à la rencontre de son compagnon. Celui-ci ne dit pas un mot, l'enlaça et l'embrassa longuement parce qu'à cet instant précis c'était tout ce dont il avait besoin. Il finit par nicher son visage dans son cou et resta là à profiter de sa présence. Finch passait doucement la main dans ses cheveux d'un geste apaisant
-« Vous avez besoin de vous reposer »
-« Je ne pense pas que ce soit au programme » remarqua Reese « J'ai vu le panneau »
-« Je suis désolé »
-« Non » murmura John « Laissez moi juste une minute » Finch le laissa faire quelques instants puis s'écarta
-« Venez » affirma t-il en lui prenant la main. Il saisit ses feuillets sur le bureau en passant puis alla s'asseoir dans le canapé, l'invitant à l'imiter « Installez-vous » ajouta t-il en tapotant la place à ses côtés. Reese comprit le message, s'assit et bascula pour poser la tête sur ses genoux avec un soupir satisfait « Agréable ? »
-« Très » murmura l'ex agent « Rien de mieux » précisa t-il en sentant la main de son compagnon caresser sa joue. « Je vous écoute » ajouta t-il en fermant les yeux mais Finch savait qu'il serait attentif
-« Rebecca Ferguson, 44 ans, PDG d'une entreprise de gestion-construction immobilière »
-« PDG ? »
-« Oui. D'après ce que j'ai lu sur elle Miss Ferguson est une femme de tête, redoutable en affaire, même si elle n'était pas destinée au départ à diriger l'entreprise. La famille s'enorgueillit de descendre en ligne directe des colons du Mayflower, ce qui est difficilement vérifiable mais possible. Toujours est-il que l'un de ses ancêtres, Magnus, s'est installé à New York il y a cinq générations et s'est lancé dans l'immobilier avec succès. La petite société s'est considérablement développée au fil du temps. A chaque génération le fils ainé a repris la suite »
-« Sauf que cette fois c'est une fille »
-« Ce n'était pas ce qui était prévu. Rebecca était la fille cadette de Théophile et Alba Fergusson. Il semble que sa mère avait quelques difficultés à donner naissance et seul deux enfants constituaient la famille, Samuel et Rebecca. L'ainé était formé par son père et son grand père à assurer la succession et l'a fait brillement jusqu'à ce qu'il se tue dans un accident de ski alors qu'il faisait du hors piste. Il avait 22 ans et était célibataire. Rebecca en revanche était mariée depuis quatre mois bien qu'elle n'avait alors que 17 ans mais il semble que Miss Fergusson était devenue une adolescente rebelle, réfractaire à l'autorité parentale. Toutefois elle avait dû s'y pliée lorsqu'elle s'est trouvée enceinte et que ses parents l'ont contrainte à épouser son petit ami. Ils pensaient peut être que cela la rendrait plus sage »
-« Ca n'a pas marché ? »
-« Si je me réfère aux coupures de presse de l'époque ce n'était pas très efficace. Mais ensuite le drame est survenu ce qui a tout changé pour elle »
-« Elle devenait l'héritière »
-« Exactement » approuva Finch « Le petit Samuel est né deux semaines plus tard et tout de suite après son père et son grand père ont décidé de la prendre en main, en quelque sorte, pour qu'elle puisse tenir son rôle. Etrangement cela a eu un effet bénéfique sur son comportement »
-« Elle avait peut être trouvé sa voix ? »
-« C'est très probable. Cette période a duré un an. Puis les époux Ferguson ont disparu à leur tour dans un accident d'avion alors qu'ils se rendaient à un mariage. Elle s'est donc retrouvée propulsée à la tête du groupe avec heureusement l'assistance de son grand père. Sa première décision fut de divorcer. Il est évident que sur ce point sa situation eut été bloqué sans le décès de ses parents qui n'auraient pas admit un divorce, bien que de toute évidence elle avait d'autre aspirations puisqu'elle s'est remariée seulement six mois plus tard avec Nils Norell dont elle a eu un fils Simon. Le mariage a duré deux ans et s'est soldé par un divorce. Quelques mois plus tard elle épousait Yanis Moreas, un architecte d'origine grec qui travaillait beaucoup avec l'Europe »
-« Cela ne l'avait pas découragé du mariage »
-« Oh pour ça non ! » confirma l'informaticien « Cette union là a tenue sept ans et un autre fils en est issu, Scott. Il a prit fin avec le décès de l'époux dans un accident de voiture. M Moreas était lui-même veuf lorsqu'il avait épousé Miss Ferguson et père d'une fillette de deux ans. L'enfant se retrouva orpheline à 9 ans sans aucune famille et Rebecca l'a gardé pour l'élever avec ses fils »
-« C'était généreux de sa part »
-« Intéressé surtout. La jeune Eva a hérité de son père les 5% de l'entreprise que celui-ci possédait. C'était une façon d'en garder le contrôle »
-« Je vois » émit Reese perplexe « Et ensuite ? »
-« Miss Ferguson n'est restée célibataire que huit mois avant d'épouser Pietro Banner, choix étrange pour une femme d'affaire aussi stricte et cartésienne que d'épouser un artiste vivant en marge de la société et qui ne s'est jamais adapté au mode de vie de sa femme »
-« Laissez-moi deviner ! Divorce ? »
-« Au bout de 18 mois. Leur fils Sandro était à peine né »
-« Encore un fils ? Elle ne conçoit donc que des garçons ? »
-« En effet » s'amusa l'informaticien « Puisque ce fut aussi le cas lors de ces cinquièmes et dernières noces avec M Nick Henson son époux actuel »
-« Et il tient bon celui là ? »
-« Plus ou moins. Il y a des rumeurs »
-« Alors on le classe parmi les suspects ? »
-« Difficile à dire. M Henson est un avocat connu, au vue de leur contrat prénuptial divorcer ne lui serait pas trop préjudiciable. En tout cas il ne serait pas plus riche d'un veuvage. Miss Ferguson a pris ses dispositions pour préserver ses fils »
-« Donc si je résume, en face il y a le mari, le grand père peut être ? »
-« En effet même si à 89 ans il vit plus ou moins retiré »
-« Et les cinq fils ? Vous avez des infos ?»
-« Samuel, l'ainé, 27 ans, n'habite plus au domaine. Il est marié et père de deux enfants, des filles » précisa Finch « Et il a ses propres affaires. Il a fondé une petite start up à l'autre bout du pays qui s'est bien développée »
-« Mais il est l'ainé, il devrait être le successeur ? »
-« Logiquement oui mais son passé d'enfant " surprise" ne le favorise sans doute pas. Les relations sont très distantes avec sa mère, pas houleuses, mais très froides »
-« Il faudra vérifier s'il n'est pas de retour dans le coin en ce moment »
-« Je m'en occuperais. Non, de toute évidence Miss Ferguson a décidée que son second fils, Simon 23 ans, serait son successeur. Il est déjà son bras droit et a travaillé avec elle au début. Toutefois en ce moment il vit à Philadelphie où il dirige les deux succursales de la société basées là bas. Il s'est marié l'an dernier mais ils n'ont pas encore d'enfant »
-« D''accord. Donc les deux premiers ne sont pas sur place »
-« Non. Au domaine vous trouverez Scott 19 ans qui poursuit des études de commerce, terme un peu vague pour cacher une certaine instabilité dans ses choix professionnels. En revanche sur le plan personnel il est fiancé à Chelsea Whiteman depuis six mois. Ensuite il y a Sandro 11 ans. Le gamin semble avoir hérité des talents artistiques de son père et de la rigueur de sa mère »
-« Drôle de mélange non ? »
-« Un peu antagoniste. Et enfin le petit dernier, Sacha 8 ans. S'ajoute la jeune Eva, 21 ans »
-« La belle fille ? »
-« Oui. Elle est employée dans la société »
-« Toujours dans le but de la garder à vue ? »
-« C'est possible. Toutefois son emploi est bien réel et elle est logée dans un petit loft sur le domaine »
-« Et du côté des ex maris ? »
-« Je n'ai pas encore toute les informations »
-« Ok. Et vous avez un plan pour l'approcher je suppose ? Vu le contexte je ne vais pas pouvoir veiller de loin»
-« Ce genre de personne a toujours besoin d'un garde du corps »
-« Logé au domaine ? »
-« Oui »
Reese soupira mais n'ajouta rien. Finch laissa glisser sa main libre et s'empara de la sienne. Il répondit à son geste en entrelaçant leurs doigts. Quelques minutes s'écoulèrent puis John eut un petit rire
-« Quelque chose vous amuse ? » interrogea Finch, curieux
-« En acceptant ce boulot je n'aurais jamais imaginé qu'un jour ce que je lui trouverais de plus pénible soit d'être séparé de mon patron »
-« Je n'étais pas censé avoir plus qu'un employé. Ce qui m'aurait bien facilité la tache d'ailleurs »
-« Ah oui ? Pour être moins inquiet ? » Suggéra John
-« Pour avoir moins souvent à rougir ! »
-« Vous voulez que je démissionne Finch ? » taquina Reese
-« Pour rien au monde » lui chuchota l'informaticien avant de l'embrasser
.
Ooooooooooo
.
Une heure plus tard Finch poursuivait ses recherches pendant que son agent était allé faire une première reconnaissance des bureaux de leur nouveau numéro et du domaine qui lui servait de résidence. Il ne pourrait sans doute pas y pénétrer mais cela lui permettrait de se familiariser avec l'environnement. Son téléphone vibra et il prit l'appel distraitement, absorbé par ses fichiers
-« Oui M Reese ? »
-« Heu… pas exactement Finch »
-« Oh ! Excusez moi inspecteur je n'avais pas vérifié l'appelant »
-« Y'a pas de mal. J'en déduis que Superman est sur le terrain ? »
-« En effet »
-« Pourtant il m'a déjà livré aujourd'hui » s'amusa Fusco « Il veut battre un record ? »
-« Il est vrai que le travail ne nous manque pas ces derniers jours » approuva Finch « Mais pour ce qui est de notre nouvelle mission je crois que la livraison sera nettement moins rapide »
-« Une enquête longue durée ? »
-« J'en ai l'intuition »
-« Pas au bout du monde j'espère ? »
-« Non rassurez vous nous restons en ville »
-« J'aime autant ! »
-« Aviez-vous besoin de mes services inspecteur ? »
-« Non. Pas pour l'instant »
-« Mais ? »
-« Ben en fait… je voulais vous dire… Merci »
-« Merci ? Et pourquoi donc ? »
-« Pour la soirée de vendredi »
-« Vous me l'aviez déjà dit » remarqua Finch. Il sourit en songeant que leur bon ami était aussi doué qu'eux pour exprimer ses sentiments
-« Oui mais… Merci aussi pour vos encouragements »
-« De rien inspecteur »
-« Hier j'avais invité Mégan » annonça finalement celui-ci « On est allé au resto et à une expo »
-« Ca c'est bien passé ? »
-« J'ai passé une des meilleures journées de ma vie » avoua spontanément Lionel
-« Je suis très heureux pour vous et pour le docteur Tillman » affirma l'informaticien réjouit
-« Donc il fallait que je vous remercie pour votre idée »
-« Est-ce que Lee apprécie cette idée lui aussi ? »
-« Oh oui ! Il m'a dit qu'il l'aimait beaucoup, à 90% en fait »
-« 90 ? »
-« Pour avoir les 10% qui reste il faudra qu'elle convienne à son chat » précisa Fusco
-« Ah oui bien sur, j'aurais du y penser» s'amusa Finch « Donc il ne vous reste plus qu'à l'inviter chez vous »
-« Ouais. Lee voulait l'inviter demain soir. Il a pas cours le mercredi matin alors je le laisse veiller un peu plus mais Mégan était pas sure de pouvoir se libérer donc on verra bien. Sinon on fera ça samedi »
-« Souhaitons qu'Isatis se range à l'avis de ses maîtres »
-« Oh je suis sur que ça va le faire ! »
-« Moi aussi inspecteur »
-« Bon. Alors à bientôt Finch. Vous savez où me trouver »
-« A bientôt » lança l'informaticien. Il raccrocha et fit tourner son fauteuil vers son ordinateur portable, un mince sourire sur les lèvres
.
Ooooooooooo
.
Reese revint vers 22H et trouva son compagnon couché avec un livre, Bear allongé aux pieds du lit. Il sourit à cette scène familière dont il ne se lassait pas
-« Tout s'est bien passé ? » interrogea Finch en se redressant pour recevoir son baiser
-« J'ai observé les lieux, sécurisés mais pas une forteresse non plus à première vue, j'ai déjà repéré quelques failles »
-« Tout dépend de la compétence de l'observateur » jugea l'informaticien « John ! Salle de bains ! » Gronda t-il
-« D'accord » concéda l'ex agent prit en flagrant délit de tentative de désordre. Il se dirigea vers la petite salle « Ca vous ennui si je prends une douche ? Comme vous ne dormez pas»
-« Pas du tout à condition que vous n'oubliez pas de vous sécher ! » répondit Finch méfiant. Mais John se montra sage et lorsqu'il vint le rejoindre un quart d'heure plus tard il n'eut à affronter aucune taquinerie « Vous allez bien ? » demanda t-il un peu perplexe
-« Oui. Mais pour une fois c'est moi qui ai besoin d'une aspirine »
-« Voilà qui est surprenant ! Et encore plus que vous en fassiez l'aveu ! »
-« C'est votre mauvaise influence » jugea Reese
-« Oh ! »
-« Après tout pourquoi serais-je le seul à en avoir une ? »
-« Hum. Vous feriez mieux de dormir nous en débattrons plus tard ! »
-« D'accord patron ! » Finch l'attira contre lui pour qu'il pose la tête contre sa poitrine et le massa doucement pour le détendre
-« C'est efficace ? »
-« Pas mal. Juste un détail qui me gêne »
-« Lequel ? »
-« Votre satané veste de pyjama » marmonna John
-« J'aurais dû deviner » soupira l'informaticien désabusé « Mais si je ne l'avais pas je ne suis pas certain que vous laisseriez la priorité au repos et vous en avez besoin. Et moi aussi » précisa t-il sachant que c'était le meilleur argument pour le convaincre
-« Vous n'avez pas tort. Et puis demain je commence mon nouveau boulot »
-« J'espère que vous n'aurez pas d'arrestation demain soir cela dérangerait notre bon ami qui aura une invitée »
-« Ah oui ? Je suppose que vous avez veillé à ce qu'elle soit libre»
-« C'est Lee qui l'a invité vous n'auriez pas voulu qu'il soit déçu ? » plaida Finch
-« Mais bien sur » ironisa Reese
-« Et puis elle doit passer un test des plus importants. Lee doit être certain qu'elle convienne à son chat » se moqua l'informaticien
-« En effet cela ne se discute pas ! » approuva John en se décalant un peu pour mieux se rapprocher « Des nouvelles du cabaret ? » ajouta t-il
-« Ah oui, je n'ai pas eu le temps de vous en faire part »
-« Et ? »
-« Disons qu'il est heureux que M Wells ait appelé en votre absence il a préservé ses genoux »
-« Qu'a t-il dit ? » demanda aussitôt l'ex agent sur la défensive. Finch pouvait sentir la tension brusquement réapparu en lui
-« Rien qui n'ai pu m'atteindre vous n'avez pas à vous en faire. Je vous promets de tout vous raconter au petit déjeuner demain matin mais en attendant dormez ! »
-« C'est sur ? »
-« Certain » affirma Finch en l'embrassant « Bonne nuit ! »
-« Bonne nuit » répéta John. Il se laissa aller, cédant à la fatigue, mais se promit tout de même de veiller aux agissements de Wells : on est jamais trop prudent !
