Un peu plus court que les autres mais je voulais finir le chapitre, sur un point particulier. J'essaierais de me rattraper la prochaine fois.


Chapitre 4 :

Alyr soupira, en se resservant une dernière coupe de vin. Si cela n'avait tenu qu'à elle, la nuit aurait été consacrée à l'absorption de son breuvage favori. Malheureusement, ses réserves de ce dernier s'amenuisaient de jour en jour et le vieux vigneron l'avait prévenu que la cuvée serait tardive, en cette année peu propice aux cultures. L'humeur étrangement maussade, elle posa sa coupe et releva la tête. Une douce chaleur se diffusa aussitôt dans son cœur, comme son regard se posait sur la plus jeune de ses invités. Encore que…elle ignorait quel âge pouvait avoir la créature nommé Mokona.

La boule de poil en question se reposait, blottie sur l'accoudoir de son fauteuil. Dans la cheminée colossale, le brasier perdait de la vigueur. Au manoir, le feu brûlait en permanence, été comme hiver. La vieille bâtisse semblait avoir désespérément soif de chaleur, la buvant par tout ses pores et n'en rendant rien aux vivants qui la peuplaient. Peut-être les morts en avaient-ils d'avantages besoin ? La chevalière se résigna à aller quérir quelques bûches, entassées dans un coin de la pièce. Elle en profita pour tapoter l'épaule de la ravissante enfant. Cette dernière sursauta et se tourna vers elle, avec son merveilleux sourire.

- Ser Alyr ?

- Laisse le titre de côté, fillette ! Je m'étonnais juste de te voir fixer le feu, de la sorte. C'est un spectacle qui ne me déplait pas, non plus. Les purs natifs de ce pays, eux, ont de l'eau gelée dans les veines…

- Tandis que le sang noir, lui, est né dans les flammes

- Que dis-tu ?

- C'est juste une impression que j'ai eue…le feu et vous.

Fils-dragons, tel était l'un des surnoms donnés au clan Sangdenuit. Alyr méditait sur la question, lorsqu'un cri retentit à l'étage. Une douloureuse exclamation d'homme blessé, suivie presque aussitôt par un hurlement de rage et le tapage d'une course. Joris apparut en haut des escaliers, échevelé et les mains couvertes de sang. Le jeune homme dévala les marches, manquant d'emboutir Shaolan que l'inquiétude poussait en sens inverse. Quelques secondes plus tard, le guerrier aux cheveux noirs, dont elle s'était rapidement éprise, apparut et se lança à la poursuite de son protégé, sabre au poing.

Le sang noir ne fit qu'un tour. Elle considérait ses filleuls comme ses propres fils, à défaut de reconnaître celui qu'elle avait mit au monde. C'est donc une mère en furie qui heurta Kurogane de plein fouet, l'envoyant contre le mur avec une force stupéfiante… Son pied vola pour écraser la main armée, comme ce soir où elle les avait sauver de esprits criminels. Seulement son adversaire vit, cette fois, venir le coup et para, lui faisant perdre l'équilibre et retombant dessus. Un simple regard lui apprit que Joris en avait profité pour détaler et disparaître dans les ténèbres. Elle cessa progressivement se débattre.

- Votre ami ne mourra pas, lui, alors veuillez lâcher ma marraine ! M'est avis que vous lui coupez le souffle.

Cette voix était celle de Suwan. Perché au sommet des escaliers, le jeune mestre les toisait avec hauteur. Alyr commençait effectivement à manquer d'air et sa vision s'obscurcissait, nimbant son filleul d'un voile d'ombre. Soudain le précieux élément ambiant fut libre de pénétrer ses poumons, à nouveau. Sans autre transition qu'un bref éblouissement, elle se retrouva debout, accrochée au bras de Suwan. Ce dernier la conduisit, jusqu'aux marches. Le regard terrorisé de Joris revient la hanter.

- Que s'est-il passé ?

- Joris a essayé de tuer Sir Fye, il l'a frappé en traître et sans aucune provocation. Enonça-t-il posément, comme ils atteignaient le palier.

- C'est impossible.

- Et pourtant c'est le cas.

Le poignard incriminé gisait toujours, sur le plancher de la chambre. Une arme est innocente, une arme ne sait rien…celui qui la tient la fera salvatrice ou criminelle, selon ce qu'il a sur le cœur. Or c'était justement le cœur que celle-ci avait raté de peu. De si peu que le coup aurait dû être fatal ! Pourtant le voyageur blond vivait et guérissait même, sous leurs mains jointes. C'était la première fois qu'Alyr unissait ses pouvoirs à ceux de Suwan et que leurs énergies se mélangeaient, en un halo émeraude. Cela pouvait-il expliquer la nausée qu'elle ressentait ? A moins que ce ne soit ce regard écarlate…


« Je vous ai vu…dans mes cauchemars »

Une douleur lancinante lui déchirait le torse, ravivée à chaque battement de son cœur. Pourtant l'étreinte était douce, pleine de chaleur. Joris le regardait d'un air navré, en enfonçant la lame dans sa chair. Le coup sec, précis, le geste visiblement prémédité. Kurogane, assis à ses côtés, n'avait rien vu venir. Une fraction de seconde, à peine. Son double lui effleurait tendrement la joue, le serrait dans ses bras. Ensuite le poignard… et un murmure, dans le creux de son cou : « Je suis désolé, je ne voulais pas, vraiment pas ». Fye aurait aimé lui répondre que ce n'était rien.

Tout compte fait, il s'agissait d'une fin assez naturelle…presque trop douce même. Il se tuait lui-même, encore une fois. Au fond, quel droit avait-il de venir dans ce monde ? Où qu'il aille, aussi loin qu'il tente de s'échapper, il resterait le frère maudit. Aussi aurait-il fini par leur porter malheur à tous. Mais à présent, c'était terminé, il n'aurait plus jamais à fuir. Et Kurogane serait libre, libre de retrouver son monde et de faire sa vie…sans s'encombrer d'un poids mort, d'un parasite qui subsisterait à ses dépens. Et la soif qui le consumait ! Ne pouvait-elle le laisser tranquille, au moins maintenant ?

Une voix… ce n'était pas la sienne, ni celle de son double. Un jeune mestre au sourire suave se tenait penché sur lui. Un guérisseur, alors que lui-même n'avait jamais réussi à assimiler que les techniques offensives, celles qui faisaient du mal à autrui. Ses lèvres bougeaient, esquissant des mots que son cerveau refusait de décrypter. Juste cette phrase, au milieu des autres : « Je ferais sans doute mieux de vous tuer, vous savez. ».Très juste, il ferait mieux...Son frère avait agit exactement comme il fallait. Mais alors, s'il l'avait comprit, pourquoi était-il en train de le soigner ?

Une porte s'ouvrit, alors les choses lui apparaissaient de plus en plus clairement. La chambre était plongée dans une semi pénombre qui ne lui laissait pas distinguer le visiteur. Mais rien ne pouvait empêcher l'odeur de venir flatter ses narines ! Au sursaut de Suwan, il comprit que son œil venait de changer de couleur. Kurogane congédia sèchement le mestre et s'installa au bord du lit, le scrutant sans un geste. Un ombre traversa son regard de feu…de la peur ? Le vampire, n'y tenant plus, tendit les bras dans sa direction et poussa un léger râle. Le brun se pencha aussitôt, se laissant happer par l'étreinte vorace du prédateur.

Le sang amer, salé et onctueux. Ce grand corps qui tremblait entre ses bras, si chaud…et pourtant pas autant qu'il aurait dû. Sa proie était affaiblie. Il se souvient vaguement de l'avoir déjà beaucoup bu récemment. La douleur dans sa poitrine s'estompait progressivement, comblée par cette vie qu'il absorbait à grande goulée. Une main se referma sur sa gorge, tentant de le repousser. Mais il ne voulait pas s'arrêter, c'était hors de question. Il renversa la situation, se couchant sur son immolé. Le torse musclé de ce dernier se soulevait au rythme d'une respiration haletante. Un cri étouffé le ramena durement à la réalité.

Jamais il n'aurait permis qu'elle le voie ainsi. Sakura le contemplait, effarée. Il frissonna, en songeant au sang qui maculait les contours de sa bouche. De quoi avait-il l'air, en cet instant ? D'une toute petite voix, elle prononça le nom de l'homme qui gisait, sous lui. Des larmes commencèrent à ruisseler le long de ses joues. Le pouls de sa victime était faible et erratique, son souffle presque imperceptible…et ses lèvres si froides, sous ses baisers acharnés. S'il continuait, ce maudit ninja allait sûrement rouvrir les yeux et hurler un bon coup, peut-être même brandir son sabre. Ensuite...il se...ils pourraient peut-être…

- Je…je…ne voulais pas. Balbutia-t-il vainement.

Quelque chose de soyeux effleura sa joue. Le manjuu blanc venait de bondir sur l'oreiller et le regardait d'un air complètement désemparé. Une main, ferme et autoritaire, agrippa son poignet. Le magicien se laissa tracter hors de la pièce, sans opposer la moindre résistance. Il vit que le mestre était de retour. Sakura était allé le chercher et restait accrochée à son bras. Une fois dans la salle d'eau, la chevalière du volcan le fit s'asseoir sur un tabouret et entreprit de lui nettoyer le visage, à l'aider d'un linge humide.

- Je m'en doutais. Enonça-t-elle simplement. Votre excellent métabolisme ne m'a pas convaincu une seconde.

Fye n'en revenait pas d'avoir pu plaisanter à ce sujet. Cette façon qu'il avait eu de sourire et de répondre du tac au tac à leur hôtesse, lorsque celle-ci s'étonnait de le voir cicatriser déjà. Pendant une brève période, il était presque parvenu à accepter son nouvel état. C'était tellement loin, à présent ! Il était mort, entre temps… La jeune femme commençait à défaire les bandages qui entouraient son torse. De la blessure qui aurait dû lui être fatale, ne restait qu'un léger bourrelet de chair vive, écarlate. Elle le toisa quelques instant.

- Quel genre de créature êtes-vous ?

- Un monstre.

- J'ai fréquenté bien des monstres et ils ne font pas la pire compagnie qui soit. Vos amis doivent penser comme moi.

- Ce ne sont pas mes amis.

Comment pourraient-ils l'être ? Il n'avait cessé de leur mentir, depuis le premier jour. Le jeune homme qu'ils croyaient aimé, tous, n'existait pas, n'avait jamais existé…juste une façade, pour leur dissimuler son véritable visage, sa véritable nature. Celle d'un monstre, bien avant même que le sang de vampire ne coule dans ses veines. Un parasite qui se nourrissait de leur chaleur, de leur gentillesse, de leur naïveté. Mais c'était terminé ! Il ne pourrait plus jamais, plus comme avant...même s'il essayait.

- Sir Kurogane serait peiné de l'apprendre ! Dire qu'il savait ce qui allait se passer.

- Quoi ?!


« Votre ami ne mourra pas, lui… »

Un autre ne l'aurait peut-être pas remarqué, ce petit pronom égaré. Mais le ninja avait prit l'habitude d'analyser tout ce qu'on lui disait, à la recherche d'éventuels pièges…surtout depuis qu'il fréquentait un certain blondinet. Fye ne mourrait pas, lui. Cela voulait-il dire que quelqu'un allait bel et bien mourir ? Pour en avoir le cœur net, il avait suivi le guérisseur, alors que celui-ci regagnait sa chambre. Suwan ne s'en était pas offusqué et avait refermé la porte, derrière eux. La pièce était vaste et fraîche, dotée d'une impressionnante bibliothèque. Kurogane s'était adossé au mur, tandis que l'autre s'asseyait sur le lit.

- Ce manoir est mon sanctuaire, Sir Kurogane. Alyr est…je suis amoureux d'elle et rien que pour ça, j'aurai pu achevé le geste de mon frère.

- Vous connaissez le futur, tout les deux ?

- Oui et non...et chacun de façon différente. Cette nuit, quelqu'un va probablement mourir. Je ferai tout pour l'empêcher mais je ne sais pas si cela sera suffisant. Quant à savoir qui, cela dépends de vous.

Silence.

- La question étant…Est-ce que vous l'aimez ?


Pierrot : Aujourd'hui, j'arrête de me plaindre et de dire que je suis nul !

Sakura : Bravo !

Pierrot : Mais je n'en pense pas moins, évidemment. Par exemple….

Kurogane : Je disais bien que c'était trop beau.

Pierrot : Kyaa ! D'accord ! J'arrête vraiment ! Pas taper !....Enfin, si vous, chers lecteurs, vous aimez ce que je fais, alors ça me rend vraiment heureux. C'est juste que ça ne ressemble jamais à ce que je voulais.

Mokona : Mokona dit qu'il faut laisser des reviews, pleins de reviews !

Fye " mode longues griffes et pupilles verticales": Dis donc, l'auteur ! Je crois qu'on a deux mots à se dire !

Pierrot fuit.