La vérité selon L.C - Chapitre 4
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Trois semaines s'étaient écoulées depuis le début de la nouvelle chronique de Leah et cette dernière n'en pouvait déjà plus. Le « match des conseillères » avait eu un tel succès qu'Angela et elle croulaient littéralement sous les lettres et n'avaient pas un moment de répit.
Leah n'avait pas connu un tel stress de puis le lancement de « La vérité selon L.C. » et la situation entre elle et son rédacteur en chef n'arrangeait pas son état.
Sam n'avait eu de cesse de la couvrir de petites attentions pour tenter de se faire pardonner – et accessoirement de la mettre dans son lit – mais la journaliste refusait catégoriquement de lui pardonner le coup tordu qu'il lui avait fait, même si elle avait vraiment très envie de relâcher la pression en faisant un peu de sport.
Ce fut donc d'une humeur massacrante qu'elle arriva à son rendez-vous avec son frère, qui l'avait invitée à déjeuner. Ce dernier l'attendait déjà, tout sourire.
– Enfin ! Je commençais à me dire que j'allais mourir de faim en t'attendant ! plaisanta-t-il.
– Je n'ai que dix minutes de retard, Seth, gronda Leah en l'enlaçant rapidement avant de s'installer.
– Oui, d'ailleurs je devrais allumer un cierge pour ce miracle !
– Oh, arrête un peu et commande ton plat avant de t'évanouir comme une chochotte !
– Ha ha ! Je suis mort de rire... grommela Seth en récupérant son menu. Dis-moi plutôt ce qui défrise, au lieu de faire ta L.C. !
– Je ne fais pas ma L.C., je suis L.C. ! Et puis d'ailleurs, ça veut dire quoi, faire sa L.C. ?
– Ben, c'est une expression que j'ai entendu y'a pas longtemps, à l'université. Tu sais qu'on lit beaucoup le Daily, là-bas ? T'es quasiment une star !
– Ouais, ouais. Je suis flattée, bla bla bla. Viens-en au fait, frangin ! s'impatienta-t-elle.
Seth se racla la gorge, mal à l'aise, avant de répondre.
– Ben... On dit qu'une fille fait sa L.C. quand elle n'arrête pas de casser le gens, un peu comme ce que tu fais dans ta chronique, quoi...
– Je ne casse pas les gens ! Je dis ce que je pense ! protesta Leah, vexée.
– Je sais ! s'empressa de dire son petit frère. Je te connais, moi. Je sais que tu penses pas à mal quand tu écris et que tu parles avec ton cœur, mais les autres ne te connaissent pas autant que moi et ils pense que tu...
– Ils pensent que je suis une garce, le coupa-t-elle sèchement. Tu peux le dire, je suis une garce !
– Mais non, Lee... T'es juste un peu trop directe, c'est tout !
Leah répondit par un grognement et se cacha derrière son menu pour ne pas montrer à Seth à quel point leur discussion l'affectait. Elle était pourtant habituée à recevoir des courriers négatifs au sujet de sa chronique et ne s'en formalisait pas pour autant, mais le fait d'entendre de la bouche de son frère qu'il existait désormais une expression péjorative qui portait son nom la blessait énormément. Elle craignait que sa famille finisse par avoir encore plus honte d'elle, elle qui avait passé son temps à tout faire pour qu'ils soient fiers de son travail.
Elle n'avait pas prévu de devenir chroniqueuse. Elle aimait ce qu'elle faisait, mais son rêve, depuis petite, avait été d'être journaliste d'investigation. Elle voulait être sur le terrain et couvrir les plus grands événements. Elle avait cependant revu ses prétentions à la baisse lorsqu'elle avait été engagée au Seattle Daily, après plus d'un an de galère, et le fait que ce soit son physique et non ses qualités journalistiques qui lui avait permis d'obtenir ce job ne lui donnait que très peu d'espoir de réaliser son rêve un jour.
– Je suis désolé, Lee... reprit Seth, connaissant assez sa sœur pour savoir qu'elle se sentait mal. Mais on s'en fout de ce que disent ces imbéciles ! T'es une fille super, intelligente, belle, sexy... Enfin, pour un mec qui ne serait pas ton frère... Euh... J'en étais où ? Ah oui, forte... J'ai déjà intelligente ?
Leah ne put retenir un petit rire en voyant son frère tenter maladroitement de lui remonter le moral.
– Oui, tu l'as déjà dit, mais tu peux le redire, étant donné que je suis deux fois plus intelligente que toi ! le taquina-t-elle.
Seth lui lança un regard faussement noir et lui tira la langue, augmentant l'hilarité de la jeune femme.
– Là, tu peux dire que je faisais ma L.C. ! déclara-t-elle, de meilleure humeur.
Son frère leva les yeux au ciel mais n'insista pas, heureux qu'elle ait repris le dessus sur cette histoire. Ils commandèrent leur plat et changèrent de sujet, préférant parler des études de Seth et de la nouvelle chronique de Leah.
Bien trop tôt au goût de la chroniqueuse, ils durent se dire au revoir et retourner à leurs occupations respectives. Cela brisait à chaque fois le cœur de Leah, à qui Seth manquait beaucoup au quotidien. Bien que tous deux habitent Seattle, ils ne se voyaient que très rarement, l'emploi du temps surchargé de Leah et les cours de Seth ne leur permettant pas de se retrouver autant qu'ils le souhaitaient. A défaut de se voir, ils s'envoyaient régulièrement des mails ou des SMS, et s'appelaient au moins une fois par semaine, généralement le week-end.
Leah retourna à son bureau légèrement abattue et s'affala devant son ordinateur pour finir sa chronique.
– Comment va Seth ? s'enquit Angela.
– Comme d'habitude, il pète la forme. Il stresse un peu pour ses examens, mais je ne m'en fais pas trop pour lui, répondit Leah sans lâcher son ordinateur du regard.
– C'est un jeune intelligent, je suis sûre que tout ira bien pour lui.
– Je sais, c'est pour ça que je ne m'en fais pas.
– D'accord... soupira Angela.
Un silence pesant s'installa dans le bureau et Leah se sentit mal d'avoir rembarré Angela. N'y tenant plus, elle délaissa son ordinateur et se tourna vers sa collègue.
– Tu trouves que je suis une garce ? questionna-t-elle sans détour.
Angela fronça les sourcils, surprise par la question de son amie.
– Non, bien sûr que non ! Pourquoi est-ce que je devrais trouver que tu es une garce ?
– Les gens pensent que je le suis, apparemment. Si tu regardes la définition de garce sur le dictionnaire, tu devrais trouver l'expression « Faire sa L.C. » avec une photo de moi pour l'illustrer.
– Oh...
– Comme tu dis. Oh.
– La célébrité entraîne la jalousie, tu le sais bien, Leah... C'est normal que tu te poses la question, mais...
– Je te demande un avis en tant qu'amie, pas en tant que psy ! La coupa Leah.
– OK, quand tu te braques comme ça, quand tu coupes la parole aux gens, oui, tu parais garce. Mais tu ne l'es pas. Une garce ne passerait pas son temps à aider son prochain. Elle s'en ficherait comme de sa dernière chemise de la carrière d'une de ses collègues, et elle n'aurait pas accepté de faire des compromis pour lui sauver la mise. Tu es une fille bien, Leah Clearwater.
– Ouais... Une fille bien... répéta l'intéressée, pas réellement convaincue.
– Tu veux une preuve de ce que j'avance ? demanda Angela.
– Dis toujours...
Angela se leva et déposa une carte postale XXL sur le bureau de Leah. Cette dernière arqua un sourcil, attendant que son amie explique son geste.
– Je comptais attendre que tu te sois remise de ton déjeuner avec Seth pour te la montrer, mais je crois que tu en as besoin maintenant, commença Angela. C'est arrivé quand tu es sortie, et ça vient de RedWolf101.
Le cœur de Leah manqua un battement à la mention du jeune homme et elle s'empressa d'examiner la carte postale. Elle esquissa un sourire en voyant de nouveaux dessins agrémenter le petit mot qu'il avait laissé.
« Chère L.C.,
Juste un petit coucou de Playa del Carmen pour vous remercier de vos précieux conseils. Vous m'excuserez auprès d'Angela W., mais la perspective de me dorer la pilule sur la plage avant d'aller nager avec les poissons tropicaux et de boire de la tequila en visitant des pyramides Aztèques me semblait bien plus alléchante qu'une discussion avec l'Idiote, comme vous l'appelez.
Je sais, ce n'est pas bien de se la péter pendant que vous trimez comme une malade dans votre bureau à Seattle, mais je tenais vraiment à vous dire merci de m'avoir permis de décompresser un peu. Je n'y aurais jamais pensé sans vous.
Bon courage et encore merci,
RedWolf101.
PS : Je trouve que je me suis amélioré dans mes dessins. Pas vous ?»
Leah rit franchement en lisant la carte postale avant de la retourner, profondément touchée par les mots du jeune homme.
– On dirait bien que j'ai gagné la première battle ! claironna-t-elle.
– On dirait bien, oui ! acquiesça Angela en souriant. Tu te sens mieux, maintenant ?
– Si je me sens mieux ? Je t'ai foutu la pâtée dans notre battle ! J'ai battu la psy !
– Oui, enfin, faut pas non plus exagérer... bougonna Angela en se renfrognant.
La tête de la chroniques fit rire davantage Leah, qui, en bonne joueuse, ne remit pas le sujet sur le tapis jusqu'à la fin de la journée.
– Salut, la perdante ! lança Leah alors qu'Angela se dirigeait vers la sortie
– Oh, ça suffit maintenant ! s'exaspéra cette dernière. Un match n'est pas gagné tant qu'on n'a pas tous les résultats !
– Oui oui ! C'est ça !
Angela leva les yeux au ciel et s'en alla sans plus de cérémonie, laissant Leah relire encore et encore la carte postale de RedWolf.
La jeune femme était sincèrement heureuse de voir que son travail avait de l'importance pour quelqu'un, et encore plus de savoir qu'elle avait permis à l'un de ses lecteurs d'amorcer un changement bénéfique dans sa vie.
Elle ignorait pour quelle raison le cas de RedWolf lui tenait tant à cœur. Peut-être parce qu'elle aussi avait connu à peu près le même situation que lui. Elle savait ce que cela faisait de ne pas se sentir assez important pour l'être aimé et s'était juré de ne plus se laisser faire. Dorénavant, c'était elle qui menait la danse et aussi elle qui imposait dorénavant ses règles dans toutes les relations qu'elle consentait à avoir.
Un coup porté à la porte la sortie de ses réflexions, et elle fronça lourdement en voyant Sam Uley se tenir sur le seuil de son bureau.
– Je ne te dérange pas ? s'enquit-il presque timidement.
– Non, j'allais partir, répondit-elle en éteignant son ordinateur.
– Oh... Ça te dirait d'aller boire un verre ? Histoire de...
– Non, Sam, claqua-t-elle en lui lançant un regard qui lui glaça le sang.
– Leah... Ça fait trois semaines que tu ignores mes appels et que tu me renvoies mes cadeaux...
– Et avec ça, tu n'as pas encore compris le message ? railla-t-elle.
– Je sais que tu m'en veux de t'avoir forcé la main, mais...
– Tu appelles ça forcer la main ? s'offusqua Leah. Moi j'appelle ça de la manipulation pure et simple ! Tu as utilisé mon affection pour Angela et ta position pour parvenir à tes fins, et tu crois qu'en plus, je vais t'accueillir chez moi avec les jambes écartées ? C'est même pas de la manipulation, c'est du harcèlement professionnel !
– Tu exagères un peu, là...
Une colère immense envahit Leah. Elle se leva, plaça son ordinateur portable et la carte postale de RedWolf dans sa sacoche et la récupéra avant de se diriger vers la sortie.
– LeeLee, s'il te plaît...
– Non, Sam ! vociféra Leah en se tournant vers lui, furibonde. Tu n'as plus le droit de m'appeler comme ça ! Tu as perdu ce droit le jour où tu as décidé de te servir de mes confessions sur l'oreiller contre moi !
– Mais je suis désolé, bon sang ! Je ne voulais pas... Je n'avais pas l'intention de virer Angela ! Je voulais juste...
– Ce que tu viens de dire est encore pire que tout, Uley, cracha dédaigneusement la jeune femme. Trouve-toi quelqu'un d'autre pour tes galipettes. Et si jamais tu essayes encore de me manipuler, je te jure que je n'hésiterai pas à quitter le Daily !
– Ce n'est pas que du sexe, pour moi !
Leah hoqueta et dévisagea Sam, dont le regard empli de chagrin et de désespoir lui fit mal au cœur. Comprenant ou il voulait en venir, elle secoua frénétiquement la tête en reculant tandis qu'il s'avançait vers elle.
– Oh non... Non, non, non !
– Je suis désolé, Leah, mais c'est plus fort que moi... commença-t-il.
– Tais-toi. S'il te plaît, ne dis plus rien ! l'implora-t-elle, toute trace de colère ayant disparu de sa voix et de son esprit.
– Je sais qu'on avait dit qu'il n'y aurait que du sexe, mais...
– NON ! Je ne veux rien entendre ! Tu es en train de tout gâcher, Sam ! hurla-t-elle avant de quitter la pièce avec empressement, ignorant les appels de l'homme qui venait encore une fois d'enfreindre les règles qu'elle avait fixé.
Lorsqu'elle rentra chez elle, une vingtaine de minutes plus tard, elle se dirigea directement dans les toilettes et vida le contenu de son estomac. L'idée que Sam soit amoureux d'elle la rendait vraiment malade.
Sam Uley n'était pas un homme qu'on pourrait qualifier d'attachant. Il était un peu trop sûr de lui, voire imbu de sa personne, et il avait un petit côté playboy qui ne laissait absolument pas penser qu'il pourrait basculer du côté obscur. C'était pour cette raison que Leah avec accepté de coucher avec lui. Maintenant, il lui laissait comprendre qu'il désirait plus d'elle, chose qu'elle ne pourrait pas lui offrir.
Il allait falloir qu'elle règle cette histoire avec lui avant qu'il ne s'attache trop et qu'elle ne le fasse souffrir plus qu'il le méritait.
– Dommage, c'était quand même un sacré bon coup... se désola-t-elle en s'allongeant sur son lit.
Sentant son estomac se nouer, elle fit la première chose qui lui vint à l'esprit afin de se changer les idées. Elle récupéra son ordinateur, non sans avoir déposé la carte postale de RedWolf101 sur son chevet, et se connecta à internet afin de s'acheter un vibromasseur, qui lui serait probablement utile dans les mois à venir.
N/A: Merci au nouveaux lecteurs pour leur ajout dans leur alertes de cette histoire et aussi pour leur review! ulkan13 (contente que cette histoire vous plaise!), Scribitur Ad Narrandum (merci pour ces encouragements!) marine (le but de cette histoire est de faire sourire, alors tant mieux si j'ai réussi à le faire!) Nolween (j'espère que ce chapitre a répondu à vos questions!) et évidemment sarah0406, fidèle au poste (toutes tes suppositions sont justes! et c'est bien que tu l'aies remarqué!).
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre qui vous a permis d'en apprendre un peu plus sur la vie de Leah ainsi que sur les décisions de Jacob...
A demain pour la suite !
Leilani.
