*Regarde ses histoires* *Compte sur ses doigts* *Soupire de désespoir* Un an, trois mois et quatorze jours.

Un an, trois mois et quatorze jours.

Je. Suis. Désolée.

Tellement.

Je crois qu'il s'agit de la plus longue pause (parce qu'il s'agit bien d'une pause, cette fiction n'est PAS ABANDONNÉE) que j'ai jamais faite de ma brève vie d'auteur de fanfictions.

Alors voilà, on va commencer par une note un peu longue pour expliquer tout ça.

J'ai commencé à écrire cette histoire quand j'étais en seconde, et on va dire que en gros, j'ai écrit la très grande majorité de cette histoire au lycée. Ça veut donc dire que j'ai commencé ça il y a quatre ans, et que je n'y ai pas touché depuis plus d'un an. Donc, d'une, j'ai du mal à m'y remettre, de deux … bah c'est au final assez loin de ce que j'écris actuellement. Ce qui fait que quand j'y repense, j'ai un regard hypercritique et j'ai envie de tout changer mais j'ai pas d'inspiration pour tout changer …

Du coup, j'ai pris le parti de ne rien changer (ou très peu) (en vrai, j'ai pas mal modifié ce chapitre parce qu'il y avait du bashing de Kairi) et j'ai un peu peur de la réaction des gens qui me connaissent, parce que … c'est différent, mais pas comme quand j'évolue et … bref. J'ai un peu peur. Parce que je suis une flipette. Soyez gentils, s'il-vous-plaît. Je vous promet solennellement que le prochain chapitre arrivera dans moins d'un an.

En tout cas.

Merci beaucoup à tous ceux qui ont laissé des reviews, Syln, Guest, Music, Linklecreusois, vraiment, sans vous (je pense surtout à Linklecreusois qui a commenté hier soir pour la suite) cette histoire serait enterrée dans une partie inconnue de mon cerveau et puis j'aurais pas de raison de l'écrire.

Merci aussi à ceux qui lisent, simplement, parce que je regarde les stats et que ça me motive à retaper mes manuscrits illisibles de voir qu'il y a des gens qui, encore aujourd'hui, cliquent sur cette histoire.

Bon, trêve de blabla en venons-en à l'action. En plus, le chapitre est plutôt long. Prenez ça comme une excuse.

Bonne lecture !

Deux gars.

Chapitre 4 : P't-êt' bien

.

Tôt le lendemain, l'alarme du téléphone de Vanitas sonna. Alors que le brun sauta presque sur ses pieds, le sommeil de Ventus semblait imperturbable. Alors comme ça, il était pas lus du matin que du soir ? Vanitas eut un sourire diabolique. Il alla à la cuisine et prépara sa cafetière – italienne, bien sûr – et fit couler un verre d'eau froide. Qui quelques secondes plus tard atterrit sur le visage du gamin. Ce qui eut au moins le mérite de le réveiller sans problème.

« Ah putain Van tu fous quoi ?

— Je te réveille en douceur, tu ne vois pas ?

— Douceur de mon cul, oui.

— Ventus, ton vocabulaire !

—Quoi, tu vas me punir ?

—Moi, non, mais es parents te laisseront plus jamais venir ici si tu rentres chez toi avec ce langage châtier.

—Hein ? Mince, il est quelle heure ? J'ai dormi longtemps ?

—Toute la nuit, ouais. Allez, debout, ou tu vas finir par être en retard.

—T'aurais pas pu me réveiller, sale type ?

—Ta gueule, Ven. C'est pas faute d'avoir essayé. J'ai appelé ta mère, alors maintenant tu lèves tes jolies fesses du lit.

—D-D'accord … Je peux emprunter ta salle de bains ?

—Yep. Si l'eau coule pas, file un coup dans les tuyaux et te mets pas tout de suite sous le jet de douche, attends que l'eau brune parte.

—L'eau brune ?

—Rouille oblige. Prends la serviette noire.

—O.K.. Merci beaucoup.

—De rien, gamin. »

Ledit gamin sortit de la pièce et se dirigea vers la salle d'eau. Il tourna le robinet et observa l'eau passer de brune à jaunâtre à transparente. Il se glissa sous le jet avec méfiance, se savonna, se rinça, et sortit rapidement de la cabine. Il s'enroula de la serviette noire et remarqua un détail : il n'avait pas de quoi se changer. Sa chemise était accrochée à la poignée – Vanitas l'avait lavée – alors il l'enfila. Il pouvait sans problème mettre le même jean deux jours de suite, O.K.. Mais franchement, il se voyait mal remettre les mêmes sous-vêtements. De même qu'il se voyait mal demander au brun un caleçon et des chaussettes. Mais celui-ci le devança.

To. Toc-toc. Toc.

« Oui ?

—T'as fini ? Si tu veux, je te prête des fringues.

—Oui, j'ai fini. T'aurais pas, euhm …

—Un calbut ?

—Euh, ouais, s'il-te-plaît … et des chaussettes ?

No problemo. J't'apporte ça de suite. »

Le blond attendit, puis de nouveau on toqua à la porte. Il récupéra les vêtements et s'habilla prestement. Il ressortit de la salle de bains et, guidé par l'odeur de café, rejoignit Vanitas dans la cuisine.

« Tu prends quoi au petit dej' ?

—Des céréales, d'habitude. Mais du café, ça ira.

—Lait, sucre ?

—Comme toi. »

Le brun sourit et lui servit une tasse de café noir, comme lui. Ventus prit une gorgée et grimaça. Amer. Très amer.

« Lait ? Sucre ?

—Ouais, je veux bien s'il-te-plaît. »

Vanitas ajouta dans la tasse du lait et deux sucres. Le plus jeune porta la dite tasse à ses lèvres et pu avaler sans difficulté le liquide sucré et chaud. Le brun sortit du four deux tranches de brioche grillées et les tendit à Ventus. Ce dernier s'en saisit et le remercia d'un hochement de tête.

« J'vais m'laver. Fais … fais c'que tu veux. Si tu veux des livres pour les cours ils sont en bas de mon armoire. »

Sur ce, il sortit. Le blond se sustenta puis s'en retourna dans la chambre. Il prit quelques livres quand il entendit comme un marmonnement. Il tendit l'oreille. Non, il ne rêvait pas, il y avait vraiment quelque chose. Un air. Non ? Si. Si, bon sang, Vanitas chantait sous la douche. Il n'avait jamais entendu cet air. Quelque chose chose comme … I need a little room to breathe … Il avait du mal à saisir le reste des paroles all I need is to be set fee ou time isn't enough … Il aimait bien. Le garçon aux yeux jaunes sortit, une serviette noire autour des hanches. Le blondin commença évidemment par s'embarrasser de cette tenue avant de se reprendre et d lancer :

« Tu chantais quoi, à l'instant ?

—Je chantais pas. T'as craqué, gamin.

—Non, non, ça ressemblait à, il se mit à chantonner, légèrement faux et pas sur le bon air, Cause I need a little room to –

—Stop ! Mon dieu, heureusement qu'on n'a plus de cours de musique, ça devait faire chuter ta moyenne à mort ! C'est même pas la bonne mélodie, s'insurgea-t-il, les mains sur les oreilles avant de reprendre la chanson. Cause I need a little room to breathe, you're making this hard for me, when all I need is to be set free …

—Eh, tu chantes bien !

—Non. Martin Lee Gore chante bien. Amy Lee chante bien. Lisa Gerard chante bien. Moi, j'baragouine en rythme. Va t'acheter des oreilles et au passage des cordes vocales, ça fera pas de mal.

—Hey ! C'est pas gentil !

—C'est sincère. »

Fronçant le nez, Ventus tira la langue avec un geignement frustré.

« Jolie répartie, d'une maturité frappante. »

Afin d'appuyer l'idée avancée par Vanitas, le blond croisa les bras et lui tourna le dos.

« Bon, j'm'habille et on décolle ?

—Mouais. »

Le brun eut un rictus mi-amusé mi-moqueur et enfila un boxer, une paire de jeans noire si délavée qu'elle paraissait grise et un vieux T-shirt Slipknot. Il enfonça ses pieds nus dans des Docs, prit sa veste et ouvrit la porte d'entrée. Le blond attrapa à son tour sa veste et son sac et le suivit à l'extérieur. Lorsqu'ils arrivèrent au lycée, des murmures s'élevèrent sur leur passage.

« Tu f'rais mieux d't'éloigner d'moi, gamin, ou les rumeurs vont aller bon train.

—Qui parlait de mes expressions démodées, déjà ? Je suis très bien où je suis. Avec qui je suis.

—À ta guise. »

Ventus faillit faire un nouveau commentaire sur l'expression vieillotte mais se contenta de talonner le brun jusqu'à la salle de Français, et alors même, jusqu'au fond de la salle de classe où Vanitas avait l'habitude de s'asseoir. Le brun haussa un sourcil mais laissa faire. Le professeur les regarda d'un drôle d'air.

« Ventus ? Au fond ? Voilà qui est inhabituel. »

—Eh bien, Mme DeCarolis m'a demandé de donner des cours particuliers à Vanitas, alors je préfère voir où il en est. »

Le professeur opina du chef avec un sourire rassuré, et Vanitas grogna. Ventus devina qu'il avait presque oublié cette histoire, et il avait partiellement raison, de même que la réponse qu'il avait donné l'enseignant était partiellement vraie. Il s'asseyait principalement là pour être à côté de Vanitas, et ce dernier avait principalement grogné parce que Ventus avait visiblement besoin d'une excuse pour s'asseoir à côté de lui.

Entendant le cours commencer, Vanitas sortit un stylo du fond de son sac pour griffonner sur le coin de son cahier. Des motifs psychédéliques et désordonnés eurent tôt fait de remplir le coin supérieur gauche de la page, sous le regard attentif du blond. Il savait bien qu'il ne devrait pas, mais les traits étonnant se montraient tellement plus passionnants que Maupassant et sa maudite Normandie.

« C'est quoi ? demanda-t-il, et le brun tourna brièvement les yeux vers lui avant de continuer son œuvre.

—T'occupe, gamin. Tu devrais pas plutôt suivre ?

—Toi aussi, si tu vas par là.

—Non, moi, j'm'en fous d'me taper une sale note. En r'vanche, si toi aussi tu t'ramasses au contrôle, tout le monde me tiendra pour responsable. Toi compris.

—Je te jure que non !

—« Promets ».

—Hm ? C'est ce que je viens de –

—Non, tu me promets que non. Le verbe 'jurer' renvoie à une action passée, exemple : 'Je te jure que je t'ai pas violé pendant la nuit', lâcha-t-il négligemment, observant avec joie le rougissement du plus jeune, si c'est pour du futur, on dit 'promettre', exemple : 'Je te promets que je suis tous les cours de la journée si tu me lâches les basques'. See ?

—Tu dis toujours des trucs méchants.

—C'est que j'suis pas hypocrite.

—Donc, si tu préfères. Je te promets que je ne tiendrai pas pour responsable si jamais je recevais une mauvaise note.

—J'te crois pas.

—M'en fiche.

—Tête de mule, va. … c'est un rêve.

—Tu fais des rêves bien étranges.

—Ils ressemblent pas à ça, en vrai. Mais dessiner m'aide à me souvenir.

—Ça marche bien ?

—Plutôt. J'apprends plein de trucs. Par exemple, cette nuit j'ai rêvé d'un type, Marcus, il avait besoin d'essence et j'devais lui en apporter, mais il était poursuivi.

—Par qui ?

—La volaille, il lâcha, et poursuivit en voyant que le blond ne comprenait pas. Les flics.

—Vanitas ! Ventus ! Vous semblez en grande discussion. Vous auriez envie de partager ça avec la classe ?

—Pardon, m'sieur. C'est Ventus qui m'expliquait la différence entre le naturalisme et le réalisme. »

Le blond regarda son ami, étonné. Était-ce de ça que parlait le cours ? Il ne le savait même pas. Le professeur haussa un sourcil, un air de défi sur le visage.

« Et donc ?

—Donc, Maupassant est réaliste, notamment dans les descriptions et les désillusions, mais Zola va plus loin dans le naturalisme, qui se rapproche plus d'un procédé scientifique. Il met en place un 'processus expérimental' complet à partir de son hypothèse sur l'hérédité, qui a donné la série des Rougon-Macquart.

—Bien. C'est exact, cependant, la prochaine fois que tu as une question, c'est à moi que tu devras la poser. »

Ventus le fixa avec un regard confus, mêlé d'admiration.

« Comment est-ce que tu sais ça ?

—Ouvre les yeux, débilos, c'est écrit au tableau.

—Y a juste marqué le titre de la séance. Comment tu connais la différence ?

—Bah, en lisant. T'as lu Maupassant et Zola, pas vrai ?

—Ouais …

—Alors pourquoi tu poses la question ?

—Ben, c'est que … je savais pas, moi.

—Tu dois me donner des cours, c'est bien ça ? On n'est pas dans la merde, gamin, on n'est pas dans la merde.

—Oh ça va bien, oui, les remarques désobligeantes Figure-toi que moi, je suis, contrairement à certains. »

Vanitas contempla une fraction de seconde l'idée de lancer une conversation sur la proposition 'je suis' et le concept d'existence, mais sentit une grande flemme pousser en lui, aussi il répliqua simplement :

« Tu m'as l'air drôlement bavard pour un gars qui suit.

—Hmpf ! »

Sur ce, Ventus se détourna et prit la résolution de suivre le cours dès à présent, ce qui était fortement mis en péril par Vanitas dont il sentait le regard brûler son visage, ses mains, ses yeux. C'était totalement perturbant. Au bout de quelques minutes à peine, il se tourna d'un bond face à Vanitas, les sourcils furibonds.

« Vanitas !

—Gamin ?

—Arrête !

—De quoi ?

—Tu sais très bien. Arrête de me fixer comme ça, mince !

—Non. La liberté de regard, tu connais ?

—Non … ça existe, ça ?

—Non plus.

—Alors arrête !

—Laisse-moi réfléchir … nan. Ça m'plait, de t'regarder, prononça-t-il d'un ton négligé, et le blond rougit encore. Pourquoi ? provoqua-t-il, Je te perturbe ?

—N-non ! Absolument pas !

—Alors j'peux continuer.

—Tu me déranges.

—Mais oui. »

Jugeant qu'il était inutile de mener la conversation plus avant sur ce sujet – et espérant secrètement que Vanitas se lasserait – Ventus tenta une seconde fois de se concentrer sur le cours. En vain, bien sûr. Mais il parvint tout de même à repérer – et même comprendre – quelques notions-clé de la leçon ainsi qu'à ne jamais, pas une fois, se retourner vers le brun. Lorsque la sonnerie, son salvateur, retentit enfin, le blond lâcha un soupir et rangea rapidement ses affaires. Il se leva et planta ses yeux azurés dans les pupilles jaunes de son voisin. Il aurait voulu que sa voix soit calme, mais elle sortit presque comme un cri.

« Mais tu vas arrêter à la fin ?

—Peut-être … ou peut-être pas.

—Je crains que tu ne comptes pas vraiment sur le 'peut-être', n'est-ce pas ?

—En effet, c'est peu probable. Mais ça reste envisageable.

—À quelle condition ?

—Je sais pas moi … s'il te pousse de nibards !

—Quoi ?

—J'sais pas, si t'avais une paire de ces machins flasques, sûrement que j'te parlerais pas.

—C'est machiste !

—C'est pas ma faute si tous les spécimens féminins que je rencontre son chiants, niais et/ou bavards.

—Tu pourrais essayer de faire de bonnes rencontres ! Il y a plein de filles sympas ?

—Ah ouais, et pas niaises ?

—Bien sûr !

—Soit. Cite-m'en une dans la classe. Une seuls.

—Euhm …

—Vas-y, qui ? Olette ? Chiante et bavarde. Naminé ? Chiante. Xion ? Chiante. Shiki ? Bavarde. Larxène ? Chiante de chiante, et tarée avec ça, Yuna ? Niaise. Yuffie ? Plus bavarde qu'un radio-réveille accéléré. Kairi ? Niaise, chiante et bavarde, combo ultime. Marlène ? Niaise comme une pucelle arriérée. On a fait le tour, là, non ?

—C'est qu'on n'a pas les bons exemples ! Ma mère est rien de tout ça !

—Ta mère qui croit que tous ceux qui fument sont 'pas intelligents' ? Me fais pas rire.

—Je – »

Ventus fut interrompu par l'entrée du professeur suivant et, le pas vif, il changea de place pour retourner s'asseoir au premier rang. Il passa les deux heures du cours à tenter d'ignorer la brûlure du regard du brun sur sa nuque. Lors de la pause déjeuner, le blond attendit Vanitas devant la porte. Derrière lui, Kairi, Riku et Sora semblaient attendre également.

« Van !

—Gamin ?

—Tu veux manger avec nous ? il demanda, désignant ses camarades d'un mouvement de l'épaule.

—Merci, répondit l'autre presque sèchement, je m'en passerai.

—Mais …

—Il a raison, le pseudo-rebelle, intervint Kairi, un genre de dégoût dans la voix. Si tu nous as fait attendre pour déjeuner avec lui, c'est niet.

—Ventus, ajouta le plus grand, le visage impassible, c'est peut-être pas une bonne idée.

—Tu vois, gamin, même tes potes sont contre.

—Non, pas moi. »

Le regard de Vanitas – et tous les autres au passage – se tourna vers Sora. Il ne pouvait pas faire comme tout le monde et le détester, l'ahuri d'la vie ?

« Moi, je t'aime bien. Tu me ressembles un peu, je trouve, fit-il avec un rire léger.

—J'te ressemble donc tu m'apprécies ? Égocentrique, non ?

—Dingue, on m'le dit tout le temps !

—Sora, intervint à nouveau la rousse, tu ne vas pas t'y mettre aussi ? elle continua, plus bas, C'est pas un type à fréquenter.

—Dis, Canari, tu sais que j't'entend, hein ?

—Comment tu m'as appelée ?

—Canari, c'est pas ça ?

—C'est Kairi, imbécile !

—Tout doux, la rouquine. Ça se ressemble, quand même, non ?

—Mais je ne te permets pas espèce de – »

Nul ne sait ce qu'elle aurait dit si elle avait continué, en tout cas elle ne continua pas, coupée en plein élan par le rire sonore du châtain, qui semblait à deux doigts de se rouler par terre. Riku avait un sourire discret sur le visage et, entraînée à demi, Kairi roula des yeux en laissant échapper un éclat de rire, l'ai mitigé.

« Tu vois, Can – euh, Kairi, lança finalement Sora, il est marrant !

—Hm … »

La rousse sembla réfléchir un long moment sans trouver de réponse intelligente et utile, sachant que si Ventus et Sora s'y mettaient ensemble, elle n'aurait pas son mot à dire, et finit par hausser les épaules. Il traînèrent donc Vanitas – qui n'avait toujours pas donné son assentiment sur la chose – avec eux, suivis de près par Riku, toujours silencieux.

Le visage du brun était totalement fermé, mais il se laissait néanmoins faire, ne protestant que quand Sora prit son bras pour le faire marcher plus vite. Il ne fallait pas non plus pousser mémé dans les orgies. Il commençait doucement à en avoir marre et se roula une cigarette en marchant, chose qui requérait toute sa concentration et le détournait conséquemment des conversations fort peu intéressantes des autres. Lorsqu'ils quittèrent le bâtiment principal pour se diriger vers celui de la cantine, deux rues plus loin, Vanitas s'arrêta d'un coup sec.

« J'mange pas à la cantine. »

Payer pour un repas dégueulasse entouré de zouaves bruyants ? Il avait mieux à faire. Il vit Ventus le fixer un long moment avant de jeter un regard suppliant à se amis. Le brun alluma sa clope.

« On peut aller manger dehors ?

—Ven …

—Ouais ! coupa Sora, Carrément ! »

Riku pensa à protester, mais, dans une télépathie inconsciente à retardement avec Kairi, se dit que si Sora et Ventus étaient d'accord, nul ne pourrait les contredire.

« Donc, on mange où ?

—Chinois ! s'écria Sora. »

Tout le monde acquiesça et ils marchèrent un peu jusqu'à un traiteur asiatique. Le brun jeta son mégot par terre et ils entrèrent, s'asseyant à une des nombreuses tables libres. Une serveuse vint à eux, les cheveux noirs enfermés dans un chignon et un accent à couper au couteau.

« Bonjour, qu'est-ce que vous prenez ? »

Il commandèrent tous un par un, jusqu'à ce que la femme pause ses yeux sur un Vanitas qui restait silencieux. Ventus pencha la tête sur le côté.

« Tu manges quoi ?

—Pas d'thunes. J'te piquerai des nouilles.

—Mais nan, vas-y, je te prête de l'argent et tu me le rends demain.

—Pas d'thunes chez moi non plus.

—Bah je t'invite.

—Qu'est-ce qu'on a dit sur la pitié ?

—C'est pas de la pitié. C'est moi qui t'ai proposé de venir, c'est normal.

—Allez, Van, si tu fais une crise d'hypoglycémie je m'en voudrais !

—Pf, toi et ta conscience.

—J'en ai envie !

—Déjà mieux. Mais je mange pas pour te faire plaisir.

—Alors pour toi. Imagine, tu fais un malaise, tu seras forcé d'aller à l'infirmerie.

—Ça me fera des cours en moins.

—Sincèrement ? Tu détesterais aller à l'infirmerie.

—Tss ! Et puis quoi ? C'est non quand même.

—Et toi ?

—Quoi, moi ?

—C'est quoi, ton argumentation ?

—J'ai pas faim.

—Un peu moyen, non ? Pas très développé, une seule idée simple … mes arguments sont meilleurs. Tu manges.

—Tu m'le paieras.

—C'est exactement ce que je proposais ! »

La serveuse, qui était restée plantée là tout ce temps, se retenant de taper du pieds, bondit sur l'occasion.

« Donc, qu'est-ce que ce sera ?

—La même chose que le gamin, fit-il en désignant Ventus du doigt.

—Très bien. »

Elle s'en fut, soulagée d'être débarrassée des adolescents. Ils passèrent leur repas à converser bruyamment, et il arriva même à Vanitas d'intervenir, quand le sujet n'était pas trop stupide à son goût. Ils se redirigèrent vers le lycée avec une bonne humeur toute relative. Une fois en classe, Ventus s'assit presque par réflexe au fond, à côté de Vanitas, tandis que les autres s'installèrent quelques rangées plus loin. Vanitas soupira et rentra la tête dans ses bras alors que la professeur entrait dans la salle.

« Van, qu'est-ce que tu fais ?

—Ça s'voit pas ? murmura-t-il, affalé sur la table, La sieste.

—On est en cours.

—Et tu es blond. C'est fou c'qu'on peut apprendre.

—Fais un effort.

—Fais-moi une argumentation.

—Non.

—Alors laisse-moi dormir, Ven. J'suis fatigué, OK ?

—Tu as mal dormi ?

—On m'a volé mon lit, tu te souviens ?

—Tu aurais pu me réveiller.

—Mais j'ai essayé.

—S'il-te-plaît.

—D'accord. Sauf qu'il se trouve qu'il ne me plait pas.

—Ce cours est important. »

Vanitas jeta un coup d'œil au tableau, pour savoir exactement de quelle matière il s'agissait, puis enterra à nouveau sa tête dans ses bras.

« Pour toi, peut-être. J'en ai pas besoin.

—Bien sûr que si ! C'est très utile, quasi-nécessaire !

—Parler la langue, oui. Suivre ce cours naze conçu pour des arriérés dans ton genre, non. J'sais même pas c'que j'fous là. »

Ventus ne dit rien un moment, et Vanitas se demanda si le blond avait mal pris l'insulte. Mais il devait avoir l'habitude maintenant, non ?

« Il faut bien apprendre pour savoir. »

Ah, fausse alerte. Tant mieux.

« La ferme, je dors. Je parle déjà bien assez Anglais.

—Then, proof it.

—'Prove it', imbécile.

—I-I did it in purpose, to see if you knew !

—Bon, d'abord on dit 'on purpose', et ensuite je ne crois pas une seconde à ton excuse. Si tu comptes cependant rester sur tes positions d'une mauvaise foi frappante, ça m'arrange, puisque ça signifie que tu es satisfait. Sur ce, bonne nuit.

—Tête de mule.

—Tu en as autant à ta charge.

—Pf …

—Suis le cours.

—Ça te va bien, de dire ça.

—Fais c'que j'dis pas c'que j'fais. M'enfin j'ai cru comprendre que toi, tu en avais besoin de ce cours. Maintenant laisse-moi dormir. »

Ventus se répandit un instant en de vaines protestations jusqu'à se rendre compte que le noiraud s'était véritablement endormi. Il recentra son attention sur le professeur. Sincèrement, est-ce que Vanitas était obligé d'avoir toujours raison ? Que cachait-il encore ? Qu'il parlait couramment le Kurde, savait lire les hiéroglyphes et avait résolu un des grands problèmes mathématiques ? Le reste de l'après-midi se passa avec un Vanitas ensommeillé puis beaucoup trop bavard, jusqu'à ce qu'ils soient dehors, le premier pas fait dans la rue signifiant le premier pas en week-end. S'extirpant avec difficultés de la masse d'élèves agglutinés sur le parvis du lycée, Vanitas sortit son tabac et commença à rouler. Ventus le rejoignit, ses amis déjà au loin.

« C'est une cigarette, au moins ?

—Ouais, pourquoi ? Ça change quoi pour toi ?

—Je t'ai déjà dit que je m'inquiétais.

—Et donc ? Tu penses que les clopes valent mieux que les joints ?

—Bien entendu.

—Tu t'trompes, gamin, laisse-moi t'apprendre un truc, le tabac, c'est toxique, ça peut donner le cancer et plein d'autres trucs plus ou moins cools. Surtout moins. L'herbe, à l'inverse, ça a des vertus thérapeutiques. C'est antidouleur, antidépressif et le seul effet que ça aie c'est que ça te défonce. Si c'est dangereux, un pet, c'est juste parce qu'on fout du tabac dedans.

—Et l'overdose, alors ?

—Impossible. Sérieux, pour faire une OD de beuh, faudrait avoir fumé un champ complet.

—Oh …

—Enfin. Tu rentres chez toi ?

—Je suppose, oui. Pourquoi ?

—Pour rien.

—OK. Bon, bah … à lundi.

—À lundi. »

Ventus fit mine de partir, puis se retourna.

« Mais … tu veux pas qu'on fasse un truc ? Maintenant, ou ce week-end ?

—Toi, tu veux ?

—Euh … oui. Tu peux pas ?

—Si, si. Là, tu veux aller boire un truc.

—Je croyais que t'avais pas d'argent.

—J'connais un café sympa. Tu viens ?

—Ouais. »

Le brun se retourna et prit une direction un peu au hasard. Tous les chemins mènent à Rome, comme on dit. Ils traversèrent les rues presque bondées du vendredi après-midi jusqu'à l'enseigne arborant le nom 'Septième Ciel'. Vanitas entra, suivi de près par Ventus. Il fit un signe de la main à la jeune femme derrière le comptoir qui lui répondit d'un sourire chaleureux, les mains occupées à essuyer un verre. Il installa le blond à une table à côté de la fenêtre, puis retourna au comptoir.

« Salut Tifa.

—Bonjour, Vanitas. Comment tu vas ?

—Ça va ça va. Les affaires ?

—On s'en sort à peu près. Il est mignon, ton copain.

—C'est pas mon copain.

—Je voulais dire 'pote'.

—Ah. »

Tifa sourit en voyant le brun s'embarrasser si facilement. Quel gosse.

« Vous buvez quoi ?

—Deux chocolats spéciaux, s'te-plaît.

—Sans problème, sur ton ardoise ?

—Ouais, j'l'efface la prochaine fois qu'je viens, promis.

—J'te fais confiance. »

Vanitas sourit, pas moqueur et pas méchant, il sourit juste sincèrement, parce que cette phrase faisait tellement de bien à entendre.

« Merci. Et si un jour t'as besoin d'un serveur, plongeur ou même cuistot, je suis là.

—J'y penserai. Tiens, voilà tes chocolats. Fais pas attendre ton ami. »

Elle ponctua sa réplique d'un clin d'œil qui fit grogner Vanitas sous ses joues échauffées. Elle alla s'occuper d'un autre client et il retrouva le blond à sa table, le nez plongé dans un livre.

« Tu lis quoi, gamin ?

—Des nouvelles de Maupassant. Pour les cours, tu te souviens ?

—Pour me souvenir il aurait fallu que je l'aie un jour su.

—Donc non. Tu devrais t'y mettre, elles sont pas faciles.

—C'est lesquelles ?

—Recueil au bord de l'eau.

—Ah nan, c'est mort, celles-là j'les aime pas. J'veux dire elles sont sympas mais j'accroche tellement pas au style, c'est plombant quoi. Genre, c'est lourd et … et ça sert à rien, ça dégage rien, ça amène pas d'ambiance, c'est juste inutilement lourd.

—Tu les as lues ?

—Vite-fait. Bois ton chocolat tant qu'il est chaud. »

Le plus jeune porta la tasse à ses lèvres. Soupira. C'est bon, il dit. Il ferme les yeux. Vanitas voit aussi. T'es beau, il dit. Le blond il demande Tu me dragues ? L'autre lui répond Je sais pas. C'est cool, Ventus dit. Ils se taisent. Les bruissement des feuilles à l'extérieur est presque imperceptible, couvert par les voix du café et le tintement clair de la vaisselle.

Tout autour semblait comme embrouillé, mélangé. Tous s'accommodaient du bruit et il leur semblait que le silence n'avait jamais existé. Cling, disait la vaisselle, tantôt douloureusement, tantôt joyeusement.

Les gens discutent. T'as pas entendu ? Quoi ? Un café, s'il-vous-plaît. Cling-clang, c'est la première fois que je viens. Tsing. Je suis à vous dans une seconde. Frsh … Cling-Clang. Le chien de ma voisine … Pourquoi ? Blam, Gling ! Crsh, cling ! Vaisselle brisée. Merde ! Vanitas se lève. Vais aider Tifa. Ça va ? Ouais, ouais t'inquiète. Non, non je m'inquiète si je veux. Désolée. T'excuse pas. Occupe-toi des clients je gère ça. Cling. Mais quand je bossais sur ce dossier, justement … Merci Vanitas. Tu te surmènes trop, il dit tout bas. Elle repart préparer un café. Vanitas ramasse la vaisselle. Ventus le regarde Lui aussi, il est beau, il dit. Personne n'entend. Il sourit. Vanitas finit par revenir. C'est cool ce que tu fais pour elle. Tu verrais mon ardoise. Je suis sûr que tu le fais pas ça que pour ça. Sûrement. Hm. Le bruit d'ambiance, encore. Il fait bon, ici. Ouais. On rentre ? Ouais. Atchoum ! T'es vraiment mignon, même. Hm ? Non rien. Dis-moi. Rien, rien. Vaan ! Pour tout à l'heure ? Oui ? P't-êt' bien qu'oui. Quoi ? Réfléchis. Hm … Ils finissent par sortir.

« T'habites où ?

—Rue de la Paix, c'est pas loin d'ici.

—J'te raccompagne ? Il fait presque nuit.

—Je ne suis pas une fille en détresse.

—Et je suis loin du prince charmant. Quoique …

—J't'emmerde.

—C'est vilain dans la bouche d'un enfant !

—Parce que dans la tienne c'est mieux ?

—Moins inhabituel.

—Parce que Môsieur Vanitas aime à s'ancrer dans ses habitudes ?

—Ça va bien, oui ?

—Parfaitement, même. On y va ?

—Bien sûr, presque-fille-en-détresse-à-la-langue-maligne.

—Je crois que je préfère encore gamin.

—C'est plus synthétique. »

Ils ne parlèrent pas beaucoup plus, s'envoyant à peine une pique de temps en temps et se retrouvèrent vite devant une maison aux murs blancs et au toit de tuiles rouge marronnasse. Des volets électriques ouverts. Une pelouse bien tondue. Des rosiers. Un grillage ouvragé, un petit chemin de cailloux … comme plus ou moins toutes les maisons de la rue. Vanitas eut envie de cracher dessus. Se retint. Les apercevant, une femme, la quarantaine bien tassée, vint à leur rencontre. Son regard vert semblait vouloir assassiner Vanitas. Elle interrogea son fils du regard mais fut devancée.

« Bonjour Madame. Je m'appelle Vanitas, c'est moi que vous avez eu au téléphone hier soir.

—Oh oui, bien sûr, Vanitas ! Comment vas-tu ? Tout s'est bien passé ?

—Très bien, merci.

—Vous avez révisé quoi ?

—Les maths, répondit Ventus, comme dans un sursaut. Il n'avait pas l'habitude de voir Vanitas si cordial.

—Ah oui ? Et qu'avez-vous vu ?

—Les nombres phœnix , lança Vanitas, du tac-au-tac.

—Et qu'est-ce qu'un nombre phœnix , alors ?

—C'est la forme décimale de l'expression d'une force par la tangente d'ab, suivie par l'introspection des nombres imaginaires qui détermine l'équation de droite pour f reflet de x par l'hexagone dodécaphonique.

—Oh, bien sûr ! Suis-je bête ?

Oui.

—Tu veux entrer boire un thé ?

Merci, le thé, je le fume.

—Merci, je suis demandé ailleurs, je dois y aller.

—Et bien une prochaine fois peut-être alors ? »

Le blond regarda le brun partir, puis le rattrapa.

« Van ! Attends ! Tu m'as pas dit au revoir !

—Au revoir.

—Ça suffit pas ! Et puis tu m'as toujours pas dit pourquoi 'P't-êt' bien'.

—Par rapport à une question que tu m'as posée. Réfléchis encore.

—Hm … Tu vas où ?

—J'en sais foutrement rien.

—T'es sûr que tu veux pas boire un thé ?

—Ta mère m'aime pas. Et c'est réciproque.

—Elle nous laisserait.

—Non, non. J'y vais. Bye.

—À demain ?

—J'viendrai ici. À demain. »

Ventus colla au noiraud un baiser sur la joue, puis s'en retourna chez lui, pensif. Sa mère lui parla bien, mais il était trop pris dans sa réflexion pour le remarquer vraiment et se contenta de dire, comme par automatisme 'Je dois faire mes devoirs'. Il s'assit sur son lit, et petit à petit, les pièces s'assemblèrent dans son esprit.

« Tu me dragues ?

P't-êt' bien. »

.

.

.

Et voilà ! Duh, ça m'a pris toute ma soirée, je pensais pas que ça serait si long (faut dire que ma chatte avait très envie de s'asseoir sur mon ordinateur ou encore sur mes bras).

Est-ce que ça vous a plu, alors ?

Le chapitre suivant est celui pour lequel je crains le plus votre réaction, je crois … J'essaierai de pas le poster dans une éternité, mais avec la tonne de trucs qui voyage dans ma tête c'est pas gagné.

À bientôt !