La première chose que vit Sherlock en ouvrant les yeux fut John. Il dormait à même le sol, emmitouflé dans son pull marron ridicule. Quand à Moriarty, il était aussi plongé dans ses rêves, assis contre le mur. Sherlock se mit sur le dos et observa le plafond de bois éclairé par un soleil naissant.

Il n'avait plus mal nulle part. Ses blessures s'étaient refermées toutes seules. Son souffle était cependant sifflant, comme si il lui manquait quelque chose pour se rétablir complètement.

Sherlock décida de ne pas réveiller les deux autres et sortit silencieusement de la cabane.

Il avança de quelques pas dans la clairière et s'assit pour contempler ce qui l'entourait. Les couleurs de la nature n'avaient jamais été aussi éclatantes. Le ciel, les arbres, l'herbe, tout était merveilleusement éblouissant et magnifique. Il joint les deux mains sous son menton et se mit à réfléchir.

Il sursauta quand une heure plus tard, John lui toucha l'épaule. Le blond lui tendit une pomme.

-Tiens, ça t'aidera à te sentir mieux, dit-il.

Le détective attrapa le fruit et croqua dedans. Le goût était très différent de ce qu'il connaissait. Un goût véritablement naturel.

-Merci.

John s'assit à côté de lui.

-C'est beau, n'est-ce pas ? Si ce monde ne regorgeait pas de monstres sanguinaires, je nous croirais au Paradis.

Sherlock sourit faussement. Il n'était toujours pas sûr d'être vivant.

-Je peux te poser une question ? Demanda John avec un empressement mal dissimulé.

-Bien sûr, John.

-Comment tu m'as retrouvé ? Comment tu as su que c'était Mycroft qui m'avait amené ici ?

Sherlock cessa un instant de respirer. Encore une fois, sa mémoire défaillante l'empêchait de voir plus loin que la Chute. Mais c'était son problème, pas celui de John. Il ne voulait pas l'inquiéter. Ses autres souvenirs étaient limpides. Il n'y a aucune raison de croire que le reste ne reviendrait pas.

-J'ai fait ce que je fais toujours, répondit Sherlock avec détachement. J'ai enquêté. Et malgré le talent de Mycroft pour ne rien révéler, je savais que je te retrouverais. Je te retrouve toujours.

John rougit et s'écarta de Sherlock.

-Mmmm. Oui. Merci, en tout cas.

Les yeux de Sherlock piquèrent. Il n'avait pas non plus oublié que John ne l'aimait pas. Pas dans le sens où lui l'aimait. La seule et unique fois où il avait avoué ouvertement ses sentiments s'était soldée par une dispute monstrueuse et John quittant l'appartement.

Deux jours plus tard, Sherlock s'était jeté du haut d'un toit.

-Sherlock ?

-Pardon ?

-Mycroft. Pourquoi nous a-t-il amené ici ? Dans quel but ?

-Je n'en sais rien. Le détective passa une main dans l'herbe. Mais crois-moi. On va trouver un moyen de sortir d'ici et on lui demandera en face, à cet enfoiré.

John sourit.

-Ca ressemble au début d'un plan. Et pour Moriarty ?

La seconde suivante, la porte de la cabane claqua et Jim Moriarty sortit avec un grand sourire. Celui des requins blancs quand ils reniflent du sang. Il avait l'air d'être d'excellente humeur -ce qui était mauvais signe, pensa Sherlock, dégoûté.

-Good morning' Vietnam ! Jim se calma immédiatement en voyant les deux pairs d'yeux brûlants de haine le fixer. Je sais ce que vous pensez les gars, mais laissez-moi vous dire qu'on est tous dans la même galère. Et l'entraide est la meilleure des solutions pour…

-La ferme ! Coupa Sherlock, faisant sursauter John. Ne prononce plus une seule syllabe. Plus une seule.

Moriarty croisa les bras.

-Tu n'es pas en mesure de me dire quoi faire, Sherlock. Je suis en position de force, là. Je sais comment survivre ici. Si tu es si intelligent, tu devrais comprendre que me faire taire est un mauvais moyen pour négoci…

John se releva et bondit sur le criminel. Il le plaqua contre un arbre et plaça le coude sous sa gorge.

-Sherlock ? Demanda John en renforçant sa prise.

Le détective réfléchit une minute pendant que Jim se débattait. Il était partagé entre l'envie de tuer le criminel et la raison qui l'obligeait à reconsidérer la situation. Il finit par déclarer avec calme :

-Voilà ce qu'il va se passer. Moriarty, vous nous dites tout ce que vous savez. Ensuite John et moi partirons. Vous aurez la vie sauve.

Jim arrêta de s'agiter et ses yeux noirs se tournèrent vers Sherlock.

-Je ne survivrais pas sans vous, dit-il avec difficulté, comme si chaque mot lui arrachait la langue. Sans le doc, je serais mort cette nuit.

-Votre mort importe peu, répondit John.

Jim fit la moue.

-Je sais. Mais on peut s'entendre. J'ai besoin de vous deux pour quelques chose de bien précis. Une fois cette chose obtenue, je vous jure que je dirais tout ce qu'il y a besoin de savoir.

-Comment peut-on avoir confiance en vous ? Demanda Sherlock avec mépris. Excusez-nous si votre parole est insuffisante.

Moriarty prit une grande inspiration.

-Vous voulez rentrer dans le monde réel, c'est cela ?

-C'est ça, répondirent John et Sherlock en même temps.

-De l'autre côté, il y a Mycroft Holmes. Tout ce que je veux, c'est sa mort. Au final, rentrer est notre objectif commun.

John desserra sa prise.

-Sherlock, il a marqué un point. J'ai failli mourir à cause de ton frère. Je veux comprendre pourquoi Mycroft a fait tout ça. Je veux rentrer. Et même si ça me tue de le dire, Moriarty m'a sauvé la vie hier soir. On serait morts tous les deux si on ne s'était pas allié. Au pire, il peut servir de bouclier humain, ajouta-t-il avec dédain.

Malgré tous les atomes de son corps qui lui criaient d'attendre avant de prendre une décision stupide, Sherlock hocha la tête.

-C'est vrai. Nous ne savons rien de cet univers, on pourrait disparaitre d'un instant à l'autre. Il faut agir vite. Mais avant tout, j'aimerais savoir ce que vous voulez de nous, Moriarty.

Le criminel fit quelques pas en direction des montagnes et des collines illuminées par la lumière.

-J'ai besoin de vous pour retrouver quelqu'un.