Interdiction
Bonjour à toutes et à tous, je poste un de mes derniers chapitres d'avance (le suite, je l'écrirais pendant mes vacances). Cette fiction devrait, selon mes prévisions, faire une dizaine de chapitres max. Je suis contente qu'elle vous plaise un tant soit peu (bon, personnellement, je ne suis pas complètement satisfaite de cette histoire, mais disons que la prochaine sera mieux ;D - j'espère)
Pays-de-Galle : Carwyn
Ecosse : Allistor (J'aime ce personnage, mais ça ne m'empêche pas de le faire passer pour un parfait connard XD)
Irlande du Nord : Edwyn
Irlande du Sud : Lisa
Chapitre IV :
Arthur se réveilla ce matin-là avec des papillons dans le ventre. Rien que de repenser à ce diner de la veille, il avait envie de sourire béatement et de rester dans son lit à rêver. Cependant, il avait cours et ne pouvait pas se permettre de rester chez lui avec tout le travail qu'il avait à faire. Il se leva donc pour ouvrir sa fenêtre et ses volets, appréciant l'air frais de la matinée, puis il partit directement sous la douche afin de se débarrasser de son reste de sommeil.
Une fois prêt, il descendit au salon et fut arrêté dans l'entrée par son père.
« Hop ! Hop ! Hop, jeune homme ! Où penses-tu aller comme ça alors que tu n'as même pas encore mangé ?
_ Oh, je m'achèterais un truc à grignoter sur le chemin. Là, il faut que j'aille au lycée, papa.
_ Arthur, je veux que tu viennes prendre ton petit-déjeuner avec les autres. On doit avoir une petite discussion et comme je ne te vois quasiment pas le soir, ce sera désormais le matin.
_ Oh pitié, non…
_ Arthur. Je fais ça pour le bien de la famille.
_ Quelle famille ?!
_ Ne hausse pas le ton ! Je t'ai dit d'aller à la cuisine ! »
Défait, Arthur renonça à arriver en avance pour préparer ses dossiers de délégués. La journée commençait extrêmement mal.
Autour de la table à manger de la cuisine, la fratrie Kirkland au complet était réunie, sirotant un thé ou mâchouillant une biscotte. Lorsqu'ils le virent entrer dans la pièce, les quatre membres de la famille restèrent silencieux et attentifs à cette étrange idée venant de leur père.
Celui-ci prit place et invita le benjamin à en faire de même.
Mauvaise journée…
« Mange, Arthur.
_ Je n'ai pas faim, pour l'instant. C'est pour ça que j'achète un truc sur la route quand je…
_ Mange ».
C'était sans appel.
« Je ne veux pas que tu deviennes anorexique, Arthur.
_ Avec tout ce que j'ai mangé hier avec Kiku, y a peu de chance ».
Pour des raisons de sécurité, Arthur avait dit à son père que la famille de Kiku l'avait invité dans leur restaurant la veille. Lorsqu'il s'agissait des Honda, le père Kirkland était tout de suite plus laxiste, connaissant de réputation le bon comportement qu'ils avaient vis-à-vis d'Arthur.
« Et comment vont les Honda ? demanda l'adulte en vérifiant que son fils mangeait bien quelque chose de consistant.
_ Bien. Ils te passe le bonjour, d'ailleurs ».
Le père hocha la tête puis fronça des sourcils lorsqu'il rencontra le regard agacé d'Allistor.
« Bon, écoutez-moi bien, les enfants. Vous commencez tous, dès aujourd'hui, quelques séances chez le psychiatre pour parler de nos problèmes de famille. De plus, j'exige dorénavant que nous mangions le soir ensembles, sauf si l'un d'entre vous est invité ailleurs, bien entendu. Maintenant, vous allez prendre sur vous et apprendre à régler vos conflits autrement qu'en vous battant et en vous hurlant dessus. Tant que vous vivrez sous mon toit, ce sera comme ça ».
Un silence gêné lui répondit. Personne ne se sentait à contredire cette décision, car cela signerait le début d'une énième dispute. Et après tout, ce n'était que quelques petites séances de rien du tout où ils devaient parler à un homme dont les lèvres étaient scellées sous la règle du secret professionnel. Quelle importance ?
« Arthur, tu seras le premier à y aller. J'ai vérifié ton emploi du temps, tu iras pendant tes trois heures de permanence de ce matin. Le cabinet n'est pas loin du lycée, c'est une chance. Puis cette après-midi, ce sera au tour d'Allistor, puis Carwyn, puis Edwyn, puis enfin Lisa. Mon rendez-vous à moi aura lieu ce week-end. Comme ça, pas de jalousie, tout le monde ira là-bas. Sommes-nous bien d'accord ?
_ Ouais…, répondirent-ils plus ou moins en chœur.
_ De toute façon, à part Arthur, aucun d'entre vous ne travaille vraiment aujourd'hui. Sauf les cours du soir de Lisa et Carwyn mais c'est à 19h. Vous allez profiter de cette journée de repos pour prendre de bonnes résolutions.
_ Je peux y aller, papa ? demanda timidement Arthur en achevant sa tartine. Je vais avoir une dure journée aujourd'hui et je dois à tout prix finir un dossier sur le Carnaval de l'école, pour le proposer aux enseignants. Entre ça, les cours, le psy et mon heure de colle de ce soir, j'ai vraiment pas le temps… »
Les yeux dans les yeux, son père réfléchissait attentivement à cette demande, mais finit par abdiquer, conscient que ses arguments étaient tout à fait pertinent. Il lui donna l'autorisation de sortir de table et Arthur ne se fit pas prier, pressé d'en finir avec cette ambiance mortifère. De plus, il avait envie de vomir à cause du pain sec qu'on lui avait fait ingérer de force. Décidemment, il n'avait vraiment pas faim le matin.
Il n'avait même « pas faim du tout » en ce moment, mis à part la veille au soir. Il n'avait faim que lorsque son corps relâchait la pression et cela n'avait lieu que lorsqu'il était avec son amant. Logique, dans un sens.
La simple présence de ses frères lui nouait l'estomac et lui donnait la nausée.
Arrivé à l'école, Arthur ne se fit pas prier et se jeta littéralement dans la salle des délégués où il s'enferma à double-tour pour que personne ne le dérange. Depuis l'incident avec les Crêtes de Coq, il avait l'impression de développer un bout de paranoïa.
Vivement ses dix-huit ans.
Il travailla à rythme élevé, pressé d'en finir avec ce dossier. S'il se débrouillait bien, il pourrait le rendre aujourd'hui à ses enseignants, à la pause de midi, juste après être allé chez le psychiatre. Au pire, il pourrait le peaufiner pendant le cours d'allemand pendant que le professeur serait occupé à faire la police contre les élèves dissidents. Il fallait mettre à profit la moindre seconde. Travailler, travailler, oublier les emmerdes, travailler, tenir bon et travailler. La bonne routine du psychopathe.
Au fond de sa poche, le téléphone d'Arthur se mit à vibrer.
Francis.
Hâtivement, au point de manquer de le faire chuter à terre, il amena le petit appareil contre son oreille.
« F-F-Francis ! Euh… Je veux dire : Allo ? »
Un rire franc se fit entendre et le britannique se retint de bouder, n'aimant pas spécialement qu'on rit de lui (même s'il l'avait mérité sur ce coup-là).
« Oui, mon amour, c'est bel et bien moi~. Si je ne me trompe pas par rapport à ce que je sais sur toi, tu es actuellement dans ta salle de délégué en train de plancher sur un dossier bateau tout en pensant à moi.
_ Je… Je ne passe pas ma vie à penser à toi, espèce de… de… Je… Va te faire foutre !
_ Oww~, mon amour~ ! Que je suis heureux d'entendre ta douce voix mélodieuse et calme dès le matin~ ! Je viens d'arriver au boulot et je profite qu'il n'y ait personne pour t'appeler, comme tu es certainement toi-même seul et bloqué dans une salle sans âme qui vive. J'espère que ça ne te dérange pas…
_ Non… Pas du tout… Merci d'appeler. Tu vas bien ?
_ Et bien… je commence à nouer une amitié très forte avec la petite nouvelle de l'équipe. Elle est arrivée ce matin, elle est belle et a le don de me tenir éveillée malgré la fatigue ».
Arthur n'en croyait pas ses oreilles. Francis n'était tout de même pas en train de lui avouer à lui qu'il reluquait une de ses compagnes de travail ?
« Elle s'appelle Campaneo et c'est la plus merveilleuse invention du monde. C'est fou la quantité de café qu'on peut foutre dans cette petite merveille de la technologie. Non parce que tu comprends, notre ancienne machine à café déraillait et nous servait du thé froid quand on demandait un Capuccino. L'horreur ! Heureusement que j'ai réussi à convaincre mon père d'arranger immédiatement la situation. Sinon, on y aurait passé des mois. Encore une fois, Francis Bonnefoy gère le problème avec brio !
_ T'es bête…, rigola Arthur.
_ Oui, je sais. Merci, mon amour. Et toi ? Comment se passe ce début de matinée ?
_ Mon père nous a improvisé un conseil de famille au petit-déjeuner. On va tous aller voir un psy dès aujourd'hui. Je vais devoir finir mon dossier ce matin malgré mes deux heures de cours, courir chez le psy directement après, donner mon dossier à mes professeurs puis aller faire mon heure de colle ce soir… En espérant ne pas recevoir de travail supplémentaire pendant la journée… Je pense qu'après le psy, je vais repasser chez moi pour déposer mes affaires du matin et accessoirement voir comment évoluent les choses avec mes frères. Ils sont supposés passer la matinée à « prendre conscience de certaines choses vis-à-vis de la famille ».
_ Oh… Je vois. Ils n'ont pas de cours aujourd'hui, tes frères et sœurs ?
_ Les joies de la FAC…
_ Ok, je comprends mieux. Du coup, je vais te laisser finir ton dossier tant que tu as du temps pour le faire. Je sens que ta journée va être éreintante… courage, mon petit lapin. N'oublie pas que je suis là pour toi.
_ Merci, Francis… Je t'aime. Au revoir ».
Ils raccrochèrent, soupirant chacun de leur côté.
Mais Arthur se fit interrompre dans ses sombres pensées lorsque l'on tapa à la porte de la salle. Il rangea son téléphone comme s'il s'agissait de la preuve de son crime, puis alla ouvrir le verrou. Il fut alors face à Matthieu Jones, qui le regardait avec les sourcils froncés.
« Pourquoi tu t'es enfermé, Arthur ? demanda-t-il
_ C'était par mesure de précaution au cas où les Crêtes de Coq ne rappliquent.
_ C'est dangereux s'il y a le feu.
_ C'est vrai, tu as raison. Je vais faire plus attention… »
Ce qui était rafraichissant avec cet enfant, c'était son souci pour ses proches, qui en faisait un véritable amour. Dans la catégorie « je suis ton ami et je suis là pour toi », Matthieu était la carte maitresse.
« Tu vas bien depuis l'autre fois ? reprit timidement le jeune adolescent avec inquiétude. Je veux dire… Tu as eu une heure de colle à cause d'eux, n'est-ce pas ? Ton papa ne t'a pas trop crié dessus ?
_ Euh… C'est compliqué… Mais ça va aller. Je vais vite m'en débarrasser ce soir et on n'en reparlera plus. Et comment va Alfred ?
_ Il est très énervé après le Gang. Je l'ai entendu marmonner quelque chose comme quoi il voulait créer un club de Police Héroïque dans l'école. S'il t'en parle, au moins, tu seras prévenu. Et je n'ai sûrement pas besoin de t'expliquer en quoi mon frère est un crétin avec des idées débiles ?
_ Non, ça ira, ne t'inquiète pas. Moi vivant, il n'y aura pas de club aussi dangereux et imprévisible avec quelqu'un comme Alfred F. Jones aux commandes. De toute manière, aucun professeur ne validerait l'idée derrière moi. Ne t'inquiète pas, Matthew, je gère la situation.
_ Merci, Arthur ».
S'il fallait aussi s'occuper d'Alfred, le délégué n'était pas au bout de ses peines. C'est qu'il a la rancune tenace, ce bougre de pseudo-héros. Arthur allait finir par se mettre à prier pour qu'on ne lui rajoute pas d'ennuis supplémentaires.
Le temps restant, Arthur continua son dossier et Matthieu s'assit un peu plus loin pour pouvoir travailler au calme avant le début des cours. Lorsque la sonnerie retentit, ils se souhaitèrent une bonne journée avant de rejoindre leur classe respective. Arthur passa ses deux heures de cours à achever discrètement son dossier, prenant quelques notes au passage qu'il peaufinerait ultérieurement.
Cela fait, il courut jusqu'en salle des professeurs pour rendre le dossier. Le directeur, discutant avec le personnel enseignant, l'accueillit avec suspicion. Depuis cette histoire de coups et d'heure de colle, Arthur était un peu réticent à l'idée d'engager la conversation avec cet homme.
« Oh, tiens donc ! s'exclama l'adulte. Que nous vaut votre présence ici, Kirkland ?
_ Je viens donner un dossier à mon professeur principal, au sujet du Carnaval de l'école.
_ Hum… C'est vrai, j'avais oublié l'existence de cet événement. Je lirais votre dossier également, si vous le permettez.
_ Faites comme bon vous semble, monsieur. Maintenant, si vous le permettez, je dois y aller.
_ Vous n'avez plus cours de la matinée, pourtant. Pourquoi cet empressement, Kirkland ? J'espère que vous ne préparez rien de… fâcheux… »
Il avait pété un câble une fois et, ça y est, on le considérait comme une racaille en pleine déchéance ?
Arthur soupira.
« Non, j'ai un rendez-vous médical chez… »
Il se stoppa. Ce n'était définitivement pas une bonne idée d'avouer qu'il allait voir un psychiatre. Très mauvaise idée.
« … chez le médecin. J'ai des révisions de vaccin à faire.
_ Oh, je vois. Désolé de vous avoir retenu, Kirkland. Allez-y ».
Avec l'impression d'avoir échappé à la mort, Arthur quitta la salle et courut à l'arrêt de bus près du lycée pour s'en aller à cette satanée séance. Il manqua de se tromper de rue mais parvint finalement jusqu'au cabinet du docteur Beilschmidt, où il patienta dix minutes dans la salle d'attente avant d'être ponctuellement reçu.
Le psy était un grand homme, large d'épaules, blond et impeccablement bien coiffé et habillé. Il respirait le sérieux.
Du coup, Arthur se sentit quelque peu intimidé lorsqu'il prit place sur un siège, face à son nouveau médecin (armé d'un stylo et d'un bloc-note).
« Enchanté, monsieur Kirkland. Je suis Ludwig Beilschmidt et je serais votre psychologue pour les quelques séances que nous passerons ensembles. Je ne suis pas ici pour vous juger et je reste contraint sous le secret professionnel. Rien de ce qui sera dit ici n'atteindra les oreilles de quiconque, et encore moins de votre famille si cela vous inquiète. Ainsi, pour vous et votre entourage, je vous conseille de vous montrer un minimum coopératif. Mon unique but est de vous aider à faire le point avec vous-même pour que vous puissiez trouver des solutions. Bien sûr, je n'ai aucun ordre à vous donner et ne peut pas influencer votre train de vie. C'est vous et vous seul qui devez prendre vos décisions ».
Avec une introduction si professionnelle et objective, Arthur avait du mal à jouer les fortes têtes. Ce psy avait quelque chose dans le regard qui persuadait de son honnêteté et de son altruisme.
Après un cours silence de synchronisme silencieux entre eux, la discussion put réellement commencer.
« Votre père a pris le rendez-vous lui-même. Est-il à l'origine de cette séance ?
_ Oui. L'ambiance à la maison est chaotique donc il envoie tous mes frères et moi-même vous consulter pour tenter de démêler les choses.
_ Je m'en doutais un peu. Bien, je ne vais pas passer par quatre chemins, le temps nous est précieux. Pourriez-vous m'expliquer votre point de vue sur cette si chaotique vie de famille, s'il-vous-plait ?
_ Ma mère est morte en couche lorsqu'elle m'a eu. Je pense que mes frères et sœurs me le reprochent et se sentent obliger de me mener la vie dure, pendant que mon père, entre deux lourds contrats de travail, tente de joindre les deux bouts, comme on dit. Point final.
_ C'est un peu maigre… Je suppose que vous êtes plus sensible aux mauvais traitements de votre fratrie qu'à l'absence de votre père. Quels exemples de mauvais traitements pouvez-vous me raconter ?
_ Lorsque j'étais enfant, ils se sont amusés à me perdre en forêt quand on est allé rendre visite à nos grands-parents. Je suis resté dehors pendant huit heures. Ma grand-mère a mobilisé la Police Municipale ainsi que quelques bénévoles du village pour me retrouver. Sinon, lorsque j'avais seize ans, l'aîné de la famille, Allistor, détruisait mes CD préférés sous mon nez pour me provoquer, donc on se bagarrait souvent. Puis il y a eu pleins de petites choses comme ça. Je ne me souviens pas de tout, heureusement ».
Ludwig prit un moment pour noter ces précieuses informations.
« Votre père n'a jamais pris le temps de parler avec vos frères et sœurs pour leur expliquer votre innocence dans le décès de votre mère ?
_ Je ne sais pas. Je ne lui ai jamais posé la question. En fait, je n'ai plus le temps de m'intéresser à mon père ou à mes frères. Je préfère travailler, ça me change les idées.
_ Vous restez plus tard au lycée pour éviter votre famille ?
_ Oui. Et je suis délégué d'établissement. Ça m'oblige à gérer les événements de la vie scolaire et les actes de délinquances dont me parlent les autres élèves. Ce qui me rappelle l'élément déclencheur qui a poussé mon père à vous contacter.
_ Je vous écoute.
_ Je me suis battu avec un gang de fauteurs de troubles, ce qui m'a valu ma toute première heure de colle. Je crois que mon père était très déçu et… il a pris cette décision pour faire bouger les choses.
_ Pourquoi vous êtes-vous battu, au juste ?
_ Ils ont insultés mon ex-petite amie et mon meilleur ami.
_ Et vu les blessures sur votre visage, ils n'y sont pas allés de main morte pour répliquer.
_ Vous avez tout compris.
_ Maintenant, avec tous ces éléments, parvenez-vous à mettre l'accent sur ce qui vous pose vraiment problème ?
_ … Je crois bien que oui… Je pense que… récemment je m'en suis rendue compte… Je… Pour fuir ma famille, je me suis enchainé à de grosses responsabilités, et… maintenant que je croule sous le travail, j'aimerais m'en défaire pour avoir plus de temps libres où je pourrais voir Fr… enfin, plus de temps libre ».
Arthur venait de se raviser dans sa confidence. A un mot près, il allait avouer sa relation amoureuse avec Francis. Quand bien même il était face à un psy, muet par respect pour lui et sa profession, il avait peur de l'avouer de vive voix. Cependant, le psy avait bien noté ce brusque arrêt dans son discours.
« Vous ne me dites pas tout, Kirkland. Auriez-vous trouvé, autre que le travail, une nouvelle échappatoire à votre vie de famille ? »
Le sujet sensible.
« Je… Je suis… Enfin, j'ai… »
Arthur se mit à rougir et commença à gesticuler sur sa chaise, mal à l'aise.
« Vous êtes amoureux ? »
Question purement rhétorique, ça se lisait sur son visage. Du coup, Arthur ne fit que hocher la tête pour répondre, embarrassé de savoir qu'il allait devoir révéler une partie de son secret. De toute façon, il n'était pas obligé de décliner l'identité de son amant. Le nom importait peu, seuls les faits avaient réellement un poids dans leur dialogue.
« Pourquoi êtes-vous si gêné d'être amoureux, Kirkland ? Vous le cachez à votre famille, c'est cela ?
_ Oui… Parce que… il… euh… il… C'est compliqué.
_ « Il » ? Je vois. Le fait que ce soit un homme ferait mauvais impression chez vous ?
_ Je ne sais pas… Ma famille n'a jamais semblée vraiment fermée d'esprit, surtout sur ce sujet-ci. Mais je suppose que voir leur petit frère éprit d'un autre homme donnera envie à mes frères de poursuivre leur bizutage. Surtout si l'homme en question est…
_ … Oui ?
_ … lu… ieu…
_ Pardon ?
_ … plus vieux… »
Ludwig prit quelques longues secondes pour comprendre et enregistrer l'information qu'il venait d'obtenir (non sans peine).
« Plus vieux ? C'est-à-dire ?
_ Oh, rien de trop grave… Juste… sept ou huit ans…
_ Ah… D'accord, je vois le tableau. Donc, si je résume bien… En plus d'être le bouc-émissaire de vos frères, de crouler sous un travail qui ne vous plait pas, vous devez aussi cacher une relation secrète à tout le monde ?
_ Oui, c'est ça…
_ Et votre petit-ami ? Qu'en pense-t-il ?
_ Il veut me kidnapper à mes dix-huit ans pour m'arracher à cette vie.
_ Très prévenant.
_ Il a toujours été comme ça. Il dit des choses merveilleuses sous les coups de la passion mais irréalisables dans les faits.
_ En quoi est-ce irréalisable ?
_ Vu son statut vis-à-vis de sa propre famille, il ne pourra pas s'occuper d'un adolescent comme moi en plein dans ses études. Sa famille le déshériterait sûrement et il perdrait beaucoup. C'est pour ça que nous sommes bloqués. Peu importe combien je l'aime, je ne veux pas qu'il perde sa stabilité de vie à cause de moi ».
Ludwig Beilschmidt nota encore certaines choses sur son carnet, pendant qu'Arthur jetait un coup d'œil intrigué à l'horloge. La fin de la séance approchait déjà et il n'avait pas vu le temps passer.
« Avant de vous laisser, dites-moi juste, monsieur Kirkland, si le fait de parler de vos problèmes vous a fait un peu de bien.
_ Oui, un peu. Ça me soulage.
_ Très bien. C'est que cette séance vous a été bénéfique. Nous poursuivrons la semaine prochaine pour noter les éventuelles évolutions. Je vais vous laisser rentrer, maintenant. Merci de votre coopération.
_ Merci à vous ».
Arthur prit ses affaires de cours et serra respectueusement la main du psychologue avant de quitter la salle, un peu chamboulé de s'être livré à un inconnu. Ce psy savait mettre en confiance.
C'était peut-être étrange à dire mais Arthur se sentait prêt à faire des efforts avec ses frères et sœurs. Le fait d'aller consulter un psychiatre lui avait fait prendre conscience de la gravité de sa situation familiale. Il espérait que les autres en prennent également conscience. Après tout, il n'était pas trop tard pour vivre une authentique vie de famille, basée sur les rires et le partage.
L'espoir n'était certainement pas mort.
Le cœur gonflé de nouvelles perspectives, l'adolescent rentra chez lui, un fin sourire aux lèvres. Il ne s'était pas senti aussi libéré depuis longtemps.
Dans l'entrée de la maison, il accrocha temporairement son manteau, sachant qu'il n'allait pas s'éterniser trop longtemps. A part poser les livres en trop et discuter quelques minutes avec sa fratrie, il n'allait rien faire qui lui prendrait du temps.
Il était plus de midi, annonçait l'horloge du couloir.
Il ne monta pas tout de suite à sa chambre. Le sac sur l'épaule, il alla directement au salon, où les quatre autres discutaient, assis en cercle autour de la table basse, l'air sérieux. L'ambiance n'était pas des plus joyeuses mais Arthur y était habitué et ne s'en formalisa pas. Il gardait espoir d'un lendemain meilleur.
« Bonjour, salua-t-il. Je reviens du psychiatre et je pose juste mes affaires avant de retourner à l'école. Le Docteur Beilschmidt est quelqu'un de très compétent et de profondément humain, vous verrez. Il…
_ Tais-toi, le morveux, coupa Allistor en posant douloureusement sa tête sur la paume de sa main ».
Arthur garda son calme, conscient qu'il allait falloir du temps et de la patience pour retrouver un équilibre relationnel entre eux.
« On n'a pas envie de le voir, ce psy. Papa a vraiment des idées à la con, quand il se force.
_ Eh ! s'emporta Arthur. Un peu de respect pour lui. Tout ce qu'il veut, c'est que nous soyons une famille normale ! C'est un but louable !
_ Et nous ?! Tu crois qu'on en veut de sa famille normale ?! Tu penses sincèrement que c'est possible ?!
_ Arrête de crier au moins une fois dans ta vie, Allistor…
_ Me donne pas d'ordre, Arthur !
_ Pourquoi on ne pourrait pas être normaux ? renchérit le plus jeune. Explique-moi !
_ Parce qu'on ne veut pas partager le même sang que toi ! »
Arthur tiqua, la voix coupée alors qu'il tentait de comprendre ces paroles.
Lisa semblait se retenir de quitter la pièce et Carwyn ne savait plus où se mettre, l'air gêné. Seul Edwyn semblait garder son calme et une pleine maitrise de ses actes.
« Je ne comprends pas…, tenta Arthur. Vous ne prenez jamais le temps de m'expliquer et on ne communique que par des cris… Parlons, pour une fois dans notre vie. Mettons les choses à plat, que je sache ce qui ne va pas entre vous et moi.
_ C'est ton existence qui ne va pas, cracha l'aïné.
_ Al… S'il-te-plait…, soupira Carwyn.
_ Non. Il veut qu'on parle, on va parler.
_ Oui mais il y a une manière de dire les choses.
_ M'en branle.
_ Al ! »
L'interpelé se leva du fauteuil, le regard tueur. Quelque chose en lui semblait bouillir et jamais Arthur n'avait vu son frère si… bouleversé.
« J'ai dix-neuf ans, Arthur. Dix-neuf ! Dix-neuf putain années à te subir, chaque jour qui passait, toi, le petit bâtard responsable de tout ! Evidemment que tu ne voyais rien quand t'étais gosse ! Tu as longtemps été particulièrement naïf ! C'est pour ça qu'on a réussi pleins de fois à te perdre en ville ou en forêt ! Tu nous étais soumis, fut un temps. Il suffisait qu'on te dise « viens, Arthur, allons nous promener en forêt » pour que tes insupportables joues de hamster ne se mettent à rougir de plaisir. Puis on marchait, puis on s'éloignait et tu n'arrivais pas à suivre. Combien de fois a-t-on réussi à se débarrasser de toi ? C'en était jouissif. On jouissait de te voir assez stupide pour nous suivre encore après ça. Cinq fois, Arthur. Cinq fois qu'on t'a eu avec cette technique…
_ Je croyais que… vous vouliez faire la paix… en se baladant en famille… »
C'était vrai.
Dans sa jeunesse, à chaque fois que ses aînés l'invitaient pour une balade, Arthur avait espéré une réconciliation, une proximité entre eux. Petit, il n'avait pas compris que c'était pour se moquer de lui. C'est en grandissant qu'il avait perdu cette innocence.
« On ne fera jamais la paix avec toi, morveux. Tu m'as détruit ma vie rien qu'en venant au monde. Je me demande même comment tu peux encore te regarder dans une glace.
_ Je… je ne l'ai pas tué…
_ Si. Tu as tué maman.
_ C'est… c'est pas vrai… Tu dis n'importe quoi… »
L'émotion commençait à le gagner et ces précédents espoirs à le quitter. S'il le pouvait, Arthur se cacherait dans un trou, tellement il avait honte. Les mots de son frère lui faisaient extrêmement mal et les autres ne faisaient qu'écouter, n'osant pas prendre parti.
« Je voulais une mère, tu me l'as enlevé ! Elle est morte et qu'est-ce qu'on a à la place ? Une petite chose svelte, inutile, faiblard et insolente ! C'est toi qui aurais dû mourir à l'accouchement ! Je ne voulais pas d'un petit frère en plus ! Des frères, j'en ai déjà deux et ça me va ! C'est ma mère qui me manque ! Et les autres sont d'accord !
_ Mais… mais je ne voulais pas lui faire du mal ! Tu crois que je suis heureux de ne pas avoir de mère, peut-être ?! Arrête d'être égoïste et pense un peu aux autres, Al ! Grandis !
_ Je t'emmerde, Arthur. Je t'emmerde ! Si au moins tu étais resté serviable comme tu l'étais, enfant, tu aurais servi à quelque chose. Mais en plus d'être une erreur de la Nature, tu t'es permis de te rebeller !
_ Je ne suis pas ta chose ! Tu croyais que j'allais me laisser malmener jusqu'à la fin de ma vie ?! Evidemment que je me suis rebeller ! Et c'est ta faute !
_ Les gars, calmez-vous, tenta Edwyn. Les cris ne changeront rien. D'ailleurs, tu vas être en retard au lycée, Arthur.
_ Je m'en fous ! répliqua le plus jeune. Je vais enfin mettre des mots sur les non-dits ! D'ailleurs, laisse-moi te dire bravo, Allistor ! Bravo ! Il t'aura fallu dix-neuf piges pour avoir les couilles de me dire les choses en face ! Je ne te savais aussi lâche, c'est une sacré surprise ! T'as d'autres choses à me dire, tant qu'on y est ?!
_ Parle-lui autrement, contra Lisa. Tu n'es pas en position de…
_ En position de quoi ?! hurla Arthur. Tu vas me dire que je suis en tort ?! Que tout est bien de ma faute, comme il le pense ! Que je suis un meurtrier ? Que j'ai commis un matricide en toute connaissance de cause ?! Vous croyez que je ne me sens pas seul les jours de fête des mères ?! Vous croyez que je ne me suis jamais remis en question ?! Arrêtez de fuir en me foutant tout sur le dos ! Grandissez tous !
_ Si tu n'étais pas né, elle serait vivante. Avouons-le, reprit Edwyn avec embarras ».
Arthur crut nager en plein délire. Oppressé, torturé, il souffrait de ces aveux en retenant ses larmes au mieux. Il découvrait enfin le plein pouvoir des mots et leurs conséquences.
« Vous l'auriez tué vous-même ! cria Arthur en donnant un coup de pied dans la table basse qui se renversa.
_ Eh oh, Arthur ! Calme-toi !
_ Ta gueule, Lisa ! Je n'ai pas tué ma mère ! C'est vous qui l'avez tué !
_ Pardon ?! s'emporta à son tour Allistor. Qu'est-ce que tu as osé dire ?!
_ Après quatre accouchements à un an de différence entre chaque, dont une paire de jumeaux, vous pensiez vraiment que ça ne pouvait que bien se passer ?! Bien sûr que non puisque vous n'étiez, et êtes toujours, que de pauvres connards de gamins égoïstes ! Vous l'avez vous-même assassiné à petit feu ! On a tous la même responsabilité dans cette histoire ! Alors arrêtez de me mettre tout sur le dos, bande d'hypocrites matricides ! »
Ce fut la goutte de trop. Allistor se jeta sur Arthur pour lui assener un violent coup de poing au visage. Ces paroles, il ne pouvait pas les encaisser. Après seize ans à s'être persuadé qu'Arthur était complètement responsable de cette tragédie, il ne pouvait pas concevoir qu'il avait aussi des tords.
Par frustration, par rage et par tristesse, ils se combattirent tous deux à même le sol alors que les trois autres tentaient de les séparer en leur hurlant de se calmer. Ils ne voulaient rien entendre. Juste se faire du mal. Mais à force de patience venant des trois autres, ils furent maitrisés, et rapidement, on les éloigna à une distance raisonnable.
Allistor était fou de rage, regardant son cadet avec toute la haine de monde, le souffle court, les cheveux en bataille. Arthur, dans le même état, était plus bouleversé qu'enragé. Les larmes lui montaient aux yeux.
Il n'avait plus d'espoir concernant leur bonne entente. C'était fini. Depuis le début, tout était fini.
« Tu es un monstre, Arthur ! Tu n'aurais pas du exister !
_ Pourquoi aurais-tu plus de droit que moi ?! Je suis né vivant et viable, comme toi ! J'ai poussé le même cri que toi ! J'ai les mêmes yeux que toi ! Je suis comme toi ! Alors pourquoi ?! Pourquoi c'est moi qui devrait disparaitre ?! Parce que… Parce que je suis né en dernier ? Parce que… c'est moi qui lui ai porté le dernier coup… ? Mais moi… moi, j'ai jamais voulu lui faire du mal… Moi, je n'ai jamais été dans les bras de ma maman… Pas même une minute… Vous si… Vous avez eu plus de chance… C'est injuste… »
Les larmes qu'il retenait perlèrent.
Soucieux de cette crise, Carwyn, qui le retenait jusque-là, le lâcha enfin. Il jeta un regard inquiet à Allistor qui s'en fichait, la tête tourné vers la fenêtre alors qu'il semblait chercher à reprendre son souffle. Quant aux deux autres, ils ne savaient visiblement pas quoi faire ou dire.
« Je vous hais…, murmura Arthur entre deux sanglots. Je vous hais tant… Comment ai-je pu croire une seule seconde qu'on puisse se rabibocher… ? Vous n'êtes fait que de haine… Vous me haïssez autant que je vous hais… Rien ne marchera entre nous…
_ Arthur…, tenta Lisa avec l'intention de s'excuser.
_ Non ! s'exclama-t-il en reculant de quelques pas vers le couloir de l'entrée. Tais-toi ! Ne m'appelez plus ! Ne me parlez plus ! Ne m'approchez plus ! C'est bon ! J'ai compris, maintenant ! »
Puis il partit en courant, trébuchant sur son sac de cours abandonné, et aucun de ses frères et sœurs ne le retint.
Ce soir-là, Arthur ne rentrerait pas à la maison.
O*0~.o.~0*O
Tout ce dont Arthur se souvenait lorsqu'il fut calmé, c'était qu'il avait longtemps déambulé dans les rues de la ville, jusqu'à se perdre dans un parc avant de reprendre sa marche, même s'il était éreinté.
Il avait tant couru que la nuit tombait, fraiche et menaçante. Il n'avait ni gilet, ni manteau, ni veste. Pas de portable, pas de carte, pas d'argent, pas de repère. Il avait froid, il avait mal, physiquement et mentalement, et il avait peur de la suite. Si suite il y avait.
Son dernier reflexe, alors qu'il sombrait peu à peu dans le désespoir, fut de chercher la rue de Francis.
Francis était la dernière personne au monde à tenir à lui et la seule à l'aimer vraiment.
D'un pas aussi pressé qu'incertain, luttant contre l'humidité qui brouillait sa vision, il tenta de se souvenir de l'adresse de son amant, qui la lui avait donné au cas où. Ils n'étaient jamais allés l'un chez l'autre pour des raisons de sécurité.
La nuit était pleinement tombée lorsqu'enfin, il trouva la belle maison de son sauveur. Le nom « Bonnefoy », délicieusement écrit à la plume, trônait sur l'interphone, devant une splendide maison ne laissant aucun doute sur sa condition sociale.
Désespéré et perdu, Arthur se laissa tomber sur la porte d'entrée pour y prendre appui, violant la sonnette alors qu'il pleurait. Un petit aboiement de chiot se fit entendre mais ce qu'Arthur retint était surtout la belle voix grave du propriétaire, lui ordonnant de se calmer. Les pas s'approchèrent de la porte, puis le verrou fut retiré et enfin, la porte s'ouvrit.
Aucun mot ne pouvait décrire le choc de Francis en voyant cette silhouette qu'il ne connaissait que trop lui tomber littéralement dessus pour l'enlacer avec force.
Immédiatement, Arthur se sentit tirer à l'intérieur, au chaud. Il sentit Francis le câliner, une petite chose lui lécher la jambe et ses larmes glisser contre la texture caractéristique d'une chemise. Une main se posa sur sa tête pour le rassurer et une douce paire de lèvres se poser contre son front bouillant.
Arthur entrouvrit les yeux, noyé dans des larmes qui le rendaient aveugle. Francis embrassait ses joues, ses pommettes, ses lèvres, recueillant l'humidité qui déformait ses traits. Leurs corps se serrèrent à la recherche de chaleur, alors que le chiot partait s'allonger sur le canapé, critiquant la scène du regard.
Ils passèrent un long moment ainsi, dans les bras l'un de l'autre, à se réchauffer et à s'embrasser. Ils ne quittèrent pas le corridor car leurs jambes refusèrent de les séparer.
Ce moment, si simple, fit un bien fou à Arthur. Il se laissait consoler, sans scrupule pour son père certainement inquiet.
« Mon amour… Dis-moi ce qui ne va pas… Parle-moi. Pourquoi pleures-tu ? Que s'est-il passé ? »
Arthur, entre deux sanglots dépourvus de larmes car étant déjà toutes tombées, baragouina quelques mots incompréhensibles avant de cacher son visage dans la nuque chaude de son amant. Ce dernier prit son mal en patience, se doutant que l'incident devait s'appeler « Allistor Kirkland ».
« Je… veux plus… Je veux plus les… voir… ! Je les hais… ! Ils me haïssent… ! Ils ont dit… Ils ont dit que… j'étais une erreur de… la Nature… ! Que j'aurais dû… mourir à la place de… maman… ! C'est fini, Francis ! Je ne peux plus… ! Je ne peux plus retourner chez moi… ! Et je veux plus ! Ils me tuent… !
_ Bon sang… Ils finiront bien par prendre conscience de leurs paroles et s'en voudront un jour.
_ Non ! Non ! Ils ne me pardonneront jamais d'être… d'être né !
_ Mais vous ne pouvez pas rester éternellement brouillés sur un accident où tu es innocent ! Arthur, vous devez vraiment vous réconcilier…
_ Non ! Je ne veux plus rien avoir à faire avec eux ! Je ne peux plus tenir ! Francis ! Pas toi ! Ne me force pas ! S'il-te-plait… Francis… J'ai juste besoin de toi et toi seul… Tu es le seul… Tu es tout ce que je veux… Je t'aime…
_ Moi aussi, Arthur… Mais je vois bien que tu souffres de ne pas t'entendre avec ta famille… Il faut leur faire prendre conscience de leurs torts et…
_ Mais pourquoi tu insistes ?! Après les horreurs qu'ils m'ont dit, je ne veux plus rien avoir à faire avec eux !
_ Tu es encore mineur… Ton père va te chercher, Arthur, jusqu'à ce que…
_ Dis-le si tu ne veux plus de moi mais ne tourne pas autour du pot !
_ Arthur ! Tu sais bien que je t'aime, ce n'est pas la question ! Je te dis juste qu'il va falloir prendre ton mal en patience encore un petit peu et tenter de te réconcilier avec eux ».
Arthur le regarda dans les yeux, blessé, avant de se dégager de ses bras accueillants. Le plus âgé fut frappé par le désespoir dans ses yeux.
« C'est bon, j'ai bien compris le message… »
Francis avait bien conscience qu'Arthur n'avait pas du tout compris le message. Il était en train de croire à une rupture amoureuse, il croyait gêné Francis, il croyait… être rejeté, abandonné de tout, famille, foyer, amour, alors qu'en réalité, Francis ne songeait qu'à son bonheur…
Arthur se décala de quelques petits pas en arrière, vers la porte d'entrée.
Vivre sans lui serait comme une longue descente aux Enfers. C'était inconcevable, inimaginable, impossible. Arthur était tout pour lui, tout son monde. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'il vive heureux.
Défait, Arthur se retourna, boitant vers la porte alors qu'il n'avait plus la force de lutter contre ses démons intérieurs. Si on lui retirait Francis, il n'avait plus rien à faire dans ce monde. Il ne devenait plus qu'une…
… erreur de la Nature.
… un monstre.
… un criminel.
Mais comment Francis pouvait-il prétendre vouloir le bonheur d'Arthur alors qu'il était incapable de lui offrir ce qu'il voulait ? L'affection qu'ils se portaient étaient invisible, impalpable. A part des baisers et des caresses discrètes, que faisaient-ils pour se prouver leur affection ?
Arthur ouvrit la porte, celle qui le maintenait dans le monde des vivants, et avançant dans la sombre nuit des morts, son dernier refuge.
… avant qu'une paire de bras n'entoure ses hanches pour le ramener dans la lumière.
La porte se claqua derrière eux, violemment, et Arthur se sentit trainer dans cette maison inconnue. Il n'avait désormais plus la force de se battre, peu importe ce que ferais ou dirait Francis.
Sa journée, non, sa vie était gâchée. Foutue. Terne.
Puis une paire de lèvres se posa sur les siennes, tendrement, amoureusement, alors qu'il se sentit glisser sur des draps fins.
Sur le coup, Arthur fut forcé de reconnaitre qu'il était surpris. Partagé entre le choc et la fatigue, il se laissa embrasser sans mouvement brusque.
Cette petite flamme d'espoir qu'il croyait éteinte continuait de percer la noirceur de son cœur. Il se rendait compte d'à quel point un baiser pouvait faire du bien. Francis avait cette particularité de faire passer ses sentiments dans chacun de ses gestes. C'était si languissant, si doux qu'Arthur se détendit enfin.
Lorsque la main de son amant glissa sur sa hanche, il eut le réflexe de s'étirer de tout son long, les bras tendus jusqu'à la taie-de-lit pour offrir tout son corps à cette délicieuse caresse dont il avait tant rêvé.
Leurs lèvres restaient collées comme si elles ne formaient qu'une. La sensation de partage était enivrante, presqu'autant que cette main aventureuse partant à la conquête de ses points sensibles.
Au plus grand bonheur de son cœur meurtri, Arthur venait de comprendre que Francis avait l'intention de lui faire l'amour pour la première fois. Dans sa chambre, dans sa maison, dans son monde à lui qu'ils partageraient sous peu.
Cette langue glissant entre ses lèvres cherchait à franchir enfin le pas. Ces mains sous son T-shirt brûlaient sa peau jusqu'à atteindre son cœur. Son haut fut d'ailleurs vite retiré car gênant. Il ne fallut pas attendre longtemps pour que leur frustration ne les pousse à accélérer le mouvement. Toujours noyé dans ce baiser lent et espacé, Arthur sentit des mains détacher son pantalon pour le glisser contre ses cuisses tremblantes.
Il venait de s'apercevoir que, malgré son empressement, il appréhendait la suite des évènements. Cependant, Francis le rassurait dans ses caresses et ses baisers, ne lâchant jamais sa bouche comme s'il s'agissait de son oxygène. Grâce à ça, Arthur se sentit plus rassuré, voir protégé.
Il gémit contre ses lèvres lorsque leurs deux sexes furent frottés ensembles, dans un contact qu'ils n'avaient jamais expérimentés. Des soubresauts parcoururent l'échine d'Arthur. Par réflexe, il enroula ses bras autour du cou de son amant pour sentir encore plus son corps contre le sien.
C'était sûrement lié à leur précédente dispute mais Francis semblait plus passionné que jamais. Comme s'il craignait qu'Arthur ne s'enfuit de son étreinte.
« Je t'aime Arthur, parvint-il à murmurer en quittant un instant ses lèvres. Je t'aime. Je ne veux pas te perdre. Pardonne-moi d'être si peu présent pour toi. Pardonne-moi de te faire souffrir. Ma maison est la tienne. Reste aussi longtemps que tu veux… Mais ne m'en veux pas… Je ne veux… que ton bonheur… »
Ils s'embrassèrent puis Francis se redressa sur le lit, splendide et souriant. Ils s'envoyèrent, par leur regard, tout l'amour qu'ils avaient.
C'est alors qu'Arthur se sentit envahi par une délicieuse chaleur qui lui monta aux joues.
Il ouvrit grand la bouche, inspirant une généreuse bouffée d'air, s'attendant à souffrir. Mais Francis s'était stoppé, lui laissant le temps de s'habituer à cette intrusion. Il irait doucement, petit à petit pour ne pas le faire souffrir. Ils s'embrassèrent encore à en perdre haleine, enlacés pour ne pas se perdre, pendant que Francis masturbait son partenaire pour le distraire.
Perdu quelque part entre désir et plaisir, Arthur planait contre ses lèvres, les yeux clos et le souffle court, jusqu'à ce que l'autre fût enfin entièrement en lui. Sentir une chose si… grosse le fit se sentir bizarre, mais il y avait quelque chose de grisant avec le fait de sentir qu'on ne faisait qu'un avec quelqu'un.
Puis cette chaleur était tellement plus douce que toute la froideur qu'il avait subie depuis son enfance.
Avec mille précautions, Francis commença à se mouvoir en lui, sans oublier de l'embrasser à pleine bouche pour aspirer l'essence de ses cris, de ses soupirs. Arthur avait beaucoup de mal à se contrôler, car encore assez inexpérimenté malgré la relation qu'il avait déjà eu avant ce bel éditeur.
Il aurait aimé retenir un peu ses cris, faire monter la pression, mais ses esprits se brouillaient et il ne réalisait que trop tard qu'il gémissait fort. Rouge comme un coquelicot, il compta sur son amant pour ne pas se moquer de ses réactions. Ce n'était pas le genre de Francis, de toute manière.
Ce dernier continuait son déhanchement criminel dans ce bien jeune corps, ne pouvant pas s'empêcher de trouver grisant le fait de faire un gros doigt d'honneur à la Loi de la vertu. Rien en ce moment ne pouvait lui faire regretter ce moment de pur délice.
Et jusqu'à l'orgasme, ils s'embrassèrent avec passion, criant ultimement le prénom de l'autre. Une longue trainée blanche glissa sur son ventre et ce fut à ce moment-là qu'il réalisa que Francis avait mis un préservatif qu'il n'avait même pas senti.
Ça pouvait sembler un peu hypocrite, sachant qu'il l'avait pris en bouche la veille sans protection. Arthur pensa soudainement qu'il devait aller faire son test de dépistage.
Francis se glissa contre lui, rabattant les couvertures sur eux. Puis, prenant son péché dans ses bras, il s'endormit contre lui sans scrupule, sans honte et sans remord.
Je crois que faire craquer psychologiquement Francis m'excite! XD
Je vous donne rendez-vous dans le chapitre suivant!
