To the last syllabe of recorded time
Chapitre 4°
« Tes jardins pleins de soupirs et d'intrigues »(1)
Cinquième année
La pluie de l'automne battait les vitres et le plafond magique montrait de gros nuages noirs dans un ciel sombre. La période d'Halloween approchait et le climat lui ferait honneur. La plupart des élèves se réjouissaient déjà en se racontant leurs préparatifs. Chez cet arrogant de Malfoy le faste et l'angoisse seraient à l'honneur. Elle connaissait déjà ses vantardises par cœur, tous les ans la même rengaine quand ce n'était pas chez Typher ou Rosier, c'était chez lui qu'aurait lieu la plus impressionnante et terrifiante fête de l'année ! Des lutins de Cournailles pour une traque gigantesque dans un labyrinthe de végétation mouvante et agressive. Des nouvelles variétés de plantes carnivores décoreraient la maison et attention à qui s'approcherait trop près. Une blague fusa sur le fait que cette année il devrait inviter des Mudblood(2) pour voir si ces plantes mangeaient véritablement n'importe quoi, comme indiquer dans les livres. Une vague de rires sonores puis le sujet dériva sur des zombies, la mention d'un loup-garou en cage et toutes sortes de choses…
Même si elle se trouvait à l'autre bout de la table elle l'entendait clairement, toute la grande salle profitait de l'étalage des avantages de la richesse familiale, de son rang supérieur de sorcier au sang pur et certains imbéciles portaient un regard envieux absolument écœurant. Seule l'arrivée calme et froide de Riddle pouvait le modérer et éventuellement un mot le faisait taire pour la moitié du repas.
Cependant cette année ce fut différent, par parce que Malfoy s'était instantanément tu dès que Riddle avait posé un pied dans la grande salle, mais parce qu'un hibou grand duc aux plumes sombres venait de déposer sur les genoux de Sylence une enveloppe noire cachetée de cire rouge.
Les mains tremblantes, les entrailles nouées et la gorge aride, elle brisa le sceau tandis que d'instinct, son cœur manquait un battement qui lui coupa la respiration durant quelques douloureuses secondes. Elle tira de l'enveloppe un faire-part noir et blanc où étaient griffonnés des mots de réconfort et de compassion dans une écriture fine et soignée qu'elle avait du mal à lire. Son cœur battait à une vitesse folle dans ses tempes et sa vue se brouillait. Elle avait pali sur le mot « condoléances » qui lui avait sauté aux yeux comme un épouvantard tout juste sortit de sa boîte.
Tout le monde autour d'elle parlait, mais elle ne les entendait plus, il n'y avait que le vide. Un vide abyssal qu'elle savait ne jamais pouvoir combler. Une partie d'elle-même venait de sombrer dans cette faille béante qu'elle couvrit courageusement alors qu'elle se levait, incapable de tenir correctement quelque chose en main. Elle eut un mal fou à mettre son sac sur une épaule puis à quitter la salle du pas le plus assuré qu'elle pu obtenir de ses jambes flageolantes tandis que sa respiration était bloquée par les larmes qu'elle gardait pour le moment enfermées dans sa gorge.
Elle força un sourire à Charlotte qui venait de lui courir après pour lui montrer des bonbons reçus de la part de son père en voyage en Egypte. Prétendant avoir quelque chose d'important à terminer, Sylence laissa la jeune fille dans le hall et avança, la tête haute, le corps tendu, vers la salle commune de sa maison.
Elle n'eut pas la force de monter dans sa chambre et se laissa tomber sur le canapé face au foyer. La salle était vide et seulement illuminée par une bougie posée sur la cheminée. Elle voulait rester dans l'ombre où voyant sans être vu, elle pourrait sentir la moindre respiration d'un quelconque intrus. Elle avait tant besoin de cette solitude pour réaliser que sa grand-mère, l'unique membre de sa famille encore proche d'elle, venait de mourir. Elle se sentait terriblement seule. Elle ne supporterait pas la lumière, elle ne supporterait personne. Une partie de son esprit sombrait dans le néant.
Elle sortit la fiole de verre bleu fourrée dans sa poche et l'observa sans la voir. Elle ne voyait que ce qu'elle contenait – où plutôt, ce qu'elle ne contenait plus. Son doigt glissa sur le goulot où quelques dépôts bruns et secs empêchaient une fermeture hermétique. Qu'importe, ses traces brunes étaient les dernières gouttes du liquide qui avait occupé ce flacon. Jusqu'à la dernière goutte – ou presque – cela la dégouttait et elle le serait plus encore désormais que seule, elle devrait se procurer ce fluide, sans personne pour la soutenir et calmer son aversion. Elle contempla l'étiquette où la main assurée de sa grand-mère avait élégamment noté : « Pour les maux d'estomac. Sylence ».
Sa mère, sa grand-mère… elle s'était dit un jour qu'elle ne voudrait peut-être pas leur survivre, ce serait trop dur… c'était fait, sans son accord. Les larmes continuaient de se déverser sur ses joues mais elle ne les sentait plus. Comme elle n'entendit pas le portrait de l'entrée laisser passer quelqu'un. Il vint s'asseoir à côté d'elle, un livre en main, mais ne le lu pas.
-Arbreroux.
Sa voix la fit sortir de sa torpeur. Autoritaire et froide.
-Est-ce que quelque chose ne va pas ? Les cours vont commencer.
-Oh… déjà ?
Elle maudit sa voix fébrile et étranglée.
-Que se passe-t-il ?
Aucune inquiétude dans sa voix, juste un ordre vaguement déguisé d'un ton mielleux.
-Rien, j'ai juste des maux de tête en ce moment, un truc de fille.
Ses yeux se posèrent sur l'étiquette de la fiole. Bien évidemment, elle mentait. Elle lui mentait toujours quand elle ne le regardait pas et se forçait à sourire. C'était cette fiole qui avait son intérêt pour le moment. Plusieurs fois elle en avait eut en sa possession, la gardant le plus discrètement possible. Il y avait plus derrière cette étiquette, ce verre opaque que de banales aigreurs d'estomac. Elle ne pourrait pas lui mentir indéfiniment. Personne ne lui cachait bien longtemps la vérité.
Elle força un sourire qu'il entrevit à peine dans les ombres. Peut importe qu'il le lui rende, elle voulait juste qu'il cesse de l'observer aussi intensément. Il attendait quelque chose de plus que ce banal mensonge, quelque chose qu'elle nierait jusqu'à être au pied du mur. Elle priait pour que ce jour ne vint jamais, sachant bien qu'il serait impossible de le tenir longtemps éloigné de la vérité. Il avait réussi à faire de son affliction une angoisse grandissante d'un simple regard.
Pourtant, elle lui était finalement reconnaissante. Son cœur était affolé mais elle se sentait un peu mieux, hors de cette solitude qu'elle avait cherchée. Lui seul malgré un manque flagrant de compassion pouvait lui donner envie de sortir du noir. Finalement, bien qu'il ne semblât voir qu'un lourd secret à déterrer, un moyen de s'approprier un peu plus de pouvoir sur un étudiant de sa maison, il cessait de la considérer comme une fillette simplement capable de rivaliser avec lui dans certaines matières. La verrait-il un jour comme autre chose ?
Comme elle remettait soigneusement la fiole dans la poche de sa robe, il posa son livre sur le coussin, elle mit sa main juste à côté, effleurant le bout de ses doigts. Juste pour une fois, trouver un peu de réconfort dans le silence, la distance et oublier que nous ne serons jamais du même monde même avec la meilleure volonté. A sa surprise, il les bougea doucement, affirmant le contact, léger, furtif, puis bientôt les glissa entre les siens. Elle rougit, mais le noir n'en laissait rien voir.
Il contemplait les flammes et si l'on se fiait à l'expression stricte et pensive de son visage, l'on aurait dit qu'il se concentrait sur une marche à suivre, qu'il réglait quelques détails importants ou revenait sur un point obscur mais absolument pas qu'il agissait exclusivement pour le bien être de l'autre.
Elle mit sa tête contre ses genoux pliés sur sa poitrine et laissa de nouveau ses larmes couler. Elle se sentit un peu mieux quand de son pouce il caressa sa paume, mais ce fut extrêmement bref. A peine quelques secondes après il lâcha sa prise, brusquement, prit son livre et sortit sans un mot.
C'était un cours de métamorphose. Elle savait que le professeur comprendrait. Elle irait le voir juste avant le déjeuner. En attendant elle restait sous le choc et plus encore avec le geste un peu trop chaleureux de Riddle. Cela ne lui ressemblait pas.
Cinquième année, printemps
—Tu es sûre que tu veux rentrer ? Il fait tellement beau ! S'extasia Charlotte, une main en visière pour pouvoir observer le ciel d'un bleu éclatant, sans le moindre nuage.
—Tu n'as qu'à rester ici, il y a des gens de ta maison là-bas, mais je commence à avoir mal au crâne, déclara Sylence.
—C'est dommage que tes migraines te reprennent pile quand il fait beau ! Tu seras à l'infirmerie ? On se verra au déjeuner ?
—Je pense plutôt terminer le devoir de botanique.
—Hum, tu sais qu'on est en vacances au moins ? Mais bon, tu es si bizarre parfois, alors à plus tard, j'espère que ça va vite passer qu'on aille se promener au bord du lac !
Sur le chemin qui menait à l'ombre rafraîchissante du château elle s'enfonça les ongles dans les paumes pour supporter la douleur. Sa respiration devenait pénible et bientôt le sang glisserait de sa narine. En effet, le printemps s'annonçait chaud et ensoleillé mais elle devait se faire une raison, elle ne pourrait pas en profiter.
Sentant peser sur elle un œil attentif elle se retourna pour apercevoir Riddle assit sur un banc sous un arbre, entouré de quelques-uns de ses « fidèles » toujours à le suivre partout. Mme Pince devait avoir interdit aux élèves de rester dans la bibliothèque alors que le temps était si chaud. Elle sourit pour cacher le malaise que créait l'intensité de son regard.
Depuis le matin de la mort de sa grand-mère il semblait l'étudier de loin, prêter un grand intérêt à ses moindres faits et gestes, plus particulièrement quand elle tentait de s'esquiver lors des sorties à Pré-au-Lard pour mensuellement chercher une fiole vitale. Sur ce sujet, heureusement que Dumbledore avait pu lui fournir une adresse sûre tout en compatissant à la perte d'une « femme aussi exceptionnelle », « meilleure journaliste de son époque ».
Riddle se doutait-il que… ? Non. Impossible, même s'il était brillant il ne pouvait savoir. Elle faisait tout pour ne rien montrer. Il répondit d'un vague signe de tête et rien de plus, retournant à sa lecture.
Le vent lui caressa le visage, chargé de l'odeur du soleil et des senteurs sauvages des fleurs. Il fut accueillit avec plaisir mais bientôt, elle sentit le sang glisser de sa narine jusqu'à ses lèvres.
Plus d'un mois ! Vraiment, le temps passe si vite. Eh bien, je vais tenter de reprendre ça en mains malgré les exams. Cependant, à chaque fois je me retourne l'esprit pour savoir si Riddle n'est pas trop OOC (out of character). Damn you Riddle !
(1)Baudelaire
(2)Hum je n'ai pas le terme français en tête
