A son arrivée elle se rendit vers les cellules afin de faire sortir l'accusé et de le faire conduire en salle d'interrogatoire. Cette fois elle ne resterait pas silencieuse.
André fut ravi de la voir arriver dans sa cellule et l'accueillit bien malgré lui, d'un sourire éblouissant. « Suivez-moi » furent les seuls mots qu'elle prononça. Et comment, qu'il allait la suivre, jusqu'au bout du monde s'il le fallait.
A sa grande surprise ils ne se retrouvèrent que tous les deux dans la salle d'interrogatoire, ce qui était parfaitement hors procédure.
« Vous savez que vous n'avez pas le droit de m'interroger en dehors de la procédure qui exige la présence de mon avocat ? » la testa-t-il.
Elle le dévisagea quelques secondes en fronçant les sourcils, sévère. Elle penchait la tête sans en avoir conscience, une nouvelle fois fascinée par son regard d'émeraude.
« A vrai dire il ne s'agit pas d'un réel interrogatoire. » finit-elle par lui dire. « Du moins pas dans le sens où on l'entend habituellement. D'ailleurs tant qu'à parler de procédure, autant vous le dire tout de suite, nous ne sommes pas non plus enregistrés. »
Il haussa un sourcil. Que lui préparait-elle ?
« Je ne vais pas y aller par quatre chemins Maître Grandier, » commença-t-elle.
Il lui sourit. Mais bon sang pourquoi lui souriait-il ainsi ? Son sourire était tout aussi captivant que son regard.
« Je suis tout ouïe Mademoiselle, » osa-t-il.
Ouh elle n'avait pas apprécié, elle avait le même caractère qu'avant. Le regard était devenu froid, les lèvres pincées.
« C'est commissaire en ce qui vous concerne, » l'apostropha-t-elle, martiale, d'une voix digne du Colonel qu'elle était … enfin qu'elle avait été. Cette voix n'avait aucun effet sur lui, mais il se garda bien de le lui montrer et encore moins de lui dire.
« Bien. Je vais mettre les choses au clair. Je pense que vous êtes la victime d'un coup monté, je vais donc avoir besoin d'un accès à vos dossiers afin de chercher qui pourrait vous en vouloir à ce point. »
Il la regarda, surpris. Surpris, mais ravi qu'elle ait pris son parti aussi rapidement.
« Je suppose qu'ils sont tous sous scellés pour les besoins de l'enquête, vous y aurez accès bien simplement non ? » répondit-il comme lui lançant un défi.
« Me prendriez-vous pour une débutante Monsieur Grandier ? » répondit-elle, relevant son défi.
Il se retint de la reprendre comme elle l'avait fait en lui faisant remarquer que son titre était « Maître » et pas « Monsieur » mais il s'abstint, il tenait trop à l'avoir de son côté.
« Qu'est ce qui me dit que finalement cette entrevue n'est pas enregistrée et que vous ne faites pas vous aussi partie de ce groupe qui cherche à me nuire ? »
Il n'y croyait pas une seconde, pas elle, jamais, elle était bien trop droite. Mais il voulait savoir comment elle réagirait.
Elle ne s'y attendait pas, elle eut un très léger sursaut, encore une fois il se dit qu'il devait être le seul capable de le remarquer tant sa maîtrise d'elle-même était forte.
Elle soutint son regard, comme lorsqu'il avait terminé le dernier interrogatoire en date. Au moment où il lui avait juré son innocence. Sans même s'en rendre compte, elle posa sa main sur la sienne. « Je vous demande de me croire, je suis persuadée que vous êtes victime d'une manipulation et je vais faire tout ce que je peux pour le prouver. »
Il mourait d'envie de se pencher en avant et de l'embrasser. Seigneur qu'il en avait envie, que ses baisers, qui avaient été bien trop rares dans leur ancienne vie, lui manquaient. Et sa main sur la sienne … ce simple contact électrisait son corps entier. S'en rendait-elle compte ?
Il ôta lui-même sa main, ayant peur de ce que ce contact prolongé pourrait déclencher en lui.
« Je vous fais confiance, Commissaire. » A nouveau il sondait son âme avec ses yeux. Bon sang mais que lui arrivait-il ? Cet homme qu'elle n'avait rencontré que quelques jours auparavant la troublait plus que jamais.
« J'ai … j'ai eu le temps de cacher une clé USB avec mes dossiers dans la boite aux lettres de mon voisin avant de partir, il est en déplacement professionnel pour plusieurs mois à l'étranger, je suis sûr que personne n'ouvrira sa boite avant des mois. »
Léa reçut cette information comme un précieux Graal, il lui faisait confiance ! Son sourire la faisait fondre comme neige au soleil. Il fallait impérativement qu'elle se reprenne. Bon sang qui était cet homme et comment pouvait-il avoir un tel pouvoir sur elle ? Elle n'arrivait pas à comprendre d'où pouvait venir l'emprise qu'il semblait avoir sur elle.
« Des ennemis connus ? » demanda-t-elle dans une tentative désespérée de reprendre le contrôle.
« Je travaillais sur une affaire compliquée avec Stéphanie Delcourt. Elle était sur la piste d'un scandale qui pourrait mettre à jour un système de corruption assez haut placé. »
Léa le regardait, dubitative. La corruption était malheureusement monnaie courante de nos jours. Le pouvoir montait à la tête très facilement. Cela pouvait-il justifier une telle machination à son encontre ?
« Ca me parait léger … » commença-t-elle.
« Et si je vous disais que ça remonte jusqu'au ministre ? »
Elle tiqua immédiatement, piquée au vif. « Quel ministre ? »
« Le Garde des Sceaux, » Léa écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à ce que ce nom soit prononcé.
« Votre clé USB contient des preuves ? »
« Stéphanie me l'avait fait envoyer la veille de son assassinat, »
« Il faut donc impérativement que je la retrouve. »
Cette fois-ci ce fut lui qui posa sa main sur la sienne. Elle en ressenti comme une décharge électrique, un picotement léger et un bien être incroyable. Une douce chaleur semblait se propager dans son corps.
« Je vous fais entièrement confiance » répéta-t-il. Bon sang mais pourquoi son corps réagissait à cet homme ? C'était un magicien ou quoi ? Elle se targuait de reconnaitre les séducteurs de pacotille à des kilomètres à la ronde. Elle savait les remettre à leur place. Mais celui-ci la séduisait sans le moindre effort. Son corps semblait le reconnaitre alors qu'elle ne l'avait jamais rencontré de sa vie. Cette sensation était extrêmement dérangeante.
« J'ai besoin d'un échantillon de votre ADN, celui qui figure au dossier ne me semble pas correct. »
« Personne ne m'a demandé le moindre échantillon commissaire, je ne vois pas comment on aurait pu comparer quoique ce soit. »
« Peut-être ont-ils fait des prélèvements chez vous ? »
« Ah peut-être en effet. » concéda-t-il.
« Etiez-vous … » Mais bon sang pourquoi être gênée ? Cette situation dépassait l'entendement, elle était dans une enquête, elle était professionnelle mais d'où se comportait-elle comme une midinette ? Elle s'agaçait elle-même, au plus haut point !
« Etiez-vous intime avec Stéphanie Delcourt ? Le rapport d'autopsie mentionne un rapport sexuel juste avant la mort, et c'est votre ADN qui semble avoir été retrouvé. »
« C'est faux, je vous le jure, jamais je ne pourrais aimer une autre femme, » à nouveau elle se retrouvait prisonnière de son regard. Cet homme la troublait au-delà de la raison, il fallait qu'elle sorte de cette pièce, et vite !
« J'en prends bonne note » dit-elle en se levant précipitamment et en interpelant un agent pour le faire reconduire en cellule.
« Et votre échantillon ADN ? » demanda-t-il, parfaitement conscient du trouble qu'il semait en elle.
Elle sortit une pochette de sa poche. Celle-ci contenait le kit de prélèvement qu'il utilisa précautionneusement puis lui rendit avec un sourire ravageur.
« Vous êtes bien souriant pour quelqu'un qui est accusé de meurtre, » le gronda-t-elle.
« Je suis innocent et vous êtes de mon côté, pourquoi m'inquiéterais-je ? » lui répondit-il tranquillement, mais comme une caresse.
Elle en resta sans voix. L'agent arrivait enfin avec les menottes et le reconduisit en cellule comme elle l'avait demandé.
« Je t'ai rarement vu sortir d'un interrogatoire dans un tel état, »fit une voix derrière elle, accusatrice.
