Heureux qui comme Caillou

Première partie : Lysémachie

Chapitre 4 : Du sang et des jeux

Auteur : Rain

Disclaimer : Shaman King ne m'appartient pas, pas plus que l'histoire que vous reconnaîtrez sous ses atours skiens. Par contre, les mots et l'intrigue skienne sont à moi !

Persos/Pairings : HaoxJeanne, MathildaXLysergXAchille, MarcoXMeene, dans cet ordre d'importance.


La route jusqu'aux côtes sablonneuses de la ville de Pylos fut calme et sans encombre. Le dieu des océans ne se manifesta pas, ce qui apaisait et inquiétait Jeanne en égale mesure. En conversant avec les oiseaux qui venaient se percher sur le pont, elle apprit qu'il remontait la côte pour suivre les libations en son honneur, et qu'ils risquaient de le croiser à un moment ou à un autre, ce qui n'était pas pour la rassurer non plus. Peut-être que sa présence alerterait son oncle…

Serait-ce un si grand mal ? Lysandros avait plus besoin de sa protection directe que son père, n'ayant encore ni l'entraînement ni les talents de héros que Psephos possédait, et puis… Si le regard de Hao se fixait sur le fils, peut-être qu'il oublierait de surveiller le père. En effet, elle n'était pas convaincue qu'il ne tenterait pas de forcer le destin et de tuer le roi légitime d'Ithaque malgré l'ordre de Marco. Elle espérait qu'il saurait calmer sa fureur pour sa propre sécurité, mais…

« Nous approchons, » annonça la vigie. « Une grande fumée s'élève de la plage. Il y a une fête ! »

Le regard de Jeanne s'assombrit. En cette période de l'année, elle se doutait de l'identité du dieu ainsi célébré. Et malgré les réflexions qu'elle venait de se faire, elle n'avait aucune envie de lui faire face si tôt.

Pourtant elle ne dit rien, et ne fit pas changer de cap. Leur confrontation devait arriver tôt ou tard, et Rackor était la première personne que Lysandros devait rencontrer.

« Tiens-toi prêt, » dit-elle à Lysandros. « Il faudra que sans timidité tu interroges Rackor sur le destin de Psephos, et que sans gêne tu expliques la situation de ta maison. Quoi que tu voies et que tu entendes, souviens-toi que tu représentes le royaume d'Ithaque et la cause de ta mère. »

Le jeune homme se troubla. « Mais, Rackor, je ne saurais comment lui parler ! Je ne sais comment interroger un homme si respectable sur un sujet si douloureux... »

La déesse secoua la tête. « Tu le sauras, ou tu le sentiras. Ta lignée parlera à travers toi, et les dieux porteront ta voix et ton coeur. Rackor n'est pas de ces hommes sévères, et il saura te pardonner la douleur du souvenir. »

Lysandros acquiesça, sans avoir totalement oublié ses doutes. Rackor avait combattu devant Troie et certainement perdu des amis chers. L'offenser ou le troubler semblait un crime bien terrible pour le jeune homme ignorant. Pourtant, il marcha aux côtés de Rackor, la tête haute, déterminé à obtenir ses réponses. Il n'était pas seul; à lui de s'en souvenir.

Calmement et sans chahut, le convoi se dirigea vers les festivités. Lorsque le vieil homme qui présidait la fête les vit approcher, il sembla ébranlé, comme une tour ancienne devant un vent trop soutenu. Ses yeux fixèrent Lysandros et ne le quittèrent plus, ce qui était pour le moins embarrassant. Avait-il commis quelque impropriété ? Impossible…

« Bienvenue, » souffla-t-il pourtant une fois que les étrangers furent devant lui. « Mon nom est Rackor, je suis le maître de cette ville. Vous me faîtes un très grand honneur en vous joignant à moi en ce jour. Nous nous apprêtions justement à accomplir les sacrifices en l'honneur du seigneur Hao. »

Et, en effet, l'ébranleur du sol était là, debout près d'un taureau blanc maintenu fermement par une jeune fille brillant par sa crinière rousse. Seule Jeanne pouvait le voir, évidemment; mais cela n'empêcha pas l'assistance de sentir la tension qui monta soudain autour des nouveaux venus. Rackor, sans voir ce que la déesse regardait, lui confia une coupe d'or ouvragée. « Puisque vous êtes mes hôtes ce soir, je vous prie de participer aux libations à mes côtés. Toi, grand étranger, tu semble avoir mon âge. Je te confie donc en premier la coupe des sacrifices. Ton ami semble aussi en proie à de terribles malheurs : qu'il supplie aussi les dieux après toi, lui qui est plus jeune. »

Jeanne répondit d'un beau sourire, satisfaite par les paroles intelligentes du vieux roi. Se saisissant du vin, elle marcha dans le sable, les yeux fixés sur Hao.

« Entends-moi, Hao qui contiens la terre ! Notre voyage, notre dessein, ne les refuse pas à nous tes suppliants. Glorifie la dynastie de Pylos, Rackor et sa fière héritière. Glorifie tous les Pyliens pour cette belle hécatombe. Aie la bonté de donner ta faveur à Lysandros et à moi qui reprendrons la mer une fois notre quête accomplie. »

Hao ne l'avait pas lâchée des yeux; il ne laissa filtrer aucune réaction. Lysandros reçut de Jeanne la coupe et l'imita sagement. Puis la guerrière rousse sacrifia le taureau, et les chairs sacrées furent mises à cuire pendant que Rackor revenait vers ses visiteurs. D'un pas sûr, il les guida vers les tables, et les voyageurs purent se désaltérer et manger à satiété. Une fois les estomacs apaisés, le vieillard se pencha vers eux.

« Maintenant, mes amis, dites-moi qui vous êtes, et racontez-moi votre histoire. Vous ne semblez ni l'un ni l'autre de l'âge des voyages en solitaire. »

Lysandros consulta Mentor du regard; son aîné lui sourit et prit la parole. « Pour ma part, je suis Mentor. Ma famille vit à Ithaque depuis des générations et je n'avais jamais imaginé la quitter, pour les raisons que tu vois. Mais nécessité finit parfois par faire loi, et j'ai laissé ma douce demeure pour accompagner mon prince dans sa quête.
- Ton prince ? Alors j'avais bien deviné. Pardonne-moi, jeune Lysandros, si je connais ton nom sans t'avoir jamais vu; mais souvent ton père m'a parlé de toi, et tu lui ressembles comme deux gouttes d'eau. »

Surpris, Lysandros en resta presque coi. « Comme... à de l'eau ? Mon père ? »

Rackor sembla réfléchir. « Non, ni eau, ni reflet ne conviennent. Mais dès que je t'ai vu j'ai su qui tu étais, sans vouloir te gêner en le disant tout de go. »

Le jeune homme secoua la tête, cachant son embarras bien réel. « Vous dites que mon père parlait de moi ? Vous l'avez donc bien connu ?
- Comme on connaît un compagnon d'aventures, oui. Je t'en parlerai aussi longuement que tu le désires; rentre simplement avec moi en ma demeure. Je préparerai pour toi et tes compagnons un lit digne de roi. »

Mentor se leva. « Oui, il est bien que tu prennes Lysandros sous ton toit cette nuit. Pour moi, » et à l'insu de tous elle fixait Hao, dont le regard s'était fait malicieux, « je rentrerai au navire pour y monter la garde. De nombreuses menaces pèsent sur notre aventure. »

Et, s'appuyant sur sa canne, la déesse déguisée prit congé de ses compagnons. Rackor avait souvent vu Jeanne lors des combats, et il l'avait peut-être reconnue; en tout cas il ne dit rien, et se leva à son tour. « Matehilde, ma chère enfant, et Lysandros, toi qui m'es aussi très précieux, aidez un vieil homme à rentrer chez lui. La route n'est pas longue, mais elle se fait dure avec le poids des ans. »

Lysandros se leva aussitôt, prévenant; il put sentir toute la méfiance et le mépris de ladite Matehilde – la princesse rousse en armure déguisée – quand elle l'imita. Voilà qui occupa bien trop le jeune homme pour qu'il s'inquiète du départ de Mentor, ou même de la soudaine baisse de tension dans l'air. Pourtant, les deux dieux en présence étaient sur le point d'avoir une conversation... potentiellement cataclysmique.