Titre : Abandon
Fandom : Harry Potter
Couple: Blaise Zabini/Théodore Nott
Rating : R
Thème : Désir


C'est étrange, mais d'un seul coup, la maison semble à Blaise beaucoup plus petite. Quand avant ils se croisaient rarement, se frôlant légèrement dans le couloir ou en sortant du salon, maintenant, on dirait qu'ils se marchent presque dessus. Chaque rencontre se solde par une danse un peu gauche l'un autour de l'autre, des excuses murmurées et maladroites et finit en général par un sourire gêné.

Ils n'ont pas la bêtise de prétendre qu'il ne s'est rien passé ce soir là, même s'ils n'ont eu pour témoins qu'une table de nuit à présent comme neuve, un vieux livre de poésies italiennes et un feu crépitant. Il se trouve juste que Blaise n'a jamais pris le temps d'avoir plus que de simples amourettes éphémères, et quand il y pense, il n'a aucune idée de l'expérience de Théodore. Quoiqu'à bien y réfléchir, il n'y avait rien de gauche ou d'inexpérimenté dans ce baiser…

Blaise fait rapidement taire ce genre de pensées. Non qu'il les juge ridicules ou inappropriées, parce que le baiser était si proche de la perfection qu'il se demande parfois s'il ne l'a pas rêvé, mais elles ont tendance à le laisser dans un état en général peu confortable.

Ils se tournent autour, s'évitent et se frôlent, échangent des regards dont la chaleur en vient à pâlir le feu qui murmure maintenant en permanence dans la cheminée avec l'approche de l'hiver. Chaque parole prononcée porte le sceau des non-dits et chaque silence hurle ce qu'ils ne disent pas.

Blaise passe sa journée à regarder Théodore et il lui semble ne l'avoir jamais vu auparavant. Il se dit que c'est parce que si jusqu'à présent, ses regards avaient la candeur de l'attraction inavouée et inconsciente, désormais il ne peut plus se cacher derrière une simple fascination.

Quand il observe Théodore en train de lire, ses yeux s'attardent sur les poignets d'apparence presque fragile et les doigts fins et il se demande s'ils seraient aussi délicats sur sa peau, ou si le goût de Théodore pour la lecture les a rendus rugueux, ce qui serait certainement aussi agréable.

Quand ils sont dans le jardin et que Théodore se dresse sur la pointe des pieds pour examiner la branche d'un arbre, Blaise ne voit que la peau pâle que son geste découvre au creux de sa hanche et il se demande quel goût elle a. Sa bouche lui semble soudain sèche et il déglutit tandis que Théodore lui lance un regard troublé.

Et quand ils sont tous les deux, qu'ils lisent ou qu'ils parlent ou même simplement qu'ils se regardent, Blaise détaille chaque trait fin, chaque contraste sur ce visage qu'il connaît pourtant si bien, et il se demande ce que les gens à Poudlard avaient dans la tête pour dire que c'était lui-même, le plus attirant des Serpentards.

Et tandis que Blaise observe et qu'il admire, il sent aussi sur lui des regards aussi intenses que les siens. Parfois, leurs yeux se croisent, semblent se défier une seconde puis le contact se rompt presque avec violence, les laissant tous les deux soudainement froids.

Le soleil se couche et marque ainsi l'achèvement d'une journée tendue. Blaise n'a vu le temps passer qu'à travers Théodore, dans les reflets changeants de ses cheveux clairs et dans son envie grandissante d'y glisser ses doigts pour en apprécier le contraste avec sa peau.

Blaise finit par s'isoler dans sa chambre un moment avant le repas et il y fait les cent pas, s'immobilisant de temps en temps pour percevoir les sons que Théodore produit en s'affairant en bas. Ses lèvres se plient en un sourire inconscient quand il l'entend une nouvelle fois fredonner, sa voix claire montant vers lui en un chant tentateur. Ils sont en Grèce, et Blaise rit tout seul en s'imaginant comme Ulysse faisant face à une belle sirène, sauf que sa propre sirène n'a rien de surhumain et que ça ne l'en rend que plus irrésistible.

"Une si jolie voix…" murmure t'il en allant près de la fenêtre.

Blaise écoute Théodore lui faire une sérénade inconsciente et il ferme les yeux, imaginant un instant la douceur de cette voix à son oreille. Il sent une chaleur profonde l'envahir et il se mord la lèvre. L'hiver s'installe paresseusement sur le paysage aride de Céphalonie, et Blaise lutte contre des pensées déplacées.

Il quitte l'asile de sa chambre douillette avec un mélange de regret et d'excitation qui le laisse le souffle court et il commence à descendre l'escalier pour rejoindre Théodore dans la cuisine. L'écho de ses pas résonne un instant dans le vide quand il s'immobilise aux bas des marches, face à face avec l'objet de ses pensées, qui a l'air aussi surpris que lui.

Ils sont proches à présent, presque aussi proches que la veille, quand quelque chose de primal leur a fait combler ce léger vide. Leurs regards s'accrochent pour la énième fois ce jour-là et Blaise déglutit.

Ils se désirent.
Ils se désirent et l'attraction est trop forte. Une nouvelle fois. Enfin.

Ils se retrouvent pressés l'un contre l'autre dans l'escalier étroit, bouche contre bouche et cœur contre cœur, à échanger leurs souffles et leurs caresses, à se goûter avec passion et à se toucher avec ardeur.

Ils se désirent.

Théodore est contre le mur, captif volontaire du corps de Blaise, et quand ce dernier abandonne ses lèvres rougies pour aller goûter à la saveur de son cou, il laisse échapper un petit soupir étouffé. Blaise est une nouvelle fois conquis et il cherche d'une main fiévreuse cette petite parcelle de peau qui l'a tenté cet après-midi là, à se découvrir presque innocemment sous ses yeux. Il glisse ses doigts sous le pull et la chemise de Théodore et ferme les yeux.

Ils se désirent.

Blaise sent des doigts agiles glisser sur ses épaules et dans son cou et l'attirer un peu plus contre un corps mince. Ils se pressent encore plus l'un contre l'autre, et Blaise doit se mordre la lèvre pour ne pas trahir son plaisir. A la place, il s'écarte brusquement et trébuche dans l'escalier.

Leurs respirations saccadées se répondent et Blaise sent ses doigts se plier, désireux de retourner là où ils étaient, au creux de ce dos chaud et sensible, tout contre cette peau de lait si différente de la sienne.

C'est trop.

Blaise trébuche de nouveau et remonte les escaliers en hâte, se détournant pour ne pas toucher Théodore en passant près de lui et il fuit, comme le lâche qu'il sait être au fond. La porte claque derrière lui et il s'arrête au milieu de la pièce, se demandant ce qu'il fabrique.

C'est trop.

Trop intense, trop soudain, trop différent, trop irrésistible. Il ne lui reste qu'une once de contrôle sur sa vie, depuis qu'il a suivi Théodore ici, et soudain, il ne veut pas la perdre, il ne veut pas que ce désir qui monte du plus profond de son être la lui enlève.

Blaise a peur, et il se l'avoue sans difficulté, avec une franchise qui ressemble à celle que Théodore emploie tout le temps. Et ses pensées reviennent sur Théodore, encore et toujours, enveloppent son esprit comme il voudrait envelopper le corps élancé de son ami entre ses bras et ne plus jamais lâcher prise. Plus jamais…

Il a encore au creux des lèvres un léger goût de thé un peu fruité, et une chaleur fantomatique réchauffe encore ses membres. Théodore est encore là, avec lui, comme tatoué dans sa chair à l'encre argentée de ses yeux, des yeux qui voient tant de choses, trop de choses, parfois.

Blaise reste là, à essayer de retrouver son calme bien après que son désir se soit atténué. Il tend une oreille traîtresse pour essayer de deviner où est Théodore, mais il n'entend rien d'autre que son propre souffle, qui lui semble soudain bien solitaire.

Oui, Blaise a peur, parce qu'il sait ce que signifierait cet acte entre eux. Il n'y aurait pas de coup d'un soir, pas de regrets mal placés, car ils ont tous les deux bien plus en vue, bien plus dans le cœur. S'ils font l'amour, car c'est bien là ce qu'ils feraient, il n'y aurait pas de retour en arrière possible, et la seule personne à qui Blaise a jamais été fidèle, mis à part lui-même, c'est Draco Malfoy, à l'époque pas si lointaine où il lui servait de confident et de second. Et à y repenser, ça n'avait pas grand-chose à voir avec de la loyauté…

C'est stupide, mais Blaise a peur. Il revoit les regards de braise de Draco ces nuits-là, quand ils se cachaient derrière les tentures de son lit pour assouvir leurs frustrations respectives dans la chaleur d'un corps consentant. Il n'y a jamais rien eu d'autre que ça, que ce besoin vulgairement primal de possession, de domination. Même avec Draco, il n'a jamais perdu le contrôle, surtout avec Draco, mais là, c'est différent…

Théodore est différent, tout simplement, et Blaise a du mal à décider si c'est cette pensée si définitive ou le coup bref à sa porte qui le fait sursauter. Il se retourne et se rend compte qu'il a le choix, que Théodore lui laisse certainement le choix. Il peut décider d'ouvrir la porte ou pas. Il se dit que c'est pour cela qu'il s'avance pour l'ouvrir, parce qu'il a le droit de ne pas le faire.

La porte ne grince pas quand elle s'ouvre lentement, et le regard de Théodore est franc, clair et ne cache rien de son trouble ni de ce qu'il veut. Une nouvelle fois, Blaise admire cette capacité à assumer, cette façon qu'a Théodore de ne pas se cacher, jamais.

Ils se regardent sans bouger, sans rien dire, mais les mots flottent entre eux, comme des caresses, les caresses à venir, peut-être.

"Je te laisse le choix," semble dire Théodore et il n'y a pas la moindre hésitation dans ses yeux. "Je te laisse le contrôle."

Cette promesse muette arrache à Blaise un sourire et il recule de deux pas pour le laisser entrer et la sceller ainsi. Théodore avance doucement puis s'arrête de nouveau et il sourit à son tour, avant de lever les mains et de poser ses doigts graciles sur le visage de Blaise pour l'attirer à lui. Leurs lèvres s'effleurent et Théodore murmure dans un souffle un secret qu'ils sont les seuls à entendre.

Ils se désirent.

Théodore s'offre à lui comme un cadeau, les yeux ouverts pour dévoiler ce qu'il ressent, les lèvres entrouvertes pour laisser échapper ses soupirs et le corps ouvert pour lui laisser l'honneur de le faire sien. Blaise a le contrôle et soudain il n'en veut plus, alors il l'abandonne.

Ils se désirent.

Ils gémissent ensemble à chaque coup de rein, à chaque coup de langue et à chaque caresse, ils s'accrochent l'un à l'autre, s'embrassent avec abandon, jusqu'à ce que le souffle leur manque et qu'ils souhaitent mourir plutôt que d'arrêter. De soupir en soupir, de murmure en murmure et de baiser en baiser, leurs corps dansent jusqu'à l'extase, jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus qu'à invoquer le prénom de l'autre pour s'y retrouver plongé.

Ils s'abandonnent enfin…

Il fait peut-être un peu froid dans la chambre, mais sous les couvertures, avec le corps alangui de Théodore tout contre lui, Blaise ne s'est jamais senti mieux. Il baisse la tête avec un sourire inconscient dont il découvre l'écho sur le visage de Théodore. Ses lèvres effleurent l'épaule de ce dernier et il a un murmure appréciateur à la saveur que sa langue découvre.

Théodore rouvre les yeux et lève un sourcil interrogateur. Blaise hésite, un peu gêné, mais trouve son courage dans ce bras posé sur son torse et il sourit avant d'enfouir son visage dans le cou de son amant, son amant puisqu'il peut l'appeler ainsi.

"Tu as la peau sucrée," murmure t'il avant d'y goûter à nouveau et d'apprécier également le frisson qu'il déclenche.
"Sucrée?" demande Théodore d'une voix amusée.
"Oui, comme ce gâteau que Philippa nous a fait goûter l'autre jour," insiste Blaise avec un petit rire.

Il peut presque voir Théodore lever les yeux au ciel, mais il y a un sourire dans son soupir exaspéré. Les bras autour de lui se resserrent et Blaise sent des lèvres effleurer sa tempe avant que le silence retombe.

Une nouvelle fois, ils ne parlent pas, mais il y a rien d'inconfortable dans ce silence. La normalité est revenue comme si rien n'avait changé. Ils se parlent en silence, comme ils le font si bien.

"Merci," semble dire Blaise de ses lèvres.
"Merci à toi," paraît répondre Théodore de ses doigts.

Car en fin de compte, peut-être est-ce ainsi que Blaise et Théodore communiquent le mieux… Quand c'est de leurs gestes, de leurs lèvres et de leurs yeux qu'ils se parlent d'amour.

FIN.