Personnages originaux cités : E. London Lindell (correspondante via hibou de Peter, en 7ème année à Poufsouffle), Anabelle (amie de Peter, en 6ème année à Gryffondor).


Lorsque Peter sortait de cette sale empestant les remèdes qu'était l'infirmerie de Poudlard, il n'était jamais au mieux de sa forme, malgré toutes les potions qu'il avait ou aurait pu ingurgiter. Le Gryffindor pouvait se flatter d'être une des rares personnes qui avaient réussi à faire baisser les bras quant à la combativité de Mrs Pomfresh. Elle avait en effet arrêté de lui demander, à chaque fois qu'il franchissait la porte de son antre, ce qu'il faisait pour se mettre dans un état pareil ou, du moins, elle n'attendait plus de réponses quand elle grommelait incessamment sur la bêtise des étudiants.

Sur ce point, Peter ne pouvait qu'être d'accord avec elle. Certains de ses camarades étaient de vraies plaies. Et l'un d'entre eux, en particulier, lui en faisait voir de toutes les couleurs, parfois même au sens littéral du terme. Evan Rosier était un Serpent de la pire espèce qu'il soit. Ce dernier s'amusait au chat et à la souris avec Queudver. Dans la noire obscurité des cachots, de préférence. Il jouait avec les nerfs du Gryffondor, envoyant des reflets transparents aux coins du labyrinthe que formaient les profondeurs du sous-sol, murmurant des paroles inaudibles ou des « je suis là » à tout bout de champ, envoyant des étincelles de couleurs variées. Puis, quand il se lassait des couinements paniqués de l'Animagus –qui n'avait jamais osé se transformer, de peur de se faire repérer et qu'on lui retire sa seule victoire-, il s'approchait, et lançait des sortilèges sur Peter. Quand on considérait l'état du lion quand il ressortait de l'antre du serpent, on pouvait sans risquer de se tromper affirmer que le serpent expérimentait de nouveaux sorts, ou se passait les nerfs avec de basiques enchantements qu'il transformait en faibles tortures.

Voilà le pitoyable pan de vie que Peter cachait à tout le monde, sans exception. Même London, sa correspondante à qui il confiait tous ses soucis, n'était pas au courant. Ni Anabelle, sa meilleure amie. Quant aux Marauders, inutile de leur en parler. Que diraient-ils s'ils savaient que Peter n'était pas capable de se débrouiller seul ? Enfin, ils devaient bien s'en douter mais il y avait une différence entre le penser et se le faire démontrer par des hématomes divers.

Cette fois-ci était comme les autres Pomfresh lui avait administré quelques potions soignantes au goût peu appétissant, passé une pommade jaunâtre sur ses bleus, grommelé entre ses dents, puis dit d'attendre sur un banc pour voir si les remèdes faisaient leur effet. Peter ne comprenait pas pourquoi le dragon en blouse blanche souhaitait vérifier les préparations du professeur de potions et de l'infirmière étaient toujours parfaites. Ou du moins, obtenaient l'effet escompté. Soupirant, le Gryffindor sentit ses blessures disparaître petit à petit, de même que les douleurs qui lui chatouillaient désagréablement tout le corps.

Alors qu'il attendait que Pomfresh ne l'appelle pour lui dire de partir, il vit la porte de l'infirmerie s'ouvrir, et James apparaître derrière le battant. Peter sentit une petite panique l'envahir. Il lui fallait trouver une explication, que Prongs n'allait pas manquer de lui demander de fournir. Il était inconcevable que James fût au courant de ses mésaventures avec les pires serpents de Poudlard.

Le brun s'avança vers Peter, dans sa robe rouge de Quidditch, un sourire forcé aux lèvres, et le poignet légèrement pendouillant. De toute évidence, il s'était blessé à cet endroit, et venait pour se faire soigner. Même s'il détestait recevoir des soins, il n'était pas fou au point de laisser une blessure sans y toucher. Mais de le savoir n'arrangeait pas les affaires de Queudver, que venait de saluer son ami, tout en lui demandait ce qu'il faisait ici, une lueur de mince inquiétude dans le regard. Peter lut aussi dans les iris chocolat de James une réprobation voilée, qui le fit saliver doucement.

« Salut, James ! » Peter sourit pour gagner du temps et essayer d'inventer une explication plausible. Tiens ! Il avait une idée. « J'ai essayé de m'entraîner à ce sort qu'on a étudié en Enchantements, tu sais, celui de protéiforme. Ne me demande pas comment, mais j'ai réussi à faire exploser le médaillon que j'ensorcelais, et je me suis retrouvé avec des bleus un peu partout sur le visage et des rougeurs sur tout le corps ! Pomfresh m'a arrangé ça en deux-trois mouvements, mais elle voulait vérifier que tout était bien soigné. »

« Ah, Peter, tu seras toujours le même », sourit James avec indulgence.

Peter aurait peut-être dû être fier de ses talents de comédien, mais une pointe d'amertume lui tortillait les entrailles. James n'avait eu aucun soupçon sur la véritable provenance de ses blessures certes, comment aurait-il pu le savoir, surtout si Queudver mentait ? Mais ce dernier restait persuadé que, pour Lunard ou pour Patmol, Cornedrue aurait tout de suite vu que quelque chose clochait. Mais qui aurait cherché à creuser sur les sentiments de l'effacé Pettigrow ? Seule London était au courant de tous ses états d'âme, questions sur le bien et le mal compris. Un pli peu marqué s'encra sur le front du Gryffondor, qui continuait d'écouter le rire indulgent de James. Ainsi, il « serait toujours le même »… Maladroit, peu talentueux, effacé, moins populaire, moins « bien ». L'Animagus s'efforça d'esquisser un sourire, qui paraissait naturel. Après tout, depuis le temps qu'il avait appris à cacher ses émotions, surtout avec la montée en puissance du Lord Noir qui le fascinait –et dégoûtait les Maraudeurs, d'après ce que Queudver avait pu en tirer- et ses rencontres avec les pires vipères au sein des Slytherin… Rosier et Douce Darcy en tête, bien évidemment.. Il esquissa ensuite un geste vers le poignet de son ami, préférant changer de sujet plutôt que de s'aventurer sur le terrain glissant des mensonges proférés en toute connaissance de cause :

« Et toi, problème de Quidditch ? »

Queudver repoussa au fond de son esprit les pensées qui commençaient à l'envahir, ainsi que les sentiments qui l'assaillaient. Dépit, solitude, questionnement, agacement… Ils étaient multiples, et le gangrenaient de l'intérieur petit à petit, lambeau d'idée par lambeau d'idée, cellule par cellule. Ses « amis » restaient bien entendu aveugles à ce qui se déchaînait à dans la tête de Peter. Ils restaient persuadés que Pettigrow était un bon gars un peu simple d'esprit, renfermé mais pas bien méchant. Eh bien, ils verraient. Un jour, ils se rendraient compte de la méprise qu'il y avait eu pendant les années à Poudlard. Peter ne serait plus le dernier toujours à la traîne, mais l'un des meilleurs, puissant et adulé autant, si ce n'est plus, que James, Sirius et Remus.

Le Gryffondor entendit vaguement l'explication de James sur sa blessure. Une histoire de Souaffle et de passe, mais pour un poursuiveur, ce n'était pas exceptionnel. Il y avait juste que Cornedrue venait à l'infirmerie, lieu qu'il honnissait, pour lui-même. Les seules fois où le leader des Maraudeurs s'y rendait, c'était lorsque les autres y étaient. Par exemple, quand Lunard vivait une pleine lune particulièrement tenace, ou quand une blague tournait mal –ce qui arrivait rarement. Sinon, il lui fallait toute la capacité de persuasion –aidée par des sorts et des potions- de Mrs Pomfresh.

James laissa tomber une phrase sur les « chochottes qui venaient ici pour un rien », et Peter eut un sourire crispé. Ce n'était pas la première fois que Cornedrue glissait quelques mots qui semblaient inoffensifs mais qui titillaient Queudver. D'ailleurs, le poursuiveur s'en rendit compte, et ajouta avec un sourire gêné aux lèvres que son ami ne devait pas prendre ça pour lui. Le Gryffondor garda son sourire affreusement hypocrite, mais qui paraissait tellement naturel aux yeux des autres, et hocha la tête pour dire que ce n'était rien :

« Oh, non, ne t'inquiète pas. Je sais que tu ne dirais pas des choses méchantes sur moi ! »

Il avait pris un air un peu naïf mais bon enfant qui manipulait sans une seule exception ses interlocuteurs. De quoi perpétuer sa réputation de faible d'esprit… Alors qu'en réalité, c'étaient les autres, qui ne savaient pas analyser ce qui se passait sous leurs yeux soi-disant brillants.