Note de l'auteur : Merci mille fois pour votre soutien et vos adorables messages ! Prochain chapitre dans deux semaines environ !
Bonne lecture !
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Chapitre 3
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« Rappelle-moi ce que tu cherches exactement, déjà ?
Gaius déposa sur la table devant Merlin une pile de vieux bestiaires, soulevant un nuage de poussière qui fit vaciller les flammes. Le jeune sorcier s'empressa de les ouvrir et les feuilleter avec une hâte manifeste.
- Rien de particulier, Gaius. C'est pour ma... culture personnelle.
Le vieil homme fronça les sourcils et approcha une chaise pour s'asseoir auprès de son jeune apprenti. Le physicien n'était pas dupe. Il avait beau ne connaître le fils d'Hunith que depuis quelques jours, il se rendait bien compte que le pauvre garçon n'était pas dans son état normal.
- Merlin.
À son ton doux mais ferme, Merlin leva finalement le nez de son ouvrage dont il tournait les pages sans même les lire en diagonale – il savait exactement ce qu'il cherchait, quelle image il devait retrouver.
- Quoi ?
Gaius esquissa un sourire rassurant et se pencha un peu pour lui parler en le regardant droit dans les yeux.
- Tu as quitté la grande salle avant même que le banquet ne commence. Arthur était furieux et t'a cherché partout en vain.
Merlin cilla avec un air aussi innocent que possible, et haussa les épaules en baissant à nouveau la tête, tournant les pages rapidement.
- Eh bien il a dû mal me chercher, car je ne me cachais pas.
- Je t'ai cherché aussi, Merlin. Tu n'étais nulle part.
- J'avais besoin de réfléchir. J'étais parti me promener.
- Et tu réapparais en pleine nuit pour me réveiller parce que tu ressens un brusque et irrésistible besoin d'étudier les créatures de l'ancienne magie ? Peux-tu m'expliquer ce qu'il se passe sans me prendre pour un imbécile ? Je suis âgé, mais encore loin d'être gâteux.
Le jeune sorcier sentit son cœur se contracter douloureusement. Non, Gaius n'était pas gâteux, pas encore. Mais il le deviendrait dans moins de quinze ans et ne reconnaîtrait plus personne sur son lit de mort.
- Gaius...
- Je sais que ce n'est pas facile de quitter ton village d'enfance et ta mère – j'ai été jeune moi aussi – et que tu ne t'entends pas avec Arthur. Mais tu sais, si tu as des problèmes, je peux t'aider. Tu peux tout me dire.
- Je le sais, souffla Merlin avec un sourire qui tirait sur la grimace peinée.
Gaius lui avait toujours été d'une grande aide, un soutien indéfectible depuis son arrivée à Camelot et ce jusqu'à ses dernières années de lucidité. Merlin ne lui avait presque jamais rien caché, et devoir lui dissimuler l'invraisemblable vérité à présent pesait sur son cœur. Mais s'il pouvait modifier le destin sans impliquer Gaius, il le ferait.
Parce que si son idée échouait, il serait alors contraint de suivre mes conseils à la lettre et d'opter pour des méthodes un peu plus... radicales. Le jeune sorcier savait que Gaius n'approuverait jamais le meurtre d'une femme et d'un enfant pour des crimes qu'ils n'avaient pas encore commis. C'était pour cette raison qu'autrefois il ne lui avait pas parlé du destin de Mordred, et c'était pour cette même raison aujourd'hui qu'il se refusait à dévoiler la vérité au vieil homme. Il ne voulait pas perdre l'affection de son père de substitution et voir le jugement ou la pitié dans ses yeux – que Gaius le voie pour ce qu'il était réellement, derrière son masque de jeunesse. Un homme qui avait trop vécu et qui survivrait encore à la chute des empires et dynasties à travers les temps. Un homme qui avait vu tous ses amis succomber et que le désir de sauver son meilleur ami pouvait pousser à commettre des atrocités qu'il n'aurait jamais osé mettre en œuvre autrefois.
La mort d'Arthur et la chute de Camelot, puis ces longues décennies à errer sans but alors que je perdais à mon tour mes forces peu à peu, tout cela avait éteint quelque chose en Merlin. Quelque chose que mon dernier souffle tentait de lui rendre.
L'espoir.
- Crois-moi, poursuivit le jeune sorcier d'une voix mesurée en reprenant ses recherches, si je pouvais t'en parler, je le ferais.
Il cessa soudain de tourner les pages, son doigt s'immobilisant sur une illustration avant de glisser sur l'inscription au-dessus.
- Gean Canach... murmura-t-il en lisant attentivement ce qui était écrit. Une créature qui se nourrit de magie et peut absorber définitivement les pouvoirs d'un sorcier. Sais-tu où on peut en trouver une, Gaius ?
Le physicien se pencha pour lire la page en diagonale, son front se plissant de perplexité :
- C'est une créature qui a été anéantie lors de la Grande Purge, déclara-t-il en fronçant un sourcil circonspect. Dangereuse car les puissants mages les ensorcelaient pour attaquer leurs ennemis, seul moyen irréversible d'anéantir leurs pouvoirs. Il n'en existe plus aucune aujourd'hui.
Merlin soupira en se frottant les yeux, la fatigue de sa longue journée commençant à le rattraper.
- Mais imaginons, Gaius... Dans la probabilité où une de ces créatures existerait encore... où pourrait-elle se trouver ?
- Puisque je te dis qu'elles n'existent plus ! Et pourquoi voudrais-tu trouver un...
Gaius s'interrompit en ouvrant de grands yeux, dévisageant soudain Merlin avec un regard empli de pitié. Ses yeux brillaient de larmes contenues.
- Oh, Merlin... souffla-t-il d'une voix chevrotante d'émotion.
Merlin fronça les sourcils en se reculant un peu sur sa chaise, désarçonné.
- Quoi ?
- Sache que ta... ton... peigne... est un don précieux que tu ne peux renier, car il fait partie de toi au même titre que ton âme. Le détruire n'est pas la solution.
Il fallut quelques secondes au jeune sorcier pour se rappeler le sens réel de ce mot qu'il avait lui-même imposé, et ainsi saisir la signification de ce que lui disait Gaius. Le physicien avait même posé sa main sur son épaule comme pour le consoler. Merlin resta muet de stupeur un moment, bouche bée, avant de protester :
- Hein ? Mais... non ! Non, Gaius, cela n'a jamais été mon intention, je...
Il prit une inspiration profonde pour se maîtriser, consterné par l'absurdité de la situation. Il reprit d'une voix plus calme :
- Jamais je ne renierai mon... peigne. Et je ne laisserai personne me le prendre. Je te le promets.
Gaius n'eut pas l'air tout à fait convaincu, mais acquiesça néanmoins en se levant. Il tapota l'épaule du jeune homme en refermant d'autorité le bestiaire devant lui.
- Va dormir, Merlin. Arthur me fait dire que tu dois récurer ses écuries à l'aube, et qu'il t'a préparé une liste de tâches longue comme son bras pour te punir d'avoir déserté les festivités du tournoi.
- Pourquoi ne suis-je pas étonné ? »
Merlin souffla les bougies amassées sur la table, et les ténèbres de la nuit reprirent leurs droits dans la pièce.
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Le jeune sorcier ne fut pas exactement surpris lorsque Gaius retourna l'homme gisant inerte dans la rue, dévoilant un visage bleui et parcouru de veines saillantes. Ses yeux vitreux arboraient une couleur laiteuse. Le physicien jeta un bref coup d'œil à Merlin.
« Si les gens voient ça, ils vont paniquer, murmura-t-il d'un air inquiet en s'assurant que la ruelle était déserte.
Les lèvres pincées en une fine ligne et un pli soucieux barrant son front, le jeune apprenti s'empressa de décrocher un drap qui séchait à proximité pour en couvrir le cadavre.
Il se souvenait parfaitement de l'épidémie qui avait frappé Camelot à travers l'eau dont la source était infectée par un Afanc. Cet événement tragique, toutefois, était survenu environ une semaine après le tournoi, et non le lendemain à l'aube alors qu'il n'avait pas même eu le temps de nettoyer les écuries ni même de préparer le petit déjeuner d'Arthur. Merlin ne comprenait pas pourquoi cela arrivait si tôt cette fois-ci, mais cela ne lui plaisait pas. Pas du tout.
Il n'avait pas pu prévenir la mort de cet homme, mais au moins serait-il en mesure d'éviter que l'épidémie ne s'étende.
- Va me chercher notre charrette, vite ! lui souffla Gaius en poussant le corps sur le côté de la ruelle.
Merlin acquiesça et s'empressa de retourner vers le château au pas de course. Les rues étaient encore relativement désertes et une brume matinale rampait encore au sol. Le soleil pointait tout juste le bout de ses premiers rayons, et seuls quelques commerçants s'affairaient déjà pour dresser leurs étals. Mais alors qu'il redescendait vers la ville basse en tirant la charrette qui cahotait derrière lui sur le sol irrégulier, il aperçut Gwen qui s'avançait vers lui avec un panier plein de pommes bien rouges sous le bras. Elle leva les yeux vers lui et lui adressa un sourire chaleureux.
- Merlin, que tu es matinal ! Que fais-tu ?
Elle jeta un œil curieux sur son encombrant fardeau vide. Les bouclettes frisées encadraient ses joues à la peau mate et veloutée, tandis qu'une lueur curieuse et espiègle se glissait dans ses yeux.
- Je... tire une charrette, répondit-il bêtement en lui rendant malgré lui son sourire.
Un flot de souvenirs lointains l'envahissait. Il revoyait le visage grave et digne d'une Gwen bien plus âgée dans ses dernières années de vie, sa peau ternie et marquée par ses responsabilités de reine dans un royaume qui s'effondrait et s'entre-déchirait faute d'héritier. Les rides au coin de ses lèvres et celles plissant son front. Cette unique larme qui avait perlé sur ses cils à sa mort. Celle qui se tenait à présent devant lui était si jeune et candide, si pleine de joie de vivre, que Merlin sentit son cœur se serrer.
- Je le vois bien, ça ! plaisanta-t-elle en haussant un sourcil amusé. Et c'est pour transporter quoi ?
Elle l'observa entre ses cils avec un sourire plus aguicheur en s'approchant plus franchement, si bien que son nez frôlait presque le sien. Le jeune sorcier eut un mouvement de recul en sentant son souffle le caresser. Ses joues s'empourprèrent lorsqu'il décela la pointe de séduction joueuse dans ses yeux sombres.
- Allez, Merlin, dis-moi... Ou bien est-ce un secret ?
Merlin esquissa une grimace embarrassée en se raclant la gorge. La jeune femme éclata d'un rire frais, se méprenant de toute évidence sur les raisons de son trouble.
- Tu en veux une ? offrit-elle en tirant une pomme bien rouge de son panier. Tiens, c'est pour toi. Elle est assortie à tes joues !
Le visage en feu, Merlin se retrouva figé sur place avec le fruit dans sa main, à regarder Gwen s'en retourner joyeusement vers le château en balançant son panier au bout de son bras.
Pour lui, Gwen était et resterait toujours l'épouse d'Arthur, la reine de Camelot, et jamais il ne se serait permis de la regarder de... de cette manière. Il la respectait bien trop pour cela. Mais il avait complètement oublié qu'à cette époque lointaine, Gwen n'était encore qu'une servante naïve qui lui avait effectivement fait quelques avances subtiles.
C'était extrêmement embarrassant et contre l'ordre des choses. Gwen était censée n'avoir d'yeux pour nul autre qu'Arthur dont elle était destinée à être la reine... Il s'en assurerait. Ou du moins, une fois Arthur hors de danger.
Gaius et lui chargèrent le cadavre sur la charrette et le ramenèrent pour que le physicien l'examine. Penché sur le visage bleui de l'homme allongé sur la table, Gaius l'étudiait à la loupe tandis que Merlin croquait pensivement dans sa pomme juteuse et sucrée.
- Je n'ai jamais vu quelque chose de semblable. Je crains fort que les causes ne soient pas naturelles. Mais qui posséderait un tel pouvoir ?
Oh, cela, Merlin le savait très bien. Et il ne comptait pas laisser Nimueh tuer les citoyens de Camelot. Il arbora de son mieux un air innocent :
- Oh, ce n'est peut-être pas de la magie. Peut-être une... vilaine indigestion ?
Gaius fronça les sourcils et posa brusquement la loupe d'un air consterné.
- Une indigestion ? Est-ce que tu trouves que cela ressemble à une indigestion, Merlin ?
Le jeune sorcier haussa les épaules d'un air nigaud parfaitement maîtrisé en terminant sa pomme.
- Je ne sais pas, articula-t-il en mâchant bruyamment. C'est toi, le physicien, de nous deux.
Il avala sa bouchée et se dirigea vers la porte avec empressement, sous le regard atterré de Gaius qui se demandait si ce pauvre garçon n'était pas un peu simplet.
- Où vas-tu ? J'ai besoin de toi ! Et si c'était une épidémie ?
- Ce n'en est pas une ! Je dois aller... récurer les écuries. Pour Arthur. Mon devoir de valet, tu sais. J'ai des choses à faire. Plein de choses.
Il s'enfuit bien vite avant que Gaius ne tente de le retenir, bien décidé à éliminer la source du mal avant que la mort ne s'abatte sur Camelot. Plus vite il en aurait terminé, plus vite il pourrait venir me demander ce que tout cela signifiait, et démarrer sa quête pour dénicher un Gean Canach.
Il eut à peine le temps de s'engager dans le couloir, que la voix exaspérée et traînante du prince retentit au loin, s'approchant dangereusement :
- Merlin ! Tu n'étais pas là à mon réveil, espèce de bon à rien ! »
Il se dépêcha de se cacher dans une alcôve du couloir, juste à temps pour voir un Arthur vêtu à la va-vite et les cheveux ébouriffés se ruer comme un ouragan dans les appartements de Gaius.
Il prit ses jambes à son cou, espérant que le physicien saurait calmer le prince et lui fournir une bonne excuse à son absence. Trouver et tuer l'Afanc risquait de lui prendre un certain temps, et il était inutile de mêler Gaius ni Arthur à cette tâche. La créature ne pouvait être vaincue que par la magie, et lui seul était donc capable de l'abattre.
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Torche flamboyante en main, Merlin s'engouffra dans le réseau de tunnels souterrains. Il n'avait pas remarqué ce silence écrasant, lorsqu'il y était descendu avec Morgana et Arthur, à l'époque. Maintenant, il l'oppressait. Entre défier seul le danger et l'affronter en groupe, il y avait tout un monde. Le jeune sorcier avait vécu encore bien des aventures riches en périls mortels après la chute de Camelot et la mort de la reine, mais je m'étais toujours tenu à ses côtés pour le soutenir. Il avait perdu l'habitude d'être seul.
L'humidité faisait suinter les murs, et des gouttes de condensation sur les roches au-dessus de sa tête tombaient parfois, se perdant dans ses cheveux noirs, sur ses épaules ou son foulard bleu. De loin en loin, des torches accrochées aux murs crépitaient et éclairaient le passage.
Un grondement sourd et lointain lui fit tendre l'oreille et il se raidit, prêt à affronter la créature de Nimueh. Plusieurs tunnels se présentaient à lui. Ses iris prirent une teinte dorée alors que la magie pulsait dans son corps, lui dévoilant avec clarté chaque tournant et recoin jusqu'à la source d'eau alimentant Camelot. Et là, dans les eaux sombres et froides, était tapie la créature de glaise, sa large gueule aux dents acérées exhalant un souffle bruyant.
Merlin prit cette direction en marchant sur la pointe des pieds, tous ses membres tendus et sa main crispée sur sa torche. Il dépassa le tunnel débouchant sur la source qui formait un lac souterrain. La silhouette massive de l'Afanc creva la surface de l'eau, crachant et grondant d'un air menaçant. Ruisselant, le monstre s'approcha pesamment du jeune sorcier. Instinctivement, Merlin recula d'un pas, son rythme cardiaque s'accélérant sous l'effet de l'adrénaline mêlée de magie qui se ruait dans ses veines. La créature luisante s'avança en claquant des dents. Sa mâchoire aux crocs acérés se referma dans le vide avec un claquement sonore, Merlin ayant bondi sur le côté. Le visage figé en une expression dure, il brandit sa torche enflammée pour le tenir à distance. L'Afanc émit un grondement menaçant et éleva une patte griffue afin de l'abattre sur sa cible, mais le jeune sorcier le prit de vitesse, psalmodiant un sort qui résonna dans les tunnels :
« Lyft sy þe in bǽlwylm ac forhienan se wiðere ! »
Ses yeux se teintèrent d'or. Une rafale de vent s'engouffra en sifflant dans ses cheveux et vêtements, se combinant aux flammes de sa torche. Celles-ci semblèrent prendre vie, tournoyant et se déployant pour envelopper l'Afanc dans un brasier infernal. Le monstre poussa un hurlement d'agonie en s'effondrant au sol, se consumant et s'effritant jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui.
Merlin resta immobile de longues secondes, le cœur battant alors qu'un sourire soulagé se glissait sur ses lèvres. La ville n'aurait pas à souffrir la perte de douzaines de citoyens innocents.
Mais le temps pressait. Il fallait qu'il se concentre sur son véritable objectif.
Et pour cela, il avait besoin de moi.
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L'appréhension qui étreignait le cœur du jeune sorcier m'était palpable avant même qu'il ne surgisse avec une torche dans mon antre sous Camelot. Je sentis mes pupilles se rétrécir en une fente face à cette lumière qui éclairait les roches et faisait luire les écailles de mon corps.
« Quelque chose te trouble, Merlin, dis-je en guise de salutation. As-tu pris ta décision concernant Morgana ?
Je le vis se mordre la lèvre inférieure en agrippant sa torche. Sa main tremblait légèrement.
- Les choses se déroulent différemment, Kilgharrah. Les événements semblent s'enchaîner plus rapidement qu'autrefois. L'Afanc de Nimueh est apparu au moins une semaine trop tôt, si j'en crois mes souvenirs.
- Notre présence même est une anomalie à cette époque. Croyais-tu que le destin ne lutterait pas contre tout changement ? Je t'ai dit de te concentrer sur Morgana et Mordred, mais tu ne m'as pas écouté. T'amuser à contrer seul les périls que tu as affrontés avec Arthur est contre l'ordre des choses. Te souviens-tu de ce que je t'avais dit autrefois ? Tu n'es qu'une face d'une pièce, tu ne peux agir seul.
Merlin eut la décence d'afficher un air penaud, mais rétorqua néanmoins :
- Arthur ne pouvait m'aider ni pour Valiant, ni pour la créature de Nimueh. À quoi bon risquer inutilement sa vie et mon secret ?
- Ce n'est pas pour cette raison que tu es venu me voir, dis-je en détournant le sujet. Le temps presse et il te faut supprimer Morgana.
Il leva finalement la tête vers moi, une lueur vibrante d'espoir dans ses yeux bleus.
- Il y a un autre moyen. Si Morgana perd sa magie, elle n'aura aucune raison de s'opposer à Arthur, n'est-ce pas ? C'est d'apprendre qui elle était, puis la soif de pouvoir qui l'ont rendue mauvaise. Si j'en coupais la source avant même qu'elle ne sache qui elle est...
- Tu sais ce que j'en pense, jeune sorcier. Tes méthodes sont trop douces pour arrêter la marche du destin.
- Je ne peux pas tuer Morgana ! s'exclama Merlin avec une note de désespoir qui se répercuta en un long écho.
- Tu l'as pourtant déjà fait.
- C'est différent ! Elle avait mené le royaume dans la guerre, détruit d'innombrables vies et tué Arthur !
- Et elle le fera encore si tu ne l'arrêtes pas immédiatement. C'est son destin.
- Je ne peux pas tuer une innocente pour des crimes qu'elle n'a pas encore commis !
Oh, mon jeune maître au cœur trop tendre... J'esquissai un sourire et me penchai en allongeant le cou, afin de le clouer du regard. Sans briser le contact visuel, je murmurai alors :
- S'il te faut une montagne de morts pour justifier ton acte, jeune sorcier, c'est que tu te soucies plus de garder bonne conscience que des vies que tu pourrais épargner. Dis-moi... te faudra-t-il encore voir Arthur mourir sous tes yeux pour faire enfin ce qu'il faut ?
Merlin écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, avant de la refermer en silence. Il baissa la tête en serrant les poings.
- Dis-moi seulement où trouver un Gean Canach. Si mon plan réussit, Morgana n'aura pas à mourir.
Je remuai paresseusement la queue, l'enroulant contre le rocher sur lequel j'étais juché :
- Un Gean Canach, mh ? Morgana elle aussi pensait pouvoir t'arrêter de cette manière. Vois comme le destin l'a leurrée en te menant droit à la caverne de cristal. Sois assuré que d'une manière ou d'une autre, tant que Morgana vivra, la vie d'Arthur sera menacée.
Je me redressai sur mes pattes en déployant mes ailes, prêt à m'envoler et regagner mon coin le plus confortable de la caverne.
- Attends, Kilgharrah ! Dis-moi où le trouver ! Je t'en prie !
C'est en battant paresseusement des ailes que je lui répondis en m'élevant dans les ténèbres :
- Tu trouveras le dernier de son espèce dans le camp de druides dans la forêt. J'attendrai ici que tu viennes reconnaître que j'avais raison. »
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Les bras chargés d'un panier débordant des vêtements sales d'Arthur, Merlin se glissa furtivement dans la chambre de Morgana. Il n'y avait personne – Morgana déjeunait avec Uther tandis qu'Arthur s'entraînait au maniement des armes. Le jeune sorcier qui était supposé lui servir de cible s'était empressé de lui fausser compagnie dès que le prince eût le dos tourné.
C'était le moment où jamais. Nul dans le château n'avait prêté attention au valet du prince transportant un panier de linge sale, et Merlin savait de longue expérience que les gardes de Camelot n'étaient pas des plus vifs d'esprit.
Il posa lourdement le panier au sol, la transpiration faisant luire son front où quelques mèches de cheveux s'étaient collées. La respiration saccadée d'avoir couru, il écarta les vêtements du dessus de la pile, dévoilant un coffre enfoui au milieu du linge. Prendre le Gean Canach aux druides avait été plus facile qu'il ne l'aurait cru. Ils l'avaient tous reconnu et appelé par son nom druidique – Emrys – en s'étonnant de n'avoir pas prédit sa venue en ce jour.
Merlin leur avait seulement répondu que c'était bon signe si le destin n'avait pas anticipé cela, et nul n'avait protesté lorsqu'il avait exigé la créature pour l'emporter avec lui. Effectuer l'aller-retour à cheval ne lui avait pris que quelques heures, mais cela avait suffi à lui faire manquer le déjeuner du prince. D'humeur massacrante, Arthur l'avait traîné sur le terrain d'entraînement afin d'évacuer sa frustration sur lui, à coups de masse et d'épée notamment. Sans doute lui en voulait-il encore de l'avoir évité toute la matinée. Et pour l'avoir laissé s'ennuyer seul au banquet la veille.
Malgré son corps endolori et la fatigue émotionnelle comme physique accumulée ces derniers jours, l'adrénaline enflammant ses veines le tenait alerte et éveillé. Il extirpa le coffre et le glissa dans un recoin de la chambre, frémissant d'appréhension. Il se souvenait de la dernière fois qu'il s'était retrouvé face à cette créature, et il n'avait nulle envie de renouveler l'expérience. Mais c'était là sa seule chance de sauver Arthur sans verser du sang innocent, et il comptait bien ne pas la laisser passer. Il tendit la main vers la serrure du coffre en se tenant le plus loin possible.
« Onluc scrin, articula-t-il en un murmure.
La lueur dorée traversa ses iris, et le coffre s'ouvrit, dévoilant une énorme limace noire et luisante qui émit un bruit de succion en tentant de se glisser hors de sa prison. Mais Merlin fut plus rapide en murmura immédiatement le sort qui lui permettrait de contrôler l'esprit du Gean Canach et ainsi lui ordonner une cible précise à attaquer :
- Aweax þu meteþearfende ! Þicge þu þone drycræft þe þinan deorcan mode gefylþ !
Lorsque l'or de ses yeux s'estompa pour laisser place à son bleu habituel, le jeune sorcier se sentit étrangement lié à la créature. De manière fort différente que notre lien. Il n'avait lié ni son âme ni son sang au Gean Canach, mais il lui semblait qu'à présent ils partageaient la même volonté et les mêmes objectifs. En effet, la large limace se tapit à nouveau dans le coffre pour attendre patiemment l'arrivée de Morgana.
Le sorcier se redressa et saisit son panier de linge avant de sortir discrètement de la chambre de la future sorcière. Nul ne l'avait vu, parfait.
Mais à peine eut-il traversé le couloir, qu'au tournant il percuta de plein fouet Arthur. Celui-ci, la mâchoire crispée, resta aussi immobile qu'un roc alors que Merlin tombait assis à même le sol, son panier renversé répandant le linge souillé autour de lui.
Le jeune sorcier leva les yeux vers Arthur qui le toisait avec une rage froide, encore entièrement vêtu de son armure d'entraînement et son épée à sa ceinture.
- Sire ! s'exclama-t-il avec un sourire artificiel.
- J'espère pour toi que tu as une très bonne raison pour avoir fui comme un couard.
- Euh... Oui, oui, j'ai une raison. Et une très bonne, bafouilla Merlin.
Il ramassa les vêtements qui jonchaient le sol et les fourra dans le panier en cherchant que dire. Il fallait qu'il éloigne Arthur d'ici. Morgana pouvait arriver à tout instant, et...
- Eh bien ?
- Eh bien quoi ?
- Quelle est ton excuse pour m'avoir encore laissé en plan ?!
- Oh ! Ma raison ! Bien sûr, je... je...
- J'attends, siffla Arthur en croisant les bras.
- Euh... Je me suis souvenu qu'il fallait laver d'urgence votre petit linge, Sire.
- En plein milieu d'un entraînement ?!
Le valet acquiesça. Les yeux du prince étaient exorbités et ses narines dilatées. Une veine pulsait rapidement sur son front. Merlin connaissait Arthur sur le bout des doigts, et savait pertinemment qu'il était sur le point d'exploser. Mais il ne put s'en empêcher. Vraiment pas.
Un large sourire s'étala sur son visage et il tendit un sous-vêtement sale et odorant sous le nez de son ami avec un air aussi innocent que possible :
- Il y avait urgence ! Jugez par vous-même !
- Es-tu mentalement déficient, Merlin ? Je suis le prince héritier de Camelot, ton futur roi ! Tu ne peux pas faire ce genre de chose ! Je vais t'apprendre à me respecter, moi !
Le panier lui échappa à nouveau lorsque Arthur le poussa rudement contre le mur en lui arrachant le linge sale des mains, et il l'attrapa par les cheveux en lui plongeant le nez dedans de force. Le jeune sorcier ne put que se débattre en vain, ses cris étouffés dans la puanteur du tissu alors qu'Arthur s'exclamait droit dans son oreille d'une voix qu'il voulait certainement menaçante mais qui ne pouvait dissimuler son amusement et sa jubilation :
- Tu sens le respect monter, là ? Inspire à fond ! Hein ? Que dis-tu ? Je ne t'entends pas, Merlin !
- Est-ce que j'interromps quelque chose ?
Les deux jeunes hommes se figèrent sur place à la voix féminine et dubitative qui s'éleva. Le prince relâcha son valet qui prit une grande bouffée d'air sain, le visage rosi. Horrifié, Merlin vit la Pupille du roi qui les observait avec une curiosité polie, un sourcil élégamment arqué. Elle était arrivée bien plus tôt qu'il ne l'avait escompté.
- Non... en fait, ne répondez pas à cette question, je préfère ne pas savoir, sourit-elle en les contournant avec élégance.
- Qu'insinues-tu par là, Morgana ? grogna Arthur en rougissant violemment.
Il s'écarta de Merlin comme s'il avait la peste, non sans lui jeter un regard noir, comme s'il était le fautif.
- Rien du tout ! chantonna-t-elle d'une voix riante en s'éloignant vers sa chambre.
Merlin sentit son sang se glacer lorsqu'il l'aperçut au loin tourner la poignée de la porte de ses quartiers et entrer. À ses côtés, Arthur esquissait une moue boudeuse et contrariée.
- Elle raconte n'importe quoi. Si elle était un peu plus observatrice, elle aurait remarqué le tendre intérêt que tu lui portes.
Merlin arracha son regard de la porte et tourna de grands yeux outrés vers Arthur.
- Pardon ?
Le prince arborait un sourire arrogant tout en le gratifiant d'un coup de coude complice.
- Je ne suis pas aveugle, Merlin. Tu n'arrêtes pas de la regarder, et le soir du tournoi tu n'as pas supporté de la voir à mon bras. C'est pour ça que tu es parti, n'est-ce pas ?
Bouche bée, Merlin protesta d'un air outragé :
- Quoi ? Non ! Jamais je ne... !
- Je ne te blâme pas. Morgana est une très belle femme. Mais oublie-la. Un valet ne peut pas viser aussi haut. Essaye les servantes, plutôt, mh ?
D'un air franchement condescendant, Arthur passa un bras sur ses épaules.
- Tu ne peux rien me cacher, Merlin.
Le jeune sorcier leva les yeux au ciel et se trouvait sur le point de rétorquer quelque chose de sarcastique, lorsqu'un cri de terreur suraigu résonna. Arthur sursauta et se détacha de Merlin, son visage reprenant brusquement son sérieux.
- Morgana ? cria-t-il en dégainant son épée.
Impuissant, Merlin regarda son ami se précipiter dans le couloir. Morgana surgit alors de sa chambre et courut vers lui en soulevant sa robe de soie et de velours, le visage déformé par l'effroi.
- Arthur ! Il y a un monstre dans ma chambre ! Il m'a sauté dessus, je l'ai frappé avec un plateau, mais il bouge encore !
- Écarte-toi, Morgana », ordonna Arthur en plaçant d'autorité la jeune femme derrière lui.
La créature à l'aspect de large limace apparut alors, rampant au sol, visiblement mal en point. Il ne fallut qu'un geste au prince pour l'occire, arrachant une grimace à Merlin qui sentit le lien se briser en même temps que son dernier espoir – le Gean Canach avait échoué. Morgana avait toujours sa magie. Il tourna les talons et disparut avant même qu'Arthur ne le remarque.
Il voulait me parler. Et je savais déjà ce qu'il allait me dire.
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« Tu avais raison, Kilgharrah.
- Il était grand temps que tu le réalises, jeune sorcier.
J'étendis paresseusement une aile pour laisser mon jeune maître et ami s'approcher de moi. Il s'adossa contre mon flanc et se laissa glisser en position assise. Accrochée à la paroi rocheuse près de l'entrée brillait la torche dont il s'était délesté avant de me rejoindre. Les flammes projetaient des ombres fantomatiques dans la caverne et peignaient les rochers de teintes chaudes sans parvenir à percer les ténèbres des profondeurs abyssales.
Le soupir de Merlin résonna dans le silence, et je baissai la tête vers lui. Son crâne retomba avec un bruit mat sur mes écailles, frôlant mes nasaux au passage. Mon souffle tiède faisait onduler sa chevelure et son foulard noué autour de son cou.
- Peut-être que tout n'est pas encore perdu, murmura-t-il. Morgana est proche d'Arthur, Uther et Camelot. Lui révéler ce que je suis, la vérité, le futur et les plans du destin pourrait l'empêcher de devenir notre ennemie...
Son ton était mal assuré, et je sus qu'il recherchait mon approbation sur la question au lieu de n'en faire qu'à sa tête, pour une fois. J'eus un léger rire et répondis avec douceur :
- Apprendre qu'elle possède de la magie est justement ce qui l'a fait basculer. Uther l'a élevée en lui disant que la magie est mauvaise, et découvrir sa véritable nature fera naître la haine chez elle, quoi que tu fasses, quoi que tu dises. Que tu sois celui qui le lui apprennes plutôt que les druides n'y changera rien, ce sera même pire. De plus, veux-tu réellement prendre le risque de placer ton secret et ta vie entre les mains de Morgana ?
Merlin ramena ses jambes contre son torse et les serra contre lui avec un air sombre. Puis il passa une main lasse sur son visage.
- Une fois de plus, chacune de mes actions ne fait que précipiter les événements que je souhaite prévenir. Si je lui dis toute la vérité maintenant, elle saura que le Gean Canach était mon œuvre, et me considérera immédiatement comme son ennemi. J'aurais dû t'écouter.
- Mon intention n'était pas de te tourmenter, mais de t'avertir afin que tu ne renouvelles pas tes erreurs, dis-je en enroulant affectueusement ma queue autour de lui. Ton cœur est si droit et prévisible qu'il est aisé de l'utiliser contre toi. Le mal est en Morgana, mon jeune ami, et rien ne l'en délogera. En la tuant, tu ne feras qu'étouffer le serpent dans l'œuf.
Merlin resta silencieux, une ombre dans le regard.
- Pourquoi hésites-tu autant, Merlin ? Ce n'est pourtant pas la première fois que tu prends une vie.
Mon jeune maître leva un regard brillant de larmes contenues vers moi mais ne me répondit pas. C'était inutile. Je connaissais la réponse, sans doute mieux que lui-même. Il avait exterminé les Saxons et balayé leurs vies comme des moucherons, car ces hommes n'étaient pour lui qu'abstraction, des silhouettes sans visage ni nom, aussitôt oubliées. Il ignorait leur passé, leurs espoirs et leurs craintes. Il n'avait jamais pris un instant pour songer que chacun de ces hommes avait une famille, des rêves, des gens qui les aimaient. Leur mort n'avait nul impact, nulles conséquences sur lui. Ils ne représentaient rien.
Merlin était encore fort jeune et égoïste, et son cœur ne saignait que pour ceux qui avaient su s'y faire une place.
Morgana, en plus d'être la sœur d'Arthur, symbolisait son échec, les regrets cuisants de n'avoir su sauver une semblable de la déchéance. Sa haine et sa cruauté lui brandissaient comme un miroir déformant la part sombre de sa propre magie qui aurait pu l'emporter dans des circonstances différentes.
Le jeune sorcier parvenait encore à me surprendre après tant d'années. Je m'étais trompé sur l'origine de sa réticence à la supprimer : ce n'était pas la compassion qui le freinait, mais la culpabilité. Il se sentait responsable de son sort.
- Ne dis plus rien, murmura Merlin en brisant le contact visuel. Je ne commettrai plus l'erreur d'ignorer tes conseils. Je ferai le nécessaire. »
Sur ces mots, il s'allongea en enlaçant ma queue, son visage se pressant contre mes écailles. J'esquissai un sourire tandis que mon aile le couvrait pour lui tenir chaud. Il ferma les yeux et son visage se détendit, sa respiration se faisant lente et profonde.
Et comme je l'avais fait pendant plusieurs décennies, je veillai sur son sommeil, nos cœurs battant à l'unisson.
oOo
Lorsque Merlin émergea des entrailles sombres de Camelot, reposé et son esprit plus serein, le soir tombait déjà sur Camelot. Le château se trouvait en effervescence, et il dut éviter une patrouille de gardes qui arpentaient les couloirs d'un pas raide. Sans doute un effet de l'agression de Morgana. Il fallait s'y attendre.
Il grimaça, se maudissant pour la énième fois de ne pas m'avoir écouté. Il savait pourtant qu'ignorer mes conseils avisés était ce qui l'avait mené tout droit à la mort d'Arthur.
Il était à présent résolu à agir avec logique pour contrer efficacement le destin, et marchait à grandes enjambées en direction des appartements de Gaius. Son esprit se trouvait en ébullition, échafaudant des plans afin de supprimer Morgana.
Soudain, il se trouva brutalement tiré en arrière, étranglé par son foulard. Il tourna tant bien que mal la tête vers Arthur qui l'avait attrapé sans cérémonie par le col et le toisait d'un air partagé entre la colère et la jubilation.
« Enfin je te tiens ! Gaaaardes !
Merlin sentit son sang se glacer dans ses veines. Arthur avait-il découvert quelque chose ? Avait-il compris... ?
Quatre gardes approchèrent aussitôt sous le regard satisfait du prince héritier.
- Jetez-moi ça au cachot ! ordonna-t-il.
Le jeune sorcier sentit ses bras être saisis par une poigne de fer dans son dos, et il protesta avec véhémence :
- Quoi ? Vous ne pouvez pas faire ça !
- Tu as raison, je ne peux pas. Oh, attends... je suis le prince ! Bien sûr que je peux !
- Mais je n'ai rien fait !
- Précisément ! articula Arthur en lui plantant un index revanchard sur son torse. Tu n'as rien fait du tout depuis que tu es entré à mon service ! Je passe mon temps à te courir après, et tu es plus difficile à attraper qu'une anguille, ma parole ! J'ai dû descendre en personne aux cuisines pour me nourrir aujourd'hui, et j'ai même dû changer de vêtements tout seul tout à l'heure !
Merlin haussa un sourcil en jetant un œil à la tenue débraillée de son ami.
- Euh, je vois ça, oui.
- Gaius m'a enfin avoué où tu disparais à longueur de journées et de nuits. Ça explique tout : mon valet fait le pilier de taverne au lieu d'effectuer ses tâches, et est bourré comme un coing le reste du temps ! Cuve donc ton vin au cachot cette nuit, bon à rien, ça te remettra les idées en place !
Merlin resta bouche bée alors que les gardes le traînaient vers les cachots et le jetèrent sans douceur sur la paille défraîchie.
Il soupira et s'y assit en les regardant partir, se passant les doigts dans ses cheveux.
Un rire désabusé lui échappa.
- Évidemment, Gaius lui a encore raconté cette excuse de la taverne... Peut-être était-ce écrit aussi. »
