Coucou tout le monde !
Cela arrive un peu tard, je m'en excuse. Le délai sera probablement le même pour les prochains chapitres, à cause de diverses raisons. :0
Ce chapitre est un peu différent des autres, vous verrez pourquoi. :) Personnellement j'adore ce genre de point de vue, et en écrire me ravit donc.
Coco : Merci pour ta review ! Donner des descriptions de la psychologie de Kise est indispensable à la fic, comme tu as pu le constater. ^^ Par contre, le développement de Haizaki sera un peu plus tardif, étant donné que la fic est écrite sous le point de vue de Kise (enfin, la plupart du temps). J'espère que ce chapitre ne te décevra pas !
Bonne lecture à tous ! Et joyeuse Saint-Valentin ! (pas de romance dans cette fic, haha, pas encore)
Chapitre 4 : Imperceptible
Kumiko Yamashita avait toujours reçu des compliments. Bonne élève en classe, ses résultats lui permirent d'entrer dans une école de gestion où elle suivit un parcours sans embûche. Rapidement diplômée, elle commença très tôt le travail en postulant d'abord pour de petits postes dans les agences. L'on lui disait souvent qu'elle avait l'œil critique, et qu'il s'agissait là d'un atout indispensable dans le domaine qu'elle exerçait. Malgré les nombreux concurrents et sa passion partagée par tant d'autres personnes, elle parvint à se frayer un chemin dans ce monde de la mode grâce à des décisions qu'elle prenait avec beaucoup de précautions. A vingt-huit ans, elle possédait un poste régulier dans l'agence Shooting Star, où elle débuta avec une adolescente de dix-sept ans. Pendant deux ans elle s'occupa d'elle, en apportant tout l'aide et le soutien qu'elle pouvait. La jeune fille détenait du potentiel, cela ne se démentait pas, mais elle ne supportait plus tout le stress que son travail lui procurait. Elle avait remercié Kumiko pour son dévouement et ses compétences, en ajoutant qu'elle n'aurait pas rêvé d'une meilleure manager. Ce commentaire fit énormément plaisir à la jeune femme, mais elle trouvait cela dommage qu'elles ne travailleraient plus ensemble.
Puis, à trente ans, elle fit la rencontre du petit Ryouta, six ans. La sœur du garçon avait des connections dans le monde de la mode, et elle avait suggéré son frère comme mannequin – avec une photographie afin d'appuyer ses propos. Il ne fallut pas longtemps à l'agence pour accepter la nouvelle recrue, et ainsi Kumiko fut chargée de s'occuper de lui. Les conditions de travail furent nettement plus différentes de celles avec l'adolescente, et si au début Kumiko s'en retrouvait désorientée, elle s'adapta rapidement et sut s'y prendre avec un enfant – son fils venait d'avoir quatre ans. Sa carrière professionnelle qui jusqu'ici ne présentait aucun défaut subit quelques altérations, avec l'arrivée de Kise Ryouta. Ce dernier, parfois, refusait des séances photo car il n'aimait pas la collection de vêtements – les goûts d'un enfant ne se discutaient pas –, ou il tentait par tous les moyens possibles d'échapper aux interviews. Kumiko fut réprimandée à plusieurs reprises pour n'avoir aucun contrôle sur un mannequin de l'agence, et fut exigée de revoir ses méthodes. Bien évidemment, sans pour autant devenir violente et moins agréable, elle devint bien plus ferme et stricte – comme une mère. Elle ignorait s'il s'agissait de ses démarches plus restrictives ou si l'âge faisait son effet, mais Ryouta changea petit à petit en Kise Ryouta, dès dix ans. A partir de là sa carrière ne fit que s'améliorer et prit son envol tout aussi naturellement.
C'était comme un fils, un fils qu'elle avait élevé en parallèle à la mère biologique – parfois elle se demandait si elle ne représentait pas une mère de substitution pour ce garçon qui voyait rarement ses parents. Elle avait appris à le connaître, à déceler tous les petits tiques, à découvrir ses goûts et ses préférences… De jour en jour, avec son sens de l'observation dont elle avait toujours été fière, elle parvenait à lire en Kise. C'était pour cela qu'elle n'insistait pas lorsqu'il paraissait troublé ou morose, ne désirant pas interférer dans sa vie privée.
La même chose s'appliquait maintenant. Kumiko se doutait bien que le collégien ne se trouvait pas dans une situation aussi radieuse qu'il ne le prétendait, mais lorsqu'elle croisa ces yeux remplis d'incertitude, d'inquiétude et de lassitude, elle comprit qu'il voulait tout étouffer. Malgré le fait qu'elle ne soit pas très encline à cette idée, à la perspective qu'il garde tout en lui dans une bulle qui exploserait tôt ou tard, elle ne se décida pas à parler. Elle n'avait pas le cœur à retourner le couteau dans la plaie, quel que soit le problème confronté.
— Je pense que je vais écourter le shooting, déclara-t-elle simplement. De toute façon ce n'est pas aussi important que ça en avait l'air.
Kumiko se sentait un peu stupide de dire cette phrase ; toute offre s'avérait utile et cruciale pour la carrière d'un mannequin, et proclamer qu'une séance présentait peu d'intérêt lui vaudrait un blâme, voire une sanction – corruption, travail superficiel, quelque chose dans ces eaux-là. Cependant, elle n'aimait pas voir ce visage, pourtant magnifique et prêt à sourire, s'écrouler petit à petit au fil des heures qu'elle savait dangereuses. Kise avait besoin de repos et elle ne le laisserait pas se détruire ainsi sans agir – le jeune homme demeurait trop obstiné et complètement aveugle pour faire la part des choses.
Toutefois, il ne parut pas du même avis puisqu'il protesta avec véhémence.
— Non, je vous assure, je vais bien ! Je suis en état de faire ce shooting normalement, inutile de le raccourcir… Ca ternirait un peu mon image, vous croyez pas ?
— Ryouta-kun, j'ignore ce que tu cherches à faire, mais je ne vais pas te regarder sans rien faire, asséna Kumiko.
Kise soupira doucement et se passa une main sur les yeux. Pris au piège. Il n'avait ni l'envie d'interrompre son job, ni celle de se confier. La douleur lui brûlait toujours autant la poitrine ; impossible de l'atténuer, et encore moins de s'en débarrasser. Il fit retomber son bras le long de son corps, serra les poings, mais fuyait le regard émeraude de sa manager. Il ne parviendrait pas à être assuré s'il rencontrait ces pupilles.
— S'il vous plaît Kumiko-san, j'ai juste… besoin d'une occupation, souffla-t-il. Si je ne fais rien, je vais commencer à réfléchir et c'est tout ce que j'essaie d'éviter.
Kumiko croisa les bras, puis soupira à son tour. Aucune chance qu'elle ait le dernier mot ? Face à un argument pareil, elle ne pouvait pas grand-chose. Ce serait comme l'obliger à choisir entre deux options, aussi cruelle l'une que l'autre. Elle sortit son agenda de sa sacoche, tourna les pages et commença à griffonner quelques indications.
— D'accord, comme tu voudras, capitula-t-elle. Mais je libère ton emploi du temps demain. On sera vendredi, tu pourras te consacrer à ce que tu voudras, comme ton club de basket. Je déplace l'interview à samedi, ok ?
C'était le seul compromis à sa portée qu'elle pouvait effectuer, à ce stade-là ; il lui était malheureusement impossible d'annuler d'autres rendez-vous, et surtout dans cette période d'entre-deux saisons. De toute évidence, Kise ne désirait aucunement s'arrêter dans son travail, et elle était certaine qu'il réclamerait un emploi du temps plus rempli s'il était libre trop longtemps.
— Merci, Kumiko-san.
C'était dur de s'occuper d'un tel garçon, même après huit ans. Mais Kumiko le considérait comme son fils, et les mères se démèneraient toujours pour leurs enfants.
Il y avait ce sentiment désagréable qui rongeait Kuroko depuis qu'il s'était réveillé le matin. La veille, il n'avait pas réagi face au départ précipité de Kise. Qu'aurait-il fait, de toute manière ? Il n'en avait aucune idée. De plus, le mannequin n'aurait probablement pas souhaité qu'il lui coure après, et Kuroko possédait d'ores et déjà ses propres soucis. Il l'avait senti. Il avait senti ce développement depuis le jour où Kise avait rejoint le club, les yeux plein d'admiration pour Aomine. Il ne s'agissait plus qu'une question de temps avant que ces sentiments ne se manifestent réellement, et autant Kuroko aurait aimé que ces derniers ne fassent jamais surface, autant il n'avait aucun droit sur les ressentis de son entourage. Il ne savait pas exactement quoi faire, à présent. Il verrait sans nul doute Kise le matin, avant les cours, puis au déjeuner et enfin pendant l'entraînement. Celui-ci désignait l'étape la plus ardue à passer – il se sentait mal à l'aise rien que d'y penser, mais que ressentait l'autre joueur en ce moment même ?
Tergiverser sur les scénarios hypothétiques ne le mènerait à rien, aussi Kuroko se décida à quitter la maison. Sa grand-mère lui souhaita une bonne journée, qu'il rendit, et il trouva derrière le portail d'entrée Aomine, un sourire aux lèvres.
— Yo Tetsu ! T'es en retard.
— Bonjour, Aomine-kun. Je suis désolé, je ne savais pas que deux minutes de retard affecteraient tant notre emploi du temps.
— Je plaisante, je plaisante ! Allez, en route pour le collège.
Kuroko rejoignit Aomine, et d'un hochement de tête il acquiesça. Depuis qu'ils sortaient ensemble Aomine venait le chercher tous les matins, sans faute. Autant Kuroko que Momoi pensaient qu'il s'agissait d'un exploit extraordinaire, et avaient parié sur la durée de cette bonté d'âme et de ce comportement si peu caractéristique de l'as de Teikou. Ce dernier ne faisait pas partie de ceux qui se levaient bien gentiment tôt le matin afin de se préparer tranquillement ; non, aussi loin que s'en souvenait Momoi, il traînait très souvent au lit et elle devait même parfois l'en tirer afin de ne pas arriver en retard. Ces derniers temps elle marchait seule jusqu'au collège, Aomine refusant qu'elle l'accompagne tous les matins voir Kuroko à cause de « sa stupidité maladive pour lui ». Elle ne l'avait, pour ainsi dire, pas bien pris et lui avait jeté son sac dans la figure.
Kuroko et Aomine avaient beau sortir ensemble, ils ne s'exprimaient pratiquement jamais en public. L'un comme l'autre hésitait à prendre la main, ou à initier un acte de tendresse, car au fond, ils restaient deux collégiens sans expérience. La première fois qu'Aomine avait tenté de glisser sa main dans celle de Kuroko, tous deux prirent des teintes beaucoup trop écarlates à leur goût, et avaient décidé de ne pas commettre la même erreur dans les jours qui suivaient.
Ainsi ils marchaient côte à côte, appréciant la simple compagnie de l'autre, ne cherchant pas à obtenir plus. De plus, ils approchaient à grands pas des grilles de l'école, et se faire remarquer par des gestes peu convenables ne transmettrait pas une très belle image d'eux – en soi ils se moquaient de leur réputation, mais être sujet de ragots et de railleries demeurait toujours déplaisant.
Finalement, Aomine soupira et se gratta la tête, un peu embarrassé.
— J'ai l'impression qu'on fait rien, lança-t-il.
Kuroko lui jeta un regard interrogateur, tout en surveillant ses alentours afin de repérer une tête blonde dans cette foule d'élèves.
— Notre relation, je veux dire.
Kuroko ne perdit pas de temps et enfonça sa main dans les côtes d'Aomine, qui se plia en deux en poussant un cri d'agonie. Qu'importe le nombre fois le membre fantôme jouerait ce tour, cela ne manquerait jamais sa cible première.
— Cela ne fait même pas deux semaines, Aomine-kun, rappela Kuroko. Espérais-tu qu'on trouve le bonheur parfait dès les premiers jours ?
Aomine se massa les côtes et secoua la tête, grimaçant légèrement.
— Nan, bien sûr que non, mais j'sais pas, Satsuki racontait toujours à quel point ce serait cool d'avoir un petit-ami…, marmonna-t-il. Elle me déballait tout ce qu'elle ferait, et j'espère que ce mec sera assez intelligent pour fuir sa cuisine.
— Les pensées des filles diffèrent beaucoup de celles des garçons, j'espère que tu sais au moins ça, Aomine-kun.
— Evidemment, je suis un mec quand même !
— Et bien ne te prends pas trop la tête avec ça et avançons à notre rythme.
Les paroles de Kuroko calmèrent quelque peu Aomine, voire le rassurèrent. Il suffisait d'un peu d'explication et de bon sens afin de remettre les idées de l'as de Teikou en place, et le membre fantôme se demanderait toujours comme ce cerveau fonctionnait. Si cerveau il y avait.
En franchissant les grilles du collège, puis en montant dans sa classe, Kuroko fut à la fois surpris et soulagé de ne pas croiser Kise. Il doutait que la révélation de la veille l'empêcherait de venir en cours, mais connaissant le jeune homme, il serait bien capable de trouver une excuse. Néanmoins, Kuroko voulait encore éclaircir certaines choses, car de toute évidence, la réaction du small forward mettrait en danger leur relation, et il ne désirait aucunement couper les ponts avec son ami pour une telle raison, aussi cruelle soit-elle. Malheureusement, personne ne contrôlait ce que l'on ressentait.
A l'heure du déjeuner, en revanche, Kise fit bel et bien son apparition aux côtés de Murasakibara, comme le jour d'avant, et prit place entre Midorima et Aomine. Kuroko remarqua qu'il agissait comme si rien ne s'était passé – s'il faisait abstraction du fait qu'il n'ait pas reçu un seul regard sincère de la part du blond ; un simple « Kurokocchi » manquant de sincérité. Il ne dit cependant rien, se contentant d'écouter et d'observer, comme à son habitude.
— Ce soir j'ai pas de job, donc je peux rester un peu plus tard pour l'entraînement ! s'enthousiasma Kise. Je peux faire les quatre heures du vendredi.
— C'est une bonne nouvelle Kise, déclara Akashi. Je préviendrai Nijimura-senpai pour qu'il te donne un menu complet d'exercices.
— Mais pourquoi ?!
— Tu as manqué beaucoup trop d'heures ces dernières semaines. Il faut que tu rattrapes ce retard.
— Ah, c'est pas juste !
Tout semblait normal. Même cette interaction. Kuroko soupçonnait Akashi de savoir quelque chose qu'il ne dévoilerait pas – après tout, n'était-il pas toujours le premier à être courant de tout ce qui passait autour de lui ? Le vice-capitaine ignora les cris de protestation de Kise, qui de toute manière, aux oreilles du numéro 15, étaient là plus pour la forme que pour une réelle objection. Un paraître. Seulement, les yeux ne trahissaient jamais ; heureusement pour l'entourage, malheureusement pour la personne qui prétendait.
Kuroko attendit la fin de leur réunion du midi pour parler à Kise ; alors qu'il s'apprêtait à lui adresser la parole, une fille s'approcha, et le mannequin qu'il était, le blond demanda à son ami d'attendre un instant. Quelle hypocrisie, tout de même. Tout le monde savait ce pour quoi ces filles venaient à la rencontre de Kise, et pourtant ce dernier offrait toujours ce sourire commercial, avec un air innocent qui laissait croire qu'il se trouvait sincèrement surpris par les demandes qu'il recevait – car il fallait être honnête, les rougeurs sur le visage de l'élève, ajoutées à la manière dont elle gigotait, ne présageaient qu'une seule chose. Cependant, Kuroko n'avait pas à intervenir et à ruiner le courage rassemblé par la jeune fille. Il était obligé d'attendre.
— On se verra à l'entraînement Kurokocchi, ok ? dit Kise, ses lèvres hésitant à s'étirer.
Kuroko ne changea pas d'expression.
— A tout à l'heure alors, Kise-kun.
C'était étrange de se retrouver seule avec lui. Elle n'aurait jamais imaginé que cette situation se présenterait à elle un jour, et inexorablement cela la poussa à se sentir extrêmement nerveuse et maladroite. Elle osait à peine regarder Kise dans les yeux, de peur de complètement se ridiculiser et rendre ses efforts vains. Elle n'avait pas la prétention de réussir, mais elle ne pouvait s'empêcher d'espérer. L'espoir faisait vivre, n'est-ce pas ? Tant qu'il y avait de l'espoir et de la volonté, les choses n'étaient pas nécessairement condamnées.
De ce fait elle conduisit Kise dans un endroit désert, derrière le bâtiment, très peu fréquenté à cette heure de la journée, et elle inspira profondément. C'était sa chance, sa seule chance, petite chance.
— Kise-kun, je t'aime beaucoup ! lâcha-t-elle abruptement.
Elle regardait ses pieds, elle n'osait pas confronter immédiatement la réaction de son vis-à-vis.
— Tu t'appelles… Koda Ringo ? demanda Kise calmement.
— Oui, souffla Koda. On est dans la même classe…
— Je m'en suis souvenu.
Au moins, il connaissait son nom. Cela signifiait peut-être qu'il connaissait également son caractère et son rang dans la classe ? Après tout, les camarades de classe partageaient beaucoup de choses.
— Est-ce que… tu veux sortir avec moi ?
Elle releva cette fois-ci la tête, un peu plus confiante en ses chances de réussite. Heureusement qu'elle avait pris l'initiative de devancer les autres filles ; Kise ne semblait pas en colère, ou désintéressé par sa proposition. En réalité, il paraissait pensif ; considérait-il l'offre ? D'après ce qu'elle avait entendu, s'il rejetait la prétendante il l'aurait fait tout de suite après la déclaration ; là il n'avait toujours pas donné de réponse. Elle sentit soudainement un élan d'assurance s'emparer d'elle, tandis qu'elle se réaffirmait dans sa voix et sa posture.
— Si tu n'es pas sûr, on peut toujours essayer et voir après, proposa-t-elle. On n'est pas obligés de tout faire en peu de temps.
Elle pousserait jusqu'au bout tant qu'il ne réagissait pas. Le mettre à l'aise, le mettre en confiance, lui garantir que tout se passerait bien dans tous les cas. Elle savait s'y prendre avec les hommes, elle n'en était pas à sa première relation.
— Je ne sais pas si je peux te consacrer suffisamment de temps pour avoir une relation, confia Kise, plongeant nonchalamment ses mains dans ses poches.
Ce n'était toujours pas un refus catégorique. Koda sourit.
— Ce n'est pas un problème, je peux supporter ça, rassura-t-elle. Je ne suis pas non plus incompréhensive, je sais que ton travail te demande beaucoup de temps.
C'était le revers du mannequinat, ne pas être assez libre pour sa petite amie. Mais il s'agissait d'un bel atout pour s'en trouver une, non ? Un magnifique physique, un caractère adorable et des compétences formidables, que rêver de mieux ? Koda s'en contentait parfaitement, et elle se féliciterait toute sa vie pour avoir convaincu un modèle de sortir avec elle. De plus, elle-même n'était pas moche non plus ; elle prenait soin de ses cheveux bruns retombant sur ses épaules, ondulés aux extrémités ; ses petits yeux marrons brillaient de vivacité ; elle avait beau être petite, elle n'en restait pas moins fine et jolie, avec une poitrine plutôt satisfaisante.
Kise resta silencieux encore quelques secondes, puis hocha doucement la tête.
— C'est d'accord. Je veux bien sortir avec toi.
Koda sourit jusqu'aux oreilles et sauta au cou de Kise, ravie et complètement charmée.
— Merci ! On va bien s'amuser, tous les deux !
Kise prit un moment avant de rendre l'embrassade.
— J'ai une copine.
Aomine lâcha son ballon de basketball, fixa Kise avec des yeux incrédules, puis se mit à ricaner de manière incontrôlable. Il donna une grande tape dans le dos de Kise puis l'entoura de son bras sur ses épaules, un large sourire toujours aux lèvres.
— Heh, bravo, c'était la fille de ce midi ? s'enquit-il.
— Oui c'était elle.
— Wah, elle est mignonne mais elle manque un peu au niveau des seins.
— Aominecchi, tu continues à regarder ça alors que tu sors avec Kurokocchi ?
— C'est pas la même chose !
Kuroko réfléchissait. Réfléchissait à toute vitesse, cherchait une logique, cherchait à comprendre. Kise affichait un sourire, mais dès qu'Aomine tournait le dos il disparaissait. Non, il n'avait pas de petite amie. Ou tout du moins, il ne devait probablement rien ressentir pour cette fille ; ses sentiments se trouvaient ailleurs, à un lieu inaccessible pour lui. Le fait que l'as de Teikou soit aveugle était une bénédiction, même si Kuroko doutait fortement de cette affirmation – il ne croyait pas qu'Aomine soit si obtus à propos de ce genre de situation. Mais il ne s'agissait pas du sujet premier. Il fallait absolument qu'il échange quelques mots avec Kise à la fin de l'entraînement ; parler sous la surveillance d'Akashi s'avérait bien trop dangereux pour la santé mentale du mannequin, qui serait probablement accablé de questions et de regards – même si actuellement il demeurait la cible principale de la moitié de son cercle d'amis.
L'entraînement dut alors reprendre son cours, avec un Kise qui s'investissait totalement dans ses exercices malgré leur difficulté, un Aomine qui riait et un Kuroko plus observateur que jamais. Le membre fantôme croisa rapidement le regard de Midorima, et celui-ci remonta ses lunettes, comme s'il voulait faire passer un message. Rares étaient les fois où les deux joueurs s'entendaient sur un point, mais apparemment, ici, ils partageaient le même avis.
Kise se comportait étrangement. Il s'agissait d'un bon point qu'il s'applique autant dans l'entraînement, mais cela paraissait bien trop brutal à leur goût. Il enchaînait les dunks, dribblait et passait tous ses adversaires, et il aurait presque une aura destructive, prêt à tout conquérir sur son chemin. Akashi ne disait rien, en revanche ; il se contentait de regarder la furie irrépressible que représentait le small forward. Nijimura quant à lui s'occupait de surveiller Haizaki, qui venait d'arriver – donc en retard. Le numéro 8 ne corrigerait certainement jamais ses manières, mais le capitaine décida quand même de jouer la carte de la morale et de la violence afin d'éduquer un tant soit peu son kouhai.
— Je crois que la prochaine fois que tu arriveras en retard à un entraînement, je vais t'attacher les pieds et les mains, et tu seras obligé de rester assis sur le banc à regarder, comme un con, tonna Nijimura alors qu'il craquait ses phalanges.
— Oi pas besoin d'être aussi menaçant, Nijimura-san, ironisa Haizaki. Hey, c'est Ryouta qui se déchaîne comme un démon, là ?
Nijimura leva les yeux au ciel et croisa les bras, les sourcils légèrement froncés.
— Oh non Haizaki tu feras rien de stupide. Fais-moi le plaisir de t'éloigner de Kise avant que vous finissiez vraiment par vous battre.
Nijimura ne s'inquiétait pas spécialement pour les deux garçons, non ; il savait bien que les autres joueurs ne les laisseraient pas s'entretuer – lui le premier. Il s'agissait plutôt de leurs motivations et des conséquences qui le rendaient un peu plus ombrageux. Déjà que Haizaki avait plusieurs fois échappé à l'expulsion du club grâce à son capitaine, une bagarre de plus, au sein même du gymnase, ne le plongerait que plus profondément dans les abysses. Le coach Sanada ne garderait pas longtemps son calme et sa patience, Nijimura en était certain.
— Je l'écrabouillerai si on se bat, se moqua Haizaki. Beau gosse n'a certainement jamais eu une seule expérience avec le combat.
— Tu sais très bien qu'il peut copier les mouvements de son opposant, glissa Nijimura.
— Et moi je vole.
Le capitaine grimaça légèrement en entendant cela, mais ne fit aucun commentaire. Quelque chose de particulièrement malsain et désolant se profilait derrière ce verbe, mais Nijimura n'avait jamais réellement su ce dont il s'agissait. Il ne pouvait faire que des suppositions d'après l'attitude de Haizaki, et ses hypothèses ne lui plaisaient guère.
Il soupira bruyamment et donna une claque derrière la tête de Haizaki. Ce dernier, surpris par le geste soudain, s'écria et lâcha un juron, auquel Nijimura y répondit aussitôt par un autre coup au ventre.
— Non mais t'es pas bien ou quoi ?! s'exclama Haizaki, lançant un regard noir à son vis-à-vis.
— Tout va très bien, merci, rétorqua Nijimura. Va te changer et reviens. Grouille-toi.
— C'est toi qui me retiens depuis tout à l'heure, j'te signale…
Haizaki continua de grommeler jusqu'aux vestiaires, se massant l'arrière de la tête. Il ne comprendrait jamais le comportement de Nijimura à son égard.
Trop ambigu.
J'ai donc changé plusieurs fois de point de vue dans ce chapitre, car je trouve ça toujours intéressant de décrire une scène par le biais des yeux d'un personnage extérieur. :3 Oh, et si vous vous en doutiez, la fille est bien la petite amie que Kise a eue au collège. J'ai inventé un nom quelconque, qui correspondait à son physique dans ma tête. xD
Merci d'avoir lu !
