Salut ! Ahhh je suis désolé d'avoir mis autant de temps à publier, j'avais dit que j'essaierai de faire un chapitre par semaine et résultat, je sors un chapitre par mois… Je vais blâmer les examens pour ce retard et d'autre souci qui ont retardé la publication du chapitre. Au passage, j'ai eu mon bac ! Et avec une mention, aucun rapport avec l'histoire, j'en conviens, mais je suis tellement contente que j'avais envie de le dire :3 Enfin bref, j'arrête de raconter ma vie, et vous souhaitent une bonne lecture !


Je regarde le jour qui décline lentement par la fenêtre. Le Dr. Zoé m'avait dit qu'elle reviendrait d'ici quelques minutes mais j'ai l'impression que cela fait des heures que j'attends.

Un mouvement en périphérie attire alors mon attention, Pétra se tient sur le seuil de la porte, semblant hésiter à le franchir. Je lui adresse un sourire encourageant, toute distraction est la bienvenue.

Elle me renvoie mon sourire et se décide finalement à entrer.

- Hanji m'a dit que tu allais être transféré en début de soirée, alors je voulais te dire au revoir. M'assurer que tout irait bien pour toi.

Surpris, je la fixe quelques instants. On ne s'est pourtant pas côtoyé longtemps, à peine une journée. Elle semble néanmoins réellement s'inquiéter pour moi. Je dois avouer que je ne comprends pas pourquoi, et ça me met légèrement mal à l'aise. Je réponds donc gêné :

- Eh bien… Merci, tout va bien.

Un silence inconfortable flotte quelques secondes, je me décide alors à dire la première chose qui me vient à l'esprit afin de combler ce vide.

- Vous connaissez le Docteur Zoé ?

- Ne l'appelle surtout pas comme ça devant elle, rigole-t-elle doucement. Elle préfère se considérer comme une amie de ses patients, alors appelle-la Hanji, et inutile de me vouvoyer, Eren.

J'acquiesce et me reprends.

- Tu connais Hanji ?

- C'est beaucoup mieux ! Et pour répondre à ta question, Hanji était dans la même fac que moi. A vrai dire, c'est moi qui lui ai demandé de te prendre en charge…

- Oh, Je vois.

J'hésite : est-ce que je suis censé lui être reconnaissant de m'aider à me faire interner ? Je suppose que oui, elle souhaitait probablement m'aider.

- Merci.

Son visage s'éclaira à l'entente de mes mots.

- En tout cas, je suis contente de voir que tu peux parler ! Même si je suis assez surprise, je pensais qu'il te faudrait suivre une longue thérapie avant d'accepter de communiquer.

- Levi m'a vite fait comprendre que garder le silence n'était pas dans mon intérêt, alors…

Elle fronce les sourcils à l'entente de son prénom. Merde. Officiellement, c'est mon avocat… j'aurais surement du l'appeler Maitre Ackerman, ou quelque chose du genre. Si elle découvre qu'on se connaissait, il pourrait avoir de graves problèmes…

De toutes façons, le mal est fait, alors inutile de revenir sur mes paroles, cela serait encore plus suspect. J'essaye donc de garder une expression neutre, et change rapidement de sujet.

- Hanji m'a dit qu'elle revenait rapidement mais j'ai l'impression d'attendre depuis des heures… Est-ce que tu sais ce qui prend autant de temps ?

Elle m'explique alors qu'Hanji souhaitait attendre qu'il fasse nuit, avant de me transporter, afin d'éviter que je sois trop rapidement confronté au monde extérieur. Elle pense donc que je suis si faible ?

- Ils ont peur de quoi ?! Que ça m'effraie ? Je ne suis pas un petit animal fragile qu'il faut protéger !

Elle a un mouvement de recul involontaire face à ma soudaine agressivité.

J'inspire profondément afin de m'inciter au calme. Inutile de m'énerver pour si peu, Hanji se montre prévenante c'est tout, elle veut éviter tout incident.

Elle pense que tu es faible… Incapable de t'adapter au monde. Mais tu n'es pas comme ça n'est-pas ? Ne lui fais pas confiance, elle te ment, Levi te ment, tout le monde te ment.

La ferme !

Je secoue violement la tête, sous le regard interloqué de Petra.

- Désolé, je n'aurais pas du crier comme ça.

Elle me rassure rapidement, m'affirmant qu'avec ce que je traverse, il est compréhensible que je sois sur les nerfs.

Elle quitte ma chambre alors qu'un groupe de personnes, parmi lesquelles j'aperçois Hanji, entre.

Des infirmiers s'approchent de moi avec une camisole de force. Mais Hanji les arrête avant qu'ils ne me la passe de force. Face à mon regard étonné, elle m'explique :

- Si on veut pouvoir avancer ensemble, il faut qu'on ait confiance l'un en l'autre Eren, alors t'emmener attaché comme si on allait en prison ne me semble pas être une bonne base. Je peux te faire confiance pour ne rien faire d'idiot, n'est-ce pas ?

Confiance. Ce mot résonne étrangement dans ma tête. Je n'ai pas l'habitude qu'on me l'accorde d'emblée, que ce soit ma sœur ou mes amis, ils ne m'ont jamais vraiment fait confiance…

Ils avaient raison, tu ne crois pas ? Tu as failli rompre ta promesse faite à Levi il y a quelques minutes, il a eu foi en ta parole et tu l'as trahi … Tu ne mérites pas la confiance des autres…

- Eren ? Est-ce que tout va bien ?

Je cligne fébrilement des paupières, m'efforçant de me ressaisir, et fais taire cette petite voix pernicieuse dans ma tête.

Hanji me fixe, la mine inquiète. Je crois que je me suis perdu dans mes réflexions, je me force alors à répondre :

- Oui, ça va, vous pouvez me faire confiance, mais tout dépend d'elle ne lui faites pas confiance à elle

Elle hoche lentement la tête à l'entente de mes paroles, une expression indéchiffrable sur le visage.

- Très bien, mais qui est elle ?

Hein ?

Qu'est-ce qui m'a pris de dire ça ? Elle ?

Face à ma confusion, elle me rassure en souriant :

- Ce n'est pas grave Eren, nous aurons tout le temps d'en reparler plus tard. Tu arrives à marcher ?

J'acquiesce et tente de me mettre sur mes jambes, dont les plâtres ont été retirés quelques jours auparavant. Malheureusement, j'avais refusé d'écouter -comprenez par là ignorer- les médecins qui me conseillaient d'effectuer la rééducation nécessaire suite à mon immobilité forcée. Après plus d'un mois d'inactivité, mes jambes ne sont donc pas en état de me soutenir. Ce pourquoi je tombe violement. Un infirmier me rattrape in extremis, m'évitant une chute humiliante et me rassoit sur le lit. On me propose de prendre un fauteuil roulant mais je refuse catégoriquement. Je ne suis pas un infirme !

Hanji s'approche alors de mon lit et me prend la main tout en me disant :

- Je comprends ton refus Eren, mais ce n'est pas une marque de faiblesse d'accepter que tu aies besoin d'aide. Tu ne peux pas marcher pour le moment, et tu n'y peux rien, alors accepte qu'on te soutienne pour le moment, ok ?

Je bougonne quelque chose d'indistinct. Ses arguments sont valables, mais je n'ai aucune envie d'être raisonnable pour le moment, bien que le manque d'alternative me pousse à hésiter. Devant mon air buté, Hanji ajoute :

- De toutes façons, si tu refuses le fauteuil, on devra te transporter sur un brancard. Alors c'est à toi de voir…

Un sourire machiavélique se dessine sur son visage tandis que le mien se décompose. Elle n'oserait pas ?! Mais son air malicieux me fait penser le contraire. Alors à contre cœur, je m'assois dans le fauteuil. Hanji se place derrière moi, et me pousse vers la sortie. Nous montons ensuite dans une voiture. Afin de tempérer ma mauvaise humeur, elle m'assure que je pourrais prochainement me tenir sur mes jambes sans aide, à condition que je suive la rééducation correctement. Pour achever de me rassurer, elle me propose durant d'utiliser d'ici la des béquilles, ce que je m'empresse d'accepter.

C'est donc soutenu par lesdites béquilles que je descends du véhicule, et découvre mon nouveau foyer.

Sans le panneau à l'entrée, sur lequel on peut lire « Clinique Maria », rien ne laisse penser que je suis face à un centre de psychiatrie, ce qui me surprend.

Je m'attendais à une vielle bâtisse délabrée comme j'en avais vu dans de nombreux films d'horreur. Mais l'établissement est en très bon état et ressemble plus à un manoir qu'à un hôpital. L'impression de pénétrer dans un vieux château me fait tout de suite aimer l'endroit, avec ses grandes baies vitrées, ses moulures bordant l'entrée principale ainsi que les murs de briques jaunis par le temps. Une large allée de pavés blancs, bordés de buis taillés en carré, mène à un double escalier. Bien que je ne parvienne pas à le voir depuis la rue, je devine la présence d'un jardin situé derrière le bâtiment.

Hanji, qui remarque ma surprise ainsi que mon admiration pour ce cadre si particulier pour un hôpital, m'explique qu'il s'agit de l'ancienne demeure de sa famille qu'elle a transformé en clinique à la mort de ses parents.

- C'est un petit centre, on accueille tout juste une vingtaine de patients, mais ça permet d'être plus proche d'eux, d'établir un véritable contact !

J'entends à son ton qu'elle tient à ce lien avec ses patients. De toute évidence, elle est passionnée par son travail et s'investit pleinement dedans. Bien qu'un tel dévouement soit remarquable, cela me rappelle désagréablement mon père. Lui aussi était dévoué corps et âme à son travail, délaissant sa famille. Cette pensée me fait grimacer, et je demande impulsivement :

- Tu as de la famille Hanji ?

Ma question semble la surprendre, mais elle me répond néanmoins.

- Je n'ai pas d'enfant qui attende après moi à la maison, si c'est le sens de ta question, mais j'ai un fiancé.

Je commence à comprendre pourquoi elle est psychiatre… Sous ses airs de folle surexcitée, elle est visiblement très perspicace.

- Désolé, je ne voulais pas sous-entendre quoi que ce soit de négatif… C'est juste que je sais ce que c'est d'avoir un parent qui pense plus à son travail qu'à ses enfants…

Elle me rassure d'un sourire, et nous nous dirigeons vers la clinique tandis qu'elle continue :

- J'ai bien conscience que mon travail serait un frein à une vie familiale. Mais je n'ai aucun désir de l'abandonner pour le moment, ma vie me convient comme elle est, et je ne me sens pas prête à être mère.

-Bien que l'expérience puisse être intéressante… ajoute-t-elle l'air pensif.

- Et ton fiancé ?

- Est-ce qu'il est d'accord avec moi sur le sujet des enfants ? Ou est-ce qu'il n'en a pas assez de m'attendre à la maison ?

- Les deux…

- Tu es bien curieux, dis donc…

Elle m'adresse un grand sourire et s'exclame :

- C'est une très bonne chose, tu dois avoir l'esprit scientifique, comme moi ! Pour répondre à ta question, on n'a jamais vraiment envisagé la question pour le moment, on avisera quand le temps viendra. Quant à mon absence, je doute qu'il la remarque puisse qu'il travaille avec moi, c'est un des psychiatres de l'établissement.

- Oh !

- Et oui, avec un travail aussi prenant il est habituel de fréquenter une personne sur son lieu de travail. Ainsi, on peut s'investir pleinement sans pour autant délaisser son compagnon.

J'approuve d'un hochement de tête.

Arrivés au bas de l'escalier, nous sommes rejoints par un homme en tenue d'infirmier à la carrure imposante, et aux long cheveux blonds ramenés en chignon à l'arrière de son crane. Il me salue avec chaleur, et me dit s'appeler Erd. Grâce à son aide, je parviens à monter les escaliers et à atteindre la porte d'entrée. Nous arrivons dans un vaste hall, dont la décoration moderne contraste avec l'apparence du bâtiment.

- Désolé Eren, mais nos chemins se séparent ici, je te laisse au bon soin d'Erd. Installe-toi tranquillement ce soir, on discutera plus tard de ton séjour ici, déclare Hanji, avant de se diriger vers une porte au-dessus de laquelle on peut lire « Administration ». Erd se tourne alors vers moi.

- Bien, Eren. Suis-moi, je vais te faire visiter, la plupart des résidents ont déjà rejoint leur chambre à cette heure-ci, alors il faudra attendre un peu avant de te présenter.

- Combien de patients accueillez-vous ?

- Avec toi, douze. Et inutile de me vouvoyer.

Il m'entraine à sa suite dans un couloir. Il m'explique comment est organisé le bâtiment. Au rez-de-chaussée se trouve l'aile administrative, où se trouve le bureau d'Hanji, ainsi qu'une salle où l'on prend les repas et une autre faisant office de salle commune. Le premier étage est réservé aux consultations médicales.

Il m'informe qu'il y a, en plus d'Hanji, un psychologue répondant au nom d'Auruo Bossard qui a, tout comme elle, sa salle de consultation à cet étage. Enfin, le dernier niveau comporte les chambres des différents pensionnaires. C'est à cet étage qu'il m'emmène et m'introduit dans ma nouvelle chambre. Elle est suffisamment grande pour accueillir deux personnes bien qu'il n'y ait qu'un seule lit. Elle ressemble vaguement à une chambre d'hôtel, avec ses murs crème, son parquet blanc et sa décoration sobre. A l'opposé du lit, se trouve deux grandes fenêtres. Je m'en approche et découvre que l'une d'entre elles est en réalité une porte. Elle donne accès à un petit balcon et me permet ainsi d'observer le parc autour de l'établissement. Je ferme les yeux, laissant l'air de la nuit m'apaiser. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'étais pas sorti. A la réflexion, je ne m'étais pas trouvé dehors, depuis cette nuit-là… Je fronce les sourcils, remarquant quelque chose d'anormal. J'appelle :

- Erd !

Il me rejoint sur le balcon et me demande ce qui ne va pas.

- C'est juste que…

J'inspire un grand coup et me décide enfin.

- C'est vraiment un hôpital psychiatrique ?

- Pour être précis, il s'agit d'une clinique mais le principe est le même. Pourquoi cette question ?

Je me passe nerveusement une main dans les cheveux et lâche finalement :

- J'ai sauté du toit d'un immeuble de cinq étages il y a un mois afin de me suicider, et vous me mettez dans une chambre avec un balcon ? Mais vous êtes totalement inconscient ! C'est pas possible, on dirait une invitation !

A ma grande surprise, il éclate de rire.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle dans ce que j'ai dit…

Au bout de quelques secondes, il se calme et me répond :

- Beaucoup de gens qualifient Hanji d'inconsciente, de folle ou d'irresponsable en effet. Moi je vois plus ça comme une marque de confiance de sa part. Mais c'est peut-être aussi un test…

- Un test ?

- Si tu sautes du deuxième étage il y a très peu de chances que tu y restes. En revanche, on sera fixé sur tes intentions, si tu souhaites aller mieux ou si tu as abandonné. Dans ce dernier cas, tu n'as rien à faire ici. Enfin, nous reparlerons de tout ceci plus tard. Essaye de te reposer ce soir, ta journée risque d'être chargée demain. Si tu as besoin de quoi que ce soit cette nuit, n'hésite pas à m'appeler avec les boutons près de ton lit, c'est moi qui suis de garde. Demain matin en revanche, ce sera mon collègue Gunther qui viendra s'occuper de toi, ou bien une des aides soignantes. Tu as des questions ?

Je fais « non » de la tête, encore abasourdi par ses paroles. Il quitte ma chambre tandis que je me laisse tomber sur le lit. Où est-ce que j'ai atterrit ? Un hôpital ou l'on vous invite presque à vous suicider afin de déterminer vos motivations ? Je crois qu'il n'y a pas que les patients qui sont fous ici, visiblement le personnel médical est aussi complètement taré…

.

Lorsque je me réveille le lendemain matin, les premières lueurs de l'aube pointent à peine. Les faibles rayons du soleil caressent ma peau en diffusant une douce chaleur. Je soupire d'aise. Dans ma chambre à l'hopital, il n'y avait qu'une petite lucarne qui me permettait à peine de voir l'extérieur.

Je me lève lentement, prends mes béquilles et sors sur le balcon. Le froid de décembre me fait frissonner, mais je m'habitue lentement, et au bout de quelques minutes je ne tremble plus. J'en profite pour contempler la vue qui s'offre à moi. A présent qu'il fait jour, je peux distinguer les limites du parc, et ses détails. Il est assez vaste, si l'on tient compte du fait que cet endroit est supposé être une demeure familiale. Il est parcouru de nombreuses allées, bordées d'arbres. Je suppose que le paysage doit être magnifique en été, mais en cette saison, les arbres dépourvus de feuille rendent ce paysage étrangement mélancolique.

- Eren ?

Je me retourne à l'entente de mon prénom. Une femme aux courts cheveux blonds se tient dans l'encadrement de la porte.

- Enchantée de te rencontrer, je suis Nanaba, une des aides-soignantes. Tu veux bien rentrer s'il te plait ?

J'acquisse en la suivant. Un plateau repas est posé sur la console à côté de mon lit. Elle me demande de retourner m'allonger. Je m'exécute pendant qu'elle m'interroge :

- D'après Hanji, tu n'as rien avalé depuis un mois, c'est bien ça ?

Vraiment ? Je n'avais même pas remarqué. Mes souvenirs de ces dernières semaines sont assez flous, comme entourés d'une brume épaisse. Mais maintenant qu'elle le dit, c'est vrai que je n'ai rien mangé pendant cette période. Je baisse les yeux sur mes poignets. De fines cicatrices roses se dessinent dessus, mais je ne m'y attarde pas, et remonte au niveau du dos de ma main. Un pansement l'entoure, me rappelant la perfusion qui, hier encore m'alimentait.

- Je… C'est exact, finis-je par répondre.

Elle dépose le plateau sur mes jambes. Mon petit-déjeuner est constitué de deux tranches de pain complet et d'un verre d'eau.

- C'est assez léger…

- Tu dois te réhabituer à manger normalement. Si tu reprenais une alimentation normale trop rapidement, ton corps ne le supporterait pas. Prends bien ton temps, mâche lentement, et surtout ne te force pas.

Je prends délicatement une des tranches et la porte à ma bouche. Suivant ses conseils, je mastique lentement la nourriture. La sensation est assez étrange, il semblerait que j'ai perdu l'habitude du gout des aliments. Je me force tout de même à avaler, provoquant une irritation dans ma gorge. Je bois de l'eau afin de faire passer cette désagréable sensation et continue de manger, sous l'œil approbateur de Nanaba.

- En temps normal, on ne sert pas les repas dans les chambres. Mais étant donné que tu es arrivé dans la nuit, tu n'as pas pu être présenté aux autres. On a donc préféré attendre un peu, afin de ne pas trop les surprendre.

Tout en parlant, elle dépose sur mon plateau un petit gobelet contenant différentes pilules.

- Ce sont des vitamines, m'explique-t-elle.

Ne l'écoute pas ! Ne prends pas ses cachets, on ne peut pas savoir ce que c'est réellement, tu ne peux pas lui faire confiance.

- Je n'en veux pas !

Je balaye d'un geste du bras, le plateau, l'envoyant à l'autre bout de la pièce.

- Ohhh ! Tu es bien énergique dès le matin, Eren… dit une voix amusée dans mon dos.

Hanji se tient dans l'encadrement de la porte. Sur un signe de tête de sa part, Nanaba s'éclipse, nous laissant seuls. Un sentiment de honte m'envahit. Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Je sais que je m'emporte facilement mais de là à me m'énerver pour des vitamines…

Elle s'assoit sur mon lit, en faisant attention à ne pas toucher mes jambes, et se saisit de ma main qu'elle sert doucement. Ce contact dure seulement quelques instants mais me calme instantanément. D'un ton détaché, elle me demande :

- Alors, comment te sens-tu ?

Je la remercie intérieurement de ne pas reparler de cet "incident". Elle a peut-être l'air d'une folle au premier abord, mais elle semble tout de même garder un certain tact avec ses patients.

- Je vais…

J'hésite, je ne peux pas dire que je vais bien. A vrai dire, je ne sais même pas comment je vais…

- Tu n'es pas obligé de dire que tu vas bien, si ce n'est pas ce que tu ressens Eren. D'ailleurs, si tu me disais que tu allais bien, je ne te croirais pas. J'espère simplement que tu te sens plus à l'aise ici que dans l'hôpital.

Je confirme d'un hochement de tête, qui semble la satisfaire. Elle se relève et part dans le couloir, avant de revenir avec un petit tas de vêtements.

- Je te laisse te préparer, retrouve-moi en bas lorsque tu seras prêt, il est temps que je te présente aux autres… Tu arriveras à prendre ta douche seul ?

- Pas de problème, assuré-je.

- Très bien, si tu as le moindre problème, n'hésite pas à nous appeler, OK ?

J'acquisse et elle sort de la pièce. Je me dirige alors vers la porte permettant d'accéder à la salle de bain. Tout comme la chambre, la pièce est décorée dans des tons clairs, et sobres. Je me glisse sous la douche et profite du contact de l'eau sur ma peau. J'essaye de me détendre, augmentant le plus possible l'eau chaude. « Il est temps de te présenter aux autres ». J'angoisse… Non pas que je sois timide ou bien peureux, mais rencontrer des personnes qui ont été envoyées à l'asile stresserait n'importe qui.

Au bout de quelques minutes, ma douche produit l'effet escompté et c'est plus serein que je rejoins Hanji dans le hall d'entrée, ayant au préalable revêtu le jean ainsi que le t-shirt blanc en coton qu'elle m'a fourni.

Elle m'emmène vers la salle qu'Erd avait désignée comme étant la salle commune. C'est une vaste pièce aux murs gris nacré. De larges fenêtres se situent de part et d'autre, rendant l'endroit lumineux et permettant d'admirer le parc. Des fauteuils et canapés en tissu blanc sont répartis dans différents endroits, créant des espaces plus intimistes. Il y a aussi des chaises et des tables en bois clair sur lesquels se situent des fleurs d'un bleu clair. Enfin, je remarque la présence d'un piano dans un coin de la pièce.

Une dizaine de personnes sont réunies ici. Certains ont un comportement que je qualifierais de normal, jouant aux échecs ou discutant. Mais d'autres me font totalement flipper. Par exemple, un homme est assis en tailleur au milieu de la pièce et semble en pleine méditation tandis qu'une blonde au regard froid et calculateur se tient en retrait et semble observer les faits et gestes de chacun.

- Minasan ohayō ! s'exclame Hanji, attirant l'attention de tout le monde dans la pièce. Onze paires d'yeux se mettent à me dévisager, certains avec curiosité, d'autres avec indifférence et ennui.

- Je vous présente Eren, il va rester avec nous quelques temps, je compte sur vous pour lui faire un bon accueil !

Elle ponctue sa demande d'un clin d'œil qui me laisse présager le pire…

Elle repart aussitôt, me plantant comme un idiot dans l'encadrement de la porte.

L'attention qu'ils m'accordent se dissipe rapidement, chacun retournant à ses occupations. Je m'avance alors, et m'assois dans un fauteuil vide près de la fenêtre. Un long soupir m'échappe. Dans quel situation me sui-je encore mis ?

J'ai cette désagréable impression d'être le seul saint d'esprit dans cet établissement.

- Bonjour, dit une voix douce, me tirant de mes ruminations.

- Je suis Christa, enchantée de te rencontrer !

- Eren.

- Je sais, Hanji vient de le dire.

Mince... J'ai l'air d'un idiot maintenant. Je me passe nerveusement une main dans les cheveux. A mon grand désespoir, Christa semble décider à me tenir compagnie, puisqu'elle s'installe dans le fauteuil en face de moi.

Elle est plutôt jolie, avec ses cheveux blonds qui lui tombent au niveau des épaules, et ses grands yeux bleus, même si elle n'est pas mon genre.

Un silence gêné s'installe entre nous. Les interactions sociales, c'est définitivement pas mon truc… A l'exception d'Armin et Mikasa, je n'ai jamais vraiment eu d'amis. Non pas que je n'aime pas les autres, mais je suis incapable de tenir une conversation sans dire tout ce qui me passe par la tête. Une mauvaise habitude qui a d'ailleurs tendance à m'attirer des ennuis.

- Alors dis-moi, pourquoi es-tu là ?

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est directe. Mais je n'apprécie pas qu'on se mêle de ma vie, ce pourquoi je réponds :

- En quoi ça te regarde ?

Ma réponse semble lui faire de la peine, et je ressens un vague pointe de culpabilité. Ce sentiment est vite balayé lorsqu'elle saisit un de mes poignets et s'exclame horrifiée, en désignant les longes cicatrices qui le parcourent :

- Oh mon dieu ! Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Je me dégage vivement et lance :

- Qu'est-ce que ça peut te faire ?! Je t'ai rien demandé, alors dégage !

Elle tente de se rapprocher.

- Mais fous-moi la paix, bordel !

Ses grands yeux se remplissent de larmes alors qu'elle part en courant.

Merde. Je me suis encore emporté ! Enfin… elle l'avait bien cherché aussi. De quel droit se permet-elle de me demander ce genre de choses alors qu'on vient de se rencontrer ?

L'autre blonde au regard scrutateur et froid se met alors à me fixer intensément, provoquant un frisson le long de mon échine. Regarder les gens avec un regard aussi meurtrier devrait être interdit… Je lui lance :

- Quoi ?

- Je me demandais quand tu allais arrêter d'agir comme un crétin égoïste …

Sérieusement ? Elle me cherche ?

Je me lève et réplique.

- Comment ça ?!

- Regarde autour de toi. Qu'est-ce que tu vois ?

Mes yeux parcourent la pièce, avant de retomber sur son expression ennuyée. Ses deux prunelles d'un bleu glacial capturent les miennes alors qu'elle reprend.

- On est dans un hôpital psychiatrique, les personnes qui t'entourent sont toutes là pour une raison. Elles ont des problèmes mais elles luttent, elles sont toutes ici pour guérir.

Son regard se fait de plus en plus dur au fur et à mesure de ses paroles.

- Essaye un peu de penser à ce qu'ils peuvent ressentir avant de détruire des mois d'efforts et de thérapie. Ils ne sont pas là pour que tu passes tes nerfs dessus.

Ces mots me font l'effet d'une gifle, et je reste là éberlué alors qu'elle s'éloigne lentement l'air blasé. Je ne l'avais pas compris, ou plutôt je n'avais pas essayé de comprendre…

J'étais parti du principe que j'étais entouré de fous, que j'étais le seul sain d'esprit ici -personnel médical inclus- mais j'avais tort.

Toutes les personnes ici veulent avancer, dépasser leur maladie, elles se battent pour survivre.

- Attends !

Elle se retourne, l'air blasé.

- C'est juste que…

Je me passe nerveusement une main dans les cheveux et reprends :

-Je suis désolé, avoué-je contrit.

- Ce n'est pas auprès de moi que tu dois aller t'excuser, idiot.

Elle s'apprête à repartir mais je l'intercepte de nouveau.

- Quoi encore ?

- Je voulais simplement savoir comment tu t'appelais.

Je me balance d'un pied sur l'autre, gêné en attendant sa réponse. Elle me regarde de haut en bas, semblant juger si je vaux la peine qu'elle me réponde, et sort finalement :

- Annie, Annie Leonhart.


Ça y est Eren est officiellement interné ! J'espère que le chapitre vous a plus, et j'essaierai de pas mettre encore un mois pour écrire un chapitre ^^' Review ?