Oui... un nouveau chapitre !
Enfin direz-vous... avec le forum, et pleins de projets je m'y suis perdue un peu.
Je voudrais vous remercier de m'avoir suivi ici, chacune d'entre vous qui suiviez cette fiction sur le compte de Jelliss. Et un immense merci à toutes celles qui ont remis des reviews pour m'aider, je ne saurai jamais assez comment vous remercier.
Des révélations vous attendent dans ce chapitre. OMG !!
Je vous laisses à votre lecture...
Chapitre 3
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PDV EDWARD
Connaissais-je véritablement Bella Swan ?
Cette question revenait sans cesse dans ma tête… J'avais pourtant essayé d'oublier tout ce qui me rappelait elle… mais rien n'y faisait car peu importe ce que je faisais elle me hantait. J'étais fatigué de ne penser qu'à elle tout le temps.
Au fond n'avait-elle pas joué un jeu sordide avec moi pendant que nous étions ensemble? Ne l'avais-je pas placée sur un piédestal ? Je savais de par mes collègues qu'elle était généreuse, douce et attentionné avec les patients mais elle était froide, distante, hargneuse ne voulant sympathiser avec personne de l'encadrement. Certains traits de mon ancienne Bella étaient là mais d'autres que je ne lui connaissais pas apparaissaient ou alors me les avait-elle dissimulés? Pourtant sa douceur, sa bonté était même.
Ah Bella, ma Bella, pensais-je nostalgiquement.
Je me rappelais si bien ses baisers tendres, ses caresses sensuelles et pleines de fougue… Souvent j'avais dû l'arrêter dans ses gestes puisque nous aurions pu laisser libre court à notre imagination plus d'une fois à bien des endroits, la coquine ! Bref, elle était la douceur et la fougue incarnées.
Par contre, de nos jours, les gens lui avaient donné la mauvaise réputation d'être d'une telle froidure et intouchable. Selon les ragots, elle était aussi terrifiante qu'un dragon sorti de sa grotte. Tous, dans l'établissement, s'étaient fait une idée ultra rapide d'elle en moins de sept jours et cela m'était venu aux oreilles par Alice.
Je me demandais si tout avait été orchestré depuis le début ? Je la savais ambitieuse et qu'elle ne reculait devant rien pour atteindre ses objectifs. Avais-je été un obstacle à ses rêves ? Je ne le pensais pas, du moins c'est ce qu'elle m'avait dit ! Alors est-ce que pendant tout ce temps elle n'avait pas fait que mentir ? Me larguant juste avant les épreuves du bac dans l'unique but d'atteindre son objectif et ne pas se préoccuper de sa vie à mes côtés ? Je ne savais pas comment elle s'était débrouillé mais elle avait même passé son bac dans un autre établissement. J'avais eu cette information par des amis que nous avions, à cette époque, en commun. Bordel mais c'était quoi tout ça ! Pourquoi tout mon putain de passé me revenait de plein fouet maintenant ? OK, oui, elle revenait dans ma vie, mais ce n'était pas pour autant que je devais me rappeler tous ces mauvais souvenirs, pensais-je en frappant mon poing rageusement sur la porte de mon casier de la salle de sport.
Au moment de mettre les pieds à l'université d'Alaska, j'avais été voir la liste des étudiants en première année de médecine qui figurait près de l'entrée principale et je me rendis compte qu'elle n'y figurait pas. J'avais enfin admis la vérité, non sans souffrir : Bella n'avait jamais eu l'intention de venir ici, étudier avec moi, et encore moins celle de faire sa vie avec moi. Je m'étais convaincu avec les années qu'elle s'était tout simplement contentée de prendre un peu de bon temps avec moi et, au moment de passer aux choses sérieuses, elle s'était enfuie en m'abandonnant derrière elle sans l'ombre d'un remord.
Le jour J, ma mère me l'avait annoncé avec des sanglots dans la voix : « Je suis désolée mon chéri, elle est passée pendant ton absence et te fais dire que tout est terminé. Elle te fait dire de l'oublier et de ne pas chercher à la revoir.» Sur ces dernières paroles elle me laissa pantois au milieu de la cuisine de notre HLM et alla s'enfermer dans sa chambre.
Que venait-elle de me dire ? Je devais sortir avec elle demain soir ! Comment croire à tout cela ? Tout d'abord, ma mère appréciait énormément Bella malgré le fait que cette dernière soit riche et nous non. Pensez qu'Esmée n'avait rien dit ou rien fait… elle était comme sa fille. Je devais mettre cela au clair en allant téléphoner à Renée, la mère, de Bella. Elle avait confirmé les propos de ma chère maman et avait même ajouté, devant mon insistance à vouloir parler à ma douce, que Bella ne voulait plus jamais me voir et qu'ils feraient bloquer mon numéro. Et surtout, de ne plus importuner sa fille.
C'était impossible !
Elle et moi étions inséparables. Nous vivions l'un pour l'autre. La vie n'avait aucun sens lorsque l'autre n'y était pas. Je pris le combiné et le fracassai contre le mur en le lançant férocement. Le téléphone s'ouvra en deux et fut hors d'état de marche, j'allais devoir en payer un nouveau à ma mère. Merde ! De plus, j'avais perforé le mur. Comme si l'argent pleuvait chez nous, pensais-je en ironiquement tout en ruminant sur mon malheur.
Armé de mon dernier espoir, je ne voulais pas baisser les bras tout de suite : si j'arrivais à parler à ma Bella, tout s'arrangerait, j'en étais certain ! C'était qu'un malentendu, je désirais tant que cela ne soit qu'un cauchemar et que j'allais m'éveiller très bientôt. OUI, le réveil allait résonner dans toute la pièce. J'attendais, j'attendais, rien… C'était donc la réalité !
Désirant ardemment la voir à tout prix, je m'étais alors mis à rôder dans sa rue dans l'espoir de lui parler, et je l'avais aperçue, en effet…
Bella m'avait vu également, je croyais qu'elle allait me sourire et vouloir me sauter au cou en me voyant. Telle était sa réaction lorsqu'elle me voyait.
Sauf qu'elle détourna délibérément le regard et s'empressa de monter à l'avant de la berline noire de sa mère. Je la vis gesticuler à l'endroit de cette dernière, alors que celle-ci sortait du parking familial sans sourciller à ce que sa fille faisait. À ce moment-là, j'avais cru que la terre allait s'ouvrir sous mes pieds et m'engouffrer à tout jamais. C'était comme si l'on m'avait arraché une partie de moi-même. Plus jamais je ne la revis, sa famille avait fait poser une immense barrière avec tout un système de sécurité ultra moderne. Lorsque j'avais annoncé cela à ma mère, elle prit panique en me disant qu'elle ne voulait plus que j'y aille, que j'étais fou et de l'oublier, que cela serait mieux pour moi.
Comme ce jour-là, me rappeler ce moment me noua la gorge.
Lorsque le premier choc fut passé, je n'eus pas le choix de me rendre à l'évidence : Bella ne voulait plus rien savoir de moi et elle avait eu l'aide de sa famille pour cela puisqu'effectivement le numéro de résidence et du portable de ma belle furent changé, de plus elle avait été absente du lycée pour la dernière semaine qu'il restait avant les épreuves du bac, car je ne l'y voyais plus. Lorsque je voyais sa place vide en biologie à côté de moi, j'avais envie de mourir.
Mes mâchoires se crispèrent et, d'un geste rageur, j'ouvris le robinet de la douche. Une averse de gouttelettes brûlantes inonda mon corps, mais je ne sentais absolument rien. La chaleur ne m'affectait pas vu l'état d'esprit que je me trouvais.
Tout cela parce qu'elle était réapparu dans ma triste vie après tout ce temps. Cette beauté que j'avais tant adulée, la cause de tous mes soucis.
La femme dont le souvenir m'avait hanté pendant douze longues années, planant comme une ombre sur mon mariage qu'elle avait anéanti. Je repensais à cette époque : je vivais un mariage heureux avec Tanya, on s'aimait du moins c'est ce que je pensais, jusqu'à ce jour.
Nous nous étions rencontrés sur les bancs de la fac lors de ma dernière année de doctorat, elle connaissait mon histoire houleuse avec Bella et comment s'était passé cette séparation et tout le mal que cela avait engendré en moi.
Je voulais que cela fonctionne entre ma femme et moi.
Elle m'avait aidé - du moins je l'avais espéré - à panser cette blessure mais au bout de cinq ans mon ex-femme, Tanya Denali-Cullen, m'avait lancé au visage, qu'elle ne me supportait plus et me demanda le divorce, tout cela par téléphone.
— Je veux divorcer Edward. Je ne suis plus capable de supporter ce malaise qui plane au-dessus de nos têtes. Tu ne l'as jamais oublié ! Tu l'aimes toujours, même dans tes rêves, Bella par ci, Bella par là. Je vais voir Maître Jenks demain. Au revoir pauvre con. M'avait-elle craché hargneusement avant de me raccrocher au nez.
Suite à ce mariage qui s'était terminé désastreusement, tout type de relation sentimentale était prohibée de ma vie pour me consacrer uniquement à mon métier. Après cet échec, j'étais devenu ce que j'avais toujours rêvé d'être : un médecin dévoué et compétent. Comme je l'avais toujours si bien dit à ma mère. Puis, je serais parfaitement apte de considérer Isabella Swan comme une collègue parmi d'autres, ni plus ni moins…
Pour certaines raisons que je ne comprends pas et ne comprendrai surement jamais, l'administration du personnel modifia les emplois du temps de chacun des membres du service, et ce fût ainsi que je découvris que le mien, ainsi que toutes mes gardes et toutes mes astreintes correspondaient en totalité avec ceux de Bella. OK, j'étais le chef de service et elle, la nouvelle, mais… Oui, l'idée de demander à échanger mes tours de garde avec un autre médecin me traversa rapidement l'esprit, mais je me ravisai tout aussi vite de peur de susciter la suspicion.
Désormais tout le personnel de cet hôpital, savait que Bella et moi nous nous connaissions et cela depuis l'époque du lycée.
Merci Alice, pensais-je, ironiquement, tout en roulant des yeux.
Il aurait donc été étrange que je demande de me faire remplacer pour ne pas me retrouver à travailler avec elle.
De tous les milieux où j'avais vécu ou travaillé, jamais je n'avais connu des gens qui aimaient colporter des ragots, à ce point. Vis-à-vis le service, il était hors de question que je me retrouve la cible de commérages, comme ils étaient si bons pour le faire. À connaître Bella, elle serait furieuse et n'apprécierait pas du tout.
Une semaine était passée depuis l'arrivée du Dr. Swan où mon planning avait été réorganisé durant laquelle, mon impression et mes doutes initiaux finirent par diminuer. Isabella se comportait avec moi comme elle le faisait avec n'importe quel autre confrère. Soucieuse avant tout de la qualité du service, elle se montrait très professionnelle, me transmettait toutes les informations nécessaires étant son chef de service, et ne se permettait aucune allusion intime ou personnelle, ce qui me convenait à merveille. Je ne savais pas comment j'aurais réagi avoir eu un signe quelconque de sa part.
Aurais-je flanché ?
Je ne devais pas penser à tout cela, ce n'était pas le cas. Je me remis la tête dans mes dossiers pour oublier tout cela.
Le calme se rompit le vendredi soir suivant à cause d'une garde plus que tumultueuse durant laquelle j'étais en pause dans la salle de repos. Je fus vite sorti de là lorsque j'entendis des voix s'élever et vociférer contre le personnel de l'hôpital. En m'approchant de l'endroit d'où les voix me parvenaient et j'assistai à une scène presque surréaliste : je vis Bella toisant avec un calme imperturbable avec trois jeunes hommes et une jeune femme complètement ivres et défoncés et qui étaient manifestement à l'origine de tout ce boucan qui avait attiré mon attention.
Je restai en retrait, en cas de besoin j'interviendrai. Ils s'étaient apparemment bagarrés à la sortie d'un métro suite à une soirée bien arrosée et deux des hommes avaient été blessés pendant l'altercation : l'un avait un œil au beurre noir, le second, le plus agité de tous, avait eu l'avant-bras entaillé par un couteau, selon moi, mais rien n'était certain de la distance d'où j'étais. Une blessure qui ne présentait pas de caractère d'urgence immédiate, comme Bella s'évertua à l'expliquer au petit groupe en les priant, avec douceur et frigidité, de bien vouloir attendre leur tour qu'ils n'étaient pas seuls et, surtout, qu'ils devaient arrêter d'hurler sur Jacob et, la réceptionniste qui orientaient les nouveaux venus en fonction de la gravité de leurs blessures. Que ce n'était pas de leur faute à eux. Mais, chauffés par l'alcool, les jeunes gens crièrent encore et encore, au point que Jacob dut appeler la sécurité, c'était surtout pour la sécurité de notre personnel qu'il nous avait été obligé de fonctionner dans les règles.
La sécurité fut rapide à arriver puisque deux agents arrivèrent avant que les fêtards du métro aient eus le temps de dire ou faire quoique ce soit.
— Dr Swan, vous avez un problème ? Demanda, Mike, l'un de nos agents arrivés sur place.
— Non, merci à vous, répondit Bella, en se retournant vers ce dernier. N'est-ce pas ? ajouta-t-elle en se tournant vers ces messieurs.
L'un d'eux, celui qui avait un œil au beurre noir, acquiesça dans un marmonnement à peine audible.
— Parfait ! conclut Isabella. Jacob, quel est mon patient suivant ? Au fait, quel est votre nom, demanda Isabella à celui qui avait un coquard.
— Jasper Hale, docteur, répondit-il la tête basse.
— Bien, allez vous asseoir M. Hale nous vous appellerons sous peu. Puis elle partit avec le dossier du prochain patient dans ses mains que Jacob lui avait remis.
Ce qui venait de se produire sous mes yeux me laissa sans voix. La fragile Bella que je connaissais, issue d'un milieu bourgeois et qui n'avait sans doute jamais eu affaire de sa vie à ce genre d'individus, sa mère ne lui aurait pas permis ! — quand moi, en revanche, j'en avais fréquenté de très près, parce que ma mère, d'origine modeste, vivaient dans un quartier défavorisé de Forks —, avait réussi à dompter cette bande de gueulards hostiles en un claquement de doigt.
Manifestement, elle avait beaucoup changé et son surnom de « dragon » n'était peut-être pas faux, après tout. Pire, avec les années, elle avait fort bien pu devenir la réplique exacte de sa mère, la redoutée et redoutable Renée Swan, un monstre de froideur et d'assurance.
J'en avais bien peur, soufflais-je silencieusement.
Ainsi venais-je de découvrir Bella sous son vrai jour… ? Cela me fit tressaillir, juste d'y penser.
Ce fut sur cette pensée que je dus me rendre dans la salle huit avec le dossier d'un patient puisque plusieurs attendaient dans la salle d'attente, dont cette bande d'hurluberlus. Ma pause avait été coupée mais, dès que je pus jouir d'un court moment d'accalmie, je me précipitai dans la salle de repos afin d'avaler un énième café pour me tenir éveillé après 48h de garde d'affilée.
J'y trouvais Bella, tenant un verre fumant d'une main, et dans l'autre, un biscuit au chocolat des plus alléchants.
— À quel endroit tu as trouvé cela ? Demandais-je en fixant le biscuit avec envie.
— Je me suis faite amie/amie avec une collègue du service de pédiatrie cette semaine. Elle me l'a apporté. Elle apporte toujours des petits délices avec elle et m'a demandé d'être son cobaye puisque j'aime tout ce qu'elle apporte… Elle se tut abruptement.
J'hochai lentement la tête. OK, je mourais de faim puisque je n'avais rien mangé depuis le déjeuner, mais pas question de lui en demander une part.
—Tu en veux la moitié ? me demanda-t-elle d'un ton las.
Elle avait dû avoir remarqué que je regardais cette gâterie avec trop d'insistance, quel idiot je faisais lorsque mon estomac criait famine.
Je n'étais pas mieux que notre ambulancier Emmett, pensais-je en roulant des yeux.
Sans attendre ma réponse, elle partagea le biscuit moelleux en deux et me tendit une part.
— Merci, tu n'étais pas obligée, dis-je en la prenant machinalement.
Qu'avais-je sous les yeux ? Était-ce bien là la jeune femme qui avait transformé tout à l'heure une meute de loups en agneaux doux et dociles ? Cela en était déconcertant de la connaître sous deux angles différents.
— Et puis, comment as-tu trouvé ta première semaine parmi nous ? Lui demandais-je pour me sortir de cette léthargie.
— Très bien, très bien, répondit-elle, évasive et pensive.
C'était la même chose de mon côté, après avoir surmonté le fait de revoir Isabella et cela était conditionnel à ce que je parvienne à maintenir le cap — ignorer le trouble qu'elle faisait naître en moi chaque fois qu'elle était à proximité, par exemple —, je pouvais considérer que j'avais passé une excellente semaine et j'aimais beaucoup mon nouveau poste de chef de services au London Hospital. J'avais beaucoup de travail à faire, mais je m'y plaisais bien.
— Je dois simplement m'habituer à cet étrange emploi du temps, ajouta-t-elle, avant qu'un lourd silence s'installe entre nous.
— Je suis certain que dans moins de trois mois, les illustres visionnaires du service des ressources humaines nous sortiront une nouvelle idée de génie qui changera tout de nouveau, lui annonçais-je, sachant trop bien que c'était bien ce qui arriverait.
— Et ça te surprend toi ? Pas moi ! C'est pour ça que j'ai refusé le poste de Chef de Service, que tu as accepté ! Se moqua-t-elle, en riant.
Un sourire narquois apparut sur son magnifique visage lorsqu'elle vit mes traits se durcir et mon expression se rembrunir. Elle avait touché l'un de mes points sensibles… celui de faire rire de moi. Comment avaient-ils pu penser à moi en deuxième choix alors que cela faisait trois ans que j'étais à leur service ? Cela m'avait affecté plus que d'ordinaire, était-ce parce que c'était elle qui venait de me l'annoncer ? Bref, pour ne pas qu'elle pense m'avoir touché à ce point, je décidai de changer de sujet.
— Tu m'as surpris tout à l'heure avec la bande d'écervelés.
Sans sourciller, elle haussa les épaules.
— C'est une question d'habitude tu sais… Surprenant que tu n'y sois pas habitué depuis le temps. Les vendredis et samedis soir, peu importe l'hôpital, on reçoit souvent des excités qui ont trop bu ou intoxiqués aux drogues. Tu dois juste maîtriser la situation avant qu'elle ne t'échappe, Edward. Et pour ça, il existe un truc immanquable : ils doivent s'imaginer qu'ils ont le choix. De cette façon, ces individus n'ont pas l'impression de perdre la face et, normalement, ils se tiennent tranquilles.
— Mais tu aurais pu être blessée si la situation t'avait échappé, lui dis-je avec sévérité.
— Jacob avait prévenu la sécurité. Et… comment as-tu su ?
— N'empêche… C'était tout de même assez risqué. Et euh… j'ai entendu du bruit et je suis sorti de la salle de repos pour voir. Répondis-je tout à coup mal à l'aise. Je passai ma main droite dans mes cheveux en bataille, pensant faire partir ce malaise, mais ce ne fut pas le cas, il demeurait toujours.
— Ah ! Un chef de service à l'époque où j'étais interne m'a enseigné une petite astuce bien pratique…
Elle mit la main dans la poche de sa blouse blanche et en ressorti une seringue servant à faire des péridurales, tout en parlant. Bon sang ! Que faisait-elle avec cela sur elle ?
— Ferme tes yeux et imagine la scène…, poursuivit-elle. Tu es ivre ou encore drogué, tu es blessé, et le médecin face à toi t'explique qu'il va se servir de cette immense seringue pour t'injecter une dose de vaccin antitétanique avant de te soigner… Bien sûr, tout le monde sait bien que lorsqu'on est ivre, nous avons besoin d'une double dose de vaccin, ajouta-t-elle avec un léger rire dans la voix. Donc si tu attends gentiment ton tour dans la salle d'attente, ton taux d'alcool dans ton sang baissera, et tu vas te dire que le médecin va également penser que tu n'es pas aussi saoul que tu en as l'air, donc il se servira que d'une petite seringue, qui elle est beaucoup moins impressionnante que la première. Que choisiras-tu ? Tu cognes le médecin ou bien tu vas t'assoir et attends patiemment ton tour ?
J'ouvris les yeux de stupéfaction d'avoir entendu cela sortir de sa bouche. Je la dévisageai, sachant très bien que cette histoire n'avait aucun sens.
— Mais que me racontes-tu là ! Nous savons très bien, toi et moi, que ces histoires de double dose de vaccin et l'alcoolémie dans le sang, c'est n'importe quoi ! Et puis, c'est une seringue à péridurale que tu tiens, il n'y a même pas d'aiguille au bout !
Un large sourire se dessina sur les lèvres de Bella, fière d'elle-même.
— J'ai menti pour la bonne cause… Et ça a marché !
Sur ces mots, elle vida son café d'un trait comme elle le faisait bien souvent et se leva.
— J'y retourne. Ferme ta bouche, les mouches vont y entrer, dit-elle en riant me voyant bouche-bée.
Sans voix, je la regardai gagner la porte évitant de justesse le chambranle, puis disparaître dans le couloir.
Ce sourire… Les pièges de l'amour étaient situés tout autour de moi. Il serait tellement facile de retomber amoureux de cette jolie brunette, aux yeux chocolat. Bella était devenue courageuse, drôle, toujours aussi maladroite… et encore plus ravissante que dans mes souvenirs. Oui, Isabella Swan était d'une beauté à couper le souffle… je devais dire que le début de la trentaine lui allait à ravir. Mais si j'écoutais mon cœur, en très peu de temps, il serait encore en lambeaux au fond de ma poitrine. Valait mieux écouter ma tête… ah moins que… NON, écoute ta tête, c'est plus sage. Ce fut en me pinçant l'arête du nez que je quittai la salle de repos pour aller appeler le patient suivant : Jasper Hale.
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PDV Bella
Épuisée, je stoppai ma course que je faisais dans les rues de mon quartier avec le son d'une musique tonitruante depuis quarante-cinq minutes. J'éteignis mon iPod touch et me laissa tomber sur la pelouse à l'avant de ma maison, essayant de reprendre mon souffle. Edward, j'avais tant essayé de le chasser de mon esprit, mais en vain : l'image du médecin me hantait sans cesse.
Bordel ! Qu'il était tant douloureux de repenser au passé ! Mais pourquoi y repensais-je sans cesse ? Peut-être parce que j'avais trente ans, que j'étais désormais un médecin compétent – du moins, je le croyais, avec ce qu'Edward m'avait balancé par la tête – et qui essayait de prendre sa place dans ce nouvel établissement. Je n'avais plus rien à voir avec la jeune adolescente perdue, blessée par la douleur et contrainte à voir mon univers s'effondrer autour de moi alors que je n'avais que dix-huit ans.
Malheureusement, rien ne me faisait oublier. Les souvenirs beaucoup trop présents l'emportaient sur mes résolutions d'enterrer le passé pour de bon. C'était idiot, stupide, puéril et pourtant… Je voyais se dérouler comme dans un film la même scène, encore et encore depuis des années, ce moment d'infinie douceur où Edward et moi avions fait l'amour pour la première fois… Les yeux d'Edward, d'un vert resplendissant comme celui d'une émeraude, le sourire qui illuminait son visage, ses lèvres qui s'étaient approchées doucement des miennes, puis très vite, nos peaux nues l'une contre l'autre, notre étreinte enfiévrée dans la clairière baignée d'un rayon de soleil printanier, où nous nous étions retrouvés pour réviser nos examens, du bac, ensemble…
Cela faisait des années que je n'y avais plus songé, alors pourquoi maintenant, oui pourquoi ? Pour continuer de souffrir encore et encore ?
Non, il était totalement inutile de me mentir. Cette même douleur me nouait la gorge et me chamboulait chaque fois qu'un cas d'obstétrique se présentait aux urgences.
J'avais appris à chasser très vite cette douleur, parce que j'étais médecin d'abord et avant tout. Je me devais d'être là pour mes patients, présente et non dans les nuages ou dans mes souvenirs douloureux chaque fois qu'un cas de ce genre arrivait à moi.
Malgré tout cela, malgré mes efforts, souvent, mes mains se posaient d'elles-mêmes sur mon ventre, en un geste non-réfléchi, celui de toutes les femmes qui portent la vie.
Jamais je ne pourrais remercier assez le Dr Masen pour tout ce qu'il avait tenté, le jour le plus incroyablement tragique de ma vie.
Déception. Tel avait été le mot que j'aurais pu employer à ce moment. J'avais déçu mes parents, qu'ils me disaient. M. et Mme Swan dans leur coquette villa d'un quartier très riche de Forks, avec leurs deux rutilantes voitures de l'année, ainsi que leurs deux beaux et gentils enfants, Isabella et James.
Mais, à l'âge de dix-huit ans, de par mes choix, ils avaient eu de nombreuses raisons de me renier. Choix qu'ils refusaient mais que jamais je ne regretterais malgré tout ce qu'il s'était passé, bon ou mauvais. Mon frère n'avait pas été mieux, mais il avait attendu ses vingt printemps pour avouer à mes parents qu'il était amoureux de la bonne Jessica. Il avait donc à son tour déshonoré la famille en quittant la maison avec elle. J'avais reçu un mois plus tard, une carte contenant des photos de mariage de lui et la bonne en habits de noce. Mes parents l'avaient officiellement supprimé de leurs testaments. Quant à moi, mes études et ma brillante carrière n'avaient jamais suffi à racheter ma « faute » aux yeux de mes parents qui me reniaient toujours. Et le fait que j'exerce dans un hôpital londonien dans une région défavorisé plutôt que dans les quartiers chic de l'une des nombreuses cités américaines, les confortaient un peu plus dans la piètre opinion qu'ils avaient de moi.
« Pauvre, Bella, mais comment as-tu pu être aussi stupide ? Tu étais voué à un grand avenir et tu as tourné le dos à tout cela ! Stupide, tel est ce que tu es vraiment. »…
Nous étions plusieurs années plus tard, et les mots cruels de ma mère, qu'elle m'avait prononcés d'un ton si froid et plein de reproches, résonnaient encore à mes oreilles.
Mais je me rendais compte que ma mère n'avait pas tort à cette époque. Il fallait être totalement stupide pour croire que mon Edward serait resté à mes côtés et qu'il aurait tenu ses promesses, dont celle de m'aimer toujours. Il était certain que l'arrivée d'un bébé aurait bouleversé tous nos précieux projets ainsi que notre existence. Nous aurions eu un parcours plus sinueux que prévu, et semé d'embûches, mais aujourd'hui peut-être aurions-nous réalisé notre rêve : fonder notre famille et devenir médecins.
À quoi bon repenser à tout cela Bella ? En y réfléchissant, je devais lutter pour contenir mes larmes qui jaillissaient lentement aux coins de mes yeux.
Reprends-toi ma belle !
Le jour où tu as téléphoné à Edward pour lui annoncer la nouvelle tu avais déjà assez pleuré, maintenant, ton cœur était à sec. Du moins, il l'était…
Deux jours avant que ma vie bascule, j'avais été à Port Angeles afin d'acheter un test de grossesse, dans une petite pharmacie où personne ne risquait de mettre un nom sur mon visage et de tout rapporter à ma mère, la femme du shérif du comté. Le lendemain, j'en avais été incapable, remettant encore au lendemain ce que j'aurais dû faire. Finalement, au matin du deuxième jour, je m'enfermai à double tour dans la salle de bains de ma chambre et j'avais fait le test. Après une attente interminable de deux ou trois minutes – les plus longues de ma vie – je compris finalement la raison de mon absence de règles des deux derniers mois ainsi que les petites nausées que je ressentais. Rien n'avait à voir avec le stress relié à l'approche des examens comme je l'avais si bien pensé.
À cette constatation, je me précipitai sur le téléphone pour prévenir Edward, la personne qui ne me laisserait pas tomber et dont j'avais le plus besoin.
Son retour d'appel ne vînt jamais. Après avoir essayé des dizaines de fois, toujours en vain, je finis par conclure que l'homme de ma vie avait ordonné à sa mère de ne pas me le passer. Qu'il ne désirait aucune communication avec moi. Étant tous deux dans une section scientifique option biologie, et lui, sachant que je n'avais pas eu mes règles depuis ce temps, il n'avait pas été dupe et avait deviné. Selon moi, il avait décidé de s'éclipser de ma vie en me faisant comprendre qu'entre nous deux, c'était terminé et qu'il serait plus facile pour moi de l'oublier ainsi. FOUTAISE ! Lâche, voilà ce qu'il avait été.
Je m'étais même déplacée jusque chez lui et j'avais parlé à cette douce et tendre Esmée. Elle m'annonça qu'il était parti avec une fille pour le weekend. Le vertige me pris. Je quittai en courant la maison de celle qui venait d'abattre sur moi mon dernier espoir. Et pendant ce temps, mes parents changèrent nos numéros de fixe et de portable et firent installer une immense barrière entourant la maison, prétextant notre sécurité puisque de nombreux vols et appels de menaces étaient effectués dans plusieurs résidences huppées de notre quartier.
Ensuite, Renée Swan, alias ma traitresse de mère, avait tout planifié dans les moindres détails pour éviter les commérages : l'interruption « volontaire » de grossesse – communément appelé un avortement – dans une clinique privée hors de Forks et des environs. Elle m'avait même prévu une convalescence de quelques mois pour « raison de santé », qui expliquerait pourquoi moi, sa fille, je ne m'étais pas présentée aux examens du baccalauréat.
« Tu pourras le repasser l'année prochaine, ma puce. Ce n'est pas si catastrophique, tu sais. » M'avait-elle dit très sérieusement en sortant de notre jardin dans sa berline noire.
Ses paroles m'énervèrent et me blessèrent davantage que la vision que je venais d'avoir d'Edward avant de prendre place dans le véhicule. J'étais en furie et criait sur ma mère jusqu'au moment que je me rende compte que cela était inefficace. Je devais prendre les grands moyens.
Je voulais garder le bébé et en arrivant à la clinique j'exigeai au médecin de lui parler seul à seule. Je lui expliquai que je refusais catégoriquement d'avorter. Ayant l'âge légal, il ne pût m'obliger et me laissa repartir. J'espérais secrètement que ma mère changerait d'attitude lorsque l'enfant serait là. Et si ce n'avait pas été le cas, je me serais débrouillée seule…
Mais les choses ne s'étaient pas passées ainsi.
Oh NON ! Loin de là. Pensais-je ironiquement en arrachant de l'herbe sur mon parterre.
Ma mère me piqua une crise de nerfs sur le chemin du retour. À la maison, elle avait parlé à mon père et on me donnait jusqu'aux épreuves du bac pour changer d'avis sinon je devais quitter la maison et qu'ils ne voulaient plus jamais entendre parler de moi. Aussi douloureux qu'était ma décision, elle était prise et personne ne pourrait me faire changer d'avis.
Quelques heures avant le début de mes examens, pendant que je bouclais mes valises, les signes avant-coureurs d'une fausse couche apparurent.
Je repensais à ce qu'il m'était arrivé et j'étais furieuse contre moi-même, ou encore contre l'homme dont je terrai le nom. Je séchai mes larmes d'un revers de main rageur avant que l'on me voit faire.
Après tout, de quoi me plaignais-je ? Après cette mésaventure, j'avais tout de même quitté le nid familial. Je m'étais installée chez ma grand-mère Swan. La seule qui ne m'avait jamais jugé et qui me prenait telle que j'étais. Un membre à part entière de la famille. Une vraie perle cette femme. Elle m'avait toujours soutenue pour que je devienne médecin, jusqu'à il y a cinq mois. Elle est décédée d'un cancer du pancréas. N'ayant plus personne dans ce coin de pays qui ne tenait à moi, à part mon frère, j'avais demandé un transfert à l'étranger.
Aujourd'hui, j'exerçais mon métier dans un nouvel hôpital que je commençais à apprécier et déménager à Londres m'avait permis de rencontrer mes deux futures meilleures amies. Ça ne changeait rien à ma vie, à part être moins seule dans cette ville qui m'était totalement inconnue. Quand au retour imprévu d'Edward… rien ne devrait changer non plus ! D'accord. D'ACCORD ! Une certaine – Bella ne te ment pas –, ok une grande attirance physique demeurait intacte, c'était un fait gros comme la lune. Mais je pourrais en venir à bout en peu de temps. Mon esprit divaguait sur le torse nu et musclé de cet Apollon que j'avais mainte et mainte fois caressé du bout des doigts.
STOP ! Isabella Swan, ça suffit, me grondais-je intérieurement.
Il me suffirait de me tenir à la ligne de conduite que nous nous étions fixée : courtoisie sur notre lieu de travail, aucun contact en dehors, point à la ligne.
Mmm… fesses musclées et bien galbées… Arrête, arrête, A.R.R.Ê.T.E, me martelais-je l'esprit, tu te fais du mal pour rien, pensais-je désespérée dû à ma faiblesse envers lui.
Pourquoi penser à lui ? Il devait certainement être marié et père de famille ! Et même s'il ne l'était pas, il m'avait déjà prouvé une fois que je ne pouvais compter sur lui.
Mieux valait l'oublier ! Pensais-je amèrement en claquant la porte d'entrée derrière moi.
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Voilà... comment l'avez-vous trouvé?
Un Edward accroc à sa Bella, une Bella qui malgré tout fantasme toujours sur lui et une Renée que l'on n'a envie que lui en foutre une en pleine tronche...
Merci à ma bêta Melacullen pour sa relecture :)
p.s. prochain chapitre... une discussion s'impose Dr. Swan...
Jess
