Chapitre 4: Incertitudes
Trois jours avaient passé depuis ma rencontre impromptue avec le Lagiacrus. Ma convalescence ne me permettant pas de retourner chasser, j'avais dû rester au village durant ce laps de temps. Cette courte pause dans mes activités habituelles me parut cependant étonnement agréable. Et, contrairement à ce que je pressentais, les villageois ne virent pas mon échec face au léviathan comme une marque de faiblesse…
-Soit tu es extrêmement courageuse, soit tu es complètement folle de t'être attaqué à ce monstre !
C'est ce que pensaient, au lendemain de mon combat, Junior ainsi que tous les habitants du village Moga. Pourtant, bien que je sois touchée par leur sollicitude, elle ne me permettait pas de passer outre ce sentiment d'impuissance que je ressentais depuis lors…
Il avait suffi au Lagiacrus qu'il m'inflige une unique blessure pour m'obliger à fuir… Comment pouvais-je être aussi faible ? Comment, malgré autant d'années d'entrainement, avais-je pu me laisser abattre aussi facilement ?
-C'est tout simplement parce que tu ne fais pas encore la différence entre entraînement et véritable chasse… D'où ton échec contre ce monstre.
Le chef s'était approché silencieusement, si bien que je ne l'entendis pas me rejoindre sur l'embarcadère ou je m'étais isolée pour y chercher un peu de tranquillité.
-Inutile de prendre cet air offusqué, je ne te blâme pas, renchérit-il à la vue de ma réaction outrée, mais je tiens à ce que tu saches que même dans la défaite, je te soutiendrais toujours.
Bien qu'émue par ses paroles, je continuai à douter…
-Pourquoi ?, répliquai-je, Pourquoi toi et les villageois ont-ils autant confiance en moi ? Je ne suis qu'une novice…
Le chef eut un cours instant de réflexion avant de faire un geste pour m'intimer à le suivre.
-Je pense qu'il vaut mieux que je te montre où je veux en venir… Cela vaudra mieux qu'un long discours.
Le chef m'entraîna vers l'intérieur du village. Je le suivis jusqu'à ce qu'il s'arrête sur la place centrale.
-Regarde simplement autour de toi, dit-il tout en balayant les habitations d'un geste ample.
J'obéis et jetai un regard circulaire sur le village.
Depuis notre point d'observation, je pouvais voir la quasi-totalité du village. Les quais sur ma droite étaient occupés par les trois navires de la flotte de chasse. Les marins, affairés à décharger leur cargaison, s'arrêtèrent un instant pour nous saluer d'un signe de la main, auquel je répondis respectueusement.
A ma gauche, le bureau de quête, où se trouvait Aïsha, en grande conversation avec le Cuisinier Felyne. J'eus un sourire en surprenant Junior, juché sur le surplomb d'où il effectuait l'inventaire des ressources du village, en train de dévorer littéralement du regard la jeune Beauté de Guilde.
Je me tournai vers le chef du village.
-Qu'essaies-tu de me faire comprendre ?, lui demandais-je.
-Décidément, tu réfléchis beaucoup trop Heather…, répondit-il en posant sa main sur mon épaule, si je t'ai demandé de regarder autour de toi, ce n'était pas pour que tu voies le village mais ses habitants…
-Je ne te suis plus…
Il poussa un soupir.
-Bon… Tu as sûrement dû voir, lors de ton voyage, d'autres hunters affiliés à différents villages ?
-En effet…
-Et tu as sans doute pu constater l'admiration qu'avaient les villageois pour ces personnes, je me trompe ?
Oui… Il avait évidemment raison… Les hunters affiliés étaient vus comme des véritables héros par leurs proches.
Le chef interpréta ma réflexion silencieuse comme une réponse affirmative.
-Alors comment as-tu pu ne pas remarquer que tout le monde ici te voit de la même manière ?
-… !
Je restais sans voix face à la déclaration du chef… Était-il en train de me dire que les villageois me considéraient comme une héroïne ?
-J'ai longuement parlé avec Junior après ton retour, reprit-il, et il est parfaitement d'accord pour dire que ta seule présence suffit à rassurer tous les habitants de Moga…
Mes idées se bousculaient dans mon esprit, m'empêchant de formuler clairement mes pensées.
-Mais… Comment… ?
-Cesse de toujours vouloir te sous-estimer Heather ! Tu es un hunter, alors agis comme tel ! Personne ici ne serait capable d'affronter de telles menaces et, même si ça me coûte de l'admettre, je suis moi-même incapable d'accomplir la moitié de ce que tu fais maintenant…
Sa dernière déclaration me fit retrouver le fil de mes pensées
-Comment peux-tu dire ça ? , rétorquai-je avec indignation, tu es et tu as été un bien meilleur hunter que je ne le suis actuellement… Mais, à vrai dire, je suis flattée..., ajoutais-je avant qu'il puisse répliquer, Jamais je n'aurais cru que j'avais une telle notoriété parmi les villageois.
Le chef eut un air réjoui.
-Et c'est exactement ce dont je voulais que tu te rendre compte…, dit-il en souriant, tu n'as pas besoin de vouloir devenir une héroïne, puisque tu en es déjà une.
Je ne pus m'empêcher de rougir à son compliment. Mon côté perfectionniste avait pris l'avantage sur mon discernement, me faisant oublier cet autre aspect de la chasse qu'était l'admiration des êtres chers.
-Merci…
Le chef haussa un sourcil, surpris.
-Tu n'as pas besoin de me remercier Heather, répondit-il, je t'ai déjà dit que si tu étais arrivée jusque-là aujourd'hui, c'était uniquement de ton fait.
-Inutile de me flatter, rétorquais-je, tu sais bien que cela ne fonctionne pas avec moi…
Il eut un regard taquin.
-Et pourtant tu en as besoin ! Au vu du manque flagrant de confiance en toi dont tu as fait preuve depuis ton arrivée !
-Hé ! Je ne t'ai pas demandé de me dénigrer !, dis-je d'un ton faussement vexé.
Nous partîmes tous deux dans un grand éclat de rire, attirant sur nous l'attention de plusieurs villageois.
Cette conversation m'avait permis de dissiper mes doutes quant à mon statut de novice. Peu importait ma force ou mon niveau, puisque seule la protection des êtres qui m'étaient chers devait compter à mes yeux.
A la fin de ma convalescence, j'avais enfin pu retourner chasser. Ma blessure s'était refermée, me marquant d'une cicatrice indélébile, signe que j'avais survécu face au Lagiacrus –non sans quelques difficultés.
Je m'étais de nouveau rendue au Bureau de Quête où Aïsha m'attendait avec appréhension. Elle avait eu beaucoup de mal à se remettre des évènements récents me concernant, et sa réticence à me fournir ma première quête face à un Grand Monstre le prouvait.
Celle-ci consistait en la capture d'un Arzuros. Elle accepta, à contrecœur, de me laisser repartir, non sans me lancer un regard qui me fit comprendre qu'elle n'était pas encore prête à passer l'éponge…
Le monstre poussa un grognement sourd dans l'espoir de m'intimider. Seules quelques minutes étaient passées depuis le début de notre affrontement et, déjà, il montrait des signes de faiblesses. Tentant une charge maladroite, l'Arzuros fonça sur moi tous crocs dehors, la bave aux lèvres. Je l'évitai sans difficulté et fauchai ses pattes d'un coup de lame au ras du sol. Il perdit l'équilibre et s'écrasa lourdement à terre, battant l'air de ses griffes. Je ne perdis pas un instant : sortant mon piège à choc de mon sac, je l'installai directement sous lui. Il ne put rien faire pour empêcher la violente décharge produite par le piège de le paralyser, et, deux bombes tranquillisantes plus tard, l'ours géant s'écroula définitivement, frappé par le sommeil.
-C'était plus facile que je ne le pensais…, me dis-je avant de rengainer mon arme.
Je repris le chemin du village pour informer ses habitants, et en particulier Aïsha, du succès de ma quête, afin qu'ils puissent exploiter la dépouille du monstre. A peine avais-je franchi les portes du village qu'elle vint à ma rencontre.
-Tu as déjà fini ?, dit-elle avec surprise.
-Oui… C'était vraiment beaucoup trop facile pour quelqu'un comme moi…, répondis-je d'un ton faussement hautain.
-Ah vraiment ?, répliqua-t-elle en haussant un sourcil, dans ce cas, « quelqu'un comme toi » aurait dû être suffisamment intelligent pour fuir face à un adversaire trop puissant avant d'être blessée, n'est-ce pas ?
Je levai les yeux au ciel, irritée par le ton de la jeune fille.
-Je te rappelle que c'est toi qui m'as proposé cette quête… Même si je suis coupable de l'avoir accepté, ajoutais-je avant qu'elle puisse répondre. Et protéger le village fait partie de mon rôle de hunter : je me devais d'affronter ce monstre, ne serait-ce que pour tous vous aider.
-Je le sais bien ! Mais ce n'est pas une raison pour risquer sans cesse ta vie sous prétexte que la Guilde t'a envoyée ici !
Sa réplique cinglante eut bien plus d'effet sur moi que celui escompté… Et je restai sans voix face à la violente réaction d'Aïsha. Je sentis le poids de mon mensonge au sujet de ma présence à Moga redoubler d'intensité et détournai les yeux, incapable de cacher ma gêne.
Sentant mon trouble, la jeune Beauté de Guilde s'approcha.
-Je suis désolée de m'être emportée, mais j'ai vraiment craint pour ta vie lorsque tu as été blessée… Et je refuse de que tu te fasses tuer pour nous !
Sa voix trembla sur ses derniers mots tandis que ses yeux s'emplirent de larmes. Touchée par sa condescendance, Je m'avançai pour la prendre dans mes bras, tentant de la consoler de mon mieux.
Je comprenais parfaitement son inquiétude et je la respectais. N'avais-je pas eu moi-même pareille réaction lorsque plus jeune, j'assistais, non sans anxiété, au départ vers la chasse de celui qui fut pour moi comme un père ?
-Laisse-moi partir avec toi !
Même lieu, autres temps… Les souvenirs affluaient en un flot ininterrompu…
-Non, c'est bien trop dangereux.
Devant les portes de Moga, le chef du village, engoncé dans une armure d'un blanc immaculé, se préparait à partir pour la chasse. Une petite fille aux cheveux couleur de nuit se tenait devant lui, lui bloquant le passage.
Celle-ci eut une moue contrariée.
-Mais papa, je suis grande maintenant… Laisse-moi t'accompagner !
-Ecoute, dit-il en s'accroupissant, je sais que tu t'inquiètes pour moi… Mais sache que cela fait partie de mon rôle. En tant que hunter mais surtout en tant que parent, je me dois de tous vous protéger. Quel genre de chef serais-je si je n'étais pas capable de remplir ses fonctions ?
La petite fille baissa la tête, sa longue chevelure cachant ses yeux.
-D'accord… Mais promets-moi de revenir sain et sauf !
Le chef eut un sourire amusé.
-Comme toujours Heather…
Il déposa un rapide baiser sur son front avant de se diriger vers les portes du village. Elle le suivit du regard tandis qu'il partait vers la forêt, sa silhouette disparaissant peu à peu derrière l'horizon.
Au lendemain de ma victoire face à l'Arzuros, je m'étais levée aux aurores, désireuse d'avoir une discussion au calme avec Aïsha. Je la trouvais attablée au Bureau de Quête, plongée dans ses pensées, au milieu d'un amoncèlement de documents portant le sceau de la Guilde.
-Je suppose que tu m'en veux toujours ?
Assise sur le comptoir de Bureau de Quête, j'attendais la réponse de la jeune fille.
-Pas vraiment, répondit-elle, quittant son mutisme, disons que je réfléchissais à ce que tu m'avais dit hier, concernant ton rôle de hunter…
Je haussai les sourcils, curieuse d'entendre la suite de son raisonnement.
-Et qu'en as-tu conclu ?, demandais-je.
-Que j'avais, moi aussi, un rôle important à remplir, répondit-elle avec un demi-sourire, et que j'avais failli à ma tâche en te reprochant d'accomplir le tien…
Le fait qu'elle ait troqué son dynamisme habituel contre une attitude calme et réfléchie me laissa bouche bée.
-Aïsha ? C'est toi ?, dis-je d'une façon exagérément surprise, Ou bien est-ce que le chef t'as possédée et a pris le contrôle de ton esprit pour que tu sois soudain si sage ?
-Hé ! Je suis sérieuse !, répliqua-t-elle en me donnant une bourrade sur l'épaule, Je ne t'ai pas demandé de te moquer de moi !
J'éclatai de rire en voyant la moue contrariée qui ornait à présent son visage.
-Ah… Excuse-moi, je repris une fois remise, je n'ai pas l'habitude de t'entendre parler de cette manière… Mais c'est la preuve d'une grande maturité que d'en être arrivée à cette conclusion.
-Et tu oses me dire que le chef contrôle mon esprit ?, dit-elle avec un rictus moqueur, A t'entendre je dirais plutôt que c'est sur toi qu'il déteint : Il n'y a que lui pour déclamer des phrases pareilles !
-Ah ? Je dois reconnaître que tu n'as pas tort sur ce point… Je suppose que cela est dû au fait qu'il m'ait élevée, ajoutais-je, inconsciente d'avoir pensé à voix haute.
Aïsha écarquilla les yeux.
-QUOI ?!
Je sursautai à son cri, autant de surprise que de peur qu'elle ne réveille les villageois.
-Chhht ! Mais qu'est-ce qui te prends ?, dis-je sur un ton de reproche.
La jeune Beauté de Guilde, visiblement sonnée par sa découverte, repris sur un volume sonore plus bas.
-Tu es la fille du chef ? Mais…
-Wow ! Stop !, la coupais-je, Seulement sa fille adoptive…
-Quelle différence ?, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel, Comment se fait-il que le chef et Junior ne m'en aient jamais parlé ?
Ce fut à mon tour d'être étonnée.
-Vraiment ? Je pensais pourtant que Junior t'avait déjà tout dit à mon sujet.
Elle eut un grand sourire et haussa les épaules.
-Et bien… Il semblerait qu'il ait oublié de mentionner ce… détail.
-Hmpf… Et je suppose que je vais devoir réparer cet oubli ?
Sa seule réponse fut de s'accouder au plan de travail et de poser son menton entre ses mains, ses yeux braqués sur moi.
-Je vais prendre ça comme un « oui », dis-je, résignée.
C'est ainsi que je lui racontai comment le chef, au cours d'une quête en mer, m'avait recueillie.
Il m'avait trouvée dans un couffin, ballotée au gré des flots… Et, avec pour seuls indices de mon identité : un collier retenant une boucle d'oreille faite d'une pierre bleutée, et un bracelet gravé de mon nom.
-Et personne n'a jamais su d'où tu venais ?
Mon regard se perdit vers l'horizon.
-Non…, répondis-je, Pas même moi…
Je continuai mon récit, évoquant les parties de chasse que le chef me racontait chaque soir pour m'endormir… Bien que je ne puisse jamais trouver le sommeil, tant ses histoires me passionnaient.
-C'est donc de là que te vient ton amour pour la chasse, s'exclama Aïsha.
-Il faut croire que j'ai ça dans le sang, répondis-je en lui souriant.
Notre discussion se prolongea, tandis que le village s'éveillait lentement avec le lever du jour.
Mon regard s'arrêta sur un document portant le sceau de la Guilde et je tendis le bras pour le saisir.
-Ce sont de nouvelles demandes de quête, m'expliqua Aïsha, la Guilde a visiblement décidé de te donner accès à un nouveau territoire : les Plaines de Sables, si ma mémoire est bonne…
En effet, plusieurs témoignages écrits faisaient état de la présence d'un grand monstre attaquant des caravanes de marchands.
-Un Grand Jaggi ? Rien de bien difficile…, dis-je, confiante, En comptant mon temps de voyage, je devrais être revenue avant le milieu de la journée.
-Tu vas te préparer ?, demanda la jeune fille en me voyant me lever.
Je me retournai pour lui répondre, tout en continuant à me diriger vers ma maison.
-Oui, je préfère prendre le moins de temps possible. Et puis je te rappelle que j'ai encore du retard à rattraper.
Elle leva les yeux au ciel avant de se replonger dans ses papiers.
Une fois de retour chez moi, je troquai la tunique et le court pantalon de ma tenue civile contre mon armure de cuir.
J'avais profité de ma convalescence pour utiliser le minerai et les sphères d'armure récoltés lors de la reconstruction du camp pour améliorer mon équipement à l'aide de Wyvell, le forgeron wyvernien. Dès lors, des épaulettes et des jambières en fer s'étaient ajoutées à l'armure de base et le torse avait également été renforcé, me procurant une protection plus efficace tout en ne perdant rien de sa souplesse d'origine.
Mon Couteau de Chasseur, désormais transformé en Dague de chasseur, bénéficiait quant à lui d'une nouvelle jeunesse. Et sa lame courbe était maintenant plus tranchante que jamais.
Une fois prête, je me rendis de nouveau au bureau de quête pour y attendre l'arrivée du transport qui me mènerait jusqu'aux Plaines de Sables.
-Nous sommes arrivés mademoiselle, bienvenue dans les Plaines de Sables !
Un vent chaud et sec balayant mon visage m'obligea à plisser les yeux tandis que je passais ma tête en dehors de la charrette.
Depuis le surplomb rocheux où se trouvait le camp de base, je distinguais d'immenses étendues de sables. En contrebas, plusieurs zones semblaient bénéficier d'un climat moins aride, laissant la place à quelques plantes éparses.
Soudain, un puissant hurlement déchira le silence, se répercutant sur les parois rocheuses. Son écho persista quelques secondes avant de s'estomper.
-Et je suppose qu'il s'agissait là de ma cible, n'est-ce pas ?
Ma question au cocher resta sans réponse, ce dernier ayant filé sans demander son reste. Je soupirai avant de me diriger vers le coffre contenant mes fournitures.
A peine avais-je fini de prendre les objets nécessaires que je reçus un violent coup sur la tête.
-Qui t'as permis de fouiner la d'dans toi ?!
Je me retournai vers l'endroit d'où provenait l'interjection, tout en massant mon crâne endolori.
-Que… ?
Je n'eus le temps que de voir une silhouette lever sa canne, m'obligeant à plonger sur le côté pour éviter le coup à venir.
-Reste tranquille, sale voleuse !
Un nouveau coup s'abattit… sans toutefois trouver sa cible, et la canne fut arrêtée par mon bouclier. Le wyvernien eut un mouvement de recul.
-Un hunter ?, s'étonna-t-il, Qu'est-ce qu'un hunter fait ici, hein ?
-Ce que tous font habituellement, dis-je en me relevant, c'est-à-dire une quête.
-Hein ? Une quête ?
Il est sénile, ma parole…, pensais-je.
-Oui, c'est ça, une quête…, je répétai.
-Je n'ai pas d'argent pour ça ! Va mendier ailleurs si j'y suis !, vociféra-t-il en fouettant l'air de sa canne.
-Euh… Je ne vois pas vraiment le rapport…, dis-je tandis qu'il s'éloignait en marmonnant.
Vraiment étrange…, pensais-je, avant de me diriger vers le chemin menant à la zone de chasse.
Mon objectif actuel était de localiser un nid de jaggis. En effet, je savais que même si ma cible ne s'y trouvait pas, un simple cri d'alerte de la part des sentinelles suffirait à l'y attirer.
Peu de temps après le début de mes recherches, je pénétrai dans un espace étroit, formé par la rencontre de deux formations rocheuses, tel un couloir naturel. Le boyau s'élargissait, formant une sorte de clairière rocheuse, nichée entre deux falaises. Sur ma droite, la paroi rocheuse était creusée de plusieurs petites grottes, dont les entrées étaient tapissées d'ossements. Un cadavre d'aptonoth en décomposition acheva de me convaincre que j'avais atteint ma destination.
-Bien…, me dis-je, il ne me reste plus qu'à me faire repérer…
A peine avais-je formulé cette pensée que la tête d'un jaggi émergea d'une des grottes. Le petit carnivore huma l'air avant de tourner sa tête vers moi. Il poussa un cri, et tout le nid entra en effervescence. Bientôt, une meute entière de jaggis et de jaggias se tenait face à moi. Tous étaient juchés sur les hauteurs, lançant çà et là plusieurs cris pour m'intimider.
-Il semblerait que j'ai un certain succès par ici…, dis-je tout en dégainant mon arme et en me préparant au combat, Ne vous inquiétez pas, les provoquais-je, il y en aura pour tout le monde !
Un jaggi hurla, et la meute lança l'assaut.
-… Cinq, six, sept…
J'esquivai une morsure et ripostai d'un coup de bouclier.
-… Huit, neuf, dix…
Deux jaggias se jetèrent sur moi, me forçant à reculer pour retrouver mon équilibre. Je combattais déjà depuis plusieurs minutes, et toujours aucun signe du leader…
Soudain, un rugissement retentit, faisant vibrer l'air chaud du désert.
-Le voilà enfin…
La meute hurla pour saluer son maître… Surpassant en taille tous ses congénères, couvert de cicatrices et l'œil droit marqué d'une balafre, le Grand Jaggi s'avança vers moi d'un pas lourd et menaçant… Je raffermis ma prise sur ma Dague et repris ma position de combat.
Sa collerette se dressa autour de son cou, le faisant paraître encore plus imposant. Il lança un autre rugissement et racla le sol de ses pattes, me signalant que notre affrontement ne faisait que commencer.
Deux jaggis se détachèrent du groupe et chargèrent vers moi. Je me débarrassai rapidement de l'un d'un coup de lame tandis que l'autre terminait sa course au sol, fauché par un coup de bouclier.
Le Grand Jaggi se projeta alors en avant, tous crocs dehors. J'esquivai rapidement sa morsure et contre-attaquai d'un coup de lame. A ma grande surprise, il évita mon coup et, balançant sa queue, m'envoya valser contre la paroi rocheuse.
Je me relevai rapidement, reprenant position face à mon adversaire. Nos regards se croisèrent, chacun jaugeant la force de son opposant. Je lançai un nouvel assaut : d'un bond, j'abatis violemment ma lame sur sa collerette, lacérant la chair et lui arrachant un cri de douleur.
Griffes et lame s'entrechoquèrent tandis que notre duel se prolongeait. Nos mouvements s'enchaînaient avec une fluidité sans faille. J'éraflais ses flancs d'un coup de lame et il riposta en mordant le cuir de mon armure, cherchant à atteindre ses parties les plus fragiles. Je fis un pas de côté pour l'éviter et frappai sa tête de mon bouclier. Il répliqua en tournant sur lui-même et sa queue atteignit mon torse, chassant l'air de mes poumons.
Profitant de cet instant de faiblesse, mon adversaire pivota pour exposer son flanc, avant de charger brusquement vers moi. D'une roulade, j'esquivai son plaquage pour me positionner en dessous de lui et contre-attaquer en frappant ses pattes et, déséquilibré par sa vitesse, il chuta brutalement au sol.
Il se releva aussitôt pour me lancer un regard menaçant. Il racla de nouveau le sol de ses pattes et, d'un bond, il se jeta sur moi.
Soudain, un violent éclair l'aveugla. Sonné, il mit quelques temps à retrouver ses esprits. Et lorsqu'il retrouva de nouveau l'usage de sa vision, l'endroit où je me trouvais quelques secondes auparavant était vide de toutes marques.
Il tourna rapidement la tête, humant l'air pour retrouver ma trace.
-Derrière toi…
D'un coup circulaire, je fauchai ses pattes arrière, le faisant à nouveau tomber à terre. Il n'eut cependant pas le temps de se relever, ma lame s'étant déjà profondément enfoncée dans son crâne, le clouant définitivement au sol.
-Objectif atteint…, dis-je en récupérant mon arme.
Je nettoyai rapidement la lame avant de la remettre dans son fourreau et, après avoir dépecé le cadavre du Grand Jaggi, je repris le chemin du camp de base.
-… et grâce à ses matériaux, je vais pouvoir te fabriquer une nouvelle armure !
-Merci Wyvell, répondis-je au forgeron, il me tarde de voir le résultat.
Le wyvernien eut un sourire féroce. Il jeta un œil sur les composants du Grand Jaggi récoltés après ma victoire.
-Avec mon talent et la qualité de ce que tu m'as ramené, dit-il en replaçant son marteau sur son épaule, cette armure surpassera de loin tous mes travaux… Si je fais exception des armures du chef qui, sans me vanter, sont de véritables chefs-d'œuvre !
-Je vois que tu n'as rien perdu de ton orgueil habituel…, déclara le chef, Je suis surpris que tu arrives encore à passer les portes, ajouta-t-il d'un ton cynique, considérant la taille que tes chevilles ont dû prendre…
-Très drôle, vieux débris, répondit l'intéressé, dois-je te rappeler que si nous avons chaque jour l'honneur d'admirer ton antique carcasse, c'est grâce à mon travail ?
Le chef eut un sourire narquois.
-Je dois reconnaître, dit-il, que sans tes armures, je ne serais sûrement plus de ce monde !
-Arrêtez ça vous deux, les interrompis-je, vous ressemblez à un vieux couple.
Ils partirent dans un grand éclat de rire, me faisant soupirer devant leur insouciance.
-Heather ? Je peux te parler un instant ?
Je me retournai pour voir que Junior s'était rapproché discrètement durant notre conversation.
-Bien sûr, quel est le problème ?, demandais-je après l'avoir rejoint, Tu te demandes encore comment séduire Aïsha ?
Mon ton grivois le fit rougir jusqu'aux oreilles.
-Mais non enfin !, rétorqua-t-il, Même si elle est vraiment jolie mais… Là n'est pas la question !
Je ne pus m'empêcher de rire face à sa gêne.
-Ne t'inquiète pas, le rassurais-je, ton secret est bien gardé…
-Je ne sais pas si je peux réellement te faire confiance… Bref… Je voulais simplement que tu sache que les enfants ont vu une créature étrange dans la forêt.
-Un monstre ?
Il secoua la tête en signe de négation.
-Pas vraiment…, répondit-il, leur description était assez confuse, ils n'ont probablement dû que l'apercevoir…
Ne t'inquiète pas, dis-je en posant ma main sur son épaule, je vais aller voir de quoi il retourne.
Il eut un air étonné.
-Alors que tu viens juste de terminer une quête ? Décidément, ajouta-t-il en souriant, je me demande d'où tu tires une énergie pareille…
Je me retournai pour lui répondre, tandis que je me dirigeai vers l'entrée du village.
-Il faut croire que j'ai ça dans le sang !, m'exclamais-je avant de partir vers la forêt.
Ouf ! Enfin fini... Je suis content d'avoir terminé ce chapitre , et qui plus est, dans des délais plus que raisonnables ^^ N'en déplaise aux amateurs de combat, j'ai décidé de parler un peu plus du passé d'Heather, en espérant que ceux qui désiraient en savoir un peu plus sur elle soient satisfaits ;) Bref, sur ce, bonne lecture, et à la prochaine pour la suite !
PS: Wyvell se prononce Waïvél (eh oui... Encore des cours de phonétique xP)
