Elle m'avait impressionnée face aux français. Elle s'était retrouvée dans un entrepôt rempli de criminel et pourtant, elle avait calmement fait son travail. Elle était nerveuse, aucun doute là-dessus, mais elle avait assez de sang-froid pour le cacher.
Je n'avais pu m'empêcher de la regarder toutes les dix secondes pendant l'entretien. L'entendre parler français avait été un plaisir à entendre. J'avais remarqué les regards appréciateurs des trafiquants, surtout ce!ui de leur leader.
Je ne crois pas que Norah avait remarqué les réactions qu'elle suscitait. Chez les français et surtout chez moi. Avant de partir, leur chef s'était adressé à elle. J'avais attendu qu'elle me fasse la traduction mais elle !ui avait simplement répondu. Cet échange m'avait dérangé. Norah travaillait pour moi, s'il avait quelque chose à dire, ce devait être à moi. Apparemment, il lui avait demandé si elle serait présente au prochain rendez-vous, ce à quoi, elle a répondu oui. Bien sur qu'elle serait là, c'était dans son contrat. Mais il était hors de question que ce connard s'adresse à elle aussi familièrement encore une fois.
Quand mes hommes étaient sortis de leur cachette, elle avait reculé dans ma direction. Je m'étais approché pour lui dire qu'ils étaient avec moi. J'avais sérieusement dû lutter pour ne pas poser mes mains sur elle.
Je l'avais raccompagnée jusqu'à sa voiture et en avait profité pour lui demander pourquoi elle avait décidé de partir de son ancienne ville. Elle voulait connaître autre chose et d'autres personnes. Je me doutais que je n'étais pas le genre de personne qu'elle cou!ait rencontrer. Mais elle m'avait rencontré. Elle était entré dans mon club et dans ma vie. Pour une raison qui me dépassait, je n'avais pas l'intention de la laisser en sortir tout de suite.
Je !ui demandais si elle ne voulait pas d'une vie tranquille. Les filles comme elles rêvent d'avoir un bon boulot de fonder une famille.
_ Pas forcement mais je ne veux pas d'ennuis non plus.
L'appréhension suintait de sa voix. C'était pratiquement une demande. J'étais juste curieux à son propos. Je n'avais pas envie de m'amuser à la torturer psychologiquement ou la briser. Je ne voulais pas lui faire de mal et:je ne laisserai personne lui en faire. Ça ne me ressemblait pas de ne pas vouloir ces choses.
J'avais toujours pris plaisir à jouer avec les gens. Les pousser à franchir leurs !imités, les forcer à passer du mauvais côté. Je me délectait du dilemme moral que cela leur posait. Les voir faire un choix et le regretter juste après. Les voir faire le mal et se battre avec leur culpabilité ensuite. Je perdais tout intérêt quand ils acceptaient leur nouvelle réalité. Selon leur utilité, je les gardaient dans mes rangs ou je les tuaient, c'était:aussi:simple que ça.
Mais avec Norah, c'était complètement différent. Je ne voulais pas la voir se détester ou mourir de peur devant moi. A cet instant, elle avait peur et je voulais la rassurer.
_ J'ai l'habitude de gérer ce genre d'entretien. Je ne t'aurai pas fait venir s'il y avait eu un sérieux danger.
Je sentait une douce chaleur m'envahir quand je la vit se détendre.
_ Bonne soirée. Dit-elle en entrant dans sa voiture.
Je retenait la portière et attendait qu'elle soit installée.
_ Bonne soiree Norah.
Je fermais la portière et retournait à l'entrepôt. Je !ui jetais un dernier regard avant qu'elle ne sorte du parking.
Je sentait immédiatement un sentiment de vide prendre place. J'appelait mes hommes pour leur dire que nous pouvions partir.
Je me demandais si elle lirait le contrat ce soir. Ça l'avait dérangée de le signer sans savoir ce qu'il contenait. Elle y découvrirait, entre autre, qu'elle devait répondre à mes attentes. Elle devait être prête à venir quand je le lui demandais ce qui incluait qu'elle ne pouvait s'engager envers personne d'autre.
La première chose que je fit en rentrait chez moi était un transfert sur son compte en banque. Jimmy m'avait trouvé ses coordonnées bancaires. Elle avait de quoi subvenir à ses besoins mais elle ne roulait pas sur l'or. Elle ne m'avait pas questionné au sujet de l'argent. Elle avait dû se dire qu'elle n'avait pas le choix d'accepter ma demande. Et elle ne l'avait pas. Mais ce n'en était pas moins un travail et elle l'avait fait.
Je fit un virement de cinquante mille dollars sur son compte. Il y aurait d'autres entretiens comme celui de ce soir. Avec une somme pareille, elle aurait de quoi voir venir et ne se plaindrait pas de ne pas pouvoir travailler ailleurs.
_ Monsieur ? La soirée de mardi est confirmée au manoir des Campbell. M'informait Jimmy.
_ Demande leur de m'envoyer la liste d'invités.
_ Bien monsieur.
Les Campbell. Famille respectée et appréciée à Gotham. Et pour ceux qui les connaissaient réellement, famille de mafieux et de tortionnaires. Tout les ans, ils organisaient une soirée où se réunissait les gens comme moi. C'était une bonne occasion de,créé des contacts et de créer des ententes communes.
Je méprisais les Campbell. Pas pour leur cruauté réputée mais pour leur hypocrisie. Ils adoptaient l'apparence de bienfaiteurs auprès de la population de Gotham. Je me doutais que cela leur offre un bon moyen de cacher leurs actes. Ils me dégoûtaient en refusant d'admettre ce qu'ils étaient. Le seul point positif était que leurs soirées me bénéficiaient souvent. Mais le jour où i!s deviendraient inutiles pour moi, je me ferais un malin p!aisir de les exposer.
Je decidai de me permettre d'inviter les français à cette soirée. Ce serait l'excuse parfaite pour y emmener Norah. Cette fois je n'aurais pas à me contenter que d'une heure avec elle. Je l'aurais pour la soirée.
Je passais la journée du lendemain à prévoir mon futur chef d'œuvre. Le chimiste s'occupait des bombes, Rhaey s'occupait de repérer toutes les sources d'énergie de la ville, Mark et Johnny s'occupaient d'infiltrer la police et Rudy s'occupait de rassembler les fonds nécessaires pour la suite.
J'imaginais déjà ce que deviendrait Gotham après ce bouleversement. Gotham deviendrait à mon image. Libérée de toute contrainte, toute inhibition et toute illusion. Le chaos règnera en maitre. Et seuls les p!us dignes et les plus chanceux auront le privilège de vivre à Gotham.
Les sauvages sortiront le jour, les êtres craints seront respectés, les monstres seront libérés de leurs chaînes. Et seulement là, Gotham dévié:dra vraiment la ville qui ne dort jamais. Plus personne ne connaîtra le répit et le calme. Il n'y aura rien d'autre que la bestialité qui sommeille en chacun de nous.
Mais je devais faire preuve de partience. Tout cela arriverait à terme que si je ne néglige aucun detail et que tout soit précisément en ordre. Et cela demande du temps et de la minutie.
Mais j'étais un homme très patient. Je n'étais pas un de ces chiens fous qui fonçaient tête baissé et se faisait exploser le crâne à la première occasion.
Mon esprit dérivait à nouveau vers Norah. Où sera sa place dans tout ce chaos ? Fera-t-elle partie des victimes ? Ou serait-elle de ceux qui survivront et règneront sur Gotham. L'image de Norah, seule, entourée des débris, des immeubles en flammes, des gens hurlant et courant partout me fit l'effet d'un coup à l'estomac. Ce n'était pas une victime et elle n'en serait pas une. Je m'assurerai qu'elle soit en sécurité le moment venu.
Cet instinct de protection me dérangeait profondément. J'étais attiré par la nouveauté et l'étrangeté qu'elle dégageait. C'était de la curiosité, rien d'autre. Je passerai bientôt à autre chose. Je ne laissait jamais de témoins derrière moi. A part quand je voulais laisser quelqu'un pour transmettre un message. Norah savait déjà des choses très privées. Si je décidai de ne plus avoir recours à ses services, je devrais la tuer.
Je m'imaginais lui tirer une balle dans la tête. L'abattre comme on abat un animal. Ou serrer mes mains autour de sa gorge jusqu'à voir la vie quitter son corps, voir la lueur s'éteindre dans ses yeux. Ses yeux si beaux, si expressifs. Je ressentais un dégoût intense. Imaginer le corps de Norah sans vie m'aveuglait de rage.
Le soir venu, je me rendait au club pour me détendre. J'avais besoin de penser à autre chose. Maintenant que mon plan avançait lentement, j'avais pas mal de temps libre devant moi, ce qui n'était pas de refus.
Je m'installait à ma place habituelle. L'ambiance était comme d'habitude. Chaleureuse et débauchée.
_ Vous souhaitez autre chose monsieur ?
Je posait mon regard sur la serveuse qui me fixait d'un air aguicheur.
_ La même chose. Dis-je froidement.
Elle ressemblait à ces mannequins qu'on voyait dans les magasines. Le genre de femme qui fait tourner la tête des hommes dans la rue. Il n'y a pas si longtemps, je l'aurait invitée à s'asseoir pour finir par la prendre dans ma voiture ou chez moi si je me sentais d'humeur à la garder pour la nuit. Mais je n'en avais aucune envie. Je ne la trouvais pas à mon goût. Trop classique, trop banale, trop grande, trop blonde.
Je grognais quand le de Norah apparût dans ma tête. Si elle était là, que ferais-je ? Aurais-je envie de l'emmener chez moi ? J'imaginais mes mains se poser sur elle, la caressant puis la collant contre moi. Ce n'était pas compliqué à imaginer mais c'était compliqué d'oublier cette image.
De loin, je vit Thomas Grayson travailler au bar. Ma virilité en prit un coup quand je constatait qu'il était un bel homme. Ses cheveux sombres, ses yeux clairs et son sourire de prédateur lui attirait les œillades des clientes.
J'étais tenté de croire qu'il n'était qu'ami avec Norah. Ils vivaient ensemble. Ils se voyaient tout les jours. S'ils n'étaient pas ensemble, c'était sûrement une question de temps. Norah m'avait confirmé qu'il était son ami mais peut-être avait-elle menti pour le protéger.
J'avais conscience de ce que j'étais physiquement. J'aimais mon apparence excentrique et déplaisante. J'aimais le fait que je ne sois pas considérer comme un de ses playboys comme Deadshot par exemple. J'étais unique, sur tout les plans. Norah devait être révulsée par moi. Elle n'allait certainement pas perdre de temps à me regarder alors qu'elle avait un colocataire comme le sien.
_ Amène moi Thomas Grayson. Dis-je à Jimmy.
Je le regardais mon barman venir vers moi, l'air inquiet. Ce qui me ravit.
_ Asseyez-vous.
Il s'installait face à moi.
_ Norah m'a dit qu'elle vivait avec vous.
Il déglutit lentement.
_ Oui monsieur.
_ Quelle est la nature exacte de votre relation ?
_ Nous sommes amis.
Je levais un sourcil.
_ C'est tout ?
_ Meilleurs amis. Nous avons vécus deux ans dans le même foyer. Nous sommes toujours restés proches.
Il disait la vérité. Le garçon n'avait pas le cran de me mentir en face, il sentait la peur à dix kilomètres. Norah méritait de vivre avec quelqu'un qui ne craignait rien. Cette loque n'était pas digne de recevoir l'amitié d'une fille comme elle.
_ Vous pouvez y aller.
Il n'aurait pas pu se lever plus vite même s'il l'avait voulu. Je sentais un poids me quitter. Savoir que Norah n'était pas engagée dans une quelconque histoire me remontait le moral. Cela n'aurait pas dû. J'étais censé n'en avoir rien à faire si elle était célibataire ou si toute la ville passait dans son lit. Mais j'en avais quelque chose à faire.
Je n'étais pas fait pour une fille comme Norah et elle n'était certainement pas faite pour quelqu'un comme moi. Nous étions le jour et la nuit. J'étais le soleil. J'irradiait les gens autour de moi par ma puissance et mon diabolisme. Norah était la lune. Mystérieuse et envoûtante. Et j'avais honte de m'être laissé envoûté si facilement.
Elle était innocente, trop innocente. Au lieu de détruire son innocence, je voulais la préserver. Comment pourrais-je y parvenir si je l'entraînait avec moi ? Quelque part je voulais la changer. L'endurcir, lui faire adopter ma vision du monde. Mais elle perdrait ce qui faisait d'elle ce qu'elle était. Elle perdrait ce qui m'avait attiré chez elle en premier lieu.
Elle était forte à sa façon. Se tenir devant moi, devant les français tout en restant calme et posée. Malgré sa peur, elle restait elle-même. Elle n'avait pas osé me contredire mais elle n'était pas devenue mielleuse et soumise dans l'espoir de ne pas m'énerver. Elle avait clairement exprimé ses doutes avant de signer le contrat et son désir de ne pas vouloir de problèmes.
Je réalisait qu'elle s'était adressée à moi comme à quelqu'un de normal. Pas comme à un criminel devant qui elle tremblait de peur ou un vulgaire assassin qui la dégoûtait. Mais comme si nous étions deux personnes normales ayant une simple conversation. Et ça avait été agréable. Je ne me rappelais pas la dernière fois où j'avais ressenti cela.
Norah me faisait sentir normal et j'aimais cela.
