Chapitre 4 – Deux nounous pour le prix d'une
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Voilà quatre jours que Woolsey a accordé à Alem une liberté, toute relative, de circuler dans la cité accompagné de John. La Commission a dû être sensible aux arguments de Woolsey, mais ils ignorent comment il les a convaincus. Lors de sa discussion avec eux, personne n'en a parlé. McKay a également dû donné à Woolsey des arguments de poids, en plus d'un horrible mal de tête.
En salle d'entraînement, il observe Ronon et le colonel Sheppard s'affronter. Il est évident que le premier a le dessus.
« Alors, Sheppard, on s'avoue vaincu ?
- Hors de question ! »
Le terrien est mis en échec par son compagnon. Depuis qu'ils ont commencé, pas une fois le militaire n'a eu le dessus. Épuisé, il ne renonce pourtant pas.
Le satedan attaque soudain et, en quelques secondes, Sheppard se retrouve face contre terre, incapable du moindre mouvement.
« Et maintenant ?
- OK, vous avez gagné ! »
Ronon l'aide à se relever. Ils se dirigent vers le banc où Alem est assis. Sheppard se laisse tomber dessus.
« Eh bien, colonel, on dirait que vous vous êtes fait battre à plate couture !
- Tu peux te moquer, je doute que tu aurais fait mieux !
- Qui sait…
- Je te parle sérieusement !
- Moi aussi. Je ne suis peut-être pas aussi fort que vous, mais je me débrouille. Je n'aurais pas battu, Ronon, mais peut-être que j'aurais fait mieux.
- Mais on vous apprend quoi dans le futur ? Rassure-moi, vous allez quand même à l'école !
- Oui. Le truc c'est que je suis le petit surdoué de la famille, donc on peut pas dire que j'ai eu un parcours normal.
- OK. Et c'est quoi ta spécialité ?
- Le lancer de couteau. Je n'ai jamais tiré avec une arme, c'est bien la seule chose sur laquelle tout le monde a été intraitable. Interdit d'y toucher ! J'ai que dix ans, je trouve ça logique.
- Le lancer de couteau ? demande Ronon intéressé.
- Oui.
- J'aimerai bien voir ça ! Sheppard ?
- Pourquoi pas ! »
Dix minutes plus tard, Ronon, Alem et Sheppard se tiennent debout côte à côte dans un couloir vide. Ils ont des couteaux militaires en mains. Une cible est dessinée sur le mur d'en face.
« Allez, lance Sheppard au garçon, fais nous voir de quoi tu es capable.
- D'accord. »
Alem se place face à la cible, à cinq mètres. Il prend en main un couteau, se concentre un instant et le lance. La lame siffle dans l'air avant de se planter au centre du cercle.
« Pas mal, commente John.
- À vous ! »
C'est à Ronon que revient le lancé suivant. Son couteau se place à coté de celui d'Alem. Les lames se touchent.
« À vous, Sheppard. » dit-il.
Le colonel se place et sa lame atteint la cible, deux centimètres à côté des deux autres.
« Peut mieux faire, se moque gentiment Alem.
- Je ne pouvais pas la mettre au centre, la place est prise !
- Mauvaise excuse, rétorque Ronon.
- Eh bien, on va inverser l'ordre de passage cette fois.
- Et augmenter la distance. » ajoute le garçon.
Les deux hommes acquiescent et l'affrontement se poursuit. Il passe dix mètres, puis quinze et vingt. Arrivé à cette distance, Sheppard est hors jeu. Ronon et Alem sont seuls l'un contre l'autre. Ils n'arrivent plus à atteindre le centre, mais restent dans le cercle. Finalement, ils s'arrêtent. Alem n'a plus assez de force pour lancer aussi loin. Même Ronon fatigue. Cela fait presque deux heures qu'ils ont commencé. Le match nul entre les deux derniers adversaires est déclaré. Ils ramassent les derniers couteaux près de la cible quand Alem s'exclame :
« Heu, juste pour savoir, les trous dans le mur, vous croyez que ça va être un problème ?
- Non, il n'y a jamais personne qui passe par-là. »
Soudain une voix résonne.
« Sheppard ! Ça fait un moment qu'on vous cherche ! »
L'intéressé se retourne sur deux hommes venant à leur rencontre.
« Il ne passe jamais personne, hein ! » lui glisse Alem, ironique.
Sheppard lui jette un regard noir. Alem a le sourire aux lèvres.
« Général O'Neill, monsieur Woolsey, salue-t-il.
- Repos colonel. Ronon. Et toi, tu dois être Alem.
- Oui, bonjour… monsieur.
- Vous ne répondiez pas à la radio !
- Oui, nous…
- Vous ? »
Woolsey est alors attiré par le mur.
« Sheppard !
- Monsieur ?
- Qu'est-ce-que cela veut dire ?
- On s'est essayé au lancer, monsieur, explique Alem.
- Je vois ça !
- Vous nous cherchiez ? commence John.
- N'essayez pas de changer de conversation !
- C'est juste un mur de rien du tout.
- Pardon ?
- Calmez-vous, Woolsey, tempère O'Neill, la cité est toujours entière.
- Mais…
- Taratata. Laissez donc ce foutu mur tranquille, ce n'est pas un drame ! Allez, venez tous les trois, on a réunion.
- Pour quelle raison ?
- Laissez-moi deviner… réfléchit Alem. Moi ?
- Ouais. »
Ils s'éloignent, laissant Woolsey fulminer loin devant eux. O'Neill se penche vers Sheppard.
« Juste pour savoir... qui a gagné ?
- Match nul.
- Oh !
- Entre Ronon et moi, je précise ! »
O'Neill regarde Alem surpris.
« Mais tu as quel âge ?
- Dix ans.
- Et tu t'amuse à faire du lancer de couteau ?
- Là oui mais, sinon, c'est plutôt une nécessité.
- Je ne comprends pas.
- Rassurez-vous ça viendra.
- Qui t'as appris ? Parce que tu es doué, tu sais !
- Mon père. »
Il se renfrogne aussitôt ces deux mots prononcés. Les trois hommes le regardent étrangement.
« Un problème ? demande Jack.
- Non, rien. Juste des souvenirs. Je ne veux pas en parler.
- Comme tu veux. Sinon, tes cheveux, c'est ta couleur naturelle ?
- Oui. À l'origine ils sont blonds, mais en grandissant ils sont devenus blancs. Comme j'ai les yeux bleus, on croit souvent que je suis albinos, mais non.
- Ça te vient de qui ?
- Ma mère. »
Cette fois, il sourit. S'il ne veut pas qu'on aborde le sujet de son père, elle en revanche, ça ne le gêne pas.
« Elle a les cheveux comme toi ?
- Peut-être que oui, peut-être que non. Mais c'était bien essayé.
- Je suis sûr que j'arriverai à savoir.
- Oh oui, certainement, mais pas avant un petit moment ! »
Ils sont installés dans le bureau de Woolsey quand O'Neill commence à parler.
« Je suis là pour te surveiller Alem.
- Comment ça ?
- La Commission a finalement autorisé que tu utilises la technologie des Anciens. Qu'est-ce-qui les a décidés, je ne sais pas, mais le résultat est là et c'est moi qui dois superviser.
- Vous ne trouvez pas ça ironique ? Les deux militaires les plus insubordonnés qui soient chargés de s'occuper de moi, un gamin ?
- Il n'a pas tort, avoue John.
- C'est vrai. C'est pour ça que McKay sera avec nous.
- Quoi ! s'insurge le scientifique. Non mais vous plaisantez, j'espère ?
- Absolument pas. Vous le surveillerez pour qu'il ne fasse pas de bêtises avec vos joujoux.
- Vous devriez vous comprendre dans ce "il" ! intervient Alem. Vous aussi, John. »
La remarque attire des sourires à l'équipe SGA. Teyla prend la parole.
« Je ne comprends pas le revirement de la Commission.
- Ils ont été sensibles à nos arguments apparemment, dit le colonel.
- Je suis plutôt d'avis qu'ils pensent pouvoir manipuler Alem s'ils lui laissent plus de liberté, expose Richard. Le fait que le général O'Neill et le colonel Sheppard soient chargés de sa surveillance le confirme.
- Oui, confirme Alem, ils pensent qu'avec vous je vais me livrer.
- Et c'est le cas ? s'enquière Jack.
- Absolument pas.
- Même pas un petit peu ?
- Non. Vous êtes celui à qui je peux le moins en dire dans toute la Galaxie !
- Vraiment ?
- N'y voyez rien de personnel. C'est comme ça, c'est tout.
- Bon, d'accord.
- Y avait-il autre chose général ? questionne Woolsey.
- Ah oui ! Teyla, Ronon, comme aucune décision n'a encore été prise au sujet des Wraiths et de la cité et qu'aucun vaisseau n'est disponible pour aller dans la galaxie de Pégase, vous allez devoir rester sur Terre.
- Nous savions dans quoi nous nous engagions en restant sur Atlantis, général, répond aimablement l'athosienne.
- Pareil, ajoute Ronon..
- Et c'est encore à cause de moi ça, je suppose ? dit Alem.
- Tu supposes bien !
- Super ! Dîtes, maintenant que tout est réglé, j'aimerai savoir…
- Oui ?
- Où en sont l'Apollo et le Dédale ?
- L'Apollo aura rejoint une porte dans une dizaine de jours. Quant au Dédale, un vaisseau Tok'ra devrait l'atteindre demain ou après demain. Pourquoi ?
- Désolé, je ne peux pas répondre. »
La discussion se clôt sur ces mots.
