Merci pour tout tes messages Cybélia. Ça me fait vraiment plaisir. J'espère que tu aimeras ce chapitre.
Quand aux autres merci à vous de me lire. N'hésitez pas à me donner votre opinion.
Resté seul, Esca ferma les paupières non pour dormir, mais pour s'abandonner tout entier au souvenir des gestes de Marcus sur sa personne et à l'acharnement dont ce dernier faisait preuve pour tenter de le sauver, envers et contre tout. Il ne comprenait pas vraiment les raisons qui le poussaient à agir ainsi, mais il espérait que ce soit les mêmes qui l'avaient mené lui, l'ancien esclave libre à tout tenter pour retrouver la légion de son père et le sauver.
En dépit de son malheur et du supplice dans lequel il était plongé, Esca percevait bien malgré lui une insolite source de chaleur entourer son cœur et se propager tel un poison dans tout son être, l'amenant à ressentir un profond émoi quant à l'attention que son ancien maître avait à son égard.
Il repensa à la manière dont lui et Marcus en étaient arrivés là, du jour de leur rencontre jusqu'au moment où il fut transpercé d'une lance, et commença à prendre pleinement conscience du puissant lien qui semblait les unir l'un à l'autre. Un lien qui se renforçait de jour en jour et d'heure en heure. Un lien qui serait prochainement indestructible et inviolable.
Jamais encore il n'avait connu de tel rapport avec un humain, que ce soit avec un homme ou une femme, et il se sentait comme pris dans un étrange tourbillon de sensation inconnue. Un trouble qui déferlait dans ses veines sans qu'il ne puisse rien faire pour l'en empêcher.
Lui qui n'avait jamais été qu'un esclave, un brigantes faisant parti d'un peuple celte, n'éprouvant que haine et mépris, venait de se faire surprendre par un sentiment nouveau. Anormal, mais agréable. Une découverte à la fois passionnante et terrifiante.
Cependant, il craignait que ce sentiment ne se transforme en obsession, une angoisse qui le tourmenterait, et le déchirerait. Mais c'était également comme une renaissance accompagnant sa précieuse liberté.
Liberté qu'il n'aurait probablement pas le loisir de savourer en vu du triste sort qui l'attendait.
Marcus avait fait le serment sur sa vie de le sauver et Esca savait qu'il reviendrait afin de tenir sa parole. Mais il n'était pas sûr de tenir le coup.
Aquila le ressentirait-il comme une trahison de la part du jeune homme si celui-ci venait à expirer son dernier souffle ? Esca en était convaincu. Il se devait alors de tout faire pour survivre. Lutter contre cette abominable souffrance. Lutter pour repousser la Faucheuse qui lui tendait les bras et qui cherchait à l'emporter. Lutter pour repousser au maximum l'inévitable et réussir cette difficile épreuve de survie.
Ce n'était pas tant le fait de mourir qui l'effrayait cela il y était préparé depuis fort longtemps, mais bien toute autre chose. Il avait en effet su se montrer brave lorsqu'il avait provoqué la mort, se livrant de lui-même au gladiateur qui s'était fait un malin plaisir de lui assener plusieurs coups au visage, le traînant dans la boue comme un chien.
Non, ce qui le terrifiait, c'était de mourir en le laissant seul, lui, le grand légionnaire romain, Marcus Aquila. Mais il n'aurait pu expliquer pourquoi il ressentait en lui cette douloureuse sensation qu'il trahirait son ami s'il venait à mourir. Alors il se fit la promesse à lui-même de se battre pour rester en vie. Il en était capable et il le savait. Même s'il devait passer par l'enfer, il survivrait. Il n'avait tout de même pas acquis sa liberté pour mourir peu de temps après.
Il serra les poings laissant un léger sourire flotter sur ses lèvres, le cœur apaisé par cette ferme et irrévocable décision qu'il venait de prendre.
Au bout d'à peine une heure Marcus refit son apparition, les chevaux en fugue à ses côtés.
Son visage marqué par la fatigue et l'angoisse était de plus en plus livide, mais rien ne lui ferait abandonner l'idée de secourir son ami qui était bien plus mal en point que lui.
Il paierait la dette qu'il avait envers cet homme qui l'avait si longuement soutenu depuis le premier jour. Non pas qu'il le voyait comme une obligation ou un devoir mais plutôt comme un besoin vital et une nécessité.
Au cours des semaines, Esca et lui avaient enduré bons nombres d'épreuves, et leur périple leur avait appris les bases rudimentaires de l'amitié. Bien plus qu'un impératif, c'était avant tout une question de loyauté et de franche estime envers celui qu'il considérait comme son plus grand et fidèle ami.
Marcus avait beau analyser ses sentiments et se remettre en question, il ne parvenait pas à saisir l'essentiel de ce qu'il ressentait réellement. Il était perdu dans un flot d'émotion contradictoire et nagé en plein doute.
Certes, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il fut amoureux d'Esca mais il aimait profondément ce sentiment et ce lien qui les reliait. Puis, cette idée d'aimer une personne du même sexe lui était inconcevable. Mais il lui était impossible de maîtriser les battements de son cœur et de refouler ce sentiment qui l'imprégnait tout entier. Et cela l'angoissait terriblement.
Sans le savoir, Marcus et Esca éprouvaient les mêmes craintes et les mêmes doutes. Ils n'étaient que deux hommes plongés dans une profonde et inquiétante incertitude, peu désireux d'admettre l'évidence qui leur sautait pourtant aux yeux. Deux hommes que tout opposaient, aux forts caractères, une impressionnante personnalité et une fierté à toute épreuve. Deux hommes qui étaient prêt à tout l'un pour l'autre.
Marcus amena les chevaux à la hauteur du blessé, et relâchant les rênes il se pencha sur Esca qui ouvrit lentement les yeux.
-Je suis là. Dit simplement le romain en plantant son regard dans celui de son cadet.
-Marcus. Souffla le jeune celte pour toute réponse.
-Il faut que tu te lèves maintenant. C'est l'heure de partir. Nous n'avons plus le temps de nous reposer.
Sans attendre l'accord de son ami, il lui empoigna un bras qu'il fit passer derrière sa tête et enroula lui-même un bras solide autour de sa taille pour le soutenir et le mettre debout.
Esca n'émit aucune protestation, ni le moindre gémissement, mais la souffrance qui se peignait sur son visage serra la poitrine et les entrailles de Marcus. Il ne supportait pas de voir son compagnon souffrir autant.
Il en avait déjà été de même lorsqu'il l'avait sauvé de l'arène quelques semaines auparavant lors d'un combat de gladiateurs. A chaque heurt qu'Esca avait reçu il avait détourné les yeux ne supportant pas la vue de l'homme à terre recevant coup sur coup. Puis quand il avait imploré pour sa vie leurs regards s'étaient croisés pour la première fois. Il ne savait alors même pas pourquoi il avait fait ça…
-Tu ne tiendras jamais seul sur ton cheval. Je vais chevaucher avec toi. Déclara d'un ton sans appel Marcus pour rompre le fil de ses pensées.
Rassemblant le peu de force qui lui restait il aida Esca à se hisser sur sa monture, ce qui provoqua chez son cadet une quinte de toux irrépressible et si violente qu'il finit par cracher du sang.
-Esca. Cria Marcus anxieux.
-Ca va aller…le rassura le jeune homme en s'installant du mieux qu'il put sur l'étalon et s'essuyant la bouche d'un revers de main. Je tiendrais…ne t'en fais pas.
-Il le faut. Tu n'as pas le choix. Répondit le romain en montant derrière lui et attrapant les rênes du second cheval pour le traîner derrière eux. Je ne tiens pas à te perdre maintenant.
Esca ne répondit pas. Touché par les mots de son ami il esquissa un demi-sourire que Marcus ne vit pas et ferma un instant les yeux avant de sentir le cheval s'élancer au pas. Il souffrait beaucoup, plus qu'il n'avait jamais souffert mais ne se plaignait pas.
-Merci…d'être revenu. Souffla-t-il alors.
-Qu'est-ce que tu racontes ? S'indigna Marcus. Je te l'ai dis. Il est hors de question que je te laisse mourir. Tu dois te battre Esca. Le sermonna-t-il.
-Aie confiance en moi ! Murmura-t-il.
Ces mots résonnèrent comme une promesse à l'oreille de Marcus qui finit par se détendre. Il avait foi en son ami et avait bon espoir qu'il survivrait.
