- Mais enfin c'est pas un petit chat ça !

Une fois Reverse Mountain franchie, et leur cap décidé, la majorité de l'équipage s'était réunie dans la cuisine pour avaler un repas bien mérité. Restaient sur le pont le navigateur et quelques personnes pour l'aider sur cette partie plutôt agitée de la mer de tous les périls.

Dès que les plats arrivèrent sur la table, Doflamingo s'éclipsa quelques instants et revint, une fillette enchaînée sur l'épaule. Des exclamations de surprise fusèrent dans la cuisine alors qu'il installait son fardeau sur une chaise, dans un coin, et s'accroupissait devant elle avec un sourire.

- Maintenant tu restes sage, et peut-être que tu auras à manger lorsque les autres auront fini. Enfin s'il reste encore quelque chose pour te nourrir.

Elle détourna la tête en lâchant un soupir exaspéré, ce qui amusa fortement le pirate. Il se redressa et, se plaçant à ses côtés, une main sur son épaule, il la présenta au reste de l'équipage.

- Dites bonjour à Resha, notre nouvelle recrue.

Lorsqu'ils la virent tenter de mordre la main du jeune maîtres, les autres membres de l'équipage comprirent enfin qu'il s'agissait du fameux « chat » ayant infligé une blessure à leur idole. Aussitôt, une vague de protestation se fit entendre. Baby 5 surtout semblait déçue, persuadée qu'elle allait pouvoir s'occuper bientôt d'un petit chat. Elle sauta de sa chaise et vint se planter devant la nouvelle venue, les poings sur les hanches.

- Dis donc, pourquoi tu as fait du mal à Doffy ? Je ne t'aime pas, toi !

Elle reçut un regard glacial pour toute réponse et partit se cacher derrière Jora en sanglotant.

- Jeune maître, intervint celle-ci en tapotant doucement le dos de la petite fille pour la calmer, vous êtes sûr de ce que vous faites ? Elle a l'air particulièrement agressif !

- Et bien il suffira de l'éduquer correctement, répliqua tranquillement l'homme en écartant quelques mèches qui encadraient le visage de la fillette.

Se dévoila un beau bleu, conséquence d'une gifle assénée avec force. Mais la leçon n'avait visiblement pas suffi à la jeune fille, qui pencha la tête du côté opposé où se trouvait le capitaine pirate. Tout sourire, il finit par la lâcher et rejoignit sa place à la tête de la table.

Le repas se passa aussi calmement que possible, pour des pirates en tout cas. Des insultes fusèrent, des rires, quelques coups furent échangés, comme à l'accoutumée. De temps en temps, l'un d'eux lançait un regard méfiant vers la fillette enchaînée qui ne leur prêtait aucune attention, concentrée à compter de combien de lattes était composé le mur à sa droite. Elle ne desserra pas les lèvres de toute l'heure, ni pour se plaindre, ni pour les injurier, ni même pour les supplier. Elle se serait sans doute endormie là s'ils ne s'étaient pas montrés aussi bruyant.

Lorsque les premiers adultes eurent fini de manger, ils partirent remplacer leurs camarades toujours sur le pont. La quantité de nourriture sur la table baissait rapidement, et il devenait presque évident qu'ils faisaient exprès de ne rien laisser derrière eux pour que la fillette ne soit pas nourrie. C'était leur façon à eux de la punir d'avoir blessé le jeune maître.

- On dirait qu'il ne reste rien de ce que le cuisinier a préparé ! s'exclama Diamante après avoir englouti la dernière biscotte.

Hilare, il se tourna vers la fillette… qui ne l'écoutait pas.

- Eh, toi ! Tu vas devoir jeuner ce soir, t'as compris ça ?

Elle bailla, puis piqua doucement du nez sur sa chaise. L'homme de main de Doflamingo serra les dents, une veine palpitant sur son front. Il voulut se lever pour coller une bonne gifle à l'insolente, lorsque son capitaine le rappela à l'ordre d'une voix calme, mais ferme.

- Diamante, JE m'occupe de l'éducation, ici. Rassieds-toi.

Intimidé par le ton du jeune maître, l'homme obéit sans rechigner. Il fut récompensé par un bon verre d'alcool et oublia sa première vexation aussi vite que son premier meurtre.

Plus tard dans la soirée, alors que les pirates fêtaient dignement leur arrivée sur la Mer de tous les périls, Doflamingo fit signe à Jora de le rejoindre, alors qu'il se tenait à l'écart de l'agitation. Elle s'exécuta de bonne grâce, venant tournoyer devant lui.

- Que puis-je pour votre bonheur, jeune maître ?

- Notre nouvelle petite recrue, Resha… Tu te sens apte à la surveiller cette nuit ?

La femme rit fièrement.

- Comment, je serais trop belle pour veiller sur une enfant ? Vous savez bien que je dors déjà dans la même cabine que Baby 5, alors une de plus ne me pose pas problème !

- Bien. Mais elle est… Comment dire ça gentiment ? Plutôt agitée, prompte à vouloir nous fausser compagnie.

- Ohohoh, si jeune et déjà rebelle ! Cela me rappelle moi, à son âge ! Mais ne vous en faites pas, jeune maître, avec moi comme chaperon, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles !

Doflamingo ne se départit pas de son sourire, jetant un œil à la fillette toujours bien attachée sur sa chaise et qui faisait semblant de dormir. Quelque chose lui disait qu'au contraire, il ferait mieux de ne dormir que d'un œil cette nuit.


Comme promis, un nouveau futon fut installé dans la cabine qu'occupaient les filles de l'équipage, bien coincé entre celui de Baby 5 et celui de Jora. Doflamingo se chargea lui-même de porter Resha à sa place, poussant le sadisme jusqu'à la couvrir chaudement une fois qu'il l'eut allongé sans lui retirer ses chaines.

- J'espère que tu es confortablement installée, petite. Ce serait dommage que tu passes une mauvaise nuit.

Elle se retint de lui répondre que ficelée comme elle l'était et l'estomac dans les talons, il était évident qu'il n'en serait rien. Il ne servait à rien de rentrer dans le jeu du pirate, cela ne ferait que l'amuser d'autant plus.

Après un salut à Baby 5 et Jora, l'homme finit par sortir de la cabine. Elles se couchèrent sans plus tarder, la plus jeune un peu fâchée de devoir partager « sa » chambre avec une fille qui avait fait du mal au jeune maître.

- T'as pas intérêt à faire du bruit la nuit, menaça-t-elle sa voisine en lui agitant son index sous le nez. Sinon je le dirai, et tu seras punie !

Elle reçut de nouveau un regard haineux et se dépêcha d'enfouir sa tête sous les couvertures, apeurée.

De l'autre côté, Jora se laissa également tomber sur son lit et tapota doucement la tête de Resha.

- Mais si tu suis les ordres du jeune maître à la lettre, désormais, tu n'auras plus rien à craindre ! Car nous formons une grande famille, et le maître n'a rien de plus précieux au monde que sa famille !

- Merci, mais j'ai déjà un père, répliqua la jeune fille sur un ton cassant.

- Ohohoh mais alors il deviendra un grand frère pour toi !

Resha tourna la tête vers elle, un air blasé s'affichant sur le visage.

- J'ai déjà des frères, ça me suffit.

- Vraiment ? s'exclama la pirate, surprise. Mais où sont-ils alors !

- Toi aussi on t'a abandonné ? intervint de son côté Baby 5 qui avait osé sortir la tête de sa cachette pour écouter la conversation.

- Non. On a été séparés à cause des pirates et du gouvernement. Mais je sais qu'ils sont en vie, et un jour je les retrouverai, déclara la jeune fille aux cheveux rouges avec une conviction inébranlable.

Devant une telle confiance, Baby 5 se surprit à éprouver un peu plus d'admiration pour sa voisine de lit. Elle osa même se rapprocher de quelques millimètres, brûlant de lui poser de nouvelles questions. Malheureusement, Jora jeta un regard à l'horloge et déclara qu'il était temps pour elles de dormir, si elles voulaient avoir un teint de princesse le lendemain matin.


La nuit fut relativement calme, à peine troublée par les ronflements des dormeurs et la subite averse de grêle avant que l'aube ne se lève. Assis à son bureau avant même que les premiers rayons du soleil ne pointent le bout de leur nez, Doflamingo s'était de nouveau plongé dans les dossiers volés sur l'île du projet « Red Witch ». Ses doigts effleurèrent une tache de sang qui avait imprégné le papier, masquant évidemment les informations les plus importantes. Plusieurs questions demeuraient toujours sans réponse, et il n'aimait pas ça. Comme par exemple ce qui avait bien pu causer la mort des chercheurs, ou encore pourquoi n'avaient-ils pas retrouvé leurs cadavres sur l'île, ou tout du moins des ossements ?

D'après le rapport qu'il lisait, les scientifiques avaient plongé la fillette dans un coma artificiel, la reliant à des machines avant de provoquer différents stimuli. Avaient-ils déclenché celui de trop, est-ce que la gamine était responsable du massacre qui avait suivi ?

Avec un soupir, il se laissa aller dans son fauteuil et rejeta la tête en arrière, yeux clos. Il se remémora la scène aperçue à Loguetown, le commerçant assommé sur le comptoir. La fillette lui semblait frêle, mais les apparences pouvaient être trompeuses. Et si elle disposait d'une force suffisante pour vaincre facilement un adulte, même aussi minable, alors peut-être que son intérêt ne se limitait pas à sa seule immortalité relative.

Lorsque le soleil se leva, il avait pris sa décision : il testerait les aptitudes de l'enfant et jugerait lui-même si elle pouvait servir au sein de l'équipage. Le hasard voulut qu'il tombe sur Jora alors qu'il sortait de sa cabine avec l'intention d'aller frapper à la porte de celle des filles.

- Jeune maître, bonjour ! s'exclama gaiement la femme. Je venais vous faire mon rapport sur votre… invitée.

Il l'encouragea à continuer d'un signe de tête, curieux de savoir si elle s'était enfin tenue tranquille. Enfin, enchaînée comme elle l'était, il doutait qu'elle eut vraiment le choix.

- Et bien figurez-vous qu'elle a été très sage ! Pas un bruit cette nuit, elle n'a pas non plus tenté de nous fausser compagnie ! Et depuis son réveil, Baby 5 ne la quitte plus. Elle est ravie de pouvoir se faire une amie de son âge, surtout depuis la disparition de… vous savez qui.

Jora esquissa une grimace. Elle ignorait si prononcer le nom de Law devant son capitaine ne risquait pas d'énerver celui-ci.

Mains rangées dans les poches de son pantalon, Doflamingo avait attentivement écouté le rapport de sa subordonnée. Que Baby 5 s'attache à la gamine ne l'étonnait pas plus que ça, elle recherchait tant le contact des autres qu'il soupçonnait qu'elle allait s'attirer bien des ennuis, une fois adulte. Que l'autre se montre amicale, voilà qui était plus étonnant. Ses sourcils se froncèrent légèrement, et il demanda à Jora de lui amener les deux fillettes pour qu'il juge lui-même de la situation. Puis il retourna dans sa cabine et attendit.

Les deux enfants firent leur entrée quelques minutes plus tard, la plus jeune manifestant bruyamment sa joie de revoir son capitaine, tandis que la seconde préférait observer les mouettes qui passaient devant la fenêtre. Doflamingo commença donc par s'adresser à Baby 5.

- Dis-moi, Baby 5… Ta camarade est vraiment restée sage, cette nuit ?

L'enfant hocha vivement la tête, un large sourire aux lèvres.

- Comme quoi, quand tu le veux, tu le peux, poursuivit le pirate en se tournant cette fois vers la jeune fille aux cheveux rouges. Ton attitude ne me semble pas avoir vraiment changé, mais puisque tu fais des efforts, on va pouvoir t'enlever ces chaînes.

Resha ne put s'empêcher de lui glisser un regard, sceptique. Il leva pourtant la main et, dans la seconde qui suivit, les maillons tranchés s'écrasèrent au sol. Elle poussa un soupir de soulagement, profitant de sa liberté retrouvée pour étirer ses muscles endoloris.

- Jora et Baby 5, vous pouvez aller manger.

Tandis que la première s'exécutait de bonne grâce, la seconde hésita un instant, son regard passant de sa nouvelle camarade au jeune maître avec inquiétude. Doflamingo lui adressa un sourire qui était destiné à la rassurer.

- On n'en a pas pour longtemps, Baby 5. Va retrouver Buffalo, je suis sûr qu'il t'attend avec impatience.

Persuadée que l'homme avait raison et que sa présence était particulièrement utile à son ami, la fillette partit en courant, un sourire ravi aux lèvres. Ne restaient désormais plus que Resha et le pirate dans la cabine, la première étant de nouveau occupée à regarder par la fenêtre. Evidemment, il fut le premier à rompre le silence, se levant pour passer devant son bureau et s'y adosser, un des fameux dossiers en main.

- Dis-moi, tu reconnais ça ?

Elle s'obstina à ne pas lui prêter attention, mais il aurait pu jurer qu'elle venait de se crisper. Quant à savoir s'il s'agissait à cause du dossier ou du fait qu'il s'était rapproché d'elle, il n'aurait pas su le dire.

Un sourire aux lèvres, il ouvrit la chemise cartonnée et fit semblant de relire la première page, qu'il connaissait pourtant par cœur.

- C'est très intéressant, ce qu'il y a d'indiqué sur toi. Ils auraient notamment découvert une petite liste de talents bien particuliers.

Il tut évidemment le fait que cette fameuse liste était illisible, observant attentivement la réaction de la jeune fille. Elle se contenta de hausser les épaules, en silence. Voilà qui n'allait pas arranger ses affaires. Il décida donc, pour ne pas changer, avoir recours au chantage.

- Tu sais, notre future collaboration pourrait bien se passer, ou au contraire être particulièrement violente.

Pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans la cabine, elle daigna tourner la tête vers lui et fixa son regard au sien. Il crut un moment que ses paroles avaient eu un impact, mais elle lui adressa un sourire glacial, le majeur tendu vers lui.

- Vous n'êtes ni le premier à m'adresser ce genre de menaces, et vous ne serez certainement pas le dernier. Alors vous savez quoi, allez plutôt vous faire foutre.

Le sourire de Doflamingo s'effaça lentement, et il rajusta ses lunettes en laissant échapper un soupir. La jeune fille, sentant le danger imminent, voulut reculer de quelques pas mais se retrouva immobilisée par les fils qui s'enroulèrent autour de sa taille, descendant jusqu'à ses jambes, se nouant autour de ses chevilles puis de ses poignets lorsqu'ils remontèrent vers ses bras. La main tendue vers elle, le pirate lui adressa un sourire cruel.

- « Ni le premier, certainement pas le dernier ? » s'entendit-il prononcer d'une voix que la colère faisait vibrer.

Lui-même sembla un instant surpris de ces propos. Il n'aurait pas cru que ce qui faisait bouillir son sang, ce n'était pas tant son attitude provocante que la teneur de ses paroles. Il chassa de son esprit ces pensées parasites, reportant toute son attention sur la jeune fille devant elle qui gardait les dents serrées, malgré les fils entaillant lentement sa peau. Tout à coup, il eut envie de briser cette belle façade, lui broyer les os jusqu'à ce qu'elle en pleure, jusqu'à ce qu'elle en hurle de douleur et qu'elle le supplie d'arrêter. Jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'il était le seul être qu'à jamais elle devait craindre.


Lorsque le jeune maître entra seul à la cuisine, Baby 5 eut la certitude que sa nouvelle copine avait été punie. Les adultes s'étaient tus à l'arrivée de leur capitaine et lui jetaient des regards en biais, inquiets. Il fallait dire qu'ils le voyaient rarement aussi peu souriant : même lorsqu'il massacrait des hordes d'ennemis, il arborait toujours un rictus qui provoquait l'effroi du camp adverse.

Quand le maître était en colère, il existait un cheminement tacite que tous respectaient à la lettre de peur de représailles : interdiction de bavarder de tout et de rien en sa présence, puis laisser Trebol s'enquérir de sa santé. Si le patron répondait positivement, ils pouvaient alors se détendre. Si la réponse était négative, ils se pliaient tous en quatre pour qu'il retrouve sa bonne humeur. Malheureusement, leur stratégie s'avéra inutile ce jour-là, car Doflamingo ignora tout simplement le pauvre Trebol. Après avoir fixé son assiette du regard sans y toucher, il finit par se relever non sans oublier de l'embarquer avec lui et sortit sans un mot.

La tension retomba d'un cran après son départ, mais les adultes ne semblaient pas rassurés pour autant, discutant entre eux pour tenter de comprendre les raisons de son comportement. Baby 5 les observa un petit instant en silence, avant de lever la main, attirant l'attention à elle.

- Moi je sais ! Le jeune maître a taché son manteau, et ça le met en colère !

- Enfin qu'est-ce que tu racontes là, gamine, la sermonna Trebol en secouant la tête.

- Si, moi je l'ai vu ! Protesta-t-elle avec force. Il avait du sang là !

Du doigt, elle indiqua la manche de sa robe. A ses côtés, Buffalo hocha la tête avec vigueur.

- C'est vrai, je l'ai vu moi aussi !

- Peut-être que si on lui propose de laver son manteau, le jeune maître sera de nouveau content !

- Bah voyons, les railla Diamante. Vous devriez aller le voir, je suis sûr que ça ne pourra que lui faire plaisir. Et puis vous lui seriez si utiles !

- Diamante !

Il reçut un coup de coude de Jora pour l'empêcher de continuer, mais le mal était fait. Les yeux brillants d'espoir à l'idée de pouvoir servir au jeune maître, Baby 5 était sortie en courant de la cuisine, talonnée par son compagnon de jeu.

- Et bah voilà, t'es content de toi ? Râla Jora en fusillant son collègue du regard. Ils vont se prendre une claque et c'est qui qui devra les soigner ? Certainement pas toi !

- Bah ça leur apprend la vie, répliqua l'homme en haussant les épaules, peu intéressé par le sort des enfants.

- N'empêche qu'on ne sait toujours pas pourquoi Doffy est dans cet état, pleurnicha Trebol qui n'avait pas l'habitude que son protégé l'ignore,

- Il doit en avoir marre de ta tronche et de t'entendre toujours renifler ! Lança une voix.

- QUI A DIT CA ?!

Et le petit-déjeuner tourna une nouvelle fois à la dispute.


Accroupie derrière un tonneau, dans le couloir des cabines, Baby 5 surveillait l'escalier qui plongeait dans les entrailles du navire. Au début, elle avait cru pouvoir trouver le jeune maître dans sa chambre, mais elle n'avait eu aucune réponse lorsqu'elle l'avait appelé. Alors elle réfléchit, et se souvint de la petite pièce cachée à la cale, celle où l'on enferme les enfants pas sages. A chaque fois qu'elle prêtait de l'argent à un étranger sans se méfier, Trebol la menaçait toujours de l'y cloîtrer et de ne l'en sortir que lorsqu'elle aurait l'âge d'être mamie. Elle, elle trouvait ça stupide parce que jamais elle ne pourrait être mamie si elle ne se trouvait pas d'abord un mari, et ce n'était pas en restant enfermée qu'elle allait le trouver !

Un bruit de pas, lourd, lui indiqua que quelqu'un montait justement les marches. Elle fit signe à Buffalo de rester silencieux, puis tourna la tête vers le jeune maître lorsqu'il posa enfin le pied sur le palier. Il semblait encore un peu fâché, et elle n'osa pas l'appeler pour lui proposer de laver son manteau. De plus, elle mourrait d'envie de descendre dans la cale pour vérifier si son hypothèse était juste.

Lorsque Doflamingo s'enferma enfin dans sa cabine, elle se redressa à moitié et fila droit vers l'entrée de l'escalier, tandis que Buffalo essayait de l'en empêcher, paniqué.

- Baby 5, on a pas le droit de descendre ! Si on touche aux armes, on va encore se faire gronder !

- C'est pas l'armurerie que je veux aller voir, répliqua la petite fille en chuchotant.

Elle descendit les marches le plus silencieusement possible, s'arrêtant à chaque craquement du bois, le cœur battant à la chamade. Enfin, elle fut en bas et emprunta le couloir le plus sombre de tout le navire. Tout au bout, elle le savait, il y avait la pièce.

C'était en réalité une cellule, munie d'une porte à barreau. Un banc avait été fixé au mur, et des chaînes de granit marin pendaient au plafond, pour pouvoir y accrocher toute personne ayant mangé un fruit du démon. A son grand soulagement, Resha ne s'y trouvait pas suspendue. Elle la retrouva assise sur le sol, se tenant le bras droit avec une grimace de douleur aux lèvres. Devant elle, il y avait l'assiette du jeune maître, son contenu intact.

- Roh tu t'es encore fait punir ! S'exclama Baby 5 en se plantant devant la porte, les poings sur ses hanches. Il faut que tu arrêtes, sinon jamais Doffy il t'aimera !

Surprise, la prisonnière leva les yeux vers ses visiteurs et ne put s'empêcher d'avoir un sourire amusé, qui toucha Buffalo en plein cœur.

- C'est pas de ma faute, j'aime pas le rose.

Baby 5 gonfla les joues et s'assit devant les barreaux, avant de lui indiquer l'assiette.

- Ça, c'est son assiette, on l'a vu la prendre. Il n'a même pas mangé pour pouvoir t'en donner ! Tu vois qu'il est chouette !

- Et il m'a cassé le bras au passage par pure gentillesse, ironisa la jeune fille aux cheveux rouges en levant les yeux au ciel. Non mais je sens qu'on va trop devenir amis, lui et moi.

- Mais tu sais, y a plein d'avantages à obéir au jeune maître, intervint Buffalo à son tour. Un de ces jours, il va devenir le Seigneur des Pirates !

Elle soupira, nullement impressionnée. Après tout, c'était une ambition plutôt banale qui conduisait de nombreux pirates à la mort… et elle espérait bien que Doflamingo finirait par s'y casser les dents comme tant d'autres.

Voyant que le sujet n'emballait pas vraiment la prisonnière, Buffalo décida de parler d'autre chose. Durant l'heure qui suivit, les trois enfants évoquèrent donc leurs plats préférés, qui était le membre le plus dégoûtant de tout l'équipage – Trebol à l'unanimité – et leurs rêves d'avenir, une discussion bien innocente dans un monde qui les avait obligés à grandir trop vite. Le moment fut interrompu lorsque ils entendirent une porte claquer sur le pont supérieur et que Buffalo et Baby 5 décidèrent de retourner là-haut pour ne pas se faire surprendre et punir à leur tour