« Eteindre les flammes »

OS écrit dans le cadre de la 15ème Nuit du FoF (Plus d'informations dans mon profil) répondant au thème de « Flamme ».

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Je n'avais jamais pris au sérieux cette tendance qu'avait Brian de ne pas vieillir, de mourir avant la première ride, le premier cheveu blanc…

Presque j'en riais, je le rassurais parfois dans mes moments de bonté.

Pourtant, là, étourdi par le choc, ébloui par la puissance de la lumière, rendu sourd par le bruit de l'explosion, je me retrouvais complètement perdu au milieu des décombres de ce qui était, il y a à peine quelques minutes, un lieu de rassemblement pour moi et la bande, un lieu de débauche pour moi et Brian, un lieu de plaisir, de fun, d'adrénaline, de pur bonheur.

Je regardais les gens autour de moi, sans comprendre ce qui m'arrivais, et je pensais à Brian, uniquement à Brian. Et là, au milieu des cris, de la peur, de la souffrance, je le trouvais encore plus ridicule qu'avant. Comment peut-on vouloir mourir jeune, à seulement trente ans, alors qu'il y a tant de choses que nous n'avons pas accompli.

Les bruits des sirènes retentissent au cœur même du brouhaha, et alors que certains voient leur vie défiler, moi je vois celle que je n'ai pas encore vécu. Je ne suis pas devenu un célèbre artiste, je n'ai pas vu grandir Gus et JR, je ne leur ai pas raconté de drôle d'histoire sur leurs parents, je n'ai pas fini les aventures de Rage et JT.

Et surtout je n'ai pas pu assouvir ce feu dans mon ventre, celui là même qui me concume petit à petit quand Brian est proche, à portée de main. Je n'ai pas pu l'embrasser encore une fois, comme si ma vie en dépendait. Parce que oui, ma vie en dépend encore une fois. Je vois les gens qui quittent la salle comme des furies. Je ne peux pas, je reste.

Tout en aidant un homme à se relever, je pense à d'autres choses que je n'ai pas faites, beaucoup plus idiotes. Je n'ai pas trouvé quelqu'un pour me remplacer au Diner si je meurs, je n'ai pas arrosé la plante sur ma table de nuit, je n'ai pas envoyé la lettre à ma grand-mère, je n'ai pas lavé mon linge qui traîne au pied de mon lit.

Et toujours ce feu qui me brûle, alors que les minutes s'égrainent. Je pense encore à Brian. Où est-il ? Sait-il que le Babylone, son club, vient d'exploser ? A-t-il conscience qu'une partie de sa famille a failli mourir ce soir. Failli… je n'en suis même pas sur, je ne trouve pas les autres. Où est ma mère ? et Emmett, et Ted ? Et les filles ? Et Michael et Ben ?

Les minutes passent et je regarde autour de moi, espérant le voir arriver. Je veux qu'il me sauve encore une fois, qu'il me sorte de mon cauchemar éveillé. Qu'il me refasse encore l'amour pour que je réalise que je suis toujours debout.

Je n'ai même pas conscience qu'on me sert contre un torse chaud et réconfirtant. Mais surtout chaud. Comme si lui aussi, il avait un feu à l'intérieur, un feu qui n'a pas pu être éteins. Je reconnais le corps de Brian, son odeur, ses bras, son souffle dans mon cou, et je n'ai plus peur. Il est là, il est venu me chercher, je suis à la maison. Peu importe les ruines, peu importe les cris, on va s'en sortir, tous les deux, comme après l'agression, après Ethan, après Stockwell, après le cancer…

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Je quitte les policiers et je vois Brian qui revient de l'hôpital. J'avance vers lui, lui et son torse brûlant qui m'attire comme un animal est attiré par la lumière. Je me sers dans ses bras, une envie incroyable de calmer la brûlure dans mon ventre.

_ Je t'aime Justin. Je t'aime si fort.

Je le regarde comme si c'était la première fois. Je revois le visage de celui qui m'a sauvé, de toutes les manières dont un homme peut être sauvé. Je l'embrasse avec tout l'amour que j'ai pour lui, et soudain, mon torse n'est plus douloureux, et le sien a perdu sa chaleur. Le feu s'est calmé et nous nous serrons l'un contre l'autre prêts à combattre ce qui nous attend demain et même plus tard.

Au loin, j'entends les pompiers éteindre les flammes du Babylone, les flammes de l'enfer. Et dans les yeux de Brian, je vois naître d'autres flammes, celles que j'ai mis cinq ans à faire jaillir, celle pour lesquelles les battements de mon cœur ont un sens.