Titre :Les Nouvelles Recrues

Disclaimer :Harry Potter et tous ceux qui l'entourent appartiennent à J.K. Rowling. Lomonaaeren est l'auteur de cette fiction, dont je ne suis que la traductrice.

Chapitre Quatre – Nihil, sans repos

« Je veux que vous me répétiez encore une fois ce que vous avez vu. »

Draco soupira. Au moins, ils avaient confié son interrogatoire à l'Auror Dearborn. Les Aurors instructeurs, comme ils les avaient en classe, étaient responsables des élèves de première année, et Draco trouvait que Dearborn était le plus compréhensif d'entre eux. L'homme savait ce qu'était l'élégance, tandis que Jones et Ketchum ne semblaient jamais en avoir entendu parler.

Mais la passion qu'entretenait Dearborn pour l'exactitude avait mené Draco à répondre durant des heures à des questions sur la magie noire que Potter et lui avaient sentie et affrontée seuls au lieu de demander de l'aide.

« Potter a senti la magie noire en premier, » commença Draco, « et a essayé de me renvoyer dans ma chambre. »

Dearborn leva la main. La pierre d'onyx qu'il portait au doigt attira l'attention de Draco, qui la fixa avec approbation. Le socle en or était à la fois plus fin et moins ostentatoire qu'il ne l'avait d'abord pensé. « Je suis sûr d'avoir bien compris cette partie de l'histoire. Je voudrais que vous me parliez de nouveau de ce que vous avez vu au détour du couloir. »

« J'ai vu une illusion qui flottait dans les airs, devant le mur, » dit Draco, « du côté droit pour quelqu'un se trouvant en face. » Dearborn le gratifia d'un hochement de tête et d'un léger sourire pour lui montrer qu'il appréciait son sens du détail. « Elle représentait un homme pendu à un serpent, mais son corps était boursouflé, comme s'il avait passé un certain temps dans l'eau avant de mourir. J'ai compris que c'était une illusion grâce à la transparence du corps. »

« C'est plus que ce que Potter n'avait réussi à sentir, » fit remarquer Dearborn d'un air songeur. « Il a dit qu'il pensait l'illusion réelle, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'un grand déploiement de magie noire avait constitué l'image. »

Draco se détendit et sourit. Alors comme ça, Dearborn le trouvait plus intelligent que Potter ? Une nouvelle preuve des capacités de l'homme à déceler la réalité.

D'un autre côté, s'arrêter à leur différence n'indiquerait certainement pas à Dearborn ce qu'il voulait savoir, et pourrait même le convaincre que Draco était toujours obsédé par une stupide rivalité d'écoliers. Draco continua donc son récit comme si Dearborn ne l'avait pas interrompu. « Les lettres au mur étaient tracées dans un mélange de sang et d'essence, il me semble. Elles disaient simplement Nihil. Je n'ai pas vu d'autres inscriptions. Je ne sais pas si c'était un message, ou bien une partie d'un nom. Les lettres ont fondu et se sont éparpillées quand Potter a lancé son Finite. »

Dearborn s'arrêta un instant, comme s'il avait besoin d'ajouter les mots de Draco à une mixture déjà présente dans son esprit, puis se pencha en avant d'un air confiant. Draco fourmilla d'excitation, et du se reprendre pour rester de marbre. Ils étaient assis sur une paire de sièges dans le bureau de Dearborn, derrière une porte fermement verrouillée, alors Draco était au moins certain que personne ne pourrait les entendre ni les interrompre.

« C'est Potter qui a dissipé le sort, donc, » dit Dearborn. « Pensez-vous qu'il puisse être impliqué d'une quelconque manière dans sa création ? »

Draco réprima un soupir. Quelques années auparavant, il aurait sauté sur l'occasion de discréditer Potter de la même façon que si on lui avait proposé de délicieux bonbons.

Mais dans le cas présent, deux problèmes se posaient à lui : non seulement Draco avait senti à quel point les pouvoirs de Potter étaient hostiles à la magie noire, ce qui lui aurait posé des difficultés pour lancer un sort aussi compliqué, mais il savait aussi que Potter avait passé la soirée à boire avec Weasley avant qu'il ne découvre l'illusion. L'alcool aurait détruit le contrôle délicat dont il aurait eu besoin pour achever le sort.

« Aucune chance, Monsieur, » dit Draco. « J'ai aussitôt entendu le bruit que Potter a fait quand il est sorti dans le couloir. Je l'aurai forcément entendu s'il avait lancé un tel sort. Il lui est impossible d'être silencieux, » ajouta-t-il. « De plus, Monsieur, je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de sentir sa magie de près, mais elle est à l'opposé des Forces du Mal, orientée principalement vers les sorts de défense et de protection. Je pense qu'il a réussi à éviter que la magie ne nous blesse comme elle l'aurait du, quand il a annulé le sort et que ses vestiges se sont dirigés vers nous. Mais il n'y a vraiment aucun moyen qu'il ait pu créer cette illusion. »

« Je fais confiance à votre jugement, élève Malfoy, » dit Dearborn avec une formalité qui fit craindre à Draco d'être allé trop loin. Mais Dearborn semblait plutôt pensif qu'accusateur. « Et votre magie ? Pensez vous que vous auriez été capable de dissiper ou de créer ces maléfices ? »

Draco releva la tête et prit une profonde inspiration. Il ne pouvait pas se mentir, ni mentir aux autres, en particulier quand les Aurors disposaient sans doute de sorts capables de détecter la puissance magique de n'importe qui. S'il était lui-même chargé du programme de formation des Aurors, Draco aurait certainement recherché un sort comme celui-ci.

« Non, Monsieur, » répondit-il. « Je n'ai de grandes capacités qu'en Potions. Ma puissance se situe dans la moyenne pour ce qui est des incantations. »

Dearborn le fixa pendant un si long moment que Draco se demanda s'il n'avait pas fait une erreur, enfin de compte. Dearborn finit pourtant par étirer les lèvres en un sourire paresseux.

« Vous faites preuve d'une courageuse honnêteté, comparé à nombres d'élèves que j'ai rencontré jusqu'ici, Malfoy, » déclara Dearborn. Il hésita un bref instant, puis reprit. « Comme je suis certain que vous le savez, certains élèves établissent des relations de mentorat avec de véritables Aurors lors de leur deuxième et troisième année de formation. Ils peuvent les aider à former les première année, comme le fait l'Auror Ketchum, corriger leurs devoirs, ou bien leur enseigner des compétences particulières, si leurs mentors pensent qu'ils peuvent apprendre des choses en dehors des cours généraux. »

Draco hocha la tête, son cœur battant si furieusement que sa poitrine semblait sur le point d'exploser.

« Je n'ai pas pris de disciple depuis des années, » dit Dearborn. « Je me suis rendu compte que très peu d'étudiants se montraient talentueux dans la matière que j'enseigne, et je me suis également rendu compte qu'un encore plus petit nombre d'entre eux montraient réellement leurs forces et leurs faiblesses. Je préfère encore n'avoir aucun disciple, plutôt que quelqu'un qui cherche en vain à m'impressionner. »

Draco s'humecta les lèvres. L'honnêteté avait bien marché jusqu'ici. « Je ne sais pas si je serai un jour suffisamment talentueux pour être digne de vos enseignements, Monsieur. »

« Je peux enseigner autre chose en dehors de la magie offensive et défensive. » Dearborn fit un geste de la main, sa bague brillant de nouveau. Draco admira l'effet. Il la portait à un certain angle qui ne la mettait pas en valeur à chacun de ses mouvements, ce qui aurait été vulgaire, mais elle était suffisamment proéminente pour que personne ne puisse l'ignorer. « Pour le moment, je ne peux pas m'expliquer plus avant, parce que certains deuxième année cherchent toujours un mentor et me prendraient pour cible s'ils pensaient que je pourrai les accepter. Puis-je vous faire confiance pour garder ceci secret pour le moment pendant que j'y réfléchis ? »

« Bien sûr, Monsieur, » répondit Draco, avant de se décider à prendre un risque. Il savait que l'Auror Dearborn avait perdu un cousin lors de la première guerre contre le Seigneur des Ténèbres, de toute évidence tué par des Mangemorts. Draco se devait de savoir ce qu'il pensait des Sang-Purs en général et de sa famille en particulier avant de se mettre à la merci de quelqu'un comme lui, plus âgé et plus expérimenté. « Les Malfoy savent garder les secrets. »

Au lieu de montrer le moindre signe de gêne, Dearborn pencha la tête en arrière et éclata de rire. « J'en suis persuadé, » dit-il. « La dernière fois que les Aurors ont perquisitionné le Manoir Malfoy, ils n'ont pas réussi à trouver les cachettes dans lesquelles se trouvaient tous les artefacts de Magie Noire. Ils ont du se baser sur la bonne volonté de votre père. » Il gratifia Draco d'un regard calculateur. « Ce qui me rend encore plus curieux de savoir pourquoi un Malfoy a décidé de devenir Auror. »

Draco sourit, baissa les yeux et ne répondit pas. Ca ne lui ferait pas de mal de garder quelques uns de ses propres secrets.

OoOoOoO

Harry soupira et baissa les yeux sur sa feuille d'examen. Il trouvait injuste d'avoir un devoir dès la deuxième semaine de cours, mais Hestia leur avait dit que la seule façon pour elle de vérifier qu'ils gardaient bien en tête les règles de Conduites des Aurors était de les tester régulièrement.

Harry avait veillé tard la nuit précédente, répondant aux innombrables questions de l'Auror Guérisseuse Portillo Lopez, qui semblait convaincue que c'était lui qui avait lancé le sort de Magie Noire qui Malfoy et lui avait trouvé dans le couloir, ou du moins qu'il l'avait dissipé avec une rapidité suspecte. Quand elle s'était trouvée assurée de son innocence, elle lui avait fait un sermon sur l'importance des preuves, et sur la destruction de ces preuves.

Ensuite, Harry était allé se coucher, et avait découvert qu'aucun des Sorts de Silence qu'il avait jeté ne semblait résister aux ronflements de Ron. Il avait probablement réussi à dormir trois heures.

Et maintenant, il arrivait à peine à distinguer la feuille en face de lui.

Il soupira et résista à la tentation de regarder vers Hermione. Elle lui avait expliqué avec une certaine suffisance les sanctions appliquées en cas de tricherie durant la formation d'Auror. Un élève se verrait assigné le double du travail donné en classe la première fois, et serait renvoyé de la formation la deuxième. Harry savait qu'il n'avait aucun moyen de survivre à de telles punitions. Il s'efforçait déjà de garder la tête hors de l'eau, et les cours particuliers de duel avec Malfoy prendraient bien assez de place comme ça.

S'il était renvoyé du programme, il n'aurait nulle part où aller. Ses meilleurs amis étaient ici.

Harry releva la tête et cligna brusquement des yeux. Hestia lui jeta un regard sévère, mais quand Harry détourna les yeux vers le mur, elle sembla croire qu'il fixait simplement le vide, dans une concentration intense. Harry aperçu un morceau de son sourire d'approbation.

C'est une raison bien pitoyable pour rester dans la formation, pensa Harry en se frottant le nez, si la seule raison à laquelle tu puisses penser, c'est que tes amis la suivent aussi. Qu'est-il arrivé au désir de protéger les gens ? Qu'est-il arrivé à ton envie d'apprendre tout ça parce que tu voulais continuer à combattre les Mages Noirs, et que tu avais besoin de ces connaissances pour ça ?

Harry mordilla sa lèvre inférieure pendant un petit moment. Il prit ensuite une grande inspiration et retourna à son examen.

Il venait d'apprendre quelque chose à son sujet qui ne lui plaisait pas particulièrement. Peut-être que ses motivations à suivre le programme étaient plus troubles qu'il ne le pensait après tout. Peut-être avait-il moins d'ambition et moins de volonté que ce qu'il avait toujours crû.

Mais au moins, il pouvait tenter de faire de son mieux tant qu'il était ici, et ne pas se faire renvoyer pour pure incompétence.

OoOoOoO

« Je pensais que tu en aurais assez des duels, Malfoy. »

La voix de Potter était neutre, et il retira sa robe sans se montrer insultant de lenteur ou de rapidité. Draco plissa tout de même les yeux, observant Potter poser sa robe sur le dossier d'une chaise, parce que dès que Potter était concerné, l'insulte était inévitable.

Le visage de Potter était cependant figé quand il se retourna, et la façon dont il dégaina sa baguette et haussa un sourcil exprimaient seulement son manque d'enthousiasme. Draco décida de ne pas chercher plus loin pour le moment et répondit. « Pas des duels à proprement parler. Fuir n'est pas le meilleur moyen pour apprendre, et la plupart des Mangemorts qui étaient supposés 'm'entraîner' ne pratiquaient pas ce genre de choses. » Il renifla en enlevant sa propre robe. « Le programme des Aurors leur est bien supérieur de ce côté-là. »

Potter le fixa étrangement. Il portait une chemise blanche qui avait connu des jours meilleurs et un pantalon noir auquel un chat blanc semblait s'être frotté. « Pourquoi es-tu devenu Auror, de toute façon ? »

« Mon indécrottable bonne nature, » répondit Draco d'une voix complètement neutre en suspendant sa robe à un crochet dans le mur. « Elle suinte par tous les pores de ma peau et doit être partagée avec le reste du monde. »

Potter roula des yeux et changea de sujet, à la surprise de Draco. « Combien de maléfices de duel standards connais-tu ? » demanda-t-il, traversant la pièce pour aller se placer à l'opposé de Draco.

« Donne-moi ta définition d'un maléfice standard et je répondrai à ta question. » Draco lança un sort de protection mineur sur sa robe. Il ne voulait pas qu'elle soit tâchée ou abimée par l'enthousiasme de Potter.

« La même que celles des ASPICS, » répondit Potter d'une voix plus douce. Draco le fixa. Ses mots étaient devenus plus impersonnels, et également plus polis. Ses yeux étaient ancrés au visage de Draco et pour une fois, ne contenaient aucune trace de moquerie. Il avait presque l'air agréable à regarder quand il se détendait de cette façon, pensa Draco. « Un sort utilisé pour affaiblir un ennemi, lui causer une douleur minime, te défendre, guérir des blessures superficielles pour pouvoir continuer le combat, ou altérer ton environnement de façon à entraver un ennemi ou à te protéger. » Il fit rouler sa baguette entre ses doigts comme s'il cherchait un domaine qu'il aurait pu oublier, puis releva brusquement la tête d'une manière bizarrement formelle. « Tout y est. »

« Pas de blessure grave alors ? » Draco connaissait plein de maléfices qui pouvaient en provoquer, et le laissa transparaître dans sa voix.

Comme il l'espérait, le visage de Potter se tordit de dégoût comme la peau d'une prune flétrie, et l'étrange attirance qu'il exerçait sur Draco disparue. « Bien sûr que non Malfoy, » répondit-il. « Le but d'un duel est de démontrer sa supériorité face à l'adversaire, pas de le tuer. »

Les yeux de Draco s'éclairèrent. Entouré comme il l'était par des gens qui le regardaient de haut et ne voulaient pas partager sa chambre, et d'Aurors devant lesquels il n'avait d'autre choix que de faire preuve d'humilité, démontrer sa supériorité face à Potter promettait d'être très satisfaisant.

« Oui, je pensais bien que ça te plairait, » fit Potter avec un regard indulgent que Draco n'apprécia pas du tout. C'était comme si Potter le connaissait, alors que ce n'était absolument pas le cas. « Liste-moi ce que tu connais alors. »

« Les sorts de défense basiques, » commença Draco. « Le Charme du Bouclier et des sorts du même acabit. Des sorts d'immobilisation. Petrificus Totalus et ses variantes. Quelques maléfices comme le Jambencoton et le Croche-Pied. Aucun sort de guérison et de Métamorphose défensive. » Il haussa les épaules alors que Potter le fixait sans rien dire. « Ce n'était le genre de carrière à laquelle je pensais me destiner à l'époque. »

Le regard de Potter s'adoucit de façon surprenante et il se contenta d'hocher la tête. « Contrairement à moi, » ajouta-t-il simplement. « Et je doute fort que beaucoup de gens ici en sachent plus que toi. » Il continua alors que Draco se remettait lentement d'avoir reçu un compliment de la part d'Harry Potter. « Est-ce que tu peux produire un Patronus ? »

« Ce n'est pas comme si ça allait me servir à grand-chose, si ? » répondit Draco. Il savait que celui de Potter était très correct, pour en avoir fait les frais longtemps auparavant, et n'avait aucune envie de lui donner l'occasion d'étaler son expérience juste pour le plaisir. « On va se battre contre des Mages Noirs, pas contre de Détraqueurs. »

« Aucun savoir n'est inutile, » contra Potter d'un air pompeux.

Draco fronça les sourcils. C'était l'une des maximes favorites de l'Auror Dearborn, celle qu'il utilisait le plus fréquemment en cours, et Potter le savait très bien. « Très bien, dans ce cas, » accepta-t-il à contrecœur. « Montre-moi. »

« D'abord, il faut un souvenir heureux, » expliqua Potter en levant sa baguette. « C'est de là que le charme tire sa force. » Il inspira profondément, comme si le sort n'allait pas marcher s'il n'était pas prononcé avec suffisamment de force. « Expecto Patronum ! »

Un cerf argenté sorti de sa baguette et galopa autour de la pièce. Draco avait plus de chance de l'admirer quand il ne le poursuivait pas, et il dut admettre qu'il était impressionnant. Le cerf s'arrêta, le fixa brièvement, et agita ses oreilles avec intérêt avec de se tourner vers Potter comme pour lui demander ce qu'il attendait de lui.

« Tu peux aussi transmettre des messages avec ton Patronus, » lui dit Potter sans quitter le cerf des yeux. Son expression était franche et paisible désormais, et Draco le fixait pensivement. Peut-être que ce ne serait pas si terrible de se laisser aller en compagnie de Potter, tant qu'il se montrait toujours aussi attentif à une attaque de sa part. « Alors ils sont utiles même quand tu ne combats pas de Détraqueur. »

Il tendit la main vers le cerf. « Va dire à Ron que je suis occupé à travailler au calme et ne le rejoindrai pas pour dîner, s'il te plaît. »

Draco retint une exclamation dédaigneuse lui-même ne s'embarrasserait pas d'un s'il te plaît avec une part de sa propre magie. Mais alors que le cerf s'inclinait et le dépassait, Draco capta une bouffée de la magie de Potter, comme un souffle léger. Il se lécha les lèvres. Cette fois-ci, elle lui apparaissait comme un goût davantage qu'une odeur, acide et agréable à la fois, comme une pêche à peine trop mûre.

« Tu veux essayer ça ? » demanda Potter. « Ou quelque chose d'autre ? »

Draco se tourna de nouveau vers lui. Le rappel de leur magie compatible l'avait perturbé ce fut sans doute pourquoi il se permit une remarque. « Tu es un professeur terriblement accommodant pour quelqu'un de contraint, Potter. »

Potter leva la tête et ses yeux se firent méprisants. « Il se trouve que j'aime enseigner à ceux qui le demandent, » répondit-il froidement. « Bien sûr, si tu préfères résister et être désagréable, je peux tout aussi bien partir maintenant. »

« Je te signalerai aux Aurors, » prévint Draco.

Potter lui jeta un regard dédaigneux et Draco se sentit rougir. Sa menace sonnait puérilement même à ses propres oreilles.

« Le Sortilège du Patronus ? » répéta Potter après un moment de silence tendu. « Ou quelque chose d'autre ? »

Draco se racla la gorge. « Le Patronus. »

Potter s'écarta et Draco raffermit sa prise sur sa baguette. Il se concentra sur le plus intense de ses souvenirs, celui qui l'avait réconforté, réchauffé quand on le forçait à torturer d'autres personnes : le souvenir de sa mère assise à ses côtés, lui lisant des histoires, lorsqu'il avait quatre ans. Ils s'étaient installés sur la pelouse verdoyante du Manoir, et les paons avaient rôdé autour d'eux jusqu'à s'approcher suffisamment pour tapoter doucement la tête de Draco de leurs becs. Le soleil était si brûlant que Draco devait parfois s'en protéger les yeux.

Il attendit jusqu'à ce qu'il puisse sentir à la fois les rayons du soleil et l'amour que sa mère éprouvait pour lui, qui brillaient et l'enveloppaient d'une chaleur identique. Il leva ensuite sa baguette et cria, « Expecto Patronum ! »

Rien ne se produisit, excepté une faible brume argentée à l'extrémité de sa baguette.

Draco jeta un œil à Potter, s'attendant à surprendre un ricanement, mais Potter se contenta d'hausser les épaules en croisant son regard. « C'est ce qui s'est passé lors de mes cent premières tentatives, » dit-il. « Même si je me concentrais aussi fort que je pouvais sur un souvenir heureux. Tu ne dois pas t'attendre à maîtriser tous les sorts de défense du premier coup. Essaye encore. »

Draco réessaya. Encore. Et encore. Au dernier essai, il eut l'impression que la fumée argentée était un peu plus brillante qu'avant, mais c'était la seule évolution. Il se tourna finalement vers Potter, plissant les yeux à l'idée de le trouver ennuyé, ou en colère.

OoOoOoO

Harry était de plus en plus certain que quelque chose d'étrange se tramait entre Malfoy et lui.

Quand Malfoy avait commencé à lancer le sort, il avait eu l'impression que tout son corps se tendait, dans l'expectative – comme si quelqu'un l'avait appelé pour lui cuisiner son plat préféré. Harry s'était retenu de s'approcher, abasourdi. Il était certain que rien de ce genre ne lui était arrivé auparavant.

Sa première explication fut que Malfoy lui avait jeté un sort qui obligeait Harry à réagir comme un gamin face à lui, mais quand Harry le regardait, Malfoy était toujours trop pris par son échec à produire un Patronus pour prendre garde à la confusion d'Harry. Il se serait certainement trahi avec un rictus quelconque s'il lui avait lancé un sort de ce genre, alors Harry avait été forcé de conclure qu'il s'agissait d'autre chose.

Quand Malfoy se trouva finalement trop désappointé par son manque de succès pour réussir à le cacher, Harry s'était décidé à lui poser une question qui devrait certainement le distraire de sa crise de nerf. « Pourquoi est-ce que je me sens si bien quand tu te sers de ta magie ? » demanda-t-il.

Malfoy cligna des yeux, ferma la bouche, la rouvrit puis dit, « Parce que notre magie est compatible. »

« Je n'ai jamais ressenti quelque chose de semblable à l'école, » objecta Harry avant de cligner des yeux à son tour. « Qu'est-ce que la magie compatible ? »

« Evidemment que tu ne l'as pas senti. » Malfoy le gratifia d'un regard hautain et Harry se détendit malgré lui. Cette expression lui avait manqué, quand Malfoy avait semblé aussi frustré que lui à l'époque où Remus avait tenté de lui enseigner le sort du Patronus. Malfoy avait paru trop humain.

(Remus, murmura la voix tranchante de sa douleur, avant de tenter de l'entraîner dans les abîmes de sa mémoire. Harry résista. Il n'avait pas le temps de faire une crise devant Malfoy, ni de lui expliquer tout ce que ça impliquait. Bordel, il n'avait pas encore eu le temps de l'expliquer à Ron et Hermione).

« Tu ne peux sentir ma magie de cette façon que parce que nous sommes tous les deux adultes, » expliqua Malfoy avant de répondre également à la seconde question d'Harry, ce qui était surprenamment généreux de sa part. « Fondamentalement, ça signifie que deux sorciers sont magiquement similaires. Pas similaires en talent ou en force, mais similaires dans les sensations qu'ils ressentent. » Il aperçut probablement le regard sceptique d'Harry, et roula des yeux. « Je n'ai pas exactement choisi le fait que ta magie me soigne et me rafraichisse, Potter. »

Harry se mordit la lèvre. « Quelles sont les conséquences directes, alors ? »

Malfoy semblait particulièrement réticent, mais répondit après un instant de silence. « On peut lancer des sorts ensembles, et combiner notre magie sans avoir besoin d'un rituel. Mais on ne peut le faire qu'après s'être habitués l'un à l'autre, » ajouta-t-il précipitamment, comme s'il pensait qu'Harry allait vouloir essayer immédiatement. « Et on se sentira plus fort et plus confortable en présence l'un de l'autre. Généralement, les sorciers magiquement compatibles deviennent amis. »

Harry eut un petit rire. « Il n'y a pas vraiment de chance que ce soit notre cas. »

« Exactement, » approuva Malfoy, l'air soulagé que le sujet soit clos. Il sourit légèrement, ce qu'Harry décida de ne pas encourager. Ca le rendait encore plus humain que la frustration. Les fouines ne souriaient pas de cette façon. « Je considère que c'est une coïncidence inopportune dont nous n'avons aucune raison de tenir compte. Bien. Je vais retenter le Patronus, mais je veux te voir le faire encore une fois. »

Harry le lança sans trop de problème. Le cerf se remis à galoper autour de la salle, et s'arrêta pour attendre ses ordres. Harry soupira. S'il le fixait suffisamment longtemps, le cerf lui rappellerait le passé – son père, et la biche argentée qui l'avait mené jusqu'à l'Epée de Gryffondor.

(Le souvenir de Rogue était celui qui provoquait les crises les plus violentes, mais heureusement, Harry avait toujours été seul lorsqu'elles étaient survenues. Et de toute façon, il n'avait pas besoin d'y penser, pas plus qu'il n'avait besoin de penser au reste de la guerre.)

« Je crois que je le tiens, » annonça Malfoy en se préparant à lancer de nouveau le sort.

Harry l'observa et envisagea de lui demander si la compatibilité de leurs magies l'avait aidé à maîtriser la baguette de Malfoy.

Mais ce n'était pas un sujet qu'ils voulaient poursuivre, où qui ait quoi que ce soit à voir avec leur formation d'Aurors. Pourquoi s'en préoccuper dans ce cas-là ?

Si je compte rester ici, il faut que je me recentre sur la protection et la défense, de toute façon, et pas que je me laisse aller à des spéculations sur Malfoy. Il n'est pas si intéressant que ça.