Disclaimer : Les personnages de Supernatural sont la propriété de Eric Kripke ; les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.

Contexte des deux séries :

Fin de la saison 3 de Teen Wolf, la meute vient à peine de réussir à vaincre le Nemeton et le retour à la réalité est encore difficile... Et si Stiles n'avait pas eu la possibilité de tourner la page ou, en tout cas, pas comme il l'aurait voulu ?

Fin de l'épisode 8 de la saison 12 de Supernatural, les Winchester se font arrêter pour tentative de meurtre sur le Président des États-Unis... Et si Castiel avait décidé de régler le problème en appelant les plus compétents en la matière, à un certain prix ?


Des bruits de semelles résonnèrent sur les parois du bunker. Un visage teigneux apparut ensuite dans l'angle et s'avança jusqu'au garçon inconscient, menotté à la chaise. Il avait le regard vide, comme s'il s'était perdu dans ses propres pensées, et Dean dut frapper contre un des pieds en bois pour le réveiller. Aucun des deux ne fut ravi de revoir l'autre.

— Je t'ai à l'œil, grommela l'adulte.

Les paupières de son interlocuteur clignèrent, plus de fatigue que de stupeur. Il ne s'en formalisa pas et se pencha au-dessus des liens qui entravaient les poignets cireux. Sa réticence fut prestement balayée et il les détacha. Pour sa gouverne, cette tâche lui avait été imposée par un vote diplomatique, il ne s'en tenait pas pour responsable.

— Tu me fais le coup de la garde conditionnelle ? se moqua Stiles.

Ils se fusillèrent du regard et le chasseur grinça dédaigneusement :

— Aboie plus fort, je t'entends pas, le caniche.

Voilà comment, pendant une demi-année, Dean avait exprimé sa sympathie à l'égard de l'adolescent. Pourquoi ils avaient abouti à son acquittement après deux jours de captivité, qu'est-ce qu'ils s'étaient dit, comment Sam et Castiel avaient réussi à raisonner leur complice, Stiles n'eut pas envie de savoir. Il y avait des sujets qu'il fallait mieux taire et ne plus jamais revenir dessus.

Quand ils arrêtèrent de s'envoyer des pics, l'homme à la carrure imposante disparut dans les couloirs, un cabot sur les talons. Il n'y avait pas eu d'interrogatoire, pas de brusqueries. Personne n'avait évoqué un jadis et ne le força à s'exprimer. En outre, on le présenta, il se tût. On le nourrit, il se tût. On lui montra sa chambre, il se tût. Il n'avait soif que d'une chose, rouler, voir du paysage parler à des gens normaux. Pas à ces épouvantails aux mains criblées de sang et de balles. C'était comme s'ils avaient tué ses proches pour prendre leurs places, qu'ils étaient nés pour supprimer sa meute et tous ceux que Stiles avait aimé.

Au bout de quarante-cinq heures, un ange apparut sans crier gare et eut le génie de proposer une sortie pour alléger l'atmosphère. Le grand en flanelle acquiesça, tandis que le grognon de service fit ce pour quoi il était doué, il grogna. Toutefois, il empêcha quiconque de toucher le volant de sa bagnole. Leur captif ne pipa pas un son, mais sa prière muette fut distinctement entendue ; un simple merci, une pluie enrayée de larmes.

Son atterrissage dans les locaux des Winchester œuvrait à un déchirement. Naguère, il avait eu une existence différente, éloignée. Tout y était diamétralement discordant. Il avait eu Scott, la meute, son père. Il avait été du côté des monstres à abattre, il avait fait ami-ami avec le « Grand Gentil Loup-garou » et s'était interposé vis-à-vis des chasseurs, les méchants de l'histoire, pour sauver ses amis surnaturels. Dans cet ouvrage ubuesque, la première personne qui s'était montrée à lui avait été la Chasseresse. Une parenthèse. Une souffrance.

Il avait été son chien, la peau qu'elle prenait plaisir à maltraiter, l'esprit dont elle maniait les ficelles comme les membres d'un pantin. Il la vilipendait. Elle l'avait rendu aveugle et il n'avait connu que des silhouettes découpées sous un néon, enfermé à double tour dans un gouffre sans fenêtre. Elle l'avait rendu sourd, ne lui divulguant que des informations futiles, méchantes. Il avait ployé sous les critiques et les commentaires vicieux. Elle s'était fait appeler « la Chasseresse » par humour noir et ces humains au fusil qu'elle peignait ne lui avaient inspiré plus que du dégoût. Il avait presque fini par les croire, elle et ses histoires macabres, reflet d'un monde rongé par les prédateurs et leurs proies. Sans âme.

Il s'était battu contre ses récits, n'avait pas voulu y obéir. Comment pouvait-il être tombé si bas en Enfer, alors qu'il n'avait fait que protéger son meilleur ami ?

— Oh, Stiles, tu es bien vivant. Crois-moi, quand tu descendras là-bas, tu le sauras, avait-elle pris l'habitude de ricaner.

Il avait secoué la tête, parce qu'un lieu moins humain que celui-ci, ça n'existait pas. Enfin, pas tout de suite.

Vint un matin imprévu, duquel elle avait cessé de l'entraver avec ses mensonges. Le jeu s'était terminé abruptement sous l'instruction morose de son exclusive participante. De plein gré, il avait appris son prénom en échange de tout le reste. Ce fut leur accord. À cet instant, il lui avait paru stupide de prétendre à la liberté, un prénom lui suffisait. Quelque chose de vrai.

— Promets, gamin. Si je te le dis, tu fais une croix sur tes souvenirs. Il n'y aura plus que mon prénom et le tien.

Sa prédisposition aux pactes avait sûrement été la continuité logique de cette entrevue suprême. Il avait osé et l'extérieur l'avait embrasé. Sa garante irascible l'avait sitôt largué dans les bras du trio et leur morale analogue. Il l'avait aperçu dans leurs regards, cette émotion brutale et vengeresse. Il les avait haïs de façon irraisonnée, les faits étant, il venait d'être déporté dans un autre camp ennemi, apte à abattre chaque citoyen de Beacon Hills dans le dessein de purifier le globe. De sa relation destructrice avec une chasseresse mortifiante, il jonglait dorénavant avec une bande de tueurs de sang-froid et un cargo d'armes blanches. Par principe, il avait refusé de s'intégrer autant que Dean avait refusé à admettre sa présence. La douleur d'un avenir perdu avait été trop insoutenable et une idée avait fusé ; il ferait honneur à son ancienne vie en ne se liant pas d'amitié dans celle-ci. Dans le cas contraire, cela aurait été une trahison, un mensonge et fatalement, une acceptation. Il s'était cru privé de ses possessions, en deuil, et avec pour unique compagnon l'espoir d'un réveil. Cependant, sa condition était un cauchemar bel et bien réel, sans bouton « retour en arrière ». Il était ici désormais et cela ne changerait plus jamais.

Castiel l'avait compris, soutenu, puis aimé. Il avait été son souffle. Par conséquent, l'adolescent lui avait accordé des vertus qu'il avait cherché à repousser de tout son cœur, mais ce fut au-dessus de sa volonté. Les sens du sacrifice, de la loyauté et de la famille qui habitaient le bunker étaient les mêmes qui lui remémoraient son cocon maternel et avant de réaliser, il leur avait pardonné d'être son nouveau foyer. Il ne leur avait offert qu'une syllabe, la plus sûre.

Stiles.

Mais, franchement, marquer Stiles Winchester sur son passeport officiel ? Était-ce véritablement nécessaire ?

— Hé, le mioche ! Fais preuve de respect envers le business familial !

Soit.