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Chapitre 3


— Bweuh... Où est c'qu'on va ? grommela Dean en étouffant un énième bâillement.

Les frères Winchester avaient pris le parti de commencer leur enquête le lendemain de leur arrivée dans la ville seulement. Le temps s'était rapidement gâté, et ni l'un ni l'autre ne voulait se promener dans les rues détrempées de Rawlins, à la recherche d'un indice qu'ils ne trouveraient sûrement pas à la lumière de leurs lampes torches.

Sam et Dean s'étaient couchés tôt, suite à la volonté de l'aîné, déjà épuisé par les personnes qu'il avait rencontrées. L'épicier du coin s'était montré très sympathique, et avait accepté avec grand plaisir la carte de crédit que Dean lui avait tendue pour payer les bières et les cheeseburgers, un énorme sourire aux lèvres. Mais la gérante et sa fille... «Cat'» ! Elles promettaient de lui réserver bien des surprises...

Sam n'avait pas protesté à l'envie de son frère de profiter d'une vraie nuit, plutôt rare ces temps-ci avec toutes les chasses qu'ils enchainaient. Et même si Dean ne le montrait pas, Sam savait très bien que son frère avait atteint ses limites, si éloignées soient-elles, et qu'il avait besoin de repos.

Le matin, c'était plein d'énergie que le cadet des Winchester avait bondi hors du lit, toute trace de fatigue ayant disparu de son visage. En voyant Dean enroulé dans les couvertures, la tête enfouie sous son oreiller et les orteils dépassant au bout du lit, Sam était sorti acheter le petit-déjeuner, en comptant bien mettre Dean de bonne humeur. Pour qu'une chasse commence bien - et la journée aussi, accessoirement - rien de tel qu'un morceau de tarte aux pommes.

Voire une tarte aux pommes complète.

Il avait ensuite préparé un café bien corcé, et avait commencé les recherches préliminaires, et indispensables. Sam avait sans trop de mal piraté les données de la police et avait récupéré les dossiers de la police concernant les meurtres qui s'étaient déroulés à Rawlins.

Puis, sachant très bien que Dean lui en voudrait s'il s'avisait de continuer sans lui, Sam avait réveillé son frère. Celui-ci avait grogné que c'était tout à fait inhumain, que même les démons n'osaient pas lever quelqu'un aux aurores.

Même si les aurores de Dean correspondaient à 8 heures du matin.

Mais un sourire avait tout de même germé sur ses lèvres, quand l'odeur du café lui avait chatouillé les narines, et que le morceau de tarte était entré en contact avec son palais exigeant.

Sam avait proposé à son frère de se rendre à l'hôpital et de rencontrer le médecin légiste, un certain docteur Matchoui. Sam avait noté l'effort que Dean avait fait pour réprimer une blague vaseuse, en apercevant le petit sourire en coin qui pointait discrètement sur les lèvres de son aîné.

Les frères Winchester avaient enfilé leur plus beau costume. Enfin, surtout le plus propre. La faute à Dean qui n'avait pas assuré son tour de nettoyage. Comme d'habitude.

Et il avait répondu, comme d'habitude, que ce n'était pas de sa faute si aucune nana sexy ne passait à la laverie, contrairement aux salles de bar où il en rencontrait à la pelle.

Et comme d'habitude, Sam avait levé les yeux au ciel.

Dean et Sam marchaient d'un pas vif et motivé - pour Sam, vif mais nonchalant pour Dean - en direction de l'hôpital. Ils avaient les dossiers que Sam avait récupérés en mains, et les parcouraient rapidement.

— On va rencontrer le Docteur Matchoui, lui rappela Sam. Bon, qu'est-ce que tu as trouvé d'intéressant dans les dossiers que tu as ?

— Il y a quatre victimes depuis le début de la semaine. Pas de caractéristiques physiques particulières. Un mec d'une quarantaine d'années, chauve et bedonnant, une nana super bien roulée et aux cheveux complètement bouclés, un ado boutonneux, qui apprécie les délicieuses mélodies de Marilyn Manson et ses textes faisant l'apologie de la vie, et une vieille femme aveugle qui arrivait malgré tout à danser le moon-walk et rouler des as du poker.

— Dean !

— Quoi ? Je ne fais que lire le dossier ! répondit celui-ci en tendant la paperasse à son frère.

Sam ne put que lever une nouvelle fois les sourcils. Cette ville était complètement dingue !

— La seule chose qu'ont en commun ces victimes, et je suis sûr que c'est aussi le cas pour toutes les précédentes, est qu'il n'y avait plus aucune goutte de sang dans leurs veines...

— Un vampire donc ? proposa Sam.

— C'est la conclusion la plus logique au premier abord, oui. D'autant que dans les rapports d'autopsie, le médecin légiste a noté à chaque fois la présence d'une morsure, plutôt discrète, au niveau du cou.

— Nous allons vérifier tout ça, termina Sam en montrant l'hôpital à son frère.

Le bâtiment n'était pas très grand, et semblait plutôt neuf. Il n'y avait aucune agitation lorsque les frères pénétrèrent à l'intérieur. Les urgences semblaient calmes, et seulement quelques personnes déambulaient dans les couloirs ; des infirmières ou des patients qui discutaient.

Etrangement, aucune douleur ne s'échappait de cet endroit. Il n'y avait personne assis sur les chaises de la salle d'attente, le regard vide ou éteint, il n'y avait personne qui cherchait à obtenir des informations sur l'état de santé d'un proche. Aucune alarme désagréable ne retentissait. Tout était calme.

Visiblement, les habitants de Rawlins n'étaient pas de ceux qui fréquentaient régulièrement les hôpitaux.

Les deux Winchester se présentèrent à l'accueil et une charmante femme à la bouille ronde et joviale s'adressa à eux :

— Bonjour messieurs, que puis-je faire pour vous ?

— Bonjour, je suis l'agent Iommi, et voici mon coéquipier, l'agent Osbourne, se présenta Dean en sortant sa fausse carte. Nous souhaiterions parler au docteur Matchoui.

— Oh ! Des agents du FBI ! Pardonnez-moi, je vous avoue que nous n'en voyons que très peu ici. Si ce n'est pas indiscret, puis-je savoir ce qui vous amène dans notre charmante ville ?

— Je ne sais pas moi, peut-être quatre cadavres retrouvés en moins d'une semaine ? répondit Dean quelque peu sarcastique.

— Veuillez l'excuser, mon partenaire n'a pas suffisamment dormi cette nuit ! crut bon de préciser Sam en voyant l'air choqué de l'infirmière.

— Je, hum, je vais vous chercher le Docteur, veuillez patienter s'il vous plait, reprit la jeune femme en évitant soigneusement de poser les yeux sur Dean et en s'engageant dans un couloir.

Sam la regarda jusqu'à ce qu'elle bifurque puis se tourna vers son frère :

— Enfin qu'est ce qui t'a pris ? Tu ne crois pas que cela la traumatise déjà assez pour ne pas avoir besoin de lui rappeler que quatre personnes sont mortes !

— Voyons Sammy, soupira Dean, on dirait qu'ici tout le monde vit sur un petit nuage ! La mort de leurs voisins ne semble pas les concerner ! Si on ne leur en parlait pas, ils vivraient comme si rien ne s'était passé !

— C'est peut-être la meilleure façon qu'ils ont trouvé pour ne pas trop en souffrir ? Qu'est-ce que ça peut te faire ?

— Ça m'énerve !

Sam regarda son frère, quelque peu surpris. Ce n'était pas lui le champion dans la dissimulation des sentiments ? Celui qui maitrisait le mieux la technique du «tout va bien, il n'y a aucun problème» ?

L'infirmière revint, interrompant les réflexions de Sam. A ses côtés, un homme d'âge moyen, les mains enfoncées dans les poches de sa blouse, le dos quelque peu vouté. Il trainait les pieds et semblait mâchouiller un chewing-gum vieux de plusieurs jours.

— Messieurs, voici notre médecin légiste, le Docteur Matchoui.

Celui-ci leur adressa un vague signe de tête.

— Je vous prie de m'excuser, mais j'ai des dossiers à traiter, reprit l'infirmière en retournant à son poste.

— Alors c'est vous les agents du FBI hein ? demanda le Docteur Matchoui tout en continuant de mastiquer son chewing-gum. En quoi j'puis vous aider ?

— Nous souhaiterions voir les corps des quatre victimes retrouvées cette semaine.

— Très bien, suivez-moi, répondit le Docteur en reprenant le couloir en sens inverse.

Les frères Winchester suivirent le médecin légiste, qui les guida à travers l'hôpital. Le bâtiment était plus grand qu'il n'y paraissait de l'extérieur, et il possédait un sous-sol aménagé, où le Docteur Matchoui s'occupait de la morgue. Les trois hommes pénétrèrent dans la grande pièce, complètement coupée du monde. Dean était persuadé que si un tintamarre résonnait au-dessus, le Docteur Matchoui ne s'en rendrait pas compte.

Le légiste demanda aux frères de patienter quelques instants, puis il ouvrit quatre cases réfrigérées, où se trouvaient les corps des dernières victimes. Il souleva et replia les draps qui les recouvraient jusqu'à la base du cou, pour que les deux hommes puissent voir les visages.

— Vous précisez dans vos rapports que toutes ces personnes ont été mordues, dit Sam en observant le corps qui se trouvait le plus proche de lui, celui de l'adolescent.

— Ouais, r'gardez, c'est de ça dont j'parle, répondit le docteur en tournant la tête du jeune homme vers la droite.

Les frères Winchester s'approchèrent un peu plus et purent effectivement observer deux petites traces, très discrètes, à la base du cou. Et même si bon nombre de personnes censées diront que ces traces ne correspondent à rien, à deux coups de couteau si l'on a de l'imagination, à deux piqures de moustique si l'on est plus réaliste, et encore, les deux frères eux, savaient très bien que ces deux traces étaient tout sauf anodines.

Elles correspondaient en tout point à une morsure de vampire, et les Winchester en avaient rencontrés suffisamment pour ne pas se tromper.

Par acquis de conscience, et parce qu'il ne fallait pas s'engager sur une mauvaise piste qui risquerait de coûter la vie à d'autres innocents, les frères s'attardèrent sur les autres corps et parvinrent à la même conclusion.

Mais, à la vue des éléments que Sam et Dean avaient récoltés, le vampire qui sévissait à Rawlins agissait de manière vraiment étrange...

TBC...