Bonjour tout le monde ! Nous sommes mardi et donc voici votre chapitre 4 ! Le chapitre précédent marque d'ailleurs la moitié de cette fiction, Toilet Neko comportant 6 chapitres et dont un bonus (qui dit bonus dit lemon huhu ~).
Enfin oui, parlons chapitre bonus donc lemon. Comme je ne savais pas si cette fic allait plaire, le chapitre 7 avait surtout été écrit par simple envie car j'aime écrire et lire des lemons (comme tout le monde hein ;) ) donc c'est peut-être une question idiote que je vais vous poser mais... Voulez-vous le lemon entre Ron et Ppoiyo ?
Par contre, si Lemon vous intéresse je devrais basculer la fic en M au lieu de T.
Enfin, je ne vais pas vous embêter davantage et vous laisser lire ce chapitre 4 ! :) (merci de me donner votre avis à ma question par review ou PM, comme vous le souhaitez)
Bonne lecture et merci pour vos review !
Toilet Neko
Chapitre 4 – Pour ton bonheur
Ppoiyo avait cessé de compter les jours qui suivaient sa transformation en chat, ne sachant plus si cela faisait deux semaines maintenant qu'il était sous cette forme ou plus. Quelque part, étrangement, il s'en fichait un peu. Après tout, c'était parfait : étant un chat personne ne pouvait le reconnaître et l'embêter, Ron penserait indéfiniment qu'il le fuit à cause de ses sentiments et ce qu'il pensait être son meilleur ami pouvait ensuite aller s'éclater au lit avec Meito. C'était le plan B idéal ! Rien ne pouvait lui arriver sous cette forme féline. C'était le paradis sur Terre.
Ridicule.
La colère faisait penser à des trucs bien superficiels, et faisait même parfois dire des conneries aussi grandes que des montagnes. Evidemment que Ppoiyo en voulait toujours terriblement à Ron pour avoir laissé entrer Meito et s'être laissé pieuter par ce dernier sans montrer une once de résistance. Il ne sait combien de fois mais Meito avait confié lui-même être déjà venu dans leur appartement à son insu, passant par la fenêtre de Ron qui donnait sur la route pour rejoindre celui-ci et s'éclater ensemble pour une nuit. Comment cela était possible ? Pourquoi ne s'est-il rendu compte de rien ? Etait-il aveuglé à ce point par ses études ? Mais ce n'était pas possible, pas à ce niveau. N'étais-ce pas plutôt, qu'il n'en avait rien à faire ? Etait-il égoïste à ce point ?
Et cela continuait de jour en jour, caché sous son propre lit où il y avait trouvé refuge et y sortait seulement quand il entendait la porte d'entrée se fermer, il allait à la cuisine pour manger un peu. Oui, il évitait Ron, le plus possible. Il ne pouvait plus qualifier sa planque comme une cachette puisque Ron savait où il se trouvait, s'étant à plusieurs reprises accroupi face contre sol pour soulever les couettes qui dépassaient et le voir entassé dans son coin avec la poussière s'accrochant à ses poils. Mais même en sachant cela, Ppoiyo ne voulait pas sortir. Voir le visage de Ron, se souvenir de sa courte soirée passée avec Meito était une chose trop récente et il ressentait toujours cette douleur lancinante à son cœur. Ça faisait tellement mal que c'en était presque étouffant.
« Tu comptes rester ici encore longtemps ? »
Ppoiyo ne dut pas mettre longtemps avant de reconnaître la voix s'adressant à lui, n'apercevant toutefois pas le visage de Ron mais ayant sous ses yeux le dos de ce dernier assit contre le lit, ayant redressé les couettes cachant le dessous du mobilier. Ron était donc revenu de leur lycée où il n'avait pas mis les pieds depuis des semaines. Jamais il n'avait été absent de son existence jusqu'à lors, en y repensant cela fit légèrement ricaner Ppoiyo.
« Meito n'est plus là et ne reviendra pas, tu n'as plus de raison de rester planqué… »
Le bleuté ne comprenait pas pourquoi Ron s'entêtait à vouloir le faire sortir d'ici. Après tout, il n'était qu'un vulgaire chat comme tous les autres, quatre pattes et une queue cependant bleue à son bout, mais hormis cette originalité Ron pouvait l'ignorer et décider de prendre sous son toit un deuxième chat peut-être plus câlin et chaleureux que lui. Pourquoi se trouvait-il ici, assis contre son lit, à lui parler ? Espérait-il une réponse de sa part ? C'était impossible.
« Est-ce que c'est possible de dégoûter un chat ? Je me suis posé cette question pendant toutes ces journées où tu es resté ici et je n'ai toujours pas la réponse. Ppoiyo se moquerait sûrement de moi si je lui en faisais part, haha. Il dit souvent que je me pose des questions sans intérêt… »
Ron passa sa main dans ses cheveux nerveusement, ne comprenant pas lui-même pourquoi il racontait ces choses à ce chat qui n'en avait certainement rien à faire. Ses seuls soucis devaient être la nourriture et trouver un coin tranquille où dormir toute la journée, mais certainement pas à écouter les malheurs de ses propriétaires. Pourtant, il n'arrêta pas. Le besoin de parler, et ça même à un chat qui ne pouvait pas lui répondre, l'envahissait et Ron savait que l'absence de Ppoiyo allait bientôt lui faire perdre la tête. Il voulait le revoir, même pour entendre ses insultes, recevoir peut-être ses coups, mais entendre sa voix encore une fois, revoir ses yeux imposants mais terriblement envoûtants. Ppoiyo lui manquait terriblement, ne plus sentir sa présence à ses côtés le peinait énormément. Jamais ils ne s'étaient retrouvés aussi longtemps séparés; bien sûr qu'ils avaient vécu dans leur jeunesse des disputes plutôt violentes où Ppoiyo allait s'imposer dans le propre appartement de sa sœur jumelle pendant quelques jours avant de revenir et s'excuser lui-même pour son comportement et reprendre le court normale des choses la minute suivante. Mais jamais, ô grand jamais, Ppoiyo n'avait ainsi disparu sans donner de nouvelles à personnes, même pas à Ppoine.
« Ça fait tellement mal de penser au fait que c'est à cause de moi si Ppoiyo ne va plus au lycée, préférant se tenir éloigné de moi alors que même à l'article de la mort il serait allé étudier ! Je n'ai rien fait de mal bordel… »
Ppoiyo remarqua le vacillement dans la voix de Ron au moment de son injure, s'étranglant dans ses propres mots. Il vit aussi légèrement le corps de son ami se pencher sur le côté et le lit grincer, montrant que Ron s'appuyait dessus. Lentement, les oreilles aux aguets, Ppoiyo rampa sur le sol en laissant traîner ses poils sur la poussière sans s'y soucier. Il entendait parfaitement bien les injures qu'enchaînaient Ron, ses mouvements brusques qui faisaient grincer un peu plus le vieux lit, mais il repérait surtout ses sanglots étouffés.
« Il ne m'a même pas cru, a pensé que je me fichais de lui, tu te rends compte !? Je voulais juste qu'il le sache, je n'espérais même pas recevoir une réponse puisque je pensais qu'il n'en aurait rien à faire, mais partir à cause de ça… je n'allais pas lui sauter dessus non plus, il pensait quoi ? J'ai tenu toutes ces années, pourquoi j'aurai craqué maintenant ? »
La tête juste sortie de sous le lit, Ppoiyo observa le corps incliné de Ron, ce dernier cachait son visage par sa main droite où son coude reposait sur le matelas, tremblant légèrement à chacun de ses sanglots un peu trop violents. Malgré le fait qu'il cherche à masquer ses larmes, celles-ci finissaient tout de même leur trajet sur le bas de son visage, là où sa main ne cachait rien, tombant ensuite contre son uniforme défait, la cravate n'y étant plus et les premiers boutons de sa chemise ayant sautés. Sa respiration était plutôt forte et irrégulière, faisant davantage injurier Ron sur son propre état pathétique. Jamais il ne s'était laissé aller, il avait toujours su sourire même quand l'envie n'y était pas, mais il arrivait à un stade de non-retour. Il n'arrivait plus à se comporter normalement ou encore se dire que Ppoiyo reviendra le lendemain et prétexter être allé à la médiathèque de leur ville pour étudier calmement afin de garder espoir mais surtout se voiler la face.
Son état émotionnel commençait même à inquiéter ses amis au lycée, plusieurs lui ayant déjà posés d'innombrables questions. Pour les plus proches, ceux connaissant ses penchants sexuels et surtout le problème Ppoiyo, avaient essayé de le réconforter et lui changer les idées en l'invitant à des sorties en ville ou soirées films entre amis, mais Ron avait décliné toutes les invitations. Il n'avait vraiment pas la tête à ça, faire semblant d'aller un peu mieux pour rassurer son entourage n'était plus dans ses cordes. Cela faisait trop longtemps. Sa petite mascarade arrivait à sa fin, telle la tombée de rideaux à la fin du spectacle de marionnettes. C'était trop. Trop de jeu d'acteur pathétique, de faux sourires, trop de mensonges.
« Ppoiyo… je l'aime tellement que c'en est effrayant ! Je ferai tout pour lui, pour le voir sourire ou encore juste pour qu'il porte attention à moi et ne regarde que moi. Mais pour lui, je ne dois être qu'un emmerdeur, une personne dont il se sert pour pouvoir avoir un appart' et ne pas payer plein pot. »
Le rire cinglant de Ron fit frissonner Ppoiyo. Non ce n'était pas vrai, Ron était justement l'unique personne qu'il pouvait supporter et dont il appréciait la compagnie. Jamais il ne l'avait vu comme un atout et se fichait bien de devoir payer un appartement par ses seuls moyens, il aurait trouvé un petit boulot et y serait allé sérieusement. Ron était un vrai ami pour lui !
A ce moment précis, Ppoiyo maudissait son apparence féline et aurait aimé pouvoir contredire Ron, le remettre dans le bon chemin et le faire arrêter de dire de pareilles idioties. Se rendait-il compte qu'il se faisait du mal à lui-même par ces mots ? L'aimer n'était déjà pas sain pour lui, mais il ne savait pas qu'en plus Ron aimait se faire du mal volontairement en se rabaissant tout seul.
Toutefois, Ppoiyo trouva une autre alternative pour arrêter Ron dans son délire, sortant complètement de sa cachette pour se diriger vers la main gauche de son ami toujours posée contre le sol. Sans attendre, et surtout sans remord, Ppoiyo enfonça ses canines dans la chaire offerte, entendant vivement Ron pousser un cri de douleur tout en ramenant sa main contre son torse et le regarder avec surprise. Ppoiyo put ainsi voir l'état pitoyable de son ami d'enfance, ses dernières larmes continuant leur route le long de son visage rougi, ses yeux illuminés par milles lumières. Ron était vraiment un crétin. Irrécupérable. Pourquoi pleurait-il autant pour lui, pour son absence ? A cause de ses sentiments pour lui ? C'était incompréhensif. Ppoiyo essayait de comprendre, mais il n'arrivait pas à découvrir ce qui avait pu faire tomber amoureux Ron de sa personne.
Mais sans qu'il en comprenne complètement la raison, et surtout ce qui avait amené à Ron pour réagir de la sorte, Ppoiyo se sentit soulevé et se vit approcher du torse de son ami qui le serra fortement contre lui, se recroquevillant autour de son petit corps. Le bleuté sentit ainsi Ron trembler contre lui, ses larmes trempant ses poils blancs. Une chaleur nouvelle se créa par la suite au creux de son ventre, réalisant que c'était bien la première fois depuis leur toute première rencontre, et cela dans le bac à sable de leur école, que Ron le prenait dans ses bras avec une telle force. Certes, pour Ron il ne prenait dans ses bras qu'un chat banal, ne se doutant certainement pas qu'il avait en fait dans ses bras son ami d'enfance pour qui il ressentait des sentiments profonds. Ppoiyo se sentait étrange, ne comprenant pas pourquoi tout à coup toute colère qui l'envahissait un peu plus tôt s'était soudainement volatilisée et surtout pourquoi il se sentait si bien dans ses bras alors que Ron continuait de pleurer, déchargeant ses états d'âmes jusqu'à lors enfui profondément dans son cœur.
« Il me manque tellement ! Je veux le revoir ! Ppoiyo ! »
Ppoiyo frémit dans les bras de Ron en entendant son prénom ainsi marmonné par ces sanglots étouffés. Maintenant, il prenait conscience de toutes ses erreurs et dont surtout le fait de préférer se plonger dans ses bouquins que s'apercevoir de la souffrance qu'endurait Ron depuis toutes ces années de son amour incompris. Tous les jours de la semaine, des mois ainsi que des années qui ne cessaient de défiler sous leurs yeux, il ne s'était rendu de rien, pas même de l'invasion de Meito durant plusieurs nuits. Ron avait toujours été là pour lui, qu'importe ce que lui-même vivait pendant ces périodes, répondant toujours à son appel alors que lui ignorait les siens; tous ces coups d'œil lancé sur sa personne, cette attitude à toujours vouloir le coller dans n'importe quel endroit, ne pas laisser trop de personnes l'approcher ou étant facilement irritable quand il discutait avec un autre garçon sous ses propres yeux. Ron lançait volontairement comme involontairement des signaux sur ses sentiments pour lui. Mais il n'avait jamais rien vu, le nez plutôt plongé dans ses bouquins. L'idiot entre eux deux, c'était lui et personne d'autre !
Au cours de la soirée, Ron finit tout de même par le lâcher, l'ayant cependant gardé dans ses bras même si le flot de ses larmes avait cessé de couler sur son visage redevenu normal et sans rougeur. Ppoiyo n'avait pas bougé d'un poil, attendant que son ami le lâche de lui-même, profitant de cette nouvelle chaleur que lui procurait cette étrange étreinte. Ron dut tout de même se lever tardivement pour aller se préparer à manger, ne pouvant plus ignorer les gargouillements incessants de son estomac, se relevant alors en gardant toutefois Ppoiyo dans ses bras alors qu'il marchait vers la cuisine. Sans montrer de résistance ce soir-là, Ron partagea la partie viande avec son animal domestique, n'ayant pas la tête à batailler. En effet, Ppoiyo n'était toujours pas décidé à manger le pâté qu'avait pu lui acheter Ron et mangeait déjà les croquettes contre son grès.
Les jours qui précédèrent le relâchement émotionnel de Ron, celui-ci revenait du lycée avec un peu plus d'entrain et souriait franchement, Ppoiyo entendait même des éclats de rire de l'autre côté de la porte d'entrée. Quelque part, il se sentait soulagé que Ron ait repris du poil de la bête et ne se laisse plus aller. Après tout, Ron était tout de même quelqu'un d'important pour lui, il n'était pas qu'un simple colocataire avec qui il se partageait le paiement du loyer.
Puis, arriva ce jour où Ron eut la malheureusement idée de brandir cette horreur sous ses yeux une fois rentré du lycée, la bouche en cœur et se dirigeant vers lui tout heureux. Dans sa main droite trônait fièrement une caisse verte en plastique faite pour transporter les chats dans n'importe quel moyen de transport. Les poils hérissés, dans l'angle du mur où se trouvait aussi son lit, Ppoiyo y avait trouvé refuge et avait pour adversaire cette main baladeuse qui essayait vainement de l'attraper pour le mettre dans cet objet de tortures. Il était hors de question qu'il mette un pied dans cette horreur ! Et qu'importe la voix mielleuse que prenait Ron pour essayer de l'appâter, ou de la nourriture qu'il poussait sous le lit pour l'aguicher, Ppoiyo ne sortira pas d'un poil de son espace de survie. Néanmoins, il devait bien admettre que Ron était particulièrement têtu en la matière. Le pauvre jeune homme avait un moment réussi à l'attraper de vitesse mais grâce à sa souplesse féline Ppoiyo était parvenu à se retourner et n'avait pas hésité à griffer à nouveau le visage de Ron tout du long et profiter de la douleur ressentie par ce dernier pour se carapater sous son lit. En ce moment, il balayait la main de Ron grâce à ses griffes tout en grognant bruyamment.
« Allez Ppoiyoyo ! Je t'assure qu'il t'arrivera rien de mal à l'intérieur de cette caisse ! Le voyage ne dura même pas une heure ! » Tenta désespérément Ron.
Mais c'était vain, Ppoiyo ne décida pas de coopérer. D'abord, il ne savait pas où Ron avait décidé de les amener et puis c'était hors de question qu'il entre dans ce moyen de torture pour chat. Sa nouvelle apparence semblait avoir en horreur cet outil, le poussant à le repousser de tout son être et refuser d'y grimper. Peut-être qu'en fait, ses instincts de chat prenaient le dessus. En plus, ils étaient à deux semaines des examens primordiaux pour leur avenir et les vacances ne débutaient certainement pas aujourd'hui ni demain. Comment Ron qui n'était déjà pas sérieux dans ses études, pouvait décider de partir maintenant en voyage ? C'était irresponsable ! Il battait tous les records de l'idiotie humaine !
« Ron, tu es prêt ? Je n'ai pas toute ma journée, moi ! » Rugit une voix entrant dans la chambre que reconnut difficilement Ppoiyo.
Pour l'instant, le bleuté ne vit qu'une paire de talons à peine surélevés ainsi que la main de Ron s'éloignant de lui.
« Ppoiyoyo veut pas se laisser attraper pour aller dans la caisse et je ne veux pas partir sans lui, précisa le jeune homme en se redressant légèrement pour voir derrière lui cette femme qui lui faisait face.
— Quelle idée t'as pris aussi de prendre un chat franchement… t'étais désespéré à ce point ?
— Je ne l'ai pas acheté figure toi ! Il était dans le lit de Ppoiyo le matin où j'ai découvert sa disparition ! » Rappela Ron en se redressant complètement.
Agacée par tant d'affrontement, et étant pressée, la jeune femme soupira longuement avant d'enlever ses mains appuyées sur ses hanches pour s'accroupir à son tour et prendre la place de son petit-frère. Ppoiyo vit alors deux autres yeux d'un turquoise impressionnant, n'étant toutefois pas ceux de Ron puisque ceux-là avaient en plus une touche de mascara et les yeux plus en amande. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé en face de la fille aînée de la famille Keine, l'ayant sûrement vue la dernière fois à leur entrée au lycée alors qu'elle entrait tout juste à l'université. Maintenant, elle devait travailler dans l'administratif et ne vivait plus chez sa famille, ainsi quand ils partaient en vacance chez Ron, il ne la voyait plus. Ronko Keine était, ou en tout cas l'était par le passé, une jeune femme pleine de ressources dont il devait se méfier, les coups tordus étant son domaine de prédilection et elle se régalait des potins de son entourage. C'était toutefois une femme de parole sur qui on pouvait avoir confiance, aimant faire la fête comme appréciait les moments de détente au coin du feu avec la famille et se racontant tranquillement les dernières nouvelles.
« Allez saletée de bestiole, tu vas pas faire chier. Je dois retourner au boulot après avoir déposé mon frère au bercail, alors t'as intérêt à pas me griffer ! »
Dans une poigne de fer, ayant le bras plus long que Ron, Ronko n'eut aucun mal à saisir fermement Ppoiyo qui ne put retenir un cri de douleur en sentant les ongles de la jeune femme se planter dans sa peau. Sa petite tête cogna aussi contre le rebord du lit, faisant s'écrier Ron contre sa sœur pour son manque de délicatesse. Celle-ci pesta quelques injures avant de prendre des mains la caisse en plastique que lui tendait Ron et y jetant sans pitié Ppoiyo au fond.
« Ronko ! S'écria à nouveau Ron devant l'attitude de sa sœur qui quittait déjà la chambre pour regagner sa voiture, ses talons claquant contre le parquet du salon.
— Quoi ? J'ai jamais aimé les chats, pas ma faute ! T'aurais pas pu prendre un chien plutôt ? Car un mec avec un chat, c'est pas sexy.
— Je te répète que je n'ai pas choisi d'avoir un animal de compagnie ! Et puis Ppoiyoyo me convient très bien ! »
Ronko roula des yeux tout en faisant redémarrer le moteur de sa voiture grise métallisée, quittant bien vite le trottoir où elle s'était garée en attendant toutefois que Ron ait fermé à clé son appartement avant de regagner le côté passager et bouclé sa ceinture. Il avait sur ses jambes la caisse en plastique, regardant le paysage défiler sous ses yeux tandis que Ppoiyo ruminait en silence dans un coin de cet appareil de tortures, cognant contre les rebords à chaque virage trop serré que prenait cette folle du volant.
Pour combler le silence qui s'était installé, Ronko avait allumé la radio sur une station musicale à la mode ces derniers temps et jeta de temps à autre de bref coups d'œil à son petit frère assis à sa droite, celui-ci préférant observer le paysage que regarder droit devant lui. Elle se rappela alors du coup de fil que leur mère lui avait passé ce matin même, la réveillant et lui criant à l'oreille du fait d'aller immédiatement chercher son fils adoré qui l'avait appelé la veille pour lui demander refuge pendant un temps. Le pauvre petit souffrait de solitude.
« T'es au courant qu'il y a pas de bus de la maison à ton lycée ? Rappela-t-elle pour engager la conversation.
— Je sais.
— Le vélo de papa a une roue de défoncée et il n'en achètera sûrement pas une pour le temps que tu resteras à la maison, et ne compte pas sur maman pour te conduire en voiture.
— Je ne comptais pas le faire. » Y répondit Ron.
Il entendit parfaitement bien le grognement que venait de produire la gorge de sa sœur aînée, mais il s'en fichait un peu. Son avis l'importait peu et il avait déjà pris sa décision. S'il restait une journée de plus à se ronger les ongles dans l'attente de voir revenir Ppoiyo à l'appartement, il allait se tirer une balle. Maintenant et plus que jamais, Ron avait besoin d'une présence humaine, celle de son chat ne suffisant plus puisqu'il ne pouvait pas lui répondre et entretenir une conversation correcte avec lui.
« Tu sais Ron… arrivera un jour où avec Ppoiyo, la vie vous séparera et ça que tu le veuilles ou non. » Souffla suavement Ronko, ses mains se crispant autour du volant alors qu'elle regardait avec attention droit devant elle.
Elle savait sûrement mieux que personne que lancer le sujet Ppoiyo était à double tranchant avec Ron, ce qui pouvait autant l'énerver que le soulager d'en parler. Avec elle, c'était plutôt la première option malheureusement. Cela faisait un bon nombre d'années que Ron n'appréciait plus recevoir des conseils ou des remontrances de sa part. La raison exacte, elle ne s'en souvenait plus trop. Elle ne savait même pas si c'était à cause d'une mauvaise blague qu'avait mal interprété Ron ou un geste déplacé qu'elle aurait pu faire. Et ça, elle ne pouvait pas le demander à Ron.
« A ce que je sache, ce ne sont pas tes affaires. C'est vrai que je suis incapable d'intégrer l'université que vise Ppoiyo, que celle que je compte intégrer est bien trop loin de la sienne pour que nous puissions continuer à cohabiter ensembles, mais cela ne nous empêchera pas de nous revoir. Même s'il ne partagera jamais mes sentiments, je veux au moins rester son ami et pouvoir le revoir dès que nous serons libres. C'est tout ce que j'espère.
— Soit, c'est vrai que ce ne sont pas mes affaires. Mais tu es et resteras à jamais mon petit-frère et je ne veux pas que Ppoiyo te fasse du mal. Pour ça donc que je n'hésiterai pas à m'en prendre à lui s'il t'en fait. Car tu es le plus important à mes yeux.
— Si tu dois mourir prochainement, laisse-moi ta collection de jeux PC ainsi que ta voiture, confia Ron en souriant légèrement.
— Eh !? Idiot ! Ça porte malheur de dire des choses pareilles, et tu le sais très bien ! » S'indigna-t-elle en appuyant un peu plus sur l'accélérateur pour décharger ce frère indigne.
Ron ne put s'empêcher de ricaner face à l'attitude exagérée de sa sœur, portant à nouveau son attention sur le paysage tandis que sur ses jambes supportaient toujours la caisse avec Ppoiyo à l'intérieur qui avait parfaitement suivi la conversation inquiétante à son sujet. C'était normal pour Ronko de préférer son petit-frère à lui, mais de là à vouloir lui être néfaste s'il a le malheur de faire souffrir Ron… non, attendez… il est en train de lui faire du mal après tout ! Sinon, Ron ne serait pas dans cette voiture en direction de chez lui. Ronko ne serait pas venue le chercher alors que d'habitude elle est isolée dans sa maison et s'acharne à son boulot pour avoir une promotion. Ppoiyo ressentit une boule à l'intérieur de son ventre, ses entrailles se contractant douloureusement. Il avait aussi peur des représailles de Ronko que le fait de réaliser que par sa faute, Ron souffrait assez pour retrouver sa famille et ne plus aller au lycée.
Ainsi, pendant tout le voyage Ppoiyo ne se fit pas entendre et attendit patiemment qu'ils arrivent à destination avant d'oser bouger. Le trajet ne tarda pas à arriver à son terme au moment où ses oreilles se dressèrent quand il entendit les premiers éclats de voix et le moteur de la voiture s'éteindre. Rapidement, Ppoiyo se sentit soulevé à travers cette caisse en plastique verte, apercevant droit devant lui les genoux de cette personne qui lui faisait maintenant face. Il reconnut bien vite la voix grave du père de Ron qui demandait des nouvelles à son tendre fils tandis que Ronko débarrassait son coffre de la valise que son petit frère avait préparée et qu'elle avait chargée immédiatement. Elle se massa ensuite l'épaule après avoir déposé la valise aux côtés de son frère, pressée de pouvoir repartir et ne pas s'éterniser ici.
« Merci beaucoup Ronko de l'avoir amené ! Tu es sûre de ne pas vouloir passer la nuit ici ? Demanda le vieil homme en se tournant vers sa fille qui avait déjà tourné talon et ouvrait à nouveau la portière de sa voiture pour repartir, sa longue chevelure ondulée dansant autour de sa fine taille où son tailleur coloré la mettait en valeur.
— Nan, j'ai un gros dossier à terminer pour la fin de la semaine et je suis déjà en retard. Et puis je serai trop tentée d'enfoncer un peu plus Ron, ma présence n'est pas utile. » Lança-t-elle en agitant sa main en signe d'au revoir.
Avant de disparaître dans sa voiture et démarrer à nouveau le moteur, tout le monde avait pu distinguer son faible sourire moqueur étiré sur le coin de ses lèvres à l'adresse de Ron, faisant pester celui-ci contre sa personne. Il était vrai que sa sœur n'avait jamais été douée pour réconforter quelqu'un et l'emmener plus bas que terre qu'autre chose. C'était donc une sage décision de sa part que de partir maintenant et ne pas être dans ses pattes.
Une fois partie, n'étant même plus un point dans l'horizon, le père de Ron baissa sa main qu'il avait agitée pour saluer sa fille et se retourna pour entrer dans sa modeste demeure et retira ses chaussures à l'entrée. Ron ne tarda pas à remarquer que sa mère n'était pas présente, le couloir d'entrée menant à la plupart des pièces principales de la maison où les portes étaient toujours ouvertes, il ne distinguait pas la silhouette de celle-ci.
« Maman n'est pas là ? Finit-il alors par demander en suivant son père qui avait enfilé ses chaussons.
— Elle est partie faire les courses pour te préparer ton repas préféré, elle ne devrait pas tarder ne t'inquiète pas. Ta chambre est toujours en haut et nous n'avons rien touché, je te laisse y déposer tes affaires. »
Le vieil homme dégarnis se retourna à demi pour voir son fils les mains occupées par sa valise et cette caisse où résidait ce chat aux yeux d'un rouge captivant. Ses lèvres ridées s'étirèrent toutefois en un tendre sourire réconfortant, content que son fils ait décidé de passer une semaine ici pour se changer les idées et passer le maximum de temps avec eux. Ce n'était pas tous les jours que Ron prenait une telle décision et optait plutôt pour passer toutes ses vacances en présence de Ppoiyo, parfois avec la famille de ce dernier, et venait donc rarement ici. Il retourna aussitôt dans le salon lorsqu'il vit son fils monter les escaliers pour bientôt disparaître de son champ de vision.
Maintenant seul, Ron posa sa valise contre le sol et emmena la caisse de Ppoiyo sur son lit calé à droite de la pièce, contre le mur. Sans plus attendre, le jeune homme ouvrit la trappe qui obligeait le chat à rester de l'autre côté. Il se décala ensuite pour permettre à Ppoiyo de sortir et descendre du lit pour se retrouver sur le parquet de la chambre de Ron et regarder autour de lui. Non vraiment, rien n'avait changé dans cette pièce depuis le collège, peut-être était-elle juste un peu plus rangée que d'ordinaire, sur les murs se trouvaient toujours les stars de Ron à l'époque, sa bibliothèque était envahie de mangas et de quelques BD célèbres tandis que son bureau disposait d'un dictionnaire posé au-dessus ainsi que quelques babioles que n'avait pas emmené son ami lors de leur déménagement pour leur appartement.
Son attention se tourna ensuite vers Ron qui rangeait ses affaires dans sa commode à l'opposé du lit, à gauche de la pièce. Il ne fallut guère longtemps à Ron pour ranger ses affaires pour une semaine, remettant la caisse en plastique ayant aidé à transporter son chat sur le sol avant de se laisser tomber sur son lit et regarder le plafond craqué à quelques endroits. Cela faisait vraiment longtemps qu'il n'était pas retourné dans cette chambre, la nostalgie du moment le faisant sourire lorsque quelques souvenirs défilaient dans son esprit. Il ne savait plus le nombre de fois où il avait emmené Ppoiyo ici, qu'ils avaient dû tenir à deux dans ce lit à une place les fois où Ppoiyo était resté bien trop tard pour qu'il puisse rentrer chez lui et devait donc passer la nuit ici. En repensant à tout cela, et surtout avant qu'il ne comprenne parfaitement ses sentiments à l'égard de son ami, Ron se rappela que Ppoiyo n'avait pas toujours été porté autant sur ses études et qu'il lui arrivait de jouer avec lui à ses jeux vidéo toute la journée lorsqu'il pleuvait dehors au lieu de réviser pour leur prochain examen. Maintenant, étant lycéen, Ppoiyo ne lui proposait plus de jouer une partie.
« C'était le bon vieux temps… » Soupira-t-il en se redressant, se trouvant maintenant assis sur son ancien lit, son attention se voyant rapidement attirée par le chat qui avait trouvé refuge dans son appartement et qu'il avait emmené ici.
A nouveau debout, Ron attrapa Ppoiyo dont le grelot tinta pour remplir la pièce d'un doux son. Sans plus attendre, il descendit les marches quand la voix joyeuse de sa mère signala son entrée et son envie de revoir son fils après tous ces mois d'éloignements. Descendu jusqu'au couloir de l'entrée, Ron comme Ppoiyo purent voir le magnifique sourire s'étirer sur ce visage encore radieux malgré les méfaits de la vieillesse. Sa douce voix remplit les lieux, amenant son mari qui l'aida à transporter ses achats tandis que Ron les suivait tranquillement.
Oui, ce petit retour chez sa famille ne pouvait lui faire que du bien. Il devait s'aérer l'esprit à tout prix. Pour une fois dans son existence, il pensera tout d'abord à sa propre personne avant celle de Ppoiyo. Être un peu égoïste ne pouvait pas lui faire du mal. Après, revigoré, il appellera Ppoine pour avoir des nouvelles de son enquête. Son portable se trouvait éteint et plus personne ne pouvait le joindre, ayant juste prévenu ses amis qu'il allait chez sa famille pour raison personnelle.
« Bienvenue à la maison, Ron. Restes-y autant de temps que tu le souhaites ! » Lui confia suavement sa mère tout en se mettant à cuisiner, son père assit autour de la table acquiesçant avec entrain avec ses bras croisés contre son torse.
Le jeune homme sourit un peu plus, s'asseyant en face de son père tout en mettant Ppoiyo sur ses cuisses. Oui vraiment, pendant cette semaine il allait faire abstraction de tous ses problèmes pour se reposer l'esprit. Il en avait grandement besoin.
